QUÊTES ET TRIBUTS I
magistrales envers Thôpital de Sainte-Marie in Saxia. On appellait aussi ces tributs, canons et responsions. Ce dernier nom signifiait, dans les ordres militaires, la redevance annuelle dont les maisons, ainsi que chacun des chevaliers, s^acquittaient pour la défense des Lieux-Saints*.
La responsion était une marque de dépendance ; c'est à ce titre que frère Michel de Cesis, visiteur général de rOrdre, rappelait cette obligation, en 1346^ aux membres de Besançon, qui cherchaient à s'y soustraire*. Elle se soldait au chapitre provincial annuel, auquel tous les recteurs suffragants étaient tenus d'assister. Le taux des canons variait avec l'importance des maisons '.
A leur tour, les maisons magistrales, et celles qui relevaient directement de Rome, devaient au chef de l'Ordre un tribut proportionné à leur importance. Les visiteurs généraux recueillaient ces sommes et les faisaient parvenir ensemble à Rome, par l'intermédiaire de marchands ou de banquiers ; ou bien les recteurs les portaient en se rendant au chapitre général de la Pentecôte *.
Beaucoup de communautés hospitalières et de monastères demandaient à l'Ordre la participation aux mérites spirituels de ses œuvres ; une redevance annuelle était aussi la marque du lien qu'elles contractaient avec lui. On trouve, dans la liste de ces affiliations spirituelles, des hôpitaux et
* Ducange, V» Responsio,
' Arch. de Vhôp, de Bes,, chap. I, n^ i.
' Voici ceux de quelques dépendances d Auray en 1^1$ et 1^18 : Coutances, lolivres tournois ; Mayenne, 1 5 livres ; la Plagne, 5 livres. Diplomataj II, p. ^78. Les redevances dues à l'hôpital de Besançon variaient de 3 à 10 frs. Voy. PUces iuslif,, n*» V.
* Le montant du canon de Montpellier a varié de ; à la ducats d'or de caméra; Besançon payait 10 ducats d'or ou 15 florins, et 27 florins pendant l'annexion de Dijon (1440-14Ô0) ; Dijon, 15 ducats ou 9 ducats d'or de caméra ; Toul, la ducats d'or; Troycs, i ducat; Steffanfeldt, 40 florins d'or du Rhin pour sa part et autant pour ses membres ; Vienne (Autriche), 12 ducats d'or, Aalborg (Danemark), 12 florins du Rhin ; Memmingen, 12 florins d'or ; Carthagène (Amérique ou Espagne). 81 aurci ; Cusco (Pérou), 81 aurei, (Arch. de Vhôp, du Saint-Esprit de Rome. Tables des redevances).
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des monastères d'hommes et de femmes d^Italie, d'Equ^rne. de Portugal, etc., et jusqu'aux célèbres couve&ts du mont Athos et de Sainte-Catherine du mont Sinai en Egypte (1591) % preuve éclatante de la grande place occupée par Tordre du Saint-Esprit entre les grands instituts religieux. La redevance annuelle, pour ces hôpitaux, monastères on confréries étrangères, était d*un ducat d*or. Nous manquons d'éléments suffisants pour apprécier le revenu que pouvaient retirer, soit les maisons conventuelles, soit l*hôpital de Sainte-31arie in Saxia. de ces diverses redevances. A supposerjque nous connaissions le taux des tributs de toutes les maisons, il resterait à établir l'évaluation des monnaies anciennes en valeurs actuelles, pendant plusieurs siècles et en différents états. C'est là une opération difficile et fort délicate, que nous n'essayerons pas d^entreprendre. Disons seulement que, selon l'estimation commune, les sommes de un à quinze florins ou ducats d'or, moyenne des tributs au XV* siècle, vaudraient aujourd'hui de vingt à deux cents francs.
n. PRIVILEGES ET INDULGENCES
Dès la plus haute antiquité, les Souverains Pontifes, pasteurs suprêmes de tout le peuple chrétien, ont soustrait à la juridiction épiscopale, des lieux, abbayes ou églises, et des personnes, pour les rattacher directement à leur autorité. Telle est l'origine des exemptions^ qui ont tenu une si gprande place dans TEglise. Toutefois, si un grand nombre de monastères avaient été placés par leurs fondateurs sous la protection de S. Pierre {sub liber tate B.
' Arch. de l'hâp.dc Rome, Lib. V, f* 86 ; G, f* 146 ; S, (^ 4 ; "1 ^ I9 v», etc.
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Petri)^ ils demeuraient longtemps encore sous la tutelle des évèques pour Tensemble de la discipline, soumis à sa visite, etc. Leurs privilèges, plus ou moins étendus, respectaient encore la juridiction ordinaire. Mais les ordres mendiants qui parurent au XIIP siècle, firent prendre aux exemptions un immense essor. Les Dominicains et les Franciscains étaient des apôtres ; leur vocation n'était pas de fonder des églises ou des monastères stables, mais de se porter partout où TEglise et la religion avaient des intérêts à défendre, des âmes à gagner. Créés en dehors de toutes limites territoriales, ils ne pouvaient manifestement dépendre que du chef unique de Tapostolat dans le monde, qui est le Vicaire de Jésus-Christ \
L'ordre du Saint-Esprit, objet constant de la sollicitude paternelle des chefs de TEglise, participa de très-bonne heure et dans la plus large mesure, à ces privilèges. Nous savons déjà les grâces nombreuses dont Innocent III le favorisa dès sa naissance. Le libre choix du grand maître par les chapitres de Rome et de Montpellier ; la soustraction de ce même grand maître à toute autre juridiction que celle du Pape ; la liberté de construire partout des oratoires et des cimetières à Tusage de la famille hospitalière ; le droit de requérir l'évèque diocésain pour les consécrations et les ordinations et de s'adresser à tout autre sur son refus ; l'autorisation de réciter l'office dans leurs églises en temps d'interdit ; l'exemption de tous décimes et impositions des laïques ou des ecclésiastiques, tandis qu'ils pouvaient accepter toutes les redevances qui leur étaient octroyées du consentement de l'évèque ; enfin^ l'établissement de quêtes générales annuelles, avec privilège pour les quêteurs de faire cesser l'interdit des églises où ils annonçaient leurs indulgences, et d'une confrériedont les membres jouissaient
* D. Gréa, De l' Eglise et de sa divine constitution, p. 476 ; » R. P. Danzas, Etudes sur les temps primitifs de V ordre de Saint-Dominique, t. III, chap. I.