Galette des Beaux-Arts, 1878, t. Il, p
Pl. XXXIX. HISTOIRE DE L’ORFÈVRERIE FRANÇAISE.
de style Renaissance », et 1 on pourrait ajouter: avec son concours et avec celui de quelques autres artistes. A l’Exposition de 1823, après avoir mentionné la belle aiguière exécutée dans ses ateliers pour le baptême du duc de bordeaux, le rapporteur du jury signalait « une collection de bons
modèles pour l’imitation de divers animaux ». L’auteur de ces « bons modèles » était Barye, dont notre orfèvre avait deviné le talent, et qui allait prendre une si large place dans la statuaire française. Indépendamment de Chenavard et de Barye, Fauconnier mit encore à contribution l’habileté, le savoir et le goût de Plantard, de Chaponnière, de Ganneron et de Liénard.
De même pour deux autres orfèvres sortis, eux aussi, de l’atelier d’Odiot père, Lebrun et Durand, qui, sous le règne de Louis-Philippe, jouirent d’une réputation qui, hélas! ne leur a pas survécu.
Lebrun, appelé à devenir « un des vétérans de l’orfèvrerie française », obtint de 1823 à 1849, dans toutes les expositions, des distinctions flatteuses. Il les dut surtout au talent éprouvé de Carrier, de Gagne, de Poux, de Dalbergue et de Schropp. Il fut, en outre, un des premiers à apprécier le rare mérite des frères Fannière, les neveux de Fauconnier, (pii devaient par la suite briller au tout premier rang de nos orfèvres, de nos bijoutiers et de nos ciseleurs. Durand, lui, resta très lidèle à Klagmann. C’est à cet éminent artiste qu’il demanda les modèles des figures de la fameuse fonlaine à thé exposée en 1839, et qui fixa sa réputation'.
Coupe en argent repoussé avec bordure en 1er damasquiné, exécutée par M. Morel-Ladeuil.
I . Celte pièce monumentale, d’un mètre de hauteur, pesait 200 marcs d’argent el valait 40,000 francs.
Plat à réchaud en bronze ciselé et argenté, ayant lait partie du service de Napoléon III. Modèle de Gilbert.
C’est lui encore qu’il chargea de composer le vase donné par le duc d’Orléans, en prix aux courses de Goodvvood.
Avec l’Allemand Wagner, avec Rudolphi qui fut son élève, avec Duponchel et Froment-Meurice, ce sont d’autres artistes qui entrent en scène; mais la collaboration ne reste pas moins active. Wagner, qui remit en honneur les nielles et le repoussé, demanda la cire de sa fameuse aiguière de la Tempérance à Geoffroy de Chaumes, et Wechte mit à son service son art parfait de ciseleur. Justin et Névilé fournirent à Duponchel des maquettes et des dessins. Quant à Froment- Meurice, une dispute mémorable, qui éclata quelque temps après sa mort, à propos d’un article relatif à l’Exposition universelle de 1855 ‘, révéla au public qu’il avait associé à la réalisation de ses œuvres Praclier,
Geoffroy de Chaumes, Feuchères, Cavelier,
Klagmann, Justin, Préault, Rouillard, les frères Fannière, Ramber, Babeur, Coïter, etc., et que le dessinateur-sculpteur dont l’expérience et le goût avaient contribué à placer son atelier à un rang si élevé était l’intelligent et dévoué Liénard.
Ainsi c’est à peine si dans toute cette phalange d’orfèvres, qui furent assurément des industriels éminents, on en trouve trois ou quatre capables de tirer tout de leur propre fond, sans recourir à des talents plus ou moins
étrangers à leur profession. — Quand on a cité Wagner qui restaura le goût des nielles; Morel-Ladeuil, qui, après avoir exécuté lui-même des ouvrages qu’on a pu qualifier « d’un travail merveilleux1 2 », fut obligé de
Fontaine à thé en argent repoussé et ciselé.
1. G. Planche, Revue des Deux Mondes, numéros des 15 et 30 novembre 1855. — L'Art décoratif moderne, août 1895.
2. « Il a manifesté son talent dans la part de travail qui lui fut assignée pour l’épée du Comte de Paris, où il exécuta en repoussé les figures de ronde bosse qui en décorent la garde. A l’exposition de 184 y il présenta un seau à glace d’un travail merveilleux ; une belle toilette en vermeil dans le style
LE XIXe SIÈCLE
s expatrier en Angleterre et d’abandonner sa maison à Duponchel, et les frères Fannière qui devaient, nous venons de le dire, compter parmi les premiers altistes du siècle, la liste est épuisée. L’effort de tant de dessinateurs, de peintres, de staluaires, habilement groupés par les autres maîtres, ne devait pas toutefois demeurer stérile. Peut-être cette réunion un peu hétérogène ne présentait-elle pas l’unité de vues nécessaire et 1 indispensable expérience pour faire rentrer la fabrication dans une voie parfaitement pondérée et logique. Génération ardente, passionnée, impres-
Surtout de la Paix et de la Guerre.
Service de Napoléon III, composé par Gilbert et exécuté par la maison Ghristofle.
sionnée par la grande querelle romantique à laquelle elle voulut prendre part, teintée — grâce à Victor Hugo, à Mérimée et à Viollet-le-Duc — de rétrospectivité et d’archéologie, elle s’engagea dans des chemins inexplorés, dans des sentiers imprévus. Après avoir rompu brusquement et sans retour avec la tradition classique, elle essaya de remonter dans un passé lointain et de s’abreuver à des sources exclusivement nationales.
Le Moyen Age et la Renaissance, peu digérés ou mal compris, ne parvinrent malheureusement pas à lui inspirer toujours des chefs-d’œuvre indiscutables. Cependant elle n’en fi L pas moins preuve de sérieuses qualités et de réels mérites. Une ardeur irréfléchie l’entraîna parfois à des exagérations assurément condamnables; mais elle témoigna de beaucoup d’audace, d’un courage véritable et d’esprit d’invention; et si les ouvrages principaux de ce temps — aujourd’hui démodés — ne sont plus appréciés des prétendus connaisseurs, ils n’en sont pas moins très dignes de fixer l’attention de ceux que l’histoire intéresse.
du xvn8 siècle; une croix-reliquaire avec des émaux dans le style du xvic siècle. Le jury, frappé de la beauté des œuvres de M. Morel, tant en orfèvrerie qu’en bijouterie, joaillerie, lui décerna la médaille d’or pour l’ensemble de son exposition. » (Duc un Luynks, loc. cit., p. 70. )
La période dite impériale avait péché par une logique de construction un peu trop rigoureuse et par des préoccupations architecturales beaucoup trop accentuées. La période romantique, au contraire, s’était distinguée par des excès de fantaisie parfois répréhensibles; c’est par une libérale association de ces deux forces initiales, de ces éléments d’inspiration si différents, que les orfèvres de la troisième période de ce siècle ont cherché à se tirer d’affaire et que souvent ils y ont réussi.
On leur doit, en effet, un grand nombre d’œuvres des plus honorables, souvent ingénieuses, élégantes et distinguées, quelquesunes même extrêmement remarquables et capables de supporter la comparaison avec leurs aînées des siècles antérieurs. Fidèles aux traditions de leurs prédécesseurs, les orfèvres contemporains ont eu également recours aux talents variés d’artistes éminents. C’est Gilbert qui, à la tête d’une phalange de jeunes sculpteurs déjà connus et dont quelques-uns depuis lors sont devenus illustres, exécuta pour M. Christofle père le fameux Service de l’Empereur, ensemble considérable qui comptait plus de cent modèles variés et qui ne coûta pas moins de 1,300,000 francs, bien qu’il fût en cuivre argenté1.
Lorsque le Ministère de l’agricullure mit au concours les prix à distribuer dans les courses et les solennités agricoles, — prix dont le Bellérophon des frères Fannière est demeuré le type le plus parfait — les orfèvres favorisés de ses commandes ne furent guère que les interprètes de Delaplanche, Falguière, Gautherin, Coutan, Roty et Moreau-Vauthier. En 1878, c’est à Reiber que MM. Christofle et Bouilhet demandèrent la composition de leur magnifique service de table destiné au duc de Sanlonia, alors que l’exécution des figures avait été confiée à MM. Mathurin Moreau, Hiolle, Gautherin et
Lafrance. Pour d’autres pièces moins magistrales, la verve facile de M. Carrier- Relieuse les avait approvisionnés de modèles aimables.
\. Cette précaution de ne mettre en œuvre qu’un métal vulgaire avait été prise pour sauver ce service unique d’une refonte fatale. On sait qu’elle ne préserva pas ces belles pièces de la destruction. Celles-ci disparurent dans l’incendie des Tuileries. On peut dire que, pendant leur courte existence, elles constituèrent en orfèvrerie le morceau capital du second Empire.
Grand vase de la Paix en argent repoussé, exécuté par Wechte.
Pl. XL.