QUÊTES ET TRIBUTS I4I
Si cette maison conserva pendant longtemps le monopole des quêtes en de vastes régions, ce ne fut pas toujours sans débats ni procès. Plusieurs rivales lui disputèrent des portions de territoire au XV« siècle. Dijon envoyait ses quêteurs dans les provinces de Sens, Tours, Bourges, Rouen, Reims, Lyon et Vienne ' ; or ces trois dernières appartenaient à la circonscription de Besançon. De là, réclamations et interdiction par le commandeur Bisontin, frère Lambelet Vernier. Le débat, porté devant le grand maître, se termina, en 1449, par une sentence confirmant à Besançon les provinces contestées, à l'exception du diocèse de Châlonssur-Mame *.
Dans le même temps, la maison de Pont-Saint-Esprit lui faisait une redoutable concurrence dans le Piémont, la Savoie, la Bresse et le Bugey. Le grand maître, par une sentence du 19 mars 1434, donna droit encore à l'énergique recteur de Besançon ; mais celui-ci, par esprit de conciliation, céda ces quêtes à son rival, moyennant une indemnité annuelle de 40 florins, jusqu'à l'époque où la maison de Pont-Saint-Esprit tomba dans la décadence précoce des hôpitaux des provinces méridionales '.
Dès la fin du XI V* siècle, Toul cherchait à enlever à Besançon le monopole des Trois-Evêchés. Il y réussit en partie et pour un temps, en vertu d'une bulle de Clément VII (1391), et moyennant un tribut annuel de 12 florins à son chef. Mais plus tard le diocèse de Metz demeura définitivement à Besançon *.
Il ne faudrait pas croire que le produit entier des quêtes fût consacré uniquement aux maisons magistrales. Il
* D. Calmelet, Hist, ms de Dijon^ chap. III.
* En outre, Besançon échangeait les portions de territoire du Duché de Bourgogne appartenant à ce diocèse, contre celles de Franche-Comté qui dépendaient du diocèse de Langres. Arch, de Vhôp, de Besançon, B. I, ch. 5*.
» Id.j Ibid, — Arch, de Vhôp, du Saint-Esprit de Rome^ Lib. 19, fol. 18. -^Diplom, II, p. ^84.
4 Arch. de Vhôp, de Ses,, B. I, chap. 7, 8 a.
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arrivait souvent que celles-ci venaient en aide à leurs membres dans leurs calamités et leurs besoins, soit en leur donnant une partie du rapport, soit en les autorisant à quêter pour leur propre compte '.
Le chapitre de Rome accordait aussi quelquefois la faveur de quêter dans les territoires réservés aux grandes maisons magistrales. Mais ces concessions étaient essentiellement transitoires et il fallait, pour les obtenir, des motifs de nécessité majeure *.
Nous verrons plus tard que les souverains et les parlements, à partir du XV* siècle, s'arrogèrent le droit d'autoriser et d'interdire les quêtes. C'était là un empiète, ment abusif sur l'autorité spirituelle, dont l'histoire de notre ordre à cette époque ne nous offrira que trop d^exemples.
Dans l'exposé que nous venons de faire, nous avons parlé surtout des quêtes de l'hôpital de Besançon. La perte des archives des autres commanderies magistrales ne nous eût pas permis d'entrer à leur égard dans des détails aussi précis. Néanmoins les documents qui survivent nous montrent leurs quêtes organisées de façon analogue à celles de Besançon. Nous pouvons donc conclure que les quêtes formaient l'une des principales sources de revenus de l'ordre du Saint-Esprit.
TRIBUTS. — Il nous reste à signaler en dernier lieu les tributs, auxquels étaient tenus annuellement les membres inférieurs en faveur des maisons-mères, et les commanderies
^ Ed 1472, frère Pierre Mathieu, commandeur de Montpellier, cède à ses suffragants le produit des quêtes (quasstuaria lucra) et les cens annuels. Arch. de Vhôp, du Saint-Esprit de Rome, Lib. 19, f» 175. — Affectation des quêtes du diocèse de Metz à la reconstruction de Thôpital de Vaucouleurs, détruit par les guerres (1498). Arch. hôp, de Bes,, B. I, ch. 9. — Voy. les Notices de Gray, Besançon, Neufchàteau, etc.
* Permission (1500) à frère Bertin, recteur de Toul, de quêter dans les diocèses de Cambrai, Utrecht, Tournai, pour réédifier sa maison, brûlée par l'ennemi. Arch. du Saint-Esprit de Rome, Lib. A, f° 104. — Concession de quêtes en Allemagne, à frère Erhardus, recteur de Berne (1458}. Ibid,^ Lib. 22. !• 68, etc.