OCCUPATIONS ET EMPLOIS IO
Est-il besoin d ajouter que très souvent la rigueur de ce régime déjà si austère était encore aggravée par la pauvreté des maisons et l'inépuisable charité des frères, qui se privaient du nécessaire, afin que leurs chers malades, « leurs seigneurs », comme les appelle Gui, eussent jusqu'au superflu.
La lecture est faite à table par un clerc semainier, à tour de rôle*. Un frère laïque sert la communauté *. « A table, ordonne le législateur, que les frères, comme parle T Apôtre, mangent leur pain en silence et écoutent la lecture sans bruit, de sorte qu'en même temps la bouche prenne la nourriture et les oreilles goûtent la parole de Dieu '. » Le maître a la liberté de prendre la parole, lorsqu'il le juge à propos, mais avec discrétion et mesure *.
Malgré leurs travaux souvent rudes et pénibles, les frères observent le jeûne monastique dans toute sa rigueur, pendant le Carême entier et depuis la Toussaint jusqu'à Noël. Ils jeûnent de même tous les mercredis et vendredis, à partir de l'Exaltation de la sainte Croix jusqu'à Pâques *.
SOMMEIL. — La journée se termine par le chant de l'office de complies, et immédiatement après, clercs et laïques, frères et sœurs se rendent en silence à leurs dortoirs respectifs et séparés • : « Nous voulons que nul, frère, sœur ou oblat, n'ait une chambre à coucher particulière, mais que tous prennent leur repos en un commun dortoir \ » Détail curieux, le camérier, qui aurait pu prétexter de la
mieux. » L. DelisUt Fragments de Thistoire de Goaesse (Bibl. de TEcole des Chartes, 1859, p. 271-274).
' Régula, c. IX.
• Ibid.
• Ibid.f c. XXV. — Cnf. Reg. B. AugusUnif cap. III.
• Ibid.
*Ibid,,c. XI.
• JbU., c. XVIII.
' Jbi4., c. LXXVIII.
Io8 RÉGIME INTÉRIEUR DE l'ORDRE
garde du trésor de la maison, pour coucher séparément, se voyait enlever cette excuse par la règle ; elle lui ordonnait en effet de placer l'argent dans un coffre auprès de son lit, parce que, disait-elle, « ce trésor serait plus en sûreté, étant confié à la garde de tous, que sous la surveillance d^un seul '. »
Chacun a son lit particulier et dort revêtu d'une chemise de laine ou de lin, contrairement à Tusage encore général au XIII* siècle •.
Le grand silence de la nuit est gardé rigoureusement jusqu'à Prime, et ceux qui y contreviennent par des paroles inutiles sont frappés de peines très sévères, « Un tel relâchement doit être évité avec soin, car, dit l'Apôtre, rien n'est propre à corrompre les bonnes mœurs, comme les entretiens oiseux et superflus *. »
VOYAGES. — Personne ne doit sortir de la maison sans ordre du maître ou de son suppléant. Mais si un membre de la communauté se trouve obligé de s'absenter, il en demande l'autorisation et se met en route avec le compagnon que le maître lui a donné ; car nul ne doit aller seul dehors, ni même dans la ville *. Le frère en voyage prendra garde « que rien dans ses démarches et sa conduite ne vienne à malédifier, ou à offenser la sainteté de son état *. » Dans les endroits où se trouvent des maisons de l'Ordre, il lui est défendu de rien prendre hors de cette maison, à moins que le prélat du lieu ne le retienne à sa table * ; et là encore, il doit s'efforcer d'observer le plus possible un silence modeste \ Le frère attardé à la campagne ne peut coucher
• /W<f.,c. XVIII.
» Ibid., c. CIV ; I Cor. xv, H-
• JbU.^c.XW, XVII, XCI.
»/frW.,c. XVI;cnf. Heg. B. Augustini, c. IV.
• Ibid., c. XV.
'W<f.,c. XVI,