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Les religieux réguliers, qui n'avaient jamais fait cause commune avec les chevaliers, avaient tout à craindre de leur insatiable avidité. Aussi, encouragés par le succès qu'ils avaient obtenu dans l'affaire de l'abrogation de l'édit d'union à l'ordre de Saint-Lazare, abrogation due en grande partie à leur opposition, ils résolurent d'achever l'œuvre de restauration de l'Ordre en poursuivant l'extinction de la milice des pseudo-chevaliers, qui aurait fini par anéantir toutes les maisons régulières. La lutte fut vive. Les réguliers déléguèrent à Paris, pour faire toutes les démarches nécessaires, un habile religieux de Besançon, frère Etienne Grandvoynet, recteur de Steffansfeld; l'abbé de Luxembourg défendit sa milice. Enfin, après six années de discussions et de débats, les commissaires du Grand Conseil rendirent leur sentence, et un arrêt du lo mai 1700 déclara l'ordre du Saint-Esprit purement régulier et hos-^ pitalier, rapporta, comme nul et de nul effet, le brevet de grand maître accordé à M. de Luxembourg, et fit défense à tous ceux qui avaient pris laqualité d'officiers et de chevaliers du Saint-Esprit, de prendre à l'avenir ces titres et d'en porter les insignes *.
Atterrés par cet arrêt, les chevaliers ne perdirent pourtant pas encore toute espérance. Le roi avait résolu de ne point désigner de grand maître avant d'avoir avisé au meilleur moyen de relever l'Ordre. Il nomma, le 15 janvier 1701, une commission, dont faisaient partie l'archevêque de Paris, Bossuet, le P. de la Chaise, l'abbé Bignon, La Reynie et d'Aguesseau, pour lui rendre compte de la situation des maisons, à l'aide des titres que les recteurs avaient ordre de produire. En vertu de cet arrêt et de celui du 25
cents livres au moins, les chevaliers de grâce, douze cents livres, les chevaliers d'obédience, servants et autres petits officiers, quatre cents livres. — P. Hélyot,
op. cit., p. 2II-3I2.
^ DiplomatUt Ut P^ 201, .
}I2 l'ÉDIT de réunion a SAINT-LàZiOtB
mai 1 705^ frère Joseph Dupont, religfieux de Besançon et recteur de Dijon, se rendit à Paris en 1706, muni d^une procuration des commandeurs et religieux de Besançon, tant en leur nom qu'en celui des recteurs de Dole, Poligny, Neufchâteau, Vaucouleurs, Saint-Julien, Arlay et Orgelet, tous en dépendant *.
De leur côté, les chevaliers tentèrent un dernier effort et persuadèrent au duc de Chatillon, troisième fils du maréchal de Luxembourg, de postuler pour lui-même le titre de grand maître, qu'il n'avait pas vu sans regret enlever à son frère. Le procureur des réguliers, frère Dupont, était profondément dévoué à son ordre; mais, appréhendant le crédit du duc de Chatillon, il commit la faute d'entrer dans les propositions de ce seigneur. Il promit, au nom des réguliers, qui ne lui avaient point donné tant de pouvoir, de ne pas se prévaloir de Tarrêt de 1 700 et consentit à ce que l'Ordre fut mixte, c'est-à-dire composé de chevaliers et de réguliers, qui auraient à leur tète un grand maître séculier, assisté d'un grand prieur ecclésiastique, nommé par les religieux et confirmé par le Pape *. Heureusement, cette complaisance n'eut pas de suites fâcheuses ; les commissaires reconnurent le bien fondé de l'arrêt de 1700 et le roi en confirma purement et simplement la teneur, le 4 janvier 1708 '.
Cet arrêt fut la base de la conservation des derniers hôpitaux du Saint-Esprit'; plusieurs furent même recouvrés, parmi lesquels ceux d'Angers et d'Auray *. Enfin, faisant
* D. Calmelet, chap. VII.
* D. Calmelet, chap. VI U ' Diplomata, II, p. 239.
* Pendant le temps de Tunion de l'Ordre à celui de Saint-Lazare, les religieux ne conservaient que dix maisons : Dijon, Bar-sur-Aube, Besançon, Arlay, Dole, Gray, Poligny, Rouflfac, Steffansfeld, Wimpfen ; en 1708, l'Ordre en avait recouvré six : Chaussin, Fouvent^ NeufchAteau, Orgelet, Saint-Julien, Vaucouleurs : treize autres lui furent rendues de 1708 à 1741 : Aix, Agen, Angers, Audignon,Auray,Confolens, Largentière, Mèze, l'Ile en Jourdain, Maubourguet, Montpellier, Sainte- Sévère, Tonnerre. — Idée générale^ p. 48-49.
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droit aux prières des religieux, Louis XIV leur accorda pour grand maître un personnage éminent et capable de les protéger efficacement : le cardinal dePolignac. Ce fut le dernier acte du monarque à l'égard de Tordre du Saint. Esprit, auquel il avait fini par rendre justice. Le brevet de grand maître fut expédié au cardinal par le Régent (3 novembre 17 16), malgré toutes les démarches du duc de Chatillon ». Il n'obtint cependant ses bulles qu'en 1733, par suite de l'opposition du cardinal Doria, grand maître de Sainte-Marie *. Sous sa haute protection, les hospitaliers jouirent enfin de quelque tranquillité ; mais sa mort, arrivée trop tôt •, vint remettre en question l'avenir même de l'Ordre.
Clément XII n'avait conféré la grande maîtrise au cardinal qu'à titre de commende, en sorte qu'à sa mort les religieux devaient élire l'un d'entre eux à cette dignité. Cette disposition fut traversée par deux personnages qui, grâce à leur séjour à Paris, réussirent à mettre la main sur la direction des affaires de l'Ordre. Ils se nommaient Antoine Tousart et Pépin Dumontet. Le premier était un ancien récollet, qui avait fait profession dans la maison de Dijon ^ Le second, après avoir fait profession, en 17 11, à l'abbaye de Chancelade et joui successivement de trois bénéfices dans cette congrégation, s'était qualifié du titre
* Diplomata, I., p. 384.
*D. Caimeiet, chap. VII.
' Le 20 novembre 1741.
* Il devait sa situation à frère Dupont, qui se l'était adjoint pour la publication, à laquelle il travaillait depuis longtemps, du recueil des bulles et des privilèges de TOrdre. Doué df qualités assez brillantes, mais trop superficielles pour mener à bien une telle entreprise, Tousart se contentA d'ajouter aux documents réunis par frère Dupont des commentaires critiques qui montrent un esprit faussé par les erreurs gallicanes. Les deux tomes en un volume in-folio de cet ouvrage, dédié au cardinal de Polignac, parurent en 172J, sous le nom de Tousart seul. D. Calmelet se plaint des frais énormes dont la publication de cet ouvrage greva les maisons de l'Ordre pendant de longues années. Un arrêt du Grand Conseil les avait obligés à se charger de cette dette, mais le parlement de Besançon fit défense k celles de Franche - Comté de rien payer, et elles ne furent pas inquiétée».
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de commandeur d* Audignon ; mais il ne put jamais Justin fier de son entrée dans Tordre dn Saint-Eqnt. Leurs intrig^ues leur valurent, après la mort dn caidinal de Polignac, les pouvoirs, à Pépin, d*administrateur général^ et à Tousarty de procureur général de TOrdre *.
Dès lors, les jours de Tordre du Saint-Esprit forent comptés. Dans la commission même de Pépin avait été insérée une clause néfaste, à laquelle il ne s'opposa point, et qui s'inspirait de la politique du Régent à T^^ard des ordres religieux : c'était la défense absolue de recevoir des novices. On ne pouvait trouver un meilleur moyen de procurer Textinction, à bref délai, de TOrdre en France. En même temps, tous les recteurs durent envoyer au sieur Pépin les états, revenus et titres de leurs maisons \ pour être par lui communiqués à une commission chargée de décider du sort de TOrdre. Mais TaflFaire traîna en longueur et n'eut pas alors de suites. Le 6 octobre 1747, parut une ordonnance royale pour une nouvelle production de titres, non plus devant la commission, mais devant les Intendants de province. Les avis de ces hauts fonctionnaires, les mieux placés pour être bien éclairés, furent très favorables', mais ne produisirent aucun effet. Le recteur de Dijon, voyant Tinutilité de toutes les démarches et le dépérissement de sa maison, faute de nouveaux sujets, tenta un dernier effort et implora l'intervention de Benoit XIV, par Tintermédiaire du grand maître romain. Le Pape connaissait la situation misérable faite à TOrdre ; il recommanda à son nonce de faire toutes les diligences pour obtenir que Tinterdiction de recevoir des novices fut levée. Malheureusement, c'était en 1750, dans le moment où Tassemblée du clergé était aux
* D. Calmelet, loc, ciU
* Edit du ij avril 1742, Arch, nat, M. 4$. — Le recteur de Besançon, frère Bardenet, refusa toute communicatto/i {Ibid., M, 71).
* Voy. le Mémoire de Tlntendant de Franche-Comté. Arch, du Douhs, c«b ii| (Intendance). — V. aussi, Diptom.y U II, les Avis d'juitr.es* Intendants
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prises avec la cour, au sujet delà déclaration du clergé ; le nonce jugea que toutes ses remontrances seraient inutiles : il se tut *.
Pendant ce temps, le sieur Pépin profitait de sa situation d'administrateur général pour extorquer aux recteurs le plus d'argent qu'il pouvait, sous prétexte de les défendre auprès de la cour. Ces sommes ne suffisant pas à son avidité, il s'appropriait le revenu des maisons vacantes. Chargé en 1747, par le recteur de StefiFansfeld, de protester contre une pension de mille livres assignée sur sa maison, il enleva en effet cette pension à son destinataire, mais ce fut pour la partager avec son digne acolyte Tousart ; ce dernier, du reste, n'en profita pas longtemps, car il mourut peu après, âgé de quatre vingt deux ans.
Pépin semblait s'être donné la mission d'anéantir ce qui restait en France de ce malheureux ordre. Il s'y prit de diverses manières. S'étant emparé de la commanderie d'Auray, à la mort du dernier titulaire, il eut l'idée bizarre de consacrer les maisons du Saint-Esprit à former des élèves pour l'école militaire, projetée par un édit de l'année 1751. Il congédia donc les pauvres d'Auray et mit à leur place six jeunes enfants, qu'il prétendait sortis des meilleures familles de la province, et auxquels il donna un costume bleu, avec la double croix du Saint-Esprit. Dans une demande d'approbation adressée au roi, il se faisait fort, si on lui abandonnait les biens de l'Ordre, d'élever ainsi plus de cinq cents gentilshommes. Il renia à l'Ordre la qualité de régulier, qu'il avait pourtant défendue avec force dans un Placet * imprimé en 1743, et soutint, dans un nouvel écrit où il renouvelait toutes les extravagances du siècle précédent, que l'Ordre était noble et militaire.
* D. Calmelet, chap. VII. . .
* Idée générale de l'ordre hospitalier du Saint-Esprit de Montpellier t Paris, 174;, in-8® de 56 p.
.Jl6 L*ÉOfT DE RÉmnON A SAlHT-LâZAKB
Toutes ses tentatives de ce côté échouèrent. Il tenta une autre voie, et, au mois de septembre 1759, il notifiait à tous les recteurs une lettre du ministre et une décision du Conseil en dix articles, « qui enjoignait à tous les commandeurs et chanoines de TOrdre dVnvoyer sur le champ leur consentement à son extinction, à la réunion de ses biens à Tordre séculier et militaire de Saint-Lazare, à leur sécularisation et incorporation de leurs personnes àoettedievalerie, sous l'autorité de Mgrr le duc de Berry, qui en est grand maître '. » Cinq seulement des religieux fléchirent devant les menaces de Pépin et la crainte du ministre, et donnèrent Tadhésion demandée*, à Tinsu de leurs recteurs. Devant les protestations des autres, le ministre, pour lever les scrupules de leur conscience, fit solliciter à Rome ', par le conseil de Tordre de Saint-Lazare, une bulle de réunion des deux ordres, ce que le Pape finit par accorder, le 3 janvier 1762. Le sieur Pépin se réjouissait de son succès, et s'apprêtait à seconder de toutes ses forces Tévèque d'Auxerre, nommé exécuteur de la bulle, lorsqu'un jugement flétrissant rendu contre lui * vint Tarréter en le privant de tous ses titres, au mois de septembre 1763. Il est remarquable que ce personnage remuant eut la même fin que tous les intrus ses prédécesseurs : au moment où ses manœuvres allaient être couronnées de succès, la Providence Tarrèta\ Frère Alexandre-Joseph-Rémond de Bellecin, religieux de Besançon et recteur de Saint-Julien, hérita du titre de vicaire et administrateur général, que lui valut son adhésion à la bulle d'union.
* D. Calmelet, chap. VII.
* Voy. Capitulations ou conditions proposées par MM, du Saint-Esprit de Montpellier, avant de donner leur consentement à l'union et à Vextinction de leur ordre à celui de St Lazare, 1759, ms. — Arch. nat, M. 4$, n« 12.
* Brevet de S. M. du i"" février 1760^ portant permission de solliciter une buUe d'union ; — Bulle de Clément XIII, du ^ janvier 1762 ; — Lettres patentes du 22 juin 176}, Arch. nat , M. 42, n^ i.
' D. Calmelet, loc, citp •Ibid,
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Nous allons assister encore une fois à la lutte entre les deux ordres. Celui de Saint-Lazare, ne voulant pas s'ex;* poser à voir sa proie lui échapper de nouveau, résolut de mener vivement la prise de possession. Appuyé sur le consentement de frère de Bellecin à Texécution de la bulle, donné sans pouvoir des autres membres et sans délégation d'un chapitre général, Tabbé de Cambacérès, prit posses-^ sion des ruines de Thôpital de Montpellier, au nom du bureau de Saint-Lazare, le i6 avril 1764. Il en fit autant de plusieurs autres hôpitaux de la région, qui n'avaient pas de titulaires. Après ce facile succès, les efforts se portèrent sur les maisons régulières. Le 6 décembre de la même année, le commandeur et les religieux de Dijon reçurent assignation pour comparaître par devant Tabbé Duchatel, commissaire de l'évèque d'Auxerre, chargé de fulminer la bulle d'union. Frère Calmelet avait préparé sa défense; il n'eut pas de peine à démontrer que cette bulle, ayant été obtenue par l'ordre de Saint-Lazare, sans le consentement de celui du Saint-Esprit, et sur des motifs erronés, était nulle et obreptice ; en conséquence il fit opposition à son exécution. Il se hâta de prévenir les autres recteurs contre les surprises des commissaires de Saint-Lazare. Aussi, lorsque ces derniers arrivèrent à Besançon, munis des lettres du comte de Saint-Florentin, vicaire général pendant la minorité du Dauphin, et du ministre Choiseul, ils trouvèrent toutes les autorités contraires, et le parlement refusa nettement d'enregistrer la bulle.
Impuissants à Besançon et dans tout le ressort du parlement de Franche-Comté, les commissaires voulurent du moins surprendre les maisons d'Alsace. Mais là encore ils furent déçus. Le jour même de leur arrivée à Steffansfeld, le grand conseil d'Alsace, prévenu à la hâte, se réunit extraordinairement et leur fit défense expresse de procé* der à aucune visite, sécularisation ou union des maisons du Saint-Esprit situées en Alsace, avant d'avoir fait enregistrer
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les arrêts, lettres patentes et bulles sur lesquelles ils prétendaient appuyer leurs opérations. Devant une résistance si résolue, les pauvres commissaires durent se résigner au départ '. Le cardinal de Rohan--Guéménée, évéque de Strasbourg, prit ses hospitaliers sous sa protection, et leur permit de se recruter par des novices, de sorte quHls subsistèrent jusqu'à la révolution.
Dijon fut moins heureux. La connivence du bureau de Thôpital de la Charité fut la cause qui en amena la perte. Le 17 mai 1768, un traité passé entre M. Bouhier de Lantenay, délégué du Bureau, et le comte de Saint- Florentin, partagea les biens des hospitaliers entre les deux parties : Thôpital s'adjugeait les bâtiments, les fonds et les cens situés à Dijon ; Tordre de Saint-Lazare recevait les domaines plus éloignés et la maison de Fouvent^ destinés à former une commanderie. Frère Calmelet s'opposa naturellement à ce partage qui le dépouillait sans même Tentendre. Peut-être, grâce à l'appui du gouverneur de Bourgogne, le marquis de laTour-du-Pin, baron de Fouvent ■, aurait-il réussi à l'empêcher, sa vie durant. Mais on lui fit comprendre, dit-il, que, l'extinction de l'Ordre étant inévitable par suite de son défaut de recrutement, il ne lui servirait de rien de se raidir contre les volontés royales, et il finit par consentir au traité, moyennant une pension annuelle de 1 500 livres^ la jouissance des bâtiments d'habitation, la liberté de finir ses jours au service de l'hôpital, et enfin une pension de 800 livres au frère Petit, son dernier religieux, s'il survivait au commandeur*.
Telle fut la fin de cette belle maison hospitalière de Dijon, où pendant cinq siècles les disciples de Gui de Montpellier avaient répandu à pleines mains les bienfaits.
* D. Calmelet, chap. VII.
* Calmelet était originaire de Fouvent, où sa famille avait en pendant plus d*un siècle la justice de cette baronnte {Ibid.)
* D. Calmelet, Ufid.
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.La dernière satisfaction du bon commandeur, frère Calmelet, après plus de trente ans de service, fut de penser que les biens de sa chère maison continueraient à servir au soulagement des pauvres et des orphelins, selon le but des fondateurs ; car Thôpital de la Charité, issu du Saint- Esprit, héritait de ses œuvres de miséricorde.
Dans la Franche-Comté, Textinction des religieux ne fut due, ni à Tordre de Saint-Lazare, ni à la bulle de Clément XIII, qui furent impuissants, mais uniquement à Tinter- :dictionqui leur avait été faite de recevoii-des novices. Par suite de cette interdiction, la maison-mère de Besançon fut obligée, par le défaut de sujets, de renoncer successivement à la direction de tous les hôpitaux de la province.
A Poligny, après la mort de frère Jean-Baptiste Bas (1756), il n'y eut plus qu'un administrateur ecclésiastique, pris dans le clergé de la ville. Un prêtre séculier avait également succédé, en 1760, à frère Mathieu Guillemin, commandeur de Neufchâteau ; l'année suivante, mourut frère Jacques Jacob, qui avait été recteur de Vaucouleurs pendant plus de quarante ans. Jean-François Bullet. frère du célèbre érudit, travaillait lui-même depuis dix-neuf ans à rebâtir son hôpital d'Arlay, lorsqu'un jour, en 1759, on le trouva sans vie dans la carrière de son enclos ; une grosse pierre l'avait écrasé*. Frère Archimbaud, trentehuitième et dernier recteur de Gray, mourut en 1771 ; toute la ville, par l'organe de ses magistrats, « rendit un respectueux hommage à sa mémoire, à ses vertus et au soin tout particulier qu'il avait des enfants trouvés". » Enfin, à Besançon, les religieux s'étaient éteints peu à peu, le vieux commandeur, Nicolas Bardenet, finit par demeurer seul. Trop infirme pour pouvoir suffire au service spirituel de l'hôpital, il fit abandon de ses droits à la mense conven*
• Abry d'Arcier, Histoire du bourg <fAr/tf/, p. jço,
* J. Gauthier, Notice hist, sur Vhôpital de Gray^ p. p.
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toelle. moyennant une pension de 1 500 Irares^ et à Tours 1772;. où il momut en 1780 *.
Ainsi finit en France, dans sa brandie mascnfiae cc principale, cet ordre si longtemps illustré par sa splendcsr et surtout par ses bienfaits. Les rois de France, teurs naturels, furent la première cause de sa en le séparant de son chef, le grand mahre ramain ; relâcher les liens de Tobéissance. c'est ouvrir la porte à tous les désordres. Quand, plus tard, les maisons demeiirées fidèles prirent à cœur de relever les ruines accumulées par le protestantisme et les milices d'aventuriers, la même cause \'int paraljser tous leurs efforts. Sans chef, inhabiles à combattre les intrigues nouées à la cour, ils étaient condamnés à succomber. Et Louis XV, en défimdant k rOrdre de se recruter, le frappa au cœur, bien plus sûrement que lorsqu'il le livra, vingt ans après, aux chevaliers de Saint-Lazare et du Mont-Carmel.
Cependant, hâtons-nous de le dire, notre ordre ne périt pas tout entier, et les hôpitaux de Lorraine et de Franche - Comté ne cessèrent point de jouir de ses bienfaits : nous allons voir les sœurs du Saint-Esprit, demeurées seules, continuer courageusement la mission de charité qu^auparavant elles partageaient avec leurs frères.
* A. Castaa, Notice, II, p 190.
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