ANTIQUITÉ JUIVE
les trésors que d'être tôt ou tard pillés, ou Lien cachés, enfouis de telle sorte qu'ils restent ensuite comme perdus pendant bien des siècles. Les dernières richesses du temple de Jérusalem devaient figurer, dix siècles plus tard, parmi les dépouilles opimes qu'après la prise de cette ville les soldats de Titus rapportèrent à Rome ; et c'est ainsi qu'un des bas-reliefs de l'arc de triomphe élevé à la gloire de ce prince nous montre, parmi les trophées de sa victoire, la table de proposition et le fameux chandelier à sept branches, dernière et précieuse reproduction d'un art dont il ne nous reste aujourd'hui aucun autre vestige.
Toutes les pièces d'orfèvrerie dont Salomon dota si magnifiquement le temple de Jérusalem avaient été faites avec l'or et l'argent que lui avait laissés à cet effet le vieux roi David. Mais, pour mettre en œuvre des matériaux aussi précieux et accomplir tous les autres travaux destinés à la magnificence du temple, le royaume d'Israël n'avait point, paraît-il, d'ouvriers suffisamment habiles. Salomon, qui vivait alors en paix avec ses voisins, fil appel aux artistes, aux ouvriers étrangers. Outre une foule de matériaux précieux, étoffes, bois rares, etc., il fit venir de Tyr, pour le mettre à la tête de ces travaux, un homme de grand talent, Hiram, qui, par sa mère, avait lui-même du sang israélite dans les veines.
Ce Hiram, à ce que nous disent les saintes Écritures, savait également bien travailler l'or, l'argent, l'airain, le fer, le marbre, le bois, connaissait la ciselure et la sculpture, s'entendait à teindre les étoffes en toutes couleurs, et réunissait enfin toutes les qualités nécessaires pour pouvoir diriger les ouvriers, tant israélites qu'étrangers, employés par Salomon. C'était, il faut en convenir, un précieux homme que celui-là. Il n'y a cependant pas trop lieu de s'étonner de tous les talents qu'il possédait, si l'on songe combien, dès cette époque, les arts de la civilisation étaient déjà avancés sur les
rives orientales de la Méditerranée, à Tyr et dans toute la Phénicie. '
Outre l'industrie toute spéciale de la verrerie et celle de la teinture des étoffes, qui faisaient la gloire de Tyr, les Phéniciens excellaient aussi dans l'art de fondre et de mettre en œuvre les métaux, dont ils attribuaient la découverte à Chrysor, l'une des divinités secondaires de leur Olympe. Les inscriptions hiéroglyphiques les plus anciennes mentionnent les beaux ouvrages de bronze provenant de leurs fabriques, et les premiers poëmes de la Grèce célèbrent l'excellence des coupes de métal précieux ciselées par les artistes phéniciens, ce dont on peut du reste encore juger par quelques pièces fort rares que possèdent les musées du Louvre et du Vatican.
L'orfèvrerie, toutes les découvertes récentes qui sont venues nous dévoiler l'histoire primitive de l'Orient, nous le prouvent à l'envi, l'orfèvrerie, le travail des métaux précieux, avaient atteint chez les peuples orientaux un développement et une perfection relative trèsremarquables dès les époques les plus reculées jusqu'où peuvent pénétrer, quant à présent, nos regards.
On en trouve la trace incontestable dans ces prodigieuses inscriptions cunéiformes de l'Assyrie, que de hardis pionniers de l'érudition française ont eu, les premiers, l'honneur de disputer aux sables du désert. Ces inscriptions, on le sait, sont généralement les fastes, le récit orgueilleux et ampoulé du règne de quelque souverain de l'antique Assyrie, rémunération de ses victoires, de ses fondations pieuses et de ses richesses. Beaucoup d'entre elles ont déjà pu être déchiffrées et traduites en tout ou en partie ; de ce nombre est l'immense et magnifique inscription de Korsabad, connue sous le nom de Fastes de Sargon.
Le prince à qui appartient ce nom vivait dans le huitième siècle avant notre ère. Sa'puissance fut grande ;
l'antiquité ASIATIQUE. 13
et, par le compte rendu si détaillé qu'il nous a laissé de son règne, on voit également que, si ses richesses étaient immenses, le luxe, les richesses des princes qu'il eut le bonheur de vaincre n'étaient pas moins considérables. Lui-même nous apprend qu'il a réjoui le cœur des dieux en leur offrant d'immenses cadeaux, des bijoux pesants, des vases d'argent ciselés, des raretés de toutes sortes; qu'il a prodigué à ses lieutenants, à ses satrapes, de l'or, de l'argent, des vases en argent et en or, des pierres précieuses, des richesses immenses. Et en effet la prodigalité devait lui être facile, si l'on en juge par l'immense quantité de butin qu'il se vante d'avoir ramassé dans toutes ses expéditions. Le seul roi de Ghaldée, Mérodach-Baladan, à la suite d'un combat malheureux, s'était vu obligé de lui abandonner comme dépouilles opimes son trône en or, sa tiare, son sceptre et son parasol de même métal, son char en argent, et encore une foule d'ornements d'or, d'un poids considérable.
Dans une autre inscription récemment déchiffrée, le roi Assurdanipal, racontant sa seconde guerre contre Ummaldas, mentionne, parmi le butin qu'il a fait, beaucoup de chevaux et de mules, dont les harnais étaient couverts d'or et d'argent.
Quel luxe que celui de tous ces petits monarques asiatiques! Et comment, après cela, s'étonner de celui que l'on retrouve chez des potentats bien autrement puissants, tels que Darius ou Xerxès?
Tous les récits des historiens nous prouvent que ces princes follement somptueux avaient coutume de traîner après eux à la guerre d'immenses trésors composés en grande partie d'orfèvrerie d'or et d'argent. Aussi quel butin le vainqueur ne faisait-il pas après leur défaite! Nous venons d'en voir un exemple à propos de la victoire de Sargon sur les Ghaldéens. On en trouve plus tard d'autres, non moins frappants, dans la longue série des guerres que la Grèce eut à soutenir contre les
Perses. Après la bataille d'Arbelles (450 ans avant Jésus-Christ) , que Darius se croyait si certain de gagner, Alexandre le Grand, pénétrant tout à coup dans le camp de son rival, y trouva tout disposé pour y recevoir celui-ci en vainqueur. Un bain même était préparé à son intention. Alexandre en profita, dit-on : il le prit en son lieu et place. A cette occasion, nous dit Plutarque, voyant que toutes les boîtes à parfums, les fioles, les buires, les bassins, autres vaisseaux et la baignoire ellemême étaient en or1, le monarque macédonien ne put retenir une exclamation de surprise et d'admiration en présence de ce luxe vraiment royal.
De même, à la suite de la bataille de Platée, Pausanias s'étant emparé du camp des Perses y trouva un immense butin, riche surtout par la quantité de pièces d'orfèvrerie qu'il contenait. Hérodote, à qui nous devons ces détails, parle de lits dorés et argentés, de cratères, de coupes et autres vases à boire en or, de lébètes (espèce de grands bassins ou chaudières) en or et en argent, enfermés dans des sacs. Le pillage, ce jour-là, fut si considérable, qu'au dire de notre auteur, les Éginètes en furent enrichis pour longtemps. Et néanmoins, tels étaient les trésors accumulés dans le camp des Perses que, sur la dixième partie du butin prélevée au profit des dieux, Pausanias put encore faire exécuter plusieurs statues colossales en bronze et un superbe trépied d'or soutenu par trois serpents d'airain, pour le temple de Delphes.
On raconte, toujours à cette occasion, que l'illustre guerrier, après sa victoire, trouva plaisant de se faire
1. Il est permis de supposer que ce qui parut de l'or à Alexandre n'était tout au plus que de l'argent doré. Une baignoire d'or pur serait d'un poids qui en rendrait l'usage presque impossible. Par la même raison, il ne faut évidemment voir que des lits dorés ou garnis d'ornements en or, dans les lits d'or dont nous parlent les vieux auteurs. Même réserve pour les tables, qui, selon toute probabilité, étaient seulement revêtues d'une lame d'or plus ou moins épaisse.
préparer deux dîners, l'un dans la vaisselle du vaincu, servi sur des tables d'or et d'argent par les esclaves du roi des Perses, l'autre, à la mode des Lacédémoniens, par ses propres serviteurs. Le contraste était grand ; Pausanias, entouré de tous les chefs de son armée, le lit remarquer en souriant : « Comprenez -vous, leur dit-il, la folie de ces gens-là, qui, ayant chez eux une table si riche, viennent de si loin pour en chercher chez nous une si misérable. »