Égyptiens, Israélites, Assyriens, etc
Quelle que soit la branche de l'art dont on cherche à découvrir les origines en remontant le cours des âges, on est presque toujours sûr d'en rencontrer les premiers monuments en Egypte, les premiers témoignages écrits dans la Bible.
En ce qui concerne l'Egypte, les récentes découvertes de la science permettent aujourd'hui de déterminer avec beaucoup de précision les différentes époques de sa chronologie jusqu'aux temps les plus reculés. D'autre part, grâce à la nature de son sol et à ses gigantesques monuments, l'Egypte, mieux qu'aucun autre pays du monde, a pu conserver intactes jusqu'à nous les précieuses reliques d'une civilisation qui se perd dans la nuit des temps.
Chaque jour d'intelligentes fouilles en mettent quel-
ques-unes à découvert, livrant ainsi à l'admiration et à la curiosité de notre génération une foule d'objets qui, après quarante siècles et plus d'enfouissement, nous apparaissent en aussi bon état que s'ils avaient été ensevelis la veille seulement.
C'est ainsi qu'à l'Exposition universelle de 1867 nous avons pu voir une des vitrines de la section égyptienne remplie d'objets précieux provenant du tombeau récemment ouvert de la reine Aah-hotep, femme du dernier roi de la seizième dynastie, dont l'existence remonte au dix-septième siècle avant notre ère. A elle seule, cette antique sépulture renfermait un véritable musée d'art, une variété infinie d'objets d'or ou d'argent. Outre les nombreux bijoux, diadème, pectoral, chaînes, colliers, bracelets, anneaux ou armilles dont était surchargée la momie de la reine elle-même, on y voyait encore réunis plusieurs hachettes d'or et d'argent, une grande hache admirablement montée en orfèvrerie, des poignards à lame d'or, et enfin une petite barque en or massif du travail le plus fin, montée sur un chariot à quatre roues. Une description détaillée, accompagnée de la figure même de cet objet, peut seule donner une idée exacte de sa finesse et de son ingénieuse composition.
La barque est garnie de son équipage. Elle est d'or massif. Les rameurs, au nombre de douze, sont d'argent également massif. Au centre de la barque est assis un petit personnage tenant la hachette et le bâton de commandement. Un autre personnage est debout à l'avant dans une sorte de petite cabine. Enfin le timonier se tient à l'arrière, manœuvrant, en guise de gouvernail, une rame à large palette. Ces trois dernières figures sont en or. L'avant et l'arrière de la barque sont gracieusement relevés et terminés en bouquets de papyrus. Le tout est monté sur un chariot dont le train est en bois et les roues sont en bronze.
Les Égyptiens, on le sait, croyaient en une autre vie.
l'antiquité ÉGYPTIENNE. 5
Cette barque, trouvée dans une sépulture royale, était évidemment là comme symbole du passage des âmes.
L'extrême élégance, la finesse d'exécution de ce petit monument, prouvent assez que, dès cette époque reculée, l'orfèvrerie égyptienne n'en était pas à ses premiers essais. On pourrait ajouter, il est vrai, que la civilisation elle-même n'en était pas à ses débuts dans ce pays, puisque déjà, plus de deux mille ans auparavant, la quatrième dynastie élevait, auprès de Memphis, les prodigieux monuments qui étonnent encore nos regards.
La barque d'or que nous venons de décrire ne paraît pas être elle-même le plus ancien vestige de l'orfèvrerie
Fig. I. Barque de la reine Aah-hotep.
égyptienne qui soit parvenu jusqu'à nous. Le musée du Caire possède cinq beaux vases d'argent trouvés à Tellel-Tmai (Thmuis), qui semblent avoir fait partie du trésor de quelque temple de cette ville. Le style en est très-pur et leur décoration, formée de feuilles de lotus, permet, par-analogie avec divers monuments connus et datés, de les faire remonter jusqu'à l'époque très-antérieure des dynasties nationales
Notre musée du Louvre s'est aussi enrichi récemment d'un fort joli groupe en or, représentant la triade divine d'Osiris, Isis et Horus Sur ce petit groupe on
lit le nom et le prénom du roi Osorkon II, ce qui en fixe la date au dixième siècle avant notre ère.
D'où les Égyptiens avaient-ils tiré les premiers principes de cet art si prodigieusement ancien? C'est ce qu'il serait bien difficile de dire, ce qu'il sera même probablement impossible de savoir jamais, puisqu'aucun autre peuple ne nous a laissé ni monument ni histoire écrite antérieurs à ces dates reculées.
Le monument écrit le plus ancien où nous trouvions la mention positive et détaillée d'œuvres d'orfèvrerie de quelque importance est l'Ancien Testament. Ce premier témoignage remonte au temps de Moïse. Tout le monde a lu le chapitre xxv de l'Exode, où se trouvent rapportées avec tant de détails les instructions données par le Seigneur lui-même à son fidèle serviteur pour la construction de l'arche sainte. Au-dessus de l'arche, revêtue de plaques d'or, il lui ordonna de suspendre une couronne de même métal, de faire fabriquer un propitiatoire de l'or le plus pur, long de deux coudées et demie sur une coudée et demie de largeur, avec deux chérubins d'or aux extrémités de l'oracle ; plus une seconde table, également dorée, surmontée également d'une couronne, puis des plats, des encensoirs, des coupes, de petits vases pour les libations, sept lampes avec des mouchettes et des vases destinés à recevoir la mouchure des lampes, le tout en or très-pur ; enfin le fameux chandelier à sept branches (trois de chaque côté de la tige principale), chaque branche ornée de pommes et de lis d'or avec une coupe en forme de noix.
C'était là, il faut en convenir, une commande d'orfèvrerie un peu forte pour un peuple de pasteurs, pour de pauvres fugitifs campés momentanément sur la limite du désert ; et il faudrait croire à l'intervention miraculeuse de Dieu lui-même pour donner à son peuple les moyens d'accomplir son commandement, si l'on ne savait aujourd'hui que, tout près du campement deslsraé-
Jites, tout près du Sinaï, où Moïse recevait les ordres du Très-Haut, dans un Jieu actuellement nommé Oualy- Magarah, se trouvaient d'importantes mines, très-anciennement exploitées par les Egyptiens, et des usines métalliques dont la trace subsiste même encore.
Soit que les Israélites, alors maîtres de la contrée, eussent expulsé les ouvriers égyptiens pour s'établir à leur place dans les usines, soit qu'ils aient contraint ceux-ci à travailler pour eux, il est infiniment probable qu'ils trouvèrent là les ressources les plus essentielles pour l'accomplissement des ordres qu'ils avaient reçus. Dans tous les cas, ce qu'il y a de positif, c'est que les principaux artisans de l'œuvre appartenaient au peuple juif. L'Histoire sainte nous a conservé leurs noms : ils s'appelaient Besalel et Oholiab.
Quelques auteurs anciens semblent penser que c'était également dans les usines d'Oualy-Magarah qu'avait été fabriqué le veau d'or; mais cette conjecture ne paraît reposer jusqu'ici que sur de bien vagues probabilités.
Cependant, le peuple de Dieu, affranchi à peine alors d'un esclavage qui, du reste, n'avait pas été sans enseignements pour lui, devait voir plusieurs siècles encore s'écouler avant d'atteindre l'apogée de sa prospérité. Ses arts parurent enfin dans tout leur éclat un millier d'années avant Jésus-Christ, durant la première partie du règne de Salomon. Les descriptions qui nous restent du luxe vraiment oriental déployé par ce monarque pourraient à bon droit paraître fabuleuses, si, d'une part, il ne nous était attesté par les saintes Écritures elles-mêmes, et si, d'autre part, nous ne savions par d'autres exemples avec quelle profusion les métaux précieux étaient employés par tous les princes de l'Orient à cette époque reculée.
Salomon, nous dit le Livre des Rois, ne buvait que dans des coupes de l'or le plus pur, et toute la vaisselle
de sa maison du mont Liban était également en or; et « non pas en argent », fait remarquer le texte sacré, car, sous son règne, l'argent n'était que de Lien peu de valeur. Il fit fabriquer deux cents boucliers revêtus de lames d'or, dont le poids, pour un seul, est estimé à six cents onces (plus de trente-sept livres), et trois cents autres de plus petite dimension. Enfin son trône, toujours d'après le texte du Livre des Rois, était en ivoire, tout garni d'ornements en or fauve, indication infiniment précieuse, en ce qu'elle nous montre que, dès cette époque reculée, les procédés de l'orfèvrerie étaient déjà assez avancés pour comporter l'emploi des ors de diverses couleurs.
Mais le monument le plus durable de la splendeur du règne de Salomon devait être surtout le fameux temple de Jérusalem qu'il construisit d'après les indications du roi David, son père. Rien n'en pouvait dépasser la magnificence. Sans parler de la profusion de l'or comme revêtement des lambris dans toutes les parties essentielles du temple, des clous d'or de la charpente sur laquelle ceux-ci étaient fixés, du métal employé à la fabrication des deux grandes figures de chérubins dont les quatre ailes déployées atteignaient ensemble une envergure de vingt coudées, nous trouvons encore comme objets de pure orfèvrerie, dans la longue description que nous en a conservé le livre II du Paralipomène, l'autel et tous les vases du temple, des chandeliers, cent fioles, des lampes avec leurs mouchettes, des coupes, des cassolettes, des encensoirs, des mortiers, tout en or, et enfin les portes extérieures du temple elles-mêmes avec un revêtement du même métal. Des tables, des vases, des candélabres et des lanternes d'argent complétaient enfin ce trésor d'orfèvrerie sans pareil, dont aucun trésor moderne ne peut assurément donner l'idée.
De pareilles richesses ne pouvaient manquer d'exciter la cupidité des hommes. C'est le sort commun de tous
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