‹ Histoire de l'orfévrerie depuis les temps les plus reculés jusqu' à nos joursChapitre 24 sur 42 · ITALIE, XII" SIECLE · texte numérisé non relu

ITALIE, XII" SIECLE

tout le menu mobilier ecclésiastique, calices, croix, encensoirs, reliquaires, candélabres, etc., que possédait l'abbé Didier, prouve que le luxe d'orfèvrerie et par suite la prospérité de cette industrie n'étaient pas moindres alors en Italie qu'en aucun autre pays de l'Europe.

Et ce n'est pas au Mont-Cassin seulement que l'art national italien se maintient en concurrence avec l'art byzantin. Ainsi, tandis que l'on voit dans la cathédrale de Citta di Gastello un parement d'autel en argent exécuté par ordre du pape Célestin II, que les plus habiles connaisseurs, d'Agincourt, M. Labarte, etc., regardent comme étant incontestablement l'œuvre d'artistes grecs, en même temps on voit dans l'oratoire du Sancta-Sanctorum, près Saint-Jean de Latran, un grand reliquaire ou armoire aux reliques avec portes garnies de plaques d'argent ciselé, datant du pontificat d'Innocent III, et que les mêmes juges considèrent comme l'œuvre non moins incontestable d'artistes italiens. Enfin, c'est également par des orfèvres du pays que Bérard, abbé de Farfi, mort en 1119, fit fabriquer les deux parements d'autel et les riches couvertures de livres dont il dota son église.

De leur côté, les orfèvres toscans, au dire de Théophile, excellaient dans l'art de fabriquer les émaux (sans doute des émaux cloisonnés, à la façon des byzantins) ; et les orfèvres vénitiens s'étaient fait, par la délicatesse de leurs ouvrages en filigranes d'or et d'argent, une réputation qui s'étendait bien au delà des frontières de l'Italie, si l'on en juge par le nom & ouvrage de Venise donné aux objets de cette nature dans une foule d'anciens inventaires.

Si donc l'art byzantin a exercé une influence considérable sur l'art italien, ce qui ne semble pas contestable, on ne saurait en conclure, selon moi, que l'un ait été complètement absorbé par l'autre. La vérité est

qu'à travers tous les enseignements qui purent lui venir du dehors, le génie italien sut conserver son caractère propre et rester toujours lui-même, au point de créer bientôt un nouveau style.

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