‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 114 sur 154 · BOUGEOIR EN GEMMES · texte numérisé non relu

BOUGEOIR EN GEMMES

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LA JOAILLERIE

auquel les Croisades aidèrent doublement, en étendant d’abord nos relations avec l’Asie et en répandant cette croyance que si l’on rencontrait, par exception, de nombreux échantillons de saphirs en France aux environs du Puy1, toutes les autres pierres précieuses provenaient de l’Euphrate qui les roulaient dans ses eaux. C’est en parlant de ce fleuve que l’auteur du délicieux Roman de Floire et Blanceflor écrivait :

En icele ève (eau) detnanières Truevé on précieuses pières ;

Saffirs i a et calcidoines,

Boines jagonses et sardoines,

Rubis et jaspes et cristaus,

Et topasses et baus esmaux,

Et autres que nomer ne sai,

Car pas oï nomer n’es ai 2.

Au xiv° siècle, l’importation de ces pierres s’était tellement développée, celle des perles surtout, que l’on ne se borna plus à décorer de gemmes coûteuses les vases sacrés et quelques joyaux à l’usage exclusif de la reine ou du roi, mais on en couvrit jusqu’aux pièces courantes de l’orfèvrerie de service. Sous ce rapport l’ Inventaire du duc Louis d’Anjou et celui de son frère Charles V sont particulièrement édifiants. Le premier décrit des aiguières et des gobelets d’or ornés « de grosses perles de moulinet», et portant au bouton du couvercle des saphirs entourés d’autres perles de prix; des salières enrichies de « rubis d’Alexandr[i]e », de « pelles » (perles) et « aultre pierrerie ». Ici c’est une cuiller d’or qui a un saphir « emmy le bout ». Là c’est un « godet orné de ballais et rubis ». Les pièces de ce genre abondent dans ce document, et cependant l 'Inventaire de Charles V est dix fois plus riche encore. 11 suffit de lire dans ce livre si curieux la table des chapitres consacrés aux joyaux ornés de

1. Les saphirs, pendant tout le Moyen Age, se trouvaient auv environs du Puy en Velay. Ils étaient fort renommés. On en rencontre un certain nombre dans les Inventaires de Charles V (1380), de Charles VI (1309), parmi lesquels il en est de « bien fossoyés », c’est-à-dire taillés à facettes. Dans V Inventaire du duc de Berry ( 1 A 1 6) figure « un sac de cuir où dedans a plusieurs menues pierres de la Itivière du Puy ».

2. Floire et Blanceflor , édition Jannet (Paris, 185G), p. 7‘2.

pierres précieuses el aux pierres en hors œuvre, c’est-à-dire non moulées, pour se rendre compte de leur nombre et de leur importance. On y trouve sous la rubrique : Joyaux d’or garnis de pierreries, la longue énumération des couronnes et cercles, attaches d’or, « boutonneurs », ceintures pour le corps du roi, fermaux et fleurs de lis d’or, qui servaient à la parure du prince. La rubrique suivante : Joyaux d’église garnis de pierreries, est encore mieux fournie. Elle comprend les croix d’or, les images et les reliquaires d’or, les statues de Notre-Dame, celles des divers saints, les petits joyaux et les reliquaires pendants, les calices d’or à pierreries, les burettes, les paix, les « encensiers », les navettes, les clochettes, les bénitiers avec leurs « aspergés » (goupillons). Après cela viennent la Vaisselle et les joyaux d’or garnis de pierreries avec les coupes, les aiguières, les flacons, les gobelets, les hanaps, les pots, pintes, chopines, salières, drageoirs, cuillers et fourchettes d’or à pierreries. Puis l'inventaire consacre d’autres chapitres à la description des Joyaux étant dans un coffre que le roy faisoit porter avec soy, et dont il conservoit la clef, et alors apparaît la plus magnifique collection de rubis, diamants, saphirs, émeraudes, turquoises, etc., qu’on puisse imaginer. Ce n’est point tout. Dans un autre « coffre de cyprès » qui suivait également la personne du roi, et dont il gardait aussi la clef, nous trouvons toute une autre collection de balais1, de rubis, de diamants, d’émeraudes, de saphirs taillés, d’onvx gravés, d’améthystes, etc., etc. C’est un éblouissement sans pareil.

Un certain nombre des pierres conservées dans ce trésor si bien fourni avaient une origine illustre, d’autres provenaient de cadeaux. Au nombre des donateurs nous relevons les noms de l’empereur Charles III, du duc de Berry, de la dame de Labret (d’Albrel), de la reine Jeanne d’Évreux, de la reine Jeanne de Bourbon, du sire de la Rivière, du pape Grégoire, de Jehan de Vaudetar, du duc de Bourgogne, du comte d’Harcourt, de Nicolas Braque, etc.

Certains de ces joyaux jouissaient d’une réputation européenne. On peut citer, entre autres, « la très grant, très belle et la meilleure couronne du Roy». Cette pièce était assez célèbre pour que l’empereur, à son passage à Paris, demandât à la voir, et son étonnement fut si grand, en présence de l’incomparable réunion de pierres dont elle était chargée, qu’il déclara n’avoir jamais rien contemplé de plus beau. « Il dist que, somme toute, oncques en sa vie n’avoit veu tant de si riche et noble pierrerie ensemble2. » Une autre couronne — Charles V en possédait une quarantaine, sans

\. On donnait au Moyen Age le nom de rubis balais ou simplement de balais à des rubis peu colorés, moins appréciés que les autres rubis, mais encore très recherchés. Dans les inventaires anciens on trouve les balais en nombre incalculable.

2. Christine de Pisan, loc. cit., IIIe partie, ch. xlv. — Labarte, Inventaire de Charles V.

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compter les chapeaux ornés de pierreries — était appelée « la couronne aux longues éméraudes », une autre « la couronne à pierreries à jour », une autre encore « la couronne à pierreries carrées ». Le diadème de la reine Jeanne de Bourbon, appartenant au même trésor, avait ses branches ornées de « soixante-sept perles très grosses, quatre grans émeraudes, troys gros balais, un gros ruby et quatre moindres émeraudes ». La couronne de « Mme Marie de France, jadis fille du Roy », n’était pas moins magnifique. On n’en finirait pas s’il fallait décrire tous ces joyaux.

Ce luxe extraordinaire de pierreries, dont nous ne pouvons nous faire qu’une idée imparfaite, était tel à ce moment que la cotte d’armes portée par le duc de Bourbon à la néfaste bataille de Poitiers, — où ce prince fut fait prisonnier aux côtés du roi Jean, — était rehaussée de six cents perles, sans compter les rubis et les saphirs. Un changeur italien, établi à Londres, consentit à prêter sur ce gage 4,200 écus d’or. A quelques années de là (1414), le duc Charles d’Orléans, de poétique mémoire, se faisait broder sur un manteau un air de musique, dont la notation absorbait 9G0 perles.

Plus magnifique encore était le duc Jean de Berry. Ce prince, dont l’encolure épaisse et la figure béate et commune rappellent plus un paysan ou un fermier qu’un « sire des fleurs de lys », possédait une collection merveilleuse de bijoux. L 'Inventaire des joyaux remis en garde à Robinet d’Etampes , son argentier (1416)1, décrit sous la rubrique : Joyaux pour le corps de ÀRr le Duc, une suite de 106 colliers, chapeaux ou couronnes, ceintures, fermaillets, bullettes, médaillons, reliquaires, patenôtres, etc., d’une éton-

Agrafe en pierres précieuses.

(Musée du Louvre.)

I. Jules Guiffrey, Inventaires de Jean duc de Berry, t. I, p. 57 à 158.

nante richesse. Le chapitre suivant, intitulé Pierrerie des joyaux, ne comprend pas moins de 276 articles énumérant les rubis, balais, saphirs, émeraudes, perles, diamants, montés ou « hors œuvre », achetés par le prince ou qui lui avaient été donnés. Certains de ces articles embrassent eux-mèmes un nombre considérable de pierres. Comme exemple, nous citerons l’article 419 ainsi conçu : « xxx dyamens que uns que autres, de plusieurs sortes et diverses façons, dont il y en a dix poinctus de plusieurs sortes; les uns faiz, les autres non laiz, et tous les autres qui sont en nombre xx sont plus petits; dont il i en a dix et vin poinctus et deux plaz en façon de demies-lozanges. »

Enfin, plusieurs des pierres garnissant les écrins des princes que nous venons de citer jouissaient d’une notoriété assez particulière, pour avoir été dotées d’un état civil et d’un nom permettant de suivre leur histoire. Tels étaient V Emeraude du pape Grégoire, le Saphir de saint Emond, le Rubis de saint Louis et celui de la Caille, le Saphir de la fleur de lys, décrits dans l’inventaire de Charles V. Tels aussi les rubis nommés le Charbon de Bourgogne, le Bonhomme, le Rubis de la Montagne, le Rubis de Berry, le Cœur de France, le Rubis de la fossette et celui de la Mue, le Grand saphir de Bourgogne, le Saphir de Melun, la Grosse perle de Berry, la Perle de Navarre; les balais appelés Croix de Bourgogne, Balais du pape, Balais de Venise, d'Orange; le Diamant de Chartres et celui de saint Louis.

Cette dernière pierre nous entraîne dans une incidence en quelque sorte indispensable. On a longtemps prétendu que l’art de tailler le diamant était une invention relativement moderne, qu’il avait été découvert à Bruges en 1476, par Louis de Berquen (ou van Berken) et que le premier diamant taillé avait été porté par Charles le Téméraire. Si l’on remonte à la source de cette affirmation, admise un peu légèrement comme vérité constatée, on s’aperçoit qu’elle apparaît pour la première fois dans un livre devenu aujourd’hui extrêmement rare, publié en 1669 à Paris, par ldobert de Berquen, marchand orfèvre de cette ville, et dédié à la Grande Mademoiselle. « Ce Louis de Berquen, écrit notre orfèvre, fit l’espreuve de ce qu’il s’estoit mis en pensée dès le commancement de ses estudes. Il mit deux diamans sur le ciment et après les avoir esgrisèz l’un contre l’autre, il vit manifestement que par le moyen de la poudre qui en lomboit, et à l’aide du moulin avec certaines roües de fer qu’il avoit inventées, il pouroit venir à bout de les polir parfaitement, mesme de les tailler en telle manière qu’il voudroit. En effet, il l’exécuta si heureusement que depuis que cette invention, dès sa naissance, eut tout le crédit qu’elle a eu depuis, qui est l’unique que nous ayons aujourd’huy. Au mesme temps, Charles dernier Duc de Bourgogne, à qui on en avoit fait récit, luy mit trois grands

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Bagues à cinq poinles de diamant.

Ancienne collect. Spitzer.)

Diamans entre les mains pour les tailler advantageusement selon son addresse. 11 les tailla dès aussitost, l’un épais, l’aulre faible et le troisiesme en triangle, et il y réussit si bien que le Duc, ravy d’une invention si surprenante, lui donna trois mil ducats de récompense. Puis ce prince, comme il les trouvoit tout à fait beaux et rares, fit présent de celuy qui estoit faible au Pape Sixte quatriesme, et de celuy en forme d’un triangle et d’un cœur, réduit dans un anneau et tenu de deux mains pour symbole de foy, au roy Louis XI duquel il recherchoit alors la bonne intelligence. Et quant au troisième qui estoit de pierre espoisse, il le garda pour soy et le porta tousjours au doigt, en sorte qu’il l’avoit encore qu’en (sic) il fut tué devant Nancy, un an après qu’il les eut fait tailler, sçavoir en l’année mi quatre cens soixante dix-sept b »

Ce récit ingénieux, qui semble écrit surtout pour procurer un titre de noblesse industrielle à celui qui s’en était fait l’éditeur, séduisit sans doute Mariette, car celui-ci, avec moins de prudence qu’il n’en montre habituellement, se fit l’écho de cette prétention qui depuis a été admise, sans autre contrôle, et répétée docilement par la plupart des auteurs qui ont abordé ce sujet. Cependant, avec un peu de réflexion, il eût été facile de se souvenir que les Anciens ont excellé, en tous les temps et presque en tous pays, dans l’art si difficile de la taille des pierres dures. Les innombrables amulettes taillées et gravées qu’on retrouve dans les hypogées égyptiens; les pierres d’Israël, «à gravure de cachet» dont il est fait mention dans la Bible; la surprenante collection de cylindres assyriens qui ornent nos musées; la réunion étonnamment nombreuse et plus admirable encore d’intailles et de camées que nous ont léguée la Grèce et l’Italie classiques, attestent assez la complète perfection à laquelle on était parvenu, dès les temps les plus

lointains, dans une profession qui exige un outillage perlectionné, et qui, par la nature rebelle des matières mises en œuvre, semble défier

(Tiré des armes de Côme de Médicis.)

I. Robert de Berquen, les Merveilles des Indes orientales et occidentales , ou Nouveau traite des pierres précieuses et perles, etc. Dédié à Mademoiselle (Paris, 1669), p. 14 H siiiv.

l’industrie humaine. Une seule question pourrait encore faire doute; ces ariistes si savants, si habiles, dont la science et l’habileté n’ont pu être dépassées, ont-ils connu le secret de la taille du diamant? Mais ce secret est tout au long consigné par Pline dans son XXXVIIe livre, où, au milieu de beaucoup de fantaisies et d’inexactitudes, le savant encyclopédiste déclare que la pierre déjà célèbre peut être trouée par elle-même : alio adamante adamas perforari potest.

Ainsi, dès l’Antiquité, le procédé de la taille était connu. Fut-il perdu au Moyen Age? Le fait semble plus que douteux. Nous avons vu que depuis Charlemagne tous nos conquérants ne se firent point laute de rapporter de leurs expéditions lointaines des quantités de pierres précieuses. Or il n’est dit nulle part que ces pierres étaient taillées; et ce qui donne à supposer qu’elles ne l’étaient pas, c’est qu’il existait à Paris, dès le règne de saint Louis, un nombre assez considérable de lapidaires pour que leurs us et coutumes aient pu être recueillis par Étienne Boileau. Ce récolement des Statuts volontairement adoptés par les divers groupes d’industriels dans le but — comme le disait lui-même le prévôt des marchands dans le préambule de son livre — de réprimer la fraude et de prévenir la « convoitise de villain gaaing 1 » ne pouvait, on en conviendra, s’appliquer qu’à des industries déjà florissantes et comptant depuis nombre d’années un personnel exerçant la profession d’une façon régulière.

C’est au titre XXX du Livre des métiers que sont consignés ces Statuts. Ils ne comptent que quinze articles, mais plus encore que ceux des orfèvres, auxquels ils ressemblent par plus d’un point, ils renferment certaines obscurités voulues. Le titre que prenaient les membres de la Communauté est celui de « cristaliers et perriers de pierres natureus ». Le métier était libre et donnait le privilège à ceux qui étaient nommés Maîtres de tailler le cristal de roche et « toutes autres manières de pierres natureus ». Le Maître ne pouvait avoir qu’un apprenti; l’apprentissage durait dix ans et coûtait cent sols parisis, prix énorme pour l’époque; il était, en outre, entouré de formalités délicates qui rendaient l’accès à la Maîtrise fort difficile. La raison de cette sorte de prohibition était la longue expérience et la surprenante habileté que réclamait le travail, « quar leur meslier est moult souLif », dit l’article VIII. On comprend, en effet, qu’un lapidaire maladroit pouvait irrémédiablement gâter une pierre d’une valeur énorme, et qui lui était simplement confiée.

C’est cette môme raison qui faisait interdire aux veuves, succédant à

1. « Ce avons nous lait, pour le proufit de tous, et mesmement pour les povres et pour les estrangers, qui a Paris viennent achater aucune marchiandise, que la marchiandise soit loiaus, qu’il ne soit deceu par vice de li... et mesmement pour chastier ceux qui, par convoitise de villain gaaing, les demandent et prendent contre Dieu, contre droict et contre raison. » (Le Livre des métiers.)

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leurs maris, de prendre chez elles aucun apprenti, « quar il ne semble pas aux preudes hommes du mestier que famé peust tant savoir du mestier qu’ele soufesit (suffit) à apprendre l’enfant, tant que il en feust mestre ». Les autres dispositions concernant spécialement la profession, et qui, par conséquent, ne se retrouvent point dans les Statuts des autres métiers, sont l’article VI qui prévoit que le Maître peut se rendre « outre-mer », ce qui montre que les longs voyages à la recherche des pierres précieuses n’étaient point rares à cette époque; et enfin l’article XI qui interdit sévèrement de mélanger aux pierres précieuses des morceaux de cristal coloré.

Les Registres de la taille de 1292 ne mentionnent pas moins de dixhuit maîtres cristalliers établis dans Paris; on voit que, malgré les restrictions apportées au recrutement de la profession, ceux qui l’exerçaient étaient relativement nombreux.

Bien que parmi eux il ne soit pas fait mention de lapidaires s’exerçant plus spécialement à la taille du diamant, encore devait-il bien s’en trouver quelques-uns, puisque le duc de Berry, nous venons de le constater, possédait un diamant provenant de saint Louis, et qui, qualifié « dyament poinctu », était taillé en double pyramide et appartenait à ceLte sorte de pierres qu’on appela jusqu’au xvne siècle : «poincte naïve »

ou « poincte de diamant1 ».

Mais si les documents officiels concernant les diamantaires manquent au xme siècle, il n’en est plus de même au siècle suivant. Une Ordonnance royale de 1355 défend, en effet, aux cristalliers de « faire tailler diamans de béricle », c’est-à-dire de tailler le cristal de roche en forme de diamant. Preuve que non seulement on savait tailler ce dernier, mais qu’on ne se

I. Cette forme d’octaèdre régulier incliné à I09d 28 est la forme primitive à laquelle conduit le clivage. (Voir IIaüy, Traite des caract. phys. des pierres précieuses, p, 59.)

Pent-à-col,

enrichi de pierres Anes et de perles baroques. (Collection Poldi-Pozzoli.)

gênait pas pour le contrefaire d’une façon courante. Que la taille du diamant ait alors constitué une sorte de secret, cela semble assez probable. Cependant on lit dans le Propriétaire des choses (1372) : « Ceste pierre est si dure, que elle n’est despecée ne par le fer ne par le feu... Toutesfoys est elle despecée par le sang de bouc quand il est chault et nouvel; et des pièces qui en saillent, on entaille et perce les aultres pierres. » Par conséquent, le principe du diamant taillé par lui-même se trouve là encore indiqué clairement. En tout cas, si le secret existait en 1372, vingt-cinq ans plus tard, il était tombé dans le domaine public, car Guillebert de Metz n’a garde d’oublier dans sa Description de Paris la « Courarie », qui plus tard prit le nom de rue des Cinq-Diamants, et dans laquelle, à l’aurore du xve siècle, demeuraient les « ouvriers de dyamans et autres pierres ». Bien mieux, dans une revue générale des plus habiles artisans de Paris, il cite « plusieurs artificieux ouvriers, comme Herman, qui polissoient dyamans de diverses formes ». Nous voilà bien loin, il faut l’avouer, de Louis de Berquen, de Charles le Téméraire et de l’année 1476 1.

Mais continuons nos investigations. Tout d’abord il nous faut reconnaître que si Paris, dès la fin du xine siècle, avait acquis une certaine réputation dans l’art de tailler le diamant, la France n’était pas le seul pays où ce genre de travail était pratiqué avec succès. Nous verrons tout à l’heure qu’une partie de nos pierres précieuses étaient façonnées en Italie. L’Allemagne sans doute possédait également des ateliers de taillerie, puisque l’Empereur, lorsqu’il vint rendre à son neveu Charles V cette fameuse visite dont nous avons longuement parlé, portait à son doigt un diamant superbe qu’il offrit à son hôte « par grant amistié et avec doulces paroles ». Bientôt ces pierres allaient être si répandues des deux côtés de notre frontière, qu’Antoine de la Sale, dans son joli Roman du petit Jehan de Saintré, trouvera moyen d’en parler à maintes reprises, et Jehan de Troye nous révélera qu’au moment de subir le dernier supplice, le comte de Saint-Pol « tira un anneau d’or ou avoit un diamant, qu’il avoit à son doigt2 ».

Faut-il, après ces constatations, supposer avec certains autours qu’avant Louis de Berquen on ne connaissait que la taille en cabochon, en table, et en « poincte naïve », et qu’il découvrit la taille en rose et même celle en brillant recoupé? Ses titres réduits à ce fait sembleraient mieux établis. Si des documents antérieurs de près d’un siècle mentionnent, en

1. Pline, Hist. nat,. ch. xxxvii. — Mariette, Traité des pierres gravées. — L. de Laborde, Glossaire français du moyen âge , p. 250. — Le Propriétaire des choses, ms. Bibl. de l’Arsenal. — Guillebert de Metz, Description de Paris, p. 72 et 84.

2. Christine de Pisan, les Fais du sage roi Charles, IIIe partie, ch. xlvii. — Antoine de la Sale, Hystoyre du Petit Jehan de Saintré, édition Guichard, p. 67, 75, \ 18 et suiv. — Jeiian de Troye, Chronique scandaleuse, dans Mém. relat. à P hist. de France, t. XI II, p. 322.

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effet, à maintes reprises des joyaux ornés de diamants; si Y Inventaire de Charles V décrit: « Ung annel esmaillé d’azur, où il a un dyamant carré.

Item, un autre annel d’or tout plain où il a un dyamant plat en guise d’escusson »; si dans celui du duc de Berry, on remarque nombre d’articles dans le genie de ceux-ci . Un grant dyament roont et plat, faict en façon de mirouer, pesant environ xxiv caraz, lequel Monseigneur achata en un fermail d’or de Constantin de Nicolas, marchant de Florence, demeurant a Paris, le xxixe jour d aoust mil cccc et ix pour le pris et somme de vi escus d or. - Item, un grant dyament plat en lozange assis en un annel d’or que Monseigneur acheta, hors œuvre de Baude de Guy... — Item, ung gros diament quarré et plat pesant dix et neuf caraz de Janne (Gènes?) ou environ... — Item, ung gros diament roont et plat en

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