D^ELOPPBMBNT MERVEILLEUX DE L*ORDRE
Thôpital, chapelle et pont du Saint-Esprit *. » On voit par ce document que toutes les œuvres des hôpitaux de Gui de Montpellier étaient florissantes dans celui de Pont-Saint- Esprit. Il rapporte d'abord la légende d'Avignon, qu'il applique à Saint-Saturnin, puis il continue ainsi: « Là sont reçus les étrangers, nourris les pauvres et soignés les malades ; là viennent faire leurs couches les femmes indigentes ; là sont allaités par des nourrices à gages les
enfants exposés la nuit en secret » L'hôpital avait
aussi fondé dans la ville et dans les environs de nombreuses confréries du Saint-Esprit, qui se maintinrent longtemps dans un état prospère.
Il est temps de tirer une conclusion de tout ce qui précède. Si le lecteur a prêté quelque attention aux faits rapportés plus haut, il aura dû être frappé comme nous-mème de la coïncidence qui mit les frères du Saint-Esprit en présence des Pontifes partout où la tradition place des ouvrages de ces derniers. Il est difficile d'admettre que cette coïncidence ait été purement fortuite, puisqu'il est certain que, dans trois villes au moins sur cinq : à Avignon^ à Lyon et à Pont-Saint-Esprit, les hospitaliers prirent la place des Pontifes. Mais comment l'expliquer ?
Remarquons d'abord que saint Benezet naquit non loin de Montpellier et qu'il fut contemporain de Gui *. Les deux vénérables personnages se connurent certainement ; Benezet fut témoin des œuvres magnifiques opérées dans les premières maisons de l'Ordre ; peut-être y puisa-t-il la première idée de son institut, destiné au secours des voyageurs. Les frères Pontifes auraient-ils été une branche de l'ordre du Saint-Esprit, adonnée à une vocation plus spéciale ? Il n'est pas déraisonnable de le penser, avec Pierre Saulnier *. Si l'on ne veut point aller jusque-là, il
* Les Enfants assistés au Pont-Saint-Esprit, p. ^21. ' P. Saulnier, p. 65.
> Jbid., p. 64.
EN FRANCE AU XIII* SIÈCLE l8$
faut du moins admettre que les hôpitaux des frères Pontifes ont passé à l'ordre du Saint-Esprit, soit par suite d'une décadence très prompte, soit en vertu d'une association entre les deux ordres, le premier se retirant après l'achèvement de l'œuvre des ponts et laissant à l'autre le soin d'exercer l'hospitalité ordinaire. Nous avouons que cette dernière conclusion nous sourit davantage ; caria décadence des Pontifes ne commença, d'après les historiens, qu'à la fin du XIII* siècle, et nous voyons leurs maisons occupées par les hospitaliers du Saint-Esprit dès le milieu de ce même siècle.
Le lecteur nous pardonnera cette digression, un peu longue peut-être, s'il veut bien considérer qu'aucun historien n'a connu les relations de notre |ordre avec ses deux contemporains ; et que ces annexions de maisons étrangères sont d'ailleurs une marque éclatante de la renommée qu'il s'était acquise dès ses premières années par la perfection de son organisation et la vertu de ses membres.
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