Reliquaire irlandais
sans analogues dans les autres pays. Ce sont des montures de cloches. Beaucoup de saints irlandais étaient des solitaires. Les clochettes de leurs ermitages sont devenues, après eux, un objet de vénération; on en a fait des reliques. Quelques-unes d'entre elles ont été conservées, comme telles, dans de riches montures d'orfèvrerie dont la figure ci-dessus peut donner une idée assez exacte. Cette monture de cloche, qui fait aujour-
d'hui partie de la collection du British Muséum, est en argent très-finement travaillé. Une partie des ornements est niellée et l'on y trouve aussi quelques traces d'émail.
La Russie elle-même, que nous avons à citer pour la première fois, possède encore quelques précieux objets d'orfèvrerie de cette époque, parmi lesquels je citerai les Larmes ou larges colliers d'or des souverains moscovites aux dixième et onzième siècles, la coupe du prince Wladimir Davidowitch de Tchernigov (1138- 1151) et diverses panégies d'or émaillé ou d'argent niellé du même siècle, qui se peuvent voir dans la cathédrale de l'Annonciation de Moscou.
A Pesth, les Hongrois montrent, dans leur musée national, le sceptre d'argent et divers bijoux du roi Biella, qui vivait également au douzième siècle.
En Espagne, il faut l'avouer, l'art et la civilisation étaient bien plutôt représentés alors par l'élément mauresque que par l'élément chrétien. Cependant la culture des industries nationales ne fut jamais complètement abandonnée dans ce pays. Deux orfèvres espagnols qui vivaient au onzième siècle, nommés Aparisio et Rodolfo, sont cités comme étant les auteurs de la belle châsse de saint Millano, où l'on voyait vingt-deux basreliefs d'or et d'ivoire.
Du même temps, ou à peu près, est le beau calice d'or conservé jusqu'à nos jours dans l'abbaye de Saint- Dominique de Silos. Ainsi qu'on peut le voir par le dessin ci-contre, c'est une espèce de coupe un peu massive, que décore, dans tout son pourtour, une suite d'arcatures en plein cintre figurées en filigrane. Une inscription fort ancienne, gravée sur le pied, nous apprend qu'elle fut faite en l'honneur de saint Sébastien par un abbé du nom de Domenico.
Presque à la même date, nous trouvons en Portugal un autre calice, non moins intéressant, dû, ainsi que
Fig. 27. Calice de Silos.
ITALIE, XIe SIÈCLE. 137
nous l'apprend l'inscription, à la munificence de la reine Dulce, femme de Don Sanche Ier. Ce précieux objet fait actuellement partie de la collection de l'Académie des beaux-arts de Lisbonne.
Quant à l'Italie, je l'ai déjà fait entrevoir, l'art y était alors à un état de transition, de transformation, résultat de deux courants d'idées tout à fait différents : d'une part la persistance de la tradition antique, bien altérée, il est vrai, et, de l'autre, l'influence de l'art byzantin. C'est ainsi que nous avons vu, à peu de distance l'un de l'autre, le doge Orséolo recourir aux orfèvres de Byzance pour faire ériger dans la cathédrale de Saint- Marc, à Venisej l'admirable rétable connu sous le nom de Pala d'oro, tandis qu'à Milan, l'archevêque Angilbert chargeait un artiste italien d'exécuter un parement d'autel de même travail pour l'église de Saint- Ambroise.
Au onzième siècle, cette double tendance subsiste. Léon d'Ostie nous en fournit de nouvelles preuves dans sa précieuse chronique du Mont-Cassin, qui renferme tant de détails intéressants sur l'état des arts en Italie à cette époque.
Le Mont-Cassin, on le sait, était le siège d'une des plus puissantes abbayes et d'une des plus riches qu'il y eût au inonde. Vers le milieu du siècle, l'abbé Didier, élu en 1058, entreprit de reconstruire complètement la principale église de son monastère , placée sous l'invocation de saint Benoît. Ne voulant rien épargner pour donner à cette église une magnificence incomparable, Didier mit simultanément à contribution les plus célèbres artistes de l'Orient et ceux de l'Italie.
Aux orfèvres de Byzance il demanda d'abord un parement d'autel en or, décoré de pierres fines et de tableaux d'émail représentant divers sujets tirés de l'Évangile ou de la légende de saint Benoît; puis le
revêtement en argent des six colonnes qui devaient entourer le chœur, et divers autres ornements en argent ou en bronze.
En même temps, Didier entretenait dans son monastère du Mont-Cassin des ateliers où se formaient de nombreux artistes et où il faisait directement fabriquer une foule d'autres pièces d'orfèvrerie, tantôt originales, tantôt copiées sur des modèles byzantins. C'est ainsi que, sur treize bas-reliefs d'argent réprésentant le Christ et les apôtres, dix seulement ayant été apportés de Constantinople, les trois autres furent exécutés au Mont- Cassin, et que Didier, ayant reçu en présent un superbe médaillon en argent doré, en fit faire un second tout semblable dans ses propres ateliers, pour en décorer le ciborium du maître-autel de son église.
C'est au Mont-Cassin même que Didier fit fabriquer la plupart des grandes pièces destinées à compléter le magnifique mobilier ecclésiastique de son abbaye. Par ses propres orfèvres, il fit couvrir de bas-reliefs d'argent les côtés du grand autel déjà revêtu du riche parement d'or émaillé qu'il avait fait venir de Constantinople. Au-devant de l'autel, il fit élever quatre colonnes revêtues d'argent en partie doré, entre lesquelles étaient placées deux grandes croix finement ciselées. Des ornements d'argent massif décoraient également les traverses sur lesquelles reposait la voûte du ciborium. De nombreuses lampes étaient suspendues tout autour, sans compter six candélabres de trois coudées de hauteur, et un immense chandelier destiné à recevoir le cierge pascal. Mais, de tout ce luminaire, la pièce la plus importante, la plus considérable sans doute qui fût sortie des ateliers du Mont-Cassin, était une couronne de lumières en argent, mesurant près de vingt coudées de circonférence, et à laquelle étaient suspendues trente-six lampes en orfèvrerie.
L'énumération que Léon d'Ostie donne ensuite de