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CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

Da Joaillerie. ( SU ife)

Les joyaux de la Couronne. — Charles VIII et Blanche de Montferrat.

Les fournisseurs de François Ier. — Paris marché des pierres précieuses. Le Sancy. — Rôle des pierreries dans la fortune privée.

Les diamants de la maréchale d’Ancre.

Le juif Lopez. — Le Miroir de Marie de Médicis. — Les « Mazarins ». L’habit de Louis XV et la croix du duc de Bourbon.

L’inventaire des joyaux de la Couronne. — Les pierres fausses.

i nous avons aussi longuement insisté, dans noLre précédent chapitre, sur l’origine de la taille du diamant, c’est qu’à partir du xve siècle cette pierre merveilleuse prend d’année en année, dans la joaillerie française, une importance grandissante, à ce point que dès le xvne siècle toutes les autres pierres précieuses vont se trouver reléguées au second plan, et que, de nos jours, le diamant donne lieu, à lui seul, à un chiffre de transactions que toutes les autres pierres réunies ne sauraient contre-balancer. Mais reprenons notre étude.

Le diamant fameux que Charles le Téméraire portait avec ostentation — et qui nous a valu cette longue incidence — disparut à la bataille de Nancy, où ce prince trouva la mort; car ce fut, nous l’avons dit, à la longueur de ses ongles et non pas à la splendeur de ses joyaux, que de fidèles serviteurs reconnurent le corps dépouillé de leur infortuné maître. S’il faut en croire Comines, cette pierre si précieuse aurait même été ravie à son illustre possesseur un an plutôt, à la suite de la défaite de Granson. Nous avons cité plus haut le passage où cet historien énumère les pierreries de très haut prix (jui devinrent la proie des Suisses

en cetle journée néfaste1. Un détail fera, du reste, juger de la magnificence et de la quantité des joyaux dont ce prince disposait. Racontant une visite que Charles fit au roi des Romains : « Ay bien souvenance, écrit Olivier de la Marche, que le duc porta iceluy jour une escharpe d’or garnie de balais et de perles, que l’on estimoit valoir plus de cent mille escus 2. » Un curieux dessin du xvie siècle, conservé à la bibliothèque de l’Arsenal et que nous reproduisons ici, nous montre son chapeau d’or couvert de perles énormes, et dont le prix ne devait guère être moindre. De tant de richesses, uniques au monde, bien peu devaient survivre au malheureux prince et à l’effondrement de sa Maison.

Hâtons-nous d’ajouter que les joyaux de la Couronne de France n’eurent pas un sort meilleur, et ceux non plus que les ducs d’Anjou et de Berry avaient pu réunir. Quelques-unes de leurs pierreries cependant étaient également d’une très grande valeur. Le gros balais qui surmontait la couronne du sacre, exécutée par ordre de Charles V, était estimé 30,000 livres — ce qui, au pouvoir actuel de l’argent, représenterait, suivant Leber, la somme de 1,880,000 francs3. — Louis d’Anjou engloutit la plupart de ses joyaux dans son expédition de Sicile. Dès 1414, le duc d’Orléans était obligé, pour soutenir sa faction, d’engager une partie de ses pierreries entre les mains d’un changeur nommé Barthélemy Saez ou Sacz. Les inventaires du duc de Berry nous révèlent qu’en maintes circonstances, ce prince dut avoir recours à des expédients du même genre. Quant aux merveilles réunies par Charles V, son infortuné fils et l’impudente Isabeau de Bavière leur firent subir de cruels emprunts; et les Anglais se chargèrent de dissiper ou de faire passer en leur pays ce qui pouvait rester dans le Trésor royal.

Ni Charles VII, ni Louis XI ne paraissent avoir eu le loisir de reconstituer ces collections fameuses. Aussi, quand Charles VIII partit pour la conquête du royaume de Naples et commença cette marche surprenante, invraisemblable, miraculeuse, qu’il effectua à travers l’Italie — n’ayant pas de pierreries à mettre en gages pour se procurer l’argent indispensable au payement de ses troupes — il eut recours aux écrins de la duchesse de Savoie et de la marquise de Montferrat. Il obtint de la sorte une avance de 24,000 ducats qui lui permit d’accomplir son héroïque promenade. Brantôme a tracé un brillant portrait de celle dernière princesse, et qui donne une haute idée de la richesse de sa parure. Il nous la montre

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