‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 8 sur 125 · PREMIÈRE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉPOQUE

Pendant les trois premiers siècles, l'Eglise est condamnée à s'ensevelir au fond des catacombes, à cacher sa vie, son

* Léoo Gaotîer, HUtmre de la Charité, dans les Etudes et ubleanz histonqaes, 2* éd., p. 27. Noos poiserons souvent, au cours de ce chapitre, dans ce résumé magistral du célèbre écrivain catholique, ainsi que dans le bel ouvrage de Tabbé ToUemer, qui Ta inspiré : Da origima dt la ckarUi catkr iique^ ;• éd., 1885.

culte, ses œuvres. Mais même dans une situation aussi difficile, sa charité ingénieuse lui fournit le moyen de secourir ceux de ses enfants qui ont besoin de son assistance. Ne pouvant les réunir sans attirer l'attention des persécuteurs, elle va aller à eux et charger ses ministres de les secourir à domicile. L'évêque est établi, par son institution même, père des pauvres ; à lui donc revient de droit la direction de la charité * : « O Evêque, prends soin des pauvres, comme le dispensateur de Dieu même, distribue à chacun, aux veuves, aux orphelins, aux délaissés, aux indigents et aux malheureux, ce qui leur est nécessaire selon leurs besoins*.» Il est recommandé à tous les fidèles de remettre entre ses mains leurs aumônes, afin qu'il en fasse une répartition plus judicieuse et plus égale*.

Mais Tévêque ne peut suffire à tout ; chargé du ministère de la parole et des sacrements, il lui serait impossible de secourir tous ses enfants. Les apôtres eux-mêmes y ont pourvu dès l'origine, par l'institution des Diacres : « Le nombre des disciples croissant de jour en jour à Jérusalem, lit-on dans les Actes, il s'éleva parmi les Grecs un murmure contre les Hébreux, de ce que leurs veuves étaient négligées dans la distribution journalière des aumônes. Alors les apôtres assemblèrent la multitude des fidèles et leur dirent : il n'est point juste que nous abandonnions la parole de Dieu pour avoir soin des tables ; choisissez donc entre vous sept hommes de bon témoignage, remplis du Saint- Esprit et de sagesse, pour prendre soin de ce service*. »

Ainsi furent institués les diacres, pour remplacer les apôtres, puis les évoques leurs successeurs, dans le tninis-

* Const. Apost, I. V. CI.

* O episcope, pauperum curam habe, tanquam Deidispensator;distribiiendo cuique in tempore, qus commoda sunt, viduis, pupillis, derelictis ac destitutis et calamitosis. Const. Apost i. j, c. |.

' Omnes fidèles ex hiîs bonis quœ habetis, aut ex labore» ministrate sanctîs (idest pauperibus) per episcopum vestrum. Const, Apost, 1. v, c. i.

* Act, Apost, VI. I et seq.

LA CHARITE AYàMT LE XIII* SIÈCLE 5

tère des tables^ c'est-à-dire, dans l'assistance des pauvres et des nécessiteux. Leurs fonctions sont heureusement résumées dans ces mots des Constitutions Apostoliques : « Que le diacre soit Toreille, Tœil, la bouche, le cœur et Tàme de Tévèque *. » S'informer exactement des malheureux, les signaler ensuite à Tévèque, les visiter en son nom et leur porter à domicile la nourriture, le vêtement et même l'argent nécessaires, tel était le principal office des diacres*. Bien plus, ils devaient tenir un catalogue exact et précis de tous les pauvres et malades, y consignant leur état de fortune et leurs dettes, les ressources qu'ils pouvaient tirer de leur travail, etc '. Ce catalogue, ils devaient sans cesse le mettre sous les yeux de Tévèque, qui réglait lui-même le montant et la nature des aumônes et des secours ^ Pour faciliter la tâche délicate des diacres, la ville de Rome fut de bonne heure divisée en Titres ou régions, dont chacune était confiée aux soins de l'un des sept diacres. Les grandes villes de TOrient étaient aussi partagées en diaconies.

La vie des diacres saint Etienne et saint Laurent fournit le plus illustre témoignage du zèle déployé par les ministres des pauvres et du bien qu ils accomplissaient.

Les fonctions des diacres les mettaient en rapports incessants avec les fidèles de tout âge, de tout sexe, de toute condition : ces relations journalières pouvaient fournir aux ennemis de la foi des prétextes à calomnie *. Une institution apostolique elle aussi^ y pourvut. Dès le temps des apôtres, de pieuses femmes, dont Tâge et la sainteté écartaient tout soupçon, furent adjointes aux diacres. Saint Paul, dans son éjntre à Timotfaée, énumère les

' CotuLAposl, 1. n, c. 44-

• /*ûL, I. m. c. 12.

' Voy. ponr les tertrt, Tolteaier, D£S origiita dt la Ckariié caikoUqmt^ p. f oo.

* thid.

■ ibié^ p. 4QO.

qui doivent désigner les diaconesses au choix des évèques * et les Canons apostoliques expliquent leur utilité : « Il arrive quelquefois qu'on ne peut envoyer un diacre dans certaines maisons, à cause des infidèles. Vous y enverrez une diaconesse, afin de prévenir les soupçons des méchants. Celles que vous choisirez devront être fidèles et saintes ; elles seront chargées des divers offices qui concernent les femmes* ».

Les diaconesses formaient un ordre véritable et participaient à la cléricature ; elles exerçaient leur ministère sous les ordres et la direction des diacres.

La hiérarchie sacerdotale et lévitique apparait donc, aux premiers siècles, comme la dispensatrice des aumônes du peuple chrétien ; « celles-ci, en passant par ses mains^ prenaient un caractère sacré ; elles étaient placées sur Tautel, et elles se répandaient de Tautel sur les infortunes humaines'. » N'oublions pas toutefois que cette noble prérogative du clergé n'avait rien d'exclusif ; il appelait au contraire à lui le concours de toutes les âmes saintes. Clercs et diaconesses, vierges et veuves consacrées à Dieu, tous exerçaient le Ministère charitable en vertu même de leur ordre. Bientôt s'adjoignirent à eux de pieux laïques, qui se dévouaient gratuitement au service des pauvres et des malades sous leur direction *. Toute une classe de chrétiens, qui par leur zèle pour la perfection évangélique, devinrent la source de l'ordre monastique, les Ascètes^ tenaient pour un de leurs premiers devoirs l'assistance des pauvres et des malades ; c'était là une recrue bien précieuse, car les clercs, sans les ascètes, n'auraient pu, le plus souvent, suffire aux œuvres multiples de charité qui leur incombaient ^ Nous

* Tim.^ V. 9 et sqq.

■ Can.Apasi,, ^., $ ;^S.Epiph,Hares.,LXX\X;^ HUron, Ep.II ad NepoUan. ' Dom Gréa, De PBgUse et de sa dmne constitution, p. 462.

* Dom Gréa, Ibid,

* Cf. sur le rôle des Ascètes, Martigny, Dîc/. des Antiq. chrétiennes, W Ascètes,

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