LIVRE IL
La prudence eut voulu, que F Assemblée crni* stituante, en prolongeant sasession, eùtdcmné à rédifice qu'elle venait d'élever le temps de se consolider; qu'elle eut elle même essayé les premiers mouvemens des rouages de cette grande machine politique ; qu'elle en eut ob« serve les défauts^ pour en changer ou en varier au besoin les ressorts, et de sa main créatrice leur imprimer l'impulsion que d'a}itres ne pouvaient lui domier. Il est désagréable de le dire à la honte de tant d'honunes recom^mandables : mais T Assemblée constituante se conduisit dans cette circonstance, comme ces ouvriers qu'un entrepreneur met en œuvre» qui . s'empressent de livrer leur travail dès qu'il est achevé, en reçoivent le salaire, et ^'éloignent sans s'inquiéter du sort de leur ouvrage. Sa retraite précipitée fut blâmée
par tous les gens sages, elle Test aujourdlitti, et le sera toujours. Les neuf-dixième de la France ne connaissaient pas encore cette constitution, qu'elle laissait à son départ livrée pour ainsi dire à elle même. Les devoirs nouveaux qu'elle imposait au monarque ne le trouvaient ni préparé par l'expérience à s'y soumettre et à les accomplir, ni disposé peut? être par son opinion à en sentir la nécessité et rétendue. Cette foule de magistratures dé« partementales, cantonales, et communales, Tbulues par cette constitution, ne çonnmssaient encore ni leurs attributions, ni le ceocle juste dans le quel devaient s'arrêter leurs autorités respectives. Il était douteux, que la Législa*> ture, appelée à succéder à l'Assemblée constituante, approuvât assez le travail dé sa devancière pour se livrer avec autant de 2èle que de bonne foi, à le faire valoir et respecter tout à la fois. Ces réflexions si àm^ pies ne s'offrirent point à son esprit, et soit lassitude, soit crainte de l'avenir, elle abandonna r£tat à sa fortune, au seul instant peut-être où elle devait commander à m des* tinée.
Il falut peu de jours pour s^appercevoir de cette grande faute. Des opinions bien étrangères à celles de TAssemblée constituante, ani^^ maient les membres de la Législative ; elle fut s'il est permis de s'exprimer ainsi, Tavàntgarde de la Convention Nationale. Il sem* blerait qu'elle eut été mise en avant, pour accoutumer les yeux au spectacle des excès que cette formidable Convention se permettrait dans la guerre à mort qu'elle ferait au peuple français, dont elle se vanterait cependant d'être l'organe en le décimant.
L'Assemblée législative ne fut audacieuse qu'en paroles. Fière dans ses discours, humble dans ses démarches, elle perdit le temps, a lutter contre le monarque et ses ministres^ Les yeux fixés sans cesse sur les perlGidies suivent imaginaires de la Cour, elle n'apperput pas à ses portes les perfidies démagogiques^ dont elle fut le jouet et la victime. Recom^ mandable par ses grands talens, méprisable par sa grande faiblesse, loin de s'élever à la hauteur à la quelle elle était appelée, ell^ s'exila pas à pas de l'estime pubhque, se laissa rivaliser et bientôt subjuguer par des autorités
subalternes qu'elle devait tenir dans sa dépendance, déclama sans cesse contre la tyrannie, et courba la tête sous les tjrrannies les plus viles, et constamment inhabile à venger et les outrages faits au trône, et les outrages faits au peuple, et ses propres outrages^ en vint à ce point de dégradation, de se laisser dépouiller même du droit de géniir en liberté des attentats de tous les genres, que Ton commit en sa présence*
Elle ouvrit sa session le premier Octobre 1791- Dès les premiers jours trois partis bien distincts se remarquèrent dans cette assemblée. Il n existait plus de ces royalistes purs, qui dans la constituante, siégaient au côté droit. Ils furent remplacés ici par les royalistes constitutionnels, que Ton désigna par le nom de constituais. Les hommes appelés patriotes dans la première assemblée, c'èst-àdïre ceux, dont la devise avait été : La nation, la loif le roi, ne parurent pas d'avantage dam célle^i; ils eurent pour successeurs les républicains. Enfin un troisième parti, jusqu'alors enseveli dans Tombre, s'y montra à découvert, ce fut celui des anarchistes. Ces
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deux derniers partis se réunissaient, quand leur politique le leur prescrivait, mais le danger ou ^occasion une fois passés, la haine les divisait. L'un et l'autre voulaient la Republique; mais Tun la voulait par la douceur des principes, et appelait à son appui les vertus de l'antiquité ; Tautre la vcmlait par le crime, et cherchait ses ressources dans le désordre. L'un bien plus puissant en talens, eut écrasé sans peine son adversaire, si l'éloquence pouvait avoir quelqu'empire sur la perversité ; mais l'autre avait pour auxiliaires et la formidable ignorance des jacobins, toujours en extase devant la démence et la force, non pas du peuple, mais du brigandage populaire, dont 1' oreille et là main étaient toujours ouvertes, pour recevoir le salaire des forfaits et l'ordre de les commettre. On nommait encore par habitude cette faction hideuse, la faction d'Orléans, mais cette faction d'Orléans n'était plus qu'un être de raison. Mirabeau le principal levier de cette faction, si dangereuse dans le principe, Mirabeau n'était plus. Brouillé avec d'Orléans, il était mort en odeur de patriotisme, et gissait à ce titre dans les honneurs du
Panthéon : mais la révolution nous a appris que rinstabilité des grandeurs existait aussi pour les tombeaux; et bientôt Tombre de cet orateur fameux accusée tout à coup de condescend* ance pour le roi, sera dépouillée de son £aste funèbre, et nous verrons les restes du stentor moderne livrés aux euménides de la démagogie, payer bien chèrement quelques jours d'un auguste repos. D'Orléans n'était donc plus rien pour cette faction. Elle agissait pour son propre compte. Elle voulait dominer pour quelques instans, se gorger de richesses, . et peut être disparaitre ; et le farouche orgueil de ses chefs ne songeait à d'Orléans, que pour jouir du plaisir de traiter en esclave un prince du sang royal. Quelques hommes ont ému une opinion singulière sur cette faction. Os ont prétendu que le rétablissement entier de la monarchie, était son unique but; qu*a forc« d'excès elle espérait lasser le peuple; et le forçant à demander le retour dç Tancien ordr» de choses, se faire un titre de son épouvanta* ble succès,' pour conduire ses membres aux grandeurs.
Sa rivale avait pour chefs les hommes d(
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cette députation célèbre, connue sous le nom de députation de la Gironde. Vergniauxi Guadet, Gensoné^ en étaient les coriphées:
hommes remarquables par leurs connaissances»
et par Téloquence dont la nature les avait doués, mais avec des qualités particulières à chacun d'eux. Il était rare que Vergniaux prononçât un discours étudié ; il possédait le grand art d'improviser ; sa logique était par* faite ; renchaînement de ses idées exact; sa diction pure et sans affectation. Il eut parlé pendant plusieurs heures et n'eut jamais fatigué. S'adressant plus souvent aux passions qu'a la raison ; quand il les avait agitées, au« dacieux dans ses apostrophes, terrible dans ses imprécations, il arrachait à Tenthousiasme, ce que la sagesse eut refusé* Inabordable à la crainte, impassible à Timprobation, aux murmures, aux cris mêmes du parti contraire, rien n'altérait sa présence d'esprit; et épiant le tetour du silence, s'en saisissant avec adresse, il tonnait alors ; la foudre était lancée, il tri- , omphait. Guadet, moins orateur, moins logicien, plus incertain dans sa marche, plus
décousu dans ses pensées, était plus emporté
qu'énergique ; crael dans ses applications, Fironie déchirante, le sarcasme sanglant, étairat ses armes favorites ; malheur aux choses, malheur aux hommes qu'il prétendait vouer au ridicule ; et toujours impitoyable pour les vaincus, il les poursuivait long-tems encore avec le fouet de la satire. Gensôné, toujours posé, toujours modéré, s'emparait d'une question, la suivait pas à pas, l'envisageait sous toutes ^les faces, et en multipliant ainsi ses aperçus, jettait l'incertitude dans les idées de sei adversaires, et saisissant avec finesse cet ii^ stant de doute pour faire valoir son opinion, il les amenait à la considérer comme la meit leure, quoiqu'elle ne reposât souvent que sur un paradoxe. Au reste toujours mesuré dans ses expressions, il n'appelait jamais à son aide ni la colère, ni la haine ; et n'avait jamais Taii de triompher que par la puissance de la raison. Tels étaient ces hommes, dont les succès eussent été plus certains, s'ils eussent daigné descendre à mendier la faveur populaire. Os reçurent dans leurs rangs, et Brissot et Cqd* dorcet; Brissot nourri dans les principes Ang^ Américains, Condorcet imposant par sa lenook
LA BÉVOLUTION TRANÇAISÏ. l65
mée, mais étonné de se trouver tout-à-coup transporté sur un théâtre bienétranger à sa philosophie.
Au dehors Robespierre, dont le nom parait ici pour la première fois, régnait aux Jacobins. Indigné de sa nullité dans TAssemblée constituante, craignant de se trouver encore absorbé dans les rayons de la gloire des Girondins, voulant en dépit même de la nature qui lui avait refusé et figure, et talent et courage tenir un premier rôle, enfin républicain dans le sens de Cromwel, un ridicule amour propre le rendit ennemi de la Gironde ; et ne considérant que lui, indifférent pour la patrie, parlant sans cesse et longuement, et pesament et froidement de la vertu du peuple, des droits du peuple, des dangers du peuple, il fondait son élévation sur un système d^opposition et de pyrronisme patriotique ; et révoquant en doute la sincérité de tous, chargeant la calomnie d^interpréter toutes les actions et toutes les paroles, il se mit ainsi en évidence, et parvint à la domination, en feignant d'appercevoir de la perfidie partout, en faisant naître chaque jour des allarmes nouvelles» ea abreuvant sans
cesse le peuple de soupçons ; et en le main* tenant dans un état habituel de défiance, il réussit à lui parâitre la seule sentinelle dont la vigilance veillât sincèrement sur ses intérêts, et le seul de ses défenseurs qui méritât d'ea être cru.
Un événement assez singulier avait fait connaître cet homme dans sa province. Né d'un sang obscur, élevé dans Tétude d'un ta*» bellion de village, acceuilli avec quelque bienveillance par un subdélégué d'intendance d'uiia petite bicoque de TAitois, nommée Saint-Ve* nant, il avait pris dans cette maison quelque teinte d'éducation, chez son tabellion quelque connaissance des loix, et dans la société d'un neveu du célèbre Thomas de l'Académie Française quelques éléments de Utténiture ; et la profession d'avocat de province du troisième ou quatrième ordre, semblait devoir être le nec plus ultra de la gloire à la quelle il put prétendre. Telle était sa situation lorsque peu de temps avant la révolution un bourgeob de Saint-Omer s'avise de faire mettre un paraton^ nère sur sa maison. Le peuple de Saint-Omer essentiellement superstitieux, prend cette, o^
LA RévOLUTION FEAN'ÇAISfiJ 1^
ration phisique pour une œuvre magique. Les prêtres s'en mêlent ; c'est Dieu que Ton veut tenter, c'est un outrage à sa puissance ; et le peuple se porte à la maison^ la force, l'escalade, et le pa'ratonnère est brisé. Plainte en justice de la part du propriétaire, et le baillage de Sait-Omer aussi ignorant que les ignorants dont il embrasse la cause, déclare le paraton* nère une inspiration du démon, le reconnait bien et dûment brisé, et juge le propriétaire passible de dommages et intérêts enVers la partie publique, et susceptible d'amende honorable envers notre mère* Sainte-Eglise pour le scandale donné aux fidelles. Appel du jugement au conseil souverain d' Artois. Robespierre se présente pour avocat du paratonnère. Parlant ici devant des magistrats in-
struits, il ne lui fut pas difficile de démontrer le ridicule de la conduite du peuple de Saint- Orner, et d'obtemr justice au bourgeois molesté. Son plaidoyer parsenié de ces phrases banales que la mode de la philosophie mettait alors dans la bouché des hommes même les moins philosophf2fl»9 lui '■ donnant l'apparence d'un esprit fortj le mît en crédit, et appela sur
168 mSTOIRE DES FACTIONS D£
lui les suffrages des électeurs. Voilà quels furent les premiers pas d'un homme que le courroux du ciel appelait à Tempire, et dont Téxécrable tyrannie trouva des cou^rtisans, des défenseurs et des apologistes. O altitudo.
Son prévôt dans T Assemblée était Couthon.
Auvergnat délié, et conspirateur tigre, son aspect inspirait l'intérêt et la douce pitié. Totalement privé de Texercice de ses jambes paralisées, on l'apportait sur les bras dans le lieu des séances ; on Tarangeait comimodémesit sur les banquettes ; et là mollement couché sur des coussins épais, il recevait les soins et les hommages de ses nombreux complices. La douce paix habitait sur son front. Le caressant sourire ne s'éloignait jamsds de ses lèvres perfides. Parlait-il, un silence rehgieux rég« nait autour de lui. Le niiel surnageait toujours sur l'absinthe et le fiel qui découlaient de sa bouche. Jamais on ne parla avec plus de bon* hommie des charmes de la discorde, avec plus de sensibilité des bien^ts du pillage, avec plus d'attendrissement du bonheur d'égorger.
Singeant Caton dans le sénat, et Socrate dans sa maison, cétait Tigellin caché aous le man^
LA REVOLUTION FEANÇAISB. l69
teau d'Epictéte. Au dehors le conétable de Robespierre était d'Anton à la taille athléthique factieux par caractère^ voluptueux par tempérament, indolent par goût, actif par réflexion ; n'usant de la massue de son éloquence tribunitienne que dans les grandes occasicHis, ne flattant pas le peuple mais Tenchaînant par la puissance d'un mot, l'embrasant paj un regwd, l'inquiétant par son silence ; redouté de la cour, redouté de la législature, redouté des jacobins, redouté du maître jnême dont il était le Visir arrogant, dominant avec orgueil le conseil du département qu'il présida quelque temps, il marchiût précédé de l'effroi, en«»
touré de la haine» et s'avançait vers la puissance avec la férocité de Marins vainqueur, et la tranquillité de S jUa dégagé du pouvoir.
Bailli avait passé. Là scène du champ-de Mars l'avait retranché de la faveur populaire. L'on n'avait pas pardonné à un magistrat l'éxécution d'une loi qui n'était pas son ouvrage. La loi martiale devait sembler impie à des homme» altérés > de ^ang, et leur dispersion occasionnée par les balles fut un affront qu'ils no pajgdonnérent jamais. Pétion honnête
homme, ne voulant que le bien, lui avait succédé, mais neutralisé bientôt par Tambition naissante de la commune, ses veirtus devinrent inntiles à la chose jpublique.
La Fayette atteint par la calomnie, délaissé par l'ingratitude des premiers -patriotes, avait été chercher un azile à la tête d'une armée.
Son empire avait été divisé. Six* chefs de bataillon en jouili^ient, et Louis de NarboiUie appelé -au ministère, rfavait paru qu'un mo* ment à la tète de cette garde nationale si difficile à régir, et maintenant plus Janissaire que Patriote.
L'assemblée eàt ouverte. Elle débute pairun faux serment. La constitution est aj^rtée^ Camus la tire de l'arche sainte où elle repose, tous les membres se lèvent; tous jurent de l'observer inviolablement. Qui le jure? ceux, dont r intime volonté est d' en déchirer tous les feuillets. Où s'arrêtera donc cette natkm que ses magistrats instruisent à se jouer des serments. La constitution en rentrant dans les archives, reçut le dernier adieu de la patne.
Ce serment prononcé, on apprend que le
roi vent y joindre le sien. C'est au miliea des représentants qa'il veut donner cette grande preuve de son dévoûxnent à la chose publique, afin quils soient auprès du peuple les garants de sa sincérité. De quoi s'occupe t-on ? ce n'est pas de la joie que doit inspirer ce nouveau tê« xnoignage de la pureté de ses intentions ; mais du cérémonial cfae Ton doit observer, quand il paraitra, et Tesprit de la faction démago* gique se dévoile pour la première < fois. Ceft titres de Sire, de Majesté, que le respect inventa, que r usage à rendus imprescri|)tibie8^ paraissent un outrage à la dignité du peuple; ils blessent T égalité, ce premier droit des peuples ; c'est ainsi que s'en expliquent et le paralitique Couthon, et l' excapucin Chabot.
Où placerait-on le fauteuil sur le quel il d<nt s'asseoir ? L' image d'un trône ofiaise les regards des hommes libres. Nous somnes les députés du peuple souverain. Le premier homme de Y Etat est le président temporaire des représentants du peuple. Que le fauteuil royal soit sur la même ligne que celui du président; la faveur est assez grande. Ce décret fut mal reçu du public. Le lendemain
il fiit raporté. Mais Tindiscrëtion étietit com« mise, et le gant était jette*
Les premiers jours se passèrent à entendre des rapports de ministres et de commissaires* Les prêtres insermentés agitaient lès payseyu de la Vendée» Les relations extérieures an* nonçaienty que les souverains considériûent Tacceptation de la constitution par le roi, conune un acte de contrainte. Le ministère des finances parla des entraves éprouvéei dans la rentrée des contributions» Le mi* nistre de la guerre annonça que dix neuf cents officiers avaient émigré. Toutes ces nouvelles &rent entendues avec humeur. On menaça de punir par la guerre Tinçrédulité des rdis ; et dans le fait cette constance des cabinets de l'Europe à faire entendre que le roi n^était pas libre, était, dans la circcmstance actuelle, le plus mauvais service qu'ils pussent lui rendre. Cette maladresse secondait à merveille la malveillance des anarchistes, qui s'en prévalaient pour répandre que Louis XVI. était de coor nivence avec les étrangers, et pour faire droire à Téxistence du comité Autrichien. Ainsi ces rois, qui se montraient si jaloux que la
LA RivOLUTlON PRANÇAÎSÉ> 173
dignité royale fut respectée dans. Louis XVL étaient la cause des nombreux oiutrages qu^pn lui faisait et qu'on lui préparait. Ainsi quand le roi^ plus sensible sans doute au fléau de rémigration que ceux qu'elle semblait irriter si fort, fit une proclamadon relative aux émi* grés, on s'éleva dans Y Assemblée contre cette hardiesse. On lui en contesta les droits. Une proclamation, disait-on, est un acte lé« gislatif, dans le quel le roi ne doit pas s'im« miscer. On proposa d'appeler les mirdstreg pour censurer leur conduite. Quand à la lenteur de la rentrée des contributions, on y fut moins sensible ; les assignats dont l'émission dépassait déjà un milliard, étaient une ressource de tous les instans. Mais l'objet ded plus fortes vociférations, ce fiit la conduite des prêtres réfractaires. Peut-être qu'en effet en calculant mieux leurs intérêts, en prévoyant plus sainement l'avenir et les conséquences que leur opposition pouvait entrainer, en portant enfin un œil plus observateur sur les tourmentes dont ils étaient les témoins, et dont la violence ne permettait pas de prévoir que leur Jterme fut prochain^ ils eussent employé d'au-
très moyens. Il n'est permis à personne de scruter les consciences ; et quoiqu' un serment d' obéissance aux lois ne semble pas un serment en opposition avec aucun culte, il est possible que des opinions religieuses Tenvisagent differem* ment ; mais je ne crdis pas non plus qu'il soit dans la pureté évangelique d*appelerles peuples à la révolté, d'entraîner des hommes faibles dans sa vengeance, et de faire une causé purement humaine d'un objet qui n'a de rapport qu*avec des opinions religieuses.
Les discussions qui précédèrent les décreU de rigueur lancés contre les émigrés et les prêtres insermentés, furent remarquables par la virulence des discours prononcés, soit par les partisans de la sévérité, soit par les défenseurs de l'indulgence. Les décrets furent rendus cependant, et l'Assemblée législative par ce mouvement passioné recruta de nombreux et nouveaux ennemis à la révolu-^ tion. Le décret relatif à l'émigration s'étendait' jusqu'à Monsieur frère du roi, et lui prescrivait d'être rentré en France dans le délai de deux niois. Quand aux autres émigrés on déclarait ceux qui se trouvaient rask
semblés au delà des frontières suspects de conjuration contre la patrie, et Ton voulut que, si au premier Janvier 1792, ces rassemblements duraient encore, la peine de mort fut applicable à ceux qui en feraient partie. Ce mot terrible, ce mot ; Mort, le voilà donc prononcé pour la première fois dans TAssemblée. Déplorable imprudence ! la mort promise à des français ; et par qui ? par les représentants du peuple français. Eh ! pourquoi ? pour un dissentiment d'opinion. Fort bien dira-t-on, mais ces émigrés s'armaient contre la patrie, et c'est un crime capital. Sans doute, en principe^ Mais dans leur opinion, ils croyaient s'armer non pas contre, mais pour ; et cela valait bien la peine d'être pris en considération. Vous vous qualifiez représentants du peuple français, aurait-on pu dire aux membres de l'assemblée; ces émigrés ne sont-ils pas français ? vous êtes donc aussi leurs représentants ; avez vous le droit de faire deux parts de la nation, et de n'être au gré de votre caprice que les représentants de la portion qu' il vous plait de choisir? Vous êtes les reprèsentans de tous les français, quels que soient leurs opinions ; et
il n^est pas présum^tble qu'ils vous ayent appelés à rhonneur de les replrésenter, pour vous don^*. ner le droit de les condamner à mort. Tout à rbeure vous allez condamner les prètKi pour crime d'intolérance. Songez donc à kt vôtre. Intolérance religieuse, intolérance polî* tique, où donc est la différence? Les principes sont les mêmes, les conséquences égales. Du sang ; et quoi encore ? du sang. Et qu'importe aux hommes d'être égorgés par un prêtre ou par un politique ? c'est toujours être égorgé. Rage de Robespierre, rage de Bernier, n'est-ce pas même chose?
Privation de la pension accordée par l'As* semblée constituante; soumission à la sur* veillance de la haute police ; enfin déportation au besoin, telles furent les conditions du décret sur les prêtres réfractaires. Mort, et déportât tion ! Comment un pressentiment terrible ne glaça-t-il pas les hommes qui les prononcèrent? hélas ils étaient loin de penser qu'ils feraient bientôt eux même l'essai de leurs décrets fu» nestes. Constituants, Girondins, Révolution* naires. Anarchistes ; déportation et mort seront bientôt votre partage.
ilAbitia; ftaii^on royale à c6Ê>viemiûê^ )t0tMi Lé roi tmar ^dà ^ t«r^^; le» jacûbiiis trt^ ttiplîènent. Cei^eio ieat fournissait un pté^ nda plmisible ée le écdommiË»*. / Il préféiiaifiif BsÛBm^k; rkîKérêt des émigrés 'à celui dif miple.: ' Il €|st évîd^t, â^ùtadent-ilsj qa^il tsit 1» cQilcert avec eiut, pour attiFér ime ^erre iùr^la Ftance, dcmtjl espéré que^Fsstœ hâ lendmBon pouvoir alMcdbrÇo^h^»ttcoii|)fi^ lur.Ia fiiiieérité: d*un rai, dont le Ugotisme aé^ ^id& sa: confiance là deÉ( pfètfeé rebelles à"ki frokodé nationale, et <]ui|istduflatit pieatcmt )e ief€t le la discorde, ont déjà &it masdacrer par^ 1^ lommes. qiifilô é^ai^nt taot de prètred'intKi^ tents, dont le crittoo ui^ue est dfaydir prêté Mrmént? > Qcf'efrpérer d^nn semblable roi ? ■''6^ M Tesclavage qn^il nofis rêièwe. > Cest de hr révolution qu^il veut se^ve«iger: Point dfebon* bieuir^: eqiérer pour le pevple^ tant' qu^il sënr Rir le ;trdfne. Teb él^ent les disooùra de»
[aecrbn$B ; discoui^ ^^e Ton présentait 'Isous Httigv verrons différentes da»si les jounaux dé^ oiagogiques {< discours que les oratei^ des fau« boittes répÉGàient à f envi (kûs les groupes que te peuple, avide de nouvdles, formait le sdur dans
Chaque quartier. ..On pottsm«l:4 lâîaiœfctelééiQ«nc^ jque dans lç9 jardina même ds» TIiok leries, presque sou9 leg^fenÂtr^ jdu .raî#;ël jé^ tablii^ait des eapéces.de cas&ïmGûMfS^jceB sortes de matières. Des saltiœtlanq^é8-A»iBtâl sur des ^^bmsesy entourés d'un peupleumragniir, argumentaient» Tun sur la nécessité, l^^aiitre.s» kâ inconTénients de là royau^> . ,D'âmt .cât^ k» fipîthétes. les plus grossières^ de l^Mitce les éloges .Jes: pluâ ironiques > itaieht. donnés ; à LdiUs XVL L9 Jon^eur :ropuhUcain;4ierAp^ pdnît jamais que Mjt^ .^e^(^; àon- antagûmite ne le nommait .que ce pauvre, diable» qua oè bonhomme de Capet ; et lès îmliécâM j«ftt dîtevfs^:de.târe ^t d'applaudin iLarivâri|éat ci^ndant que, cet infortuné mi^tnarque^jpaie prononcer ce oe/o» .n'avait pas agi . idte i hà même ; il avait cédé à l'impulsion de s^aliA nistres, qui dans ^opposition qu*ikiiiijc«ianlt it| écoutaient bien, plus leur haiâeipoiir«]a lé^ution que rintêrêt du jToio . Malgré «dii eftboxe incertain sue. K parti qu^il devjaîtsuqnif ilaïaît^ai^è pràside jbiiides memtirea dfL ria9»emblée, pour àv.câr: Jeui^.iWiA^
LA RÊVOLTTTIOlf FBAVÇAIBÏ. 179
mémoire que lui avait adressé le conseil du département, où siégeaient encore M. de la Rochëfoucault, M. de Taleyrand, et quelques autres personnes recommandables* Ses ennemis n^ignoraient pas toutes ces précautRMiÈs o^e lui suggéraient sa prudence; mais oh Voulait le perdre, et pour y parvenir il notait pbiht de mensonges absurdes que Toit n^empkfy^t pour égarer le peuple. Mais qui' fcSOittk ^ peite? Les jacobins, les jacobins seuls^Jiés aASr^ cfaistes seuls. Des écrivains ont' injusteftSënt prétendu leur associer les Girondins dans té projet. Les Girondins étaient des 'htannies énergiques, mais dont les intentions^ étàièâi pures. Us s'exagéraient à eux mèmët les vertus des républiques anciennes et rsfddetû&f. Condorcet et Vergniàuxi la tète fûtm^âes exemples de Tantiquité, Brissot récemment témoin de la révolution Américaine, raison^ naient d'après réxaltati<m de leurs idée^; maiâ ils ne croyaient point la république inc^HBipàti^ ble avec un pouvoir exécutif, et il leur im« portait peu quel titre aurait le chef de ce pôu* voir. Ce n^était donc pas att Iroi qu^ils s'at* laquaient, mais ils voulaitot la responsabilité
180 HISTOIIIX DES FACnOÎTS i)ï
desinimstres dans toute son étendue; et sois icommiréiit quelque fois la faute de laisser combattre les jacobins dans leurs rangs, faute qm les mit à la merci de fausses interprétabons de leur véritables intentions, ce ne Ait qw lorsqu'ils voulurent faire peser tout le poids de cette responsabilité sur quelques membres du ministère^ Par exemple lorsqu'il fut questicm de Tiaecusation de M. Delessart, (provoquée dans Tôrigine par TAbbé Fauchet, jacobin outré» prêtre intsriguant, délateur de pro« ^BisâoQ,) et que dans la suite la nécessité de Téloignèr. du roi fut démontrée, la gironde laisjsa ces auxiliaires perfides mêler leur voi^ cifëri^ons aux discours énergiques de ses ora« teurs; imprudente condescendance dont elk n*apercttt pas le danger, dont elle ne songea pas même à se garantir, parce que les Oi^ rondins avaient trop de grandeur d'âme poor soupçonner ce machiavélisme, dont ils devins rent G^ndant les victimes ; parce qu'ils Ai* daignèrent, quelques conseils que Ton pût leur Içur dcmoer à c^ égard, parce qu'ils dédaigné^ rent, disje, de dc^çeçdre ^ ces moyens honteux p(5»lla^^ employés p^i les Jacobins,.^^
LA R&VQLUTIOSr PBiLirÇAXSS; 181
dont ils firent un usage si cruel pour, conduire à la mort ces hommes vertueux, dernier espoir des gens de bien dans ces temps .malheureux. Quand il s^agissait de proscrire, les jacobins, accouraient auprès des Girondins, mais ils se tenaient à Técart, dès qu^il s'agissait de sauver. Tout le monde . s'appercevait de cette tac* tique ; les Girondins seuls ne la remaiquaient pas. .: Funeste aveuglement? Ce fut ainsi que les jacobins se turent, quand la Gironde prit sous sa protection le ministre. LA>uis de Nar bonne, dont tous les discours, toutes les actions ne tendaient qu^au plus grand, avan^
uge d» m. ,« m.lh.u,e««me». .»vmt l'-
l'eille de préférence aux conseils des autres ministres toujours en opposition avec M. de Narbonne, parce que sa droiture, et sa saga^ cité les gênait. Les jacobins ne prirent aucune part au décret par le quel TAsisemblée dé<> clarait, qu'il emportait avec lui les regrets de )a nation. On ne saurait trop s'étonner com-» bien les jugements de certiâos historiens, re^ coQomandables cependant par leurs lumières^ jettent quelquefois un feux jour sur certains événements.. On lit par temple dfui» un
IftI »nrraCEG;3 ES 8 ACTIONS DV.:
oovmgaiestiaié <pM lorâqite le :roi: apposa ma
T?afo aux défcsets sur le» émigrés et lea pEètr6%
il fat bien >aifli9< de donner par là i aux pw^
aanôes étrangères on témoigai^^ qu'il ezer»
çaitJibrement leai droits que la constitution Jui
dooimk; et Tauteur fitit entendre ensuite <pie le
r<Ni eii.âceordant la sanction à celui qui^coiK
cernait Louis Stanislas Xavi^ son iîrère,: n?é«
taèt; pasv iacbé de Êdre^sentir ^à ces mâmef
poissaaCes, qu^en effet il n'était pas libre;
Une&idnplioité semUaUe n était pas dans > le
caractère de iLouis XVL Pourquoi ac pas
aMoibuer au contraire 4 la générosité de 8oa
coracdaére^ cette distinction < qu^il faisQit>6ntit
sov.^irèie^ > et les i émigrés ? Pourquoi • fie poi
direi qu'il noulait épargner aux uns la rigueur
dûûkâliiétaient menacés? mais ne voulait ^pas
q^un^prince de son sang put ètre/per soa
MâignesMi^ considéré comme un ennemi de
la. FkMce. demme roi, semhkdt^il dire aanc
tnvjechercheMàTous garantir des coups dtt
sort ;v coiame frèf^ semblait^ dire à l^aub^
je; veille sur votre f honneur qui marque votre
place • partout où je^^suisr* Tandis que « daat
l'hisloiie^ on dôme uni^ fauate directicm kV»
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à^la quelle il s^al^iiioiidbifb;:iii]i^ safiâbleâBMi^ on pour imepK dira: îatt^fiODQ^^ alaiiaée parades infUibatieiiicoà sa diarité^chiiéAiémie naJui p^nàettèk&pes d^'^pefcevoîrdeâ.paanaâs lmmabM8<vc»u)h6« ;Murt^) m^^^ idî^
gâooy itti âûiaxt abfum lei iréa(i^tiMÎs:ièsrpkii 9akitair«Bu ^ UirjAJticidier qa'iLhonoriitde'sii confiance, se permit m^^our ^luiciepréseiikei le • mauvtis «fiet kfoio ce idèvouement à ; o^tta da»e •d'^clIteirfKrtitiaesifiûs^ publie^
et'oambèen il iunsoit'àï»uciuae; <Le mnéde est facile^ hn4imlïiLiâLyotMr Hn^eafeé daîgao tti*«if oronrev qu'eifoiM'un^ pas tous les 4}iii Hanobe8>eiiftièi6edsbs sâichBpellé iks Tfauik 4rietfi>i S^jMO^ ^Mnsg[ut|èelqa»fois /m&lân vos
iMé BI8T0IBA BB» f ACTlOVt. DJC
pnàres à. cdles 4^ peuple» - tantât éàxmime
cevez >pa9 . combicpa le peuple «em^» ttœiUe* à eeUe démarche ; elle impdtqrs'.ffllimM ktom lêa pr€)po9 j ridicules aux> cgaehtm eehvatb^uiir i^w liaifiKfciis aMC ks piéticies léfiiibot^^ ;Je ii6:iH|U8-)CGta9^e>paft de les ékngnv^ tpuÎMpie: vaéàe ^oonfiance religieuse kiîr ./ est doimés; nm$ \ . fiûfees quelque sacrifice à Vùçimùai:fiê- Idique si toutes hi^ €^est^m ^aesifioeidei pangt dB&s><tellatt itel temple* Le^ ^lol $eatit^ Jb jikk tesseioie oefraboiiiieiiient^>et «ppei^m qu'il^pourrait.iaim k^swcBÂJusei -Jhpnailbkm^ particuUeride'SuÎTrej soi» eoi|seiL idb'^qpiiifiah féût efiiseml^iqu^il' coinmencCTait-gMtt>ii«étf ddi^imèatoi^ ^ par ^Eglise » ide Saîo&GibHHb f Auxémmp^et le roi kii jditique choquertie^ jn^Mne,^dlieiiëiMt pr^eeiridaBs queUei^lîoe îÉb ï JQgéralit ^XNpnzseoèble» d'aller > le dinmorhe suufttMOKl. ICe pwticulier fit ddnc tiout prépamr
éiÊ,soii ;.le çisré fiit préyenui iks tapisseika des Oobelins fureal apportées poux tendre l'égiisa; làimusîquefut^aitîeÀ y.ihè»prA^xeB d^hkcow ^eQreiifrciietttde.ce(tted^Piittatkiii,dM nuy ils
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II. 4ft&i€bitt«e!-i<iiqf 4^4ta^ fà!$vfks,v*éàlÊÊi de«ic!^4tn -èikiiel kènneiirs ^ôgabidti A lu f«hi». iiLa. ii(}bl04flf;raAté'4St l^ebtiintfblifRfttî^
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TécDsta avec* éne^tatteatMn^àBAiÉCfvte^^^^ da. kl justesse «Le œfhié6m^Êt4f9^Vu,^à^^ c«DseUa :<pi'il hàriAddamiki /h'etfyiù^ nffpmohê^ elleilur dska mcm^iNMijs wiremêÊ grandes i obiîgaliogs * à>jnimgi6iir i^ isî^riw lejrJ*
serviteur.' .Cejp&ïàBxAht peuple destsèDLYiraof sachant que h. Beina était^ ea ^ wuséam^d'lMt^ toire naturelle^ Vtétaitïfbitèrien^'fimle dans: la jaidm^ efe kn^emplîssait'.piiésqÉDBm «ittar^ f L^ Reine BsvmatéiBrf0scmmm htiamt^ls»^^ entrer chess k^céiélxi«ipeintroqVan>Spand<ingt qu'elle prcMégesk il^m&ibngM^ dbésf^
vair im^taUeatr îq«K%li/irenait de tafoûven Comme il habitiût daœ ^^fôttkéneurrâu. muséum^ foComteiaAoompagnelaJRdiiechez fcet Bxétim Dans l'intense ilaarvînkiimatpelîite 4^Iine;: Im VMttties de^he^Reiiie étaient rasCéfs^ à la gril^ qai«doone sur le rivière } kaef&oièfsde la suite hà ptiOfpo$êr&Êt deufturé t^air sas toitures 4 la gfâle de le' ras ât. Jifietapr iâen^ plus saisine
lit mutqiauB bit pactiov s ab
ftit tauniit intpoiéeà être omâlée. M» le^ChMste tf ê ^^"^^^ qui i^aper^quB la Rrâie.allDft en dooner Tordre. feMit y attadier la iiioiiidie.iiih {KHPtanee «'aprocha. de «on oreilie; > Volare mat jnté^^fié^^- ^nnâltra-lMlle de 'iiazankc . èwonr ttffêftnseîl? Vous voyes Madame txxitx:a peoi^ têfoitt-lè javdm est rempli; le déair ^deiciwr tbtre iiiafMé l^a soil atiiié ; m tous le^privei di? cette satisfactioii^ il- imaginera, que c'ért |iar indîfiérence, et vous eoncevea tout te .JMUtî que les ennemis de la chose. publique tÛMWC cTune circonstance si innocente en cjle.mâmft; que vôtre majesté daigne m^en cTMire^ fp'flk bmve une légère incommodité» ifa'dtte. trairaiK tout le jardin pour mgagner ses mîtiUBes, jrt ^'elle laisse par cette copplaisBncftjli^ ^fum ce ^peuple de jouir du bonheur é^hLMÊir/étff près. La Rrâie laissa percer un peu d*îiiq^ étude. Que votare majesté aoifc ftafyàtemat trâuquile, qu'elle me peiœette de. JM: fmh ^ttittef, je répons de tout sur ma têto»; Lit liews ne' balança. i^us» elle descendit.el'prit^le:]w»9 de Mr^ le^Comte de ^f. Quand le jimfik lit qu-aidieu de acnrfcîr par la. griUei de StéM[ie^
tion. . L*oreille de lalUûi&^t«emt im h$^fh$ des cris de fBms kk^^me^^^^ims^M Dmjéîm wt» notre bmuêt Reine. îËUe. lama la /fcMibi a^apfm>cher ; répcmdit pac «ea^geatBs^^aoa wo^ fimv flOQ atteQdrôsènûffint aiUL nûunqu d'amMt qu^oa luidoonut. ill^ttand «Ué^t jà. It'giiUcsi^ je TOUS remercie 4ît«elb a» Gonoite» «je 4aie r^Ki jouis d^oBtr sum votre reoiisdiU YOUa Qft^;a^m procuré la plus douce des joAiUsanciËis» e^^ A^ouldtrai jamais ^ue efest. à fwoh 4{né. je; \m dbis. Remontée dans. sa vaîtttrey.etJes^Jwrae encoÀ baillés des laimes de la jrâor i^u^elië tenait d'épmiiyec^ elle Éahw eaeoi^ Je. peiifk et s'ékipu^y X^oaàÀmi 'ûsi étekat^^a|>allilee les hommes éoiit ha couéhfneixisr^^ M ks. hommes dantles.calomm4t^^o4tlbml^ étsté oâté décevoient». et de Faotrè aâgrissaksat ^céf jttobtes cwactèresyi qm Ikok^Mtkiixqni^ riêmm «M»:lertemps SI dispa«»és àrteeij^JiiiiilMair de ce péu{^> que ^'onieheit^t^SHii^an^^ pilier eivatie eux;* Cette aaëcd«bejeèijcvlâia^ eC c'est iê mf«fA Bt^vii lim. :mféBq)Àdbeo<U miBMmrlfiÇm^ dont je liW p«i4pài
£99 HUvontc^BEsvAOTiai^s' db oiGepèodant JetœliCroJBnàsc^^ Les
mxktxn* là côûdœte île l^EoÉpereur qui-tolénît favraaiemblementidanBlepajfv La
coostanea de ^es >{>laiotes .détermina enfin le mmÊbttF des: relatkmB exténeiireg' à demander à cet égard ^quelques ext^icalkfByto^'j^^ devienne^ en laissant i prà»eiitap ^[H[h^^ kmgue toiérance pourrait 'entraSnnr «né ^fopturtf.' M. le Prince de Kaunitz képoiidît à la note de Mr. de Lessart 'à peu -près dnns'<eef tarmei siqpi^iLTilébnt peink^dans t'inkeèlMn^ TËmpensur de se mèlar «o»nen dw rigina aiâvi maintenant ieri France^ qiifîl ^iie?^t«fidMt pdnt 4n^èn»ey î^u'îl n^arak peint aaniîMt «qtfa les étti^gréa âen^ais^ae vaaaemblaBSiM^îdaitt mé éta^ de la Belgique ^^^i^^l-nf €latrait 'point beài pkis^ dana lea- de8g€âns>^<i>iUî < »n? ateaiaht 4n arnies^anai'Eleetoiat de TtérkÊ^v^mà'S^^ mtfitekipcér ^SMldîtian à la^ oontinuatîte ée^wa finKÎpescd^niodéTOtiôn-4^ ranéaiMÎBieiAett deiaifociété dea Jaéot^na, dont la «mniindk iB|solance^Teni(riisMÎt la Franoê de deuil et de flèafULy tenait abua le joug rAsaenybléelégIditive, enMH«k «ee d^béMliena^* diet^
«bîncurapait dàM^î}gmih «wretèiptnbiadw du
effet ciontoknfiiqGéuxidcHtt^
tf i'o^tnèBtojincB^péi^ jinaâîteitt>iurae mridkéicè
ilOiraeàaïmdvtaBL jde JbupMdlài} ib luréftéiidHiaKkt
Mi/ deiiKàtnuta^ifl^^ TiûÉntliûnièoi^afabride
tkai, cttde'iœi«Mii8»radfe tiiyAaff:>c|imwttoét
ëity^aécttidsida^lifliaion .aeiAaiiiévdèp{iajftyae pfaiè de^éHttir^adlidlaxiallMiitaH^ éa Ldbsmà ait rdéèaaaâad'itffftflftrtaiH; muiaoii aReriaibàn^ et î Mttr«|dS'i^de9kitiikiJHBite4c«v outîqnalcbl
âété:ii£àia()dkrâ^ ^tJteaoèindéraaaoniaié
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^ e> IL ertucartaki i^e. joQltei m^i de; JUb 40
193 HISTOIftS XfE'S FAC/rK>NS*l>EI
France^'il eut évité de porkr des jacobins.; ce ftlenoe les ettt huaiîliéa; ils en auraient conçu qoelqtie'éfiroi ; et restaot-dansirincœ^ titude sur le sort qu-on leur ^préparait, ils eussent a^fivec^lus 'de :ctn:oiispeetJOB; mais en â^ abaissant à les menacer, il aconit kur malheureuse influence kur: lé 'peuple^' et leur fournit un moyen de lui £ûre entendra qu'ils étaient les ^ttls défenseuis de sa liberté pois? que leur existence allàtttait si Tnrenient i^ souverains étrangers. . Ea 'g^éral\^ am - dés grands, raalfaçurs de la France pendantlc révolution, c^est que les souvarains àA i^E»t rope n'ont jainais été éxaotement^ônfiMcméa de sa . véritable lituabon. / oLe» iiommea ebngéit de^t^les en instruire -> allaient ^ifonÉerii leuf ppimon sur Kesprit public dans le»JBattoii8 dé Paris, prenaient . pour .siutanti -de.iériitét 4D«tt8 lea fbfies jquToa^ijF débitait, îet j(pie/i*oii::jr?â4^ bita dansitbûs les tems^ se cdmpGttaknt'd'Âr près cda «ne j Fiance ciûfliénque^'iet.igno^ raient totalement la ^ tvécritafale jf^sancciir ^• ; Dt après leurâ rapports basés sfur dies* dxervmtiiiis aussi futilbs^ieurs-souverams se^foliiiaieiîfe;dné çpimon sup celle' d'une îdJasse. dé Srançais
toujours connue pour n'en avoir aucune. Dct puis vingt cinq ans cette grande erreur des cours aussi funeste aux étrangers qu'aux français ne s'est jamais démentie ; et il en est résulté le grave inconvénient que les cabinets de l'Europe ont toujours cru agir pour l'intérêt général des français, quand ils n'agissaient que d'après les rêves de l'extrême minorité.
D'après cette conduite ils ne faisaient qu'irriter la grande majorité toujours mécontente de se voir ainsi comptée pour rien. L'histoire dans cent-ans sera plus hardie qu'elle n'a le droit de l'être encore; et nos desceudans seront surpris de voir pendant vingt cinq ans les monarques de l'Europe répéter en cent occasions : tels sont les vœux du peuple français ; nous agissons d'après le vœu de toute là France, tandis que les vœux de toute la France étaient en opposition directe avec ces vœux' prétendus qu'on lui supposait. Le jacobinisme par exemple fut un des plus grands fléaux dont jamais l'humanité ait été frappée ; cette démence est un de ces phénomènes historiques que l'on ne concevra ni n'expliquera jamais.
Mais si M* de Kaunitz eut été fidellement in-
formé de la situation de la France alors, il aurait su que les principes de ces JacolÂns étaient professés par les trois quarts de b France ; et tout en gémissant de ce délire de toute une nation, il aurait senti le ridicule de mettre dans une note diplomatique pour condition de la modération de sa cotir, Texpulsion, Tanéantissement des trois quarts d'une nation avec la quelle il voulait conserver h paix; il eût cherché d'autres moyens de mettre un terme à cette grande calamité ; tandis que mal informé, il ne fît par sa note que doniner un véhicule de plus au délire, qu'exciter cette guerre qu'il voulait éviter, et que bâter la chtoc de ce trône qu'il croyait raffermir sur ses fondemens. Combien de fois avec l'argument de cent mille bayonnetes a-t-on voulu convaincre le peuple français que son voèu ii*était pas son voeu, et que Ton connoissait mieux que lui ce qu'il voulait. Il voulait follem^it. Celt se peut. Mais vouloir lui persuader qu^ veut ardemment ce qu'il n'a jamais Songé à vouloir, n'est ce pas également une folie.
Chioiqu' il eu soit les crimes prensuent çha^e jouir un caractéife de férocité tel <jae
LA RâvOLUJION F&ANÇAISB. 19^
TAssemblée, bu pour mieux dire la Giro^de9 commença à concevoir quelques alarmés su; les suites du système de révolution nouvelle qu'elle avoit adopté dès Torigine de sa session» et elle trembla de n'être plus maitresse de la retenir dans le cercle qu'elle avait résolu de lui prescrire. Les discussions n'offraient plus qu'une lutte de gladiateurs; les accusations!» les délations consumaient toutes les séancejs» et les trois partis se^wjettaient tour à tour Tq* dieuse inculpation d'avoir inspiré les attentats; dont les relations journalières apportaient la terreur dans toutes les âmes. La nouvelle des forfaits d'Avignon, et les massacres de St.
Domingue vinrent la redoubler encore. Dans le midi les fureurs des dissentions, la rage dé* magogique, semblaient emprunter la chaleur du climat brûlant sous le quel elles s'exercai* ent. Dans le Comtat, un forcené qui s'intitulait avec orgueil Jourdan coupe^téte^ un moment chassé d'Avignon &vec ses sicaires par les ennemis du trouble, y rentre furtivement ; épie Toccasion de la vengeance ; croit F avoir trouvée dans la sécurité de ses adversaires ; choisit
Un dimanche pour s'y livrer ; ferme les portes
de la ville ; indique à ses complices ses nom^ breuses victimes. Les maisons sont forcées.
Un millier de malheureux en sont arrachés^ Viellards, femmes, enfans, tout; est enchainé garotté, trainé par les cheveux au bastion de la glacière ; là tout est égorgé, tout est massacré. Les cadavres sont mutilés, déchirés, coupés par lambeaux; les tètes sont promenées et insultées par la sanglante joye et les chansons de ces cannibales. Ces misera^ blés dépouilles sont jettées dans le Rhône^ Ses flots rapides les roulent vers les mei^ tandis que la mémoire de ces crimes s'aprète à surnager sur le torrent des siècles. . A St Domingue la scène est plus terrible encore.
C est tout un peuple nègre dont la conjuration contre les blancs se concerte, se meurit avec un secret que ne connut jamais aucune conn spiration. Tout à coup le même jour, à la même heure sur Tinmiense surface de la plus grande des îles Caraïbes toute une nation de blancs est égorgée ; tout est pillé, incendiéi anéanti, dans un espace de plus de cent lieues ; tous les aziles de Topulence, tous les monii* ments du commerce, toutes les ressourcés de
LA RÉVOLUTION FRANpAI$B^ 197
de rindustrie sont détruites dans une seule matinée ; et dans le midi de la France comme à Toccident du globe, liberté ! est le mot de ralliement de ces légions d^assassins forcenés. Le président de TAssemblée en lisant ces horribles détails s'évanouit; une pâleur livide décolora tous les fronts ; un crï général d'indignation fit retentir les voûtes de la salle. Un décret vengeur fut rendu à Tinstant. Jourdan et ses complices furent mis hors de la loi ; des troupes durent partir sans délai pour punir les criminels de St. Domingue. Tout annonçait que rhumanité allait être vengée, et que les châtiments égaleraient la grandeur de Tattentat. Eh bien qui le croirait ? Un mois n'était pas écoulé, qu'une amnistie fut demandée, sollicitée, obtenue» pour Jourdan et sies brigands. Il n'en fut pas de même pour les ministres que l'on accusa d'être les fauteurs de ces forfaits, d'abord par la lenteur contreré volutionaire qu'ils avaient mise à l'envoi du décret, qui ordonnait la réunion d'Avignon à la France, et dont la connaissance aurait mis un obstacle ihsurmontable aux excès commis dans cette ville; ensuite par leur coupable
négligence à faire parvenir aux îles le modç que rAssemblée constituante avait arrêté pour arriver sans secousse à rafTranchissement des Noirs. Il est certain que parmi cette longue liste de citoyens qui depuis un an à peu près avaient été successivement appelles au ministère, tous à cet égard n'étaient pas sans reproche, et qu'il en fut plusieurs qui pour servir leur haine contre la révolution, éludèrent non seulement le devoir qui leur était imposé par la loi, mais trahirent même le voeu formel de Louis XVI. qui ne cesàait de leur recommander la ponctualité la plus stricte dans renvoi des loix. Mais ce reproche ne pouvait guère s'adresser aux ministres en place à cette époque, d'abord parce qu'ils n'étaient montés au ministère que bien long-temps après la reddition du décret dont il s'agissait, et qu'il était assez naturel qu'ils eussent pensé que l'expédition en avait été faite par leurs prédécesseurs. Mais comment réussir à le justifier, quand le désordre administratif était arrive à ce point qu'il n'y avait pas de Ministre Secrétaire d'Etat, que personne ne tenait la {dume dans le conseil, et qu'il n'existait point
par conséquent de registre de ses délibéra* tions.
Les Girondins, allarmés de la phisionomiie sinistre que prenait la marche des q^fFaires, dans un de ces conseils secrets que dans le^ instans difficiles ils étaient dans Tusage de tenir chez ftoland, qui peu de temps après ;fut ministre, exposèrent sans détour la situation • du royaume sous Taspect hideux qu^elle pré* sentait. Les Girondins, et quelques membres affidés et surs qui partageaient leur opinion composaient ce conseil. Leur confiance n'y admettait d'étrangers à TAssemblée législative que Roland, Mde. Roland, Mr. de Champford membre de l'académie française, et un autre homme de lettres. Le plus grand mistère environnait ces réunions. Il importait surtout d'en dérober la connaissance aux Jacobina, qui n'eussent pas manqué de les transformer en comités tout au moins aristocratiques, comme ils transformaient en comité au- .trichien^ia réunion fortuite de quelques grands chez la Reine, où ils ne s'occupaient guère d'autre ishose que de lem: métier de courtisans; imposture que Robespierre ne maU'-
querait pas d^appuyer de tout son pouvoir pour satisfaire sa haine contre la Gironde, haine d'autant plus active, qu'elle n'avait pas pour motif rintérêt de la chose publique, mais qu'elle était inspirée par le sentiment indivi» duel de sa médiocrité, et sa basse ^vie contre des hommes qu'il sentait bien ne pouvoir rivaliser en talent. Ce fut ainsi, soit dit en passant, ce fut par un sentiment égal de jalousie déplorable, que nous verrons dans la suite, un autre député se jetter, lors de la convention, dans le parti de la Montagne, par la seule raison que l'impmdente Gironde n'avait pas voulu l'admettre sur la ligne de ses premiers orateurs. Cette grande erreur de son amour propre le livra à des hommes, dont il voulut enchaîner la confiance, non par l'excès de ses actions, mais par l'excès de ses discours ; et par sa profession verbale de principes exagérés, que son cœur ne partageait pas, qu'il n'affichait que par crainte, qui compromirent sa gloire pour jamais, et que le public lui reproche encore aujourd'hui avec tant d'aigreur ; tandis qu'il a totalement oublié cent mille mots dix fois plus atroces encore, prononcés à la tribune
par tant d'autres membres. Ce député est du petit nombre des membres de la Montagne dont le sang n'a jamais souillé les^nains, et cependant c*est le seul que 1 on traîne encore chaque jour sur réchafand des idouvenirs ; tant il est vrai que le tqbunal de Topinion publique est tout comme un autre un tribunal arbitraire.
Ses arrêts absolvent ou condamnent ses jus« ticiables, au gré de son caprice.
Après TefFrayant tableau des désordres et des attentats qui se multiplaient chaque jour, on mit en délibération de quel moyen il fallait user pour mettre un frein à tant d'iniquités. La police n*existait plus. L'Assemblée constituante l'avait perdue, en : souffrant que le peuple accablât de sa haine le méprisable métier d'espion, dont Tintervention est malheureusement nécessaire quand on veut maintenir le repos dans un état. Il était impossible, de long-temps du moins, de ranimer cette grande branche de l'administration pubhque. La fidélité de la force armée était douteuse, et Tinsubordination du soldat qui se prononçait Contre ses chefs immédiats, ne donnait pas l'assurance qu'il obéit sans examen a^x réquisitions des ma«
gistrats pour donner force à la loi. - Il y avait moins à compter encore pour la supression des désordres sur la garde nationale, plus disposée dans vingt départemens peut-être à les protéger qu'à les arrêter, d'après ses liaisons avec ceux qui les commettaient bien plus puissantes sur elle que la voix de rassemblée.
La grande question de l'abdication fiit donc remise sur le tapis dans le comité. C'était im projet que depuis long-temps la Gironde avait formé, et qu'elle considérait comme le {dus sur moyen de sauver Tétat de 9a dissolution. Elle regardait que la chose publique serait toujoun en danger, tant que le gouvernement serait entre les mains d'un prince dont la foiblesse le rendait accessible à tous les conseils, et daat le caractère irrésolu ne lui permettait jaaaU de prendre un parti décisif. Cependant il n'était pas facile d'amener Louis XVI. à prendre cette détennination. Us comptaient beau* coup sur son penchant pour le repos, sur la iatigue que lui faisait éprouver toutes les contrariétés dont il était entouré, et sur la peine qu'il ressentait de se trouver si fortement déchu de sa puissance ; peine qui perçait dans presque
LA RÉVOLUTION FKANÇAISK. 208
tous ses discours. ; D^ailleurs ils comptaient bientôt pouvoir réussir à composer le ministène à leur manière, et amener le roi à lui féàie demander à lui même des ministres à leur choix. Ce choix était fait d'avance, et les diffe^ rents ministères n^allaient être par conséquent confiés qu'à des hommes qui marcheraient dans leur sens, et dont les avis toujours en opposition avec ceux du roi achèveraient de le dégoûter, et le décideraient sans qu'il s*«n doutât à cette abdication t^nt désirée par eux, et qu'il desirait peut-être autant qu'eux.
Sans doute cette abdication est désirable^ dit Champfort, et je la regarde, ainsi que voua» comme l'événement qui contribuerait le plus au salut de l'état; mais il me semble que les moyens que vous vous proposés d'em{^cyelr pour y parvenir sont longs, éventuels, ineei^ tains, et qu'il ne faut pas mettre au hasard le succès d'une mesure semblable. U est à moR nvis un moyen plus sur et beaucoup plus prompt, qui vous garantira dti secret absolulument nécessaire à Texécutioit d'un semblable projet ; et qui ne vous compromettant d^au* cune manière, vous mettra à l'abri dea soup-
cens ja^obiniques, empediera ces hommes de TOUS contrarier, et sauvera beaucoup pluar t6t ce malheureux roi du sort qu^ils lui préparent ; sort dont la criminelle certitude m'est démontrée par la conduite que les Jacobins tiennent depuis quelque temps. Ainsi, la sûreté du monarque, le salut de Tétat, le vdtre même, sont donc intéressés à la rajndité que vous mettrés dans Texécution du projet (pie vous avez formé. Il faut dcmc bien moins vous attacher aux combinaisons politique^ que tirer adroitement parti des foiblesses mêmes du roi. Emparés vous habilement de son confesseur. C'est lui seul dont l'autorité peut le déterminer à l'abdication. Qu'il lui persuade que son «alut est en danger en restant pli^ iong-temps sur le trône; qu'il lui fasse entendre que dans la malheureuse confusion ou Tétat est livrée il est impossible de prévoir à qtîels . crimes une faction insolente peut se Uvrer contre sa personne ; mais que du moment qu'il est permis de les pressentir, ce serait commettre un grand péché, que de ne pas employa le seul moyen qui lui reste de les prévenir, et que ce serait se rendre lui mêlne responsable
LA EfevOLUTION FRANÇAISE. 205
devant Dieu du sang que ces circonstances afifreuses pourraient faire couler. Qui pourrait vous empêcher de suivre ce parti ? Estn^e la crainte de ne pouvoir mettre ce confesseur dans vos intérêts ? £st-ce la qualité de prêtre qui vous intimide ? £h ! quoi donc ? renonces vous à la connoissancë du cœur humain?
Ënchainés sa fidélité et sa discrétion par Tap* pât d'une grande récompense. Faut-il regarder à deux cents^ trois cents mille francs» à avantage même s' il le faut, dans une circonstance semblable ; et dans un moment ou les prêtres ont été dépouillés de leur richesses, ou ils sont même souvent embarassés de se procurer les moyens de pouvoir vivre, croyez vous qu'il en sent un seul assez imbécille pour refuser une occasion d'assurer son aisance pour le reste de ses jours. Prêtre ou laïque il n^est ^pas un seul homme qui soit à Tabri d'une telle tentation. D'ailleurs cette proposition Ijalarmera d'autant moins, qu'elle ne contrariera en aucune manière ses propres préjugés, qu'elle n'éxi* géra de lui aucun sacrifice de conscience, et qu'en acceptant la récompense il croicS' .toujours mareher dans la voyie de Dieu.
Get avis de Champfort frappa vivement Y assemblée. Elie-examina longtems et les in* GonvenienSy et les probabilités qu'il présentait Vergniaux seul le combattit parce qu^il pré* sentait une système de corruption qui répug-* nait à son caractère. Roland^ honnête homme sans doute^ mais dont le système fut toujours de voiler son ambition sous le faste de la vertu, se joignit à lui ; mais Madame Roland désaprouva leur scrupules. Accoutumée à dominer son mari par Tascendant que lui donnait ses grâces naturelles et les formes douces et soumises qu'elle mettait en usage pour rendre son joug imperceptible, certaine en outre de Tespece d'autorité qu'elle avait sur tous ces hommes d'état par la confiance qu'elle leur avait inspirée par son éloquence, et Thabileté avec la quelle elle leur dérobait les sophismes et les paradoxes que son jugement faux, et so^ imagination romanesque lui faisaient soutenir comme des vérités, elle récapitula tous les avantages que présentait le plan de Chan^ort, et exttraina tout le monde à son avis. Condorcet acheva de fixer toutes les incertitudes çn traitant la matière plus en philoss[^e qu'tn
LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. StOf
politique ; et en versant le sarcasme à pleines mains sur les prêtres^ il avança que rien n* pouvait . être coniâderé comme corruption à
leur égard, par cela même qu^ils étaient par principes comme par profession les hommei»
le plus disposés à voler au devant de la cor^* ruption et de la vénalité. Il ^t arrêté que 1^ on ferait T essai du moyen proposé par M. de Champfort.
L'autre homme de lettres demanda alors qti" elle serait, en admettant que T abdication iiit chose possible, qu'elle serait la formé du gou« vemementque Ton substituerait àla monarchie?
la République, répondit Brissot sans baliancer,^ et Guadet, Vergniaux, les Rolands, répétéi^nt sans hésiter la République Condorcet et Champfort godèrent le ôlence. €rensoae4 dit qu^ un semblable parti valait bien la peine 4l'y réfléchir mûrement, que c^était suitout dans ce moment qu^il fakit se garder d^agir par enthousiasme ; que ce senait folie d^tmproviser une délibération gemiblable ; qœ lien ne périclitait encore, que Ton pouvait laisser quelques jours à chacun pour former ses opinicms à cet égard ; qu'il préférait icopune
eux la république à tx)ut autre gouvernement^ mais qu^il falait examiner longtems quel serait le mode le meilleur à suivre pour amener sans secousse Tétat à adopter un gouvernement si étranger jusqu'alors aux moeurs, aux ha^ bitudes, aux idées reçues j qu'un soirée était bien loin de suffire à un examen de cetfB importance ; que plusieurs coniités ne seraeint pas de trop pour y procéder avec la sagesse çoayenable ; qu'il ne falait par se le dissimuler, qu'il y allait du ss^ut entier ou de la ruine totale de la patrie. Qu'il les conjurait donc d'âporter à une semblable discussion toute la lenteur que la sagesse exigeait..
Je vous en conjure également s'écria V homme de lettres. Qu'allez vous âdre? je n'ai point de répugnance pour le système des Républiques, mÛ9 considérez moins votre désir particulier, que la situation précaire ou vous allez vous placer. Voulez-vous donc déchirer dans un instant toutes les pages de 4a constitution? qu'elle charte avez-vous pour la remplacer? jouirés vous du cahne nécessaire pour en créer une nouvelle? en aurez vous le temps? aurez vous la liberté d'en diriger les
LA "RivOLUTION f HANÇAISX. S09
principes ? serez vous maitres de donner à ce grand mouvement la direction que la droiture de vos intentions exigerait? quoi? le moment où vous avez besoin de. rallier à vous toutes les opinions^ est précisément celui que vous diobissez pour vous aliéner les constituants qui ne vous pardonneront pas d'avoir détruit leur ouvrage ; c'est celui où vous ne pourrez éviter Tinterrégne de Fautorité executive que vous choisissez pour ouvrir un champ libre à ces jacobins dont Taudace vous ravira le £ruit de votre conception, s'emparera de la révolution que vous préparez ; à ces jacobins qui saisiront cette occasion de multiplier leurs attentats, et vous imputeront à crime le& (primes que vous leur aurez procuré la facilité de conmiettre ; c'est celui que vous choisissési enfin, pour rattacher aux nombreux émigrés le peu de nobles qu'un sentiment plus modéré, un attachement à la France plus diâScile à rom* pre, que mmns de préjugés, moins de préventions peut être ont retenu dans la patrie. L'abdica* tion est utile, je le veux, je le crois, mais une chose plus utile encore, c'est un gouvecnement. Vous comptez dites vous sur la
210 HISTOIRE 'DBS FACTI0K^6 ld£
fidélité à vos principes des hommes que voù comptez placer au ministère. Hâtez vom d'amener la cour à les choisir d'elle mêmè^ sans qu'elle paraisse avoir cédé à votre iikiL pulsion. Alors ces ministres feront agir lel troupes dans votre sens; donneront aux ack ministrations, aux tribunaux la direction coé^ venable ; prépareront l'opinion dès cours étrai^ gères ; vous délivreront des entraves que votti pouriez rencontrer dans le trésor public ; soitveilleront les entreprises des jacobins, et par une marche vigoureuse disposant à la fois du mifi^ taire et du tivil, parviendront à les comprimât à les intimider peut être, et par le seeoufii d'une police active, éventeront leurs projets^ et rompront l'ensemble de cette grande massa Alors forts de ces moyens, au lieu de pre^ clamer la République, quand Tabdication aura lieu, hâtez vous au contraire de nommer im^ régence. Par-là vous vous ratachéz, et les^a» «tituants, et ce qui reste de nobles en Franei^ et ce grand nombre de citoyens quî> tro# veront dans cette mesure un motif de sécurité tandis que le .seul mot de République to effaroucherait > enfin vous inspirerez moins- de
LÀ Eévai/UTION FRÀKÇAIMi 211
d^ance aux paissancês^^étrangé^s^ pai^ce qn^elle penseront* que vous voulez oonserverlar «onarchie. Les m^henremes ^êrenûms^x^ Yon à conçues contre la Reine, vous interdisentt kt liberté de la nommer régente; son nom seul :ferait naître des défianôeâ, injustes san(ï doute, mais qui nuiraient à la chose publiques Appeliez donc à la. régénère un'pidi]Lce du sang; qui n'ayant point mar(]^é dans la révbludoBr sera moins suspect à tous les partis; -Cèi prinde est Mn le Princei ^Coirti^. dont ie taiactère doux, facile et ami de la patrie^ le reiidra plii3 docile à vos conseils. ^Ëfi sùkant ce parti, voué atténuez les factions^ vous rassurez Fétranger^ yous tranquilisez les honunes sages, vous- dourt blez vos forces, tous sauvez l'état, vous vûàa sauvez vous mênie. ; : •-•;■,
' Cette proposition était siiiBipiîévUe» elle o& £rait un moyen ai; qûet on avait si peu pensé; que les membres de Ji'aBsemblée gardér^t quelque temps le silence^ Ma&eùreusanent yergniaux^,lexoriphée£.dfe la Gironde, n'était rien môiAs qtîe 'pofitique.; Il n*.était qu'orto teur, et même plus souvent encore que rhéteur. U ne saisit pas parfaitement Tutilitié d»
cet avis. Madame Roland, dcmt le rôle fftt de^ i^nu moins saillant si on Teût suivi, y trouva de grands inconvénients, et détourna l'ulten. don en communiquant un projet de letbre an roi. Brissot, entier dans ses opinions, trouva que la république était préférable. Condoitet et Guadet ne désaprouvèrent pas le parti pn>posé. En général, et c^est un rejuroche à isixé à la Gironde^ quand elle avait ccmiçq un plan, il lui semblait qu^elle avdt rassentiment de tout le monde ; elle ne concevait pas qu'elle pût se tromper; et elle raisonnait ton* jours, comme si elle eut eu derrière elle k France entière pour appui. La seule détermination à la qu'elle on s'arrêta, d'dne manière à peu près certaine, ce fut d'essayé k moyen proposé par Champfort pour décider Louis XVL à abdiquer. J'ignore ce que rda tenta à cet égard. On dit quelques mots encore sur les dangers que les sicaires des Jacobins pouvaient faire courir à la persomié mène du roi. Vergniaux toimia ces craintes 'ai n.
dicule. Il n*eut pas même été éloigné de souhaiter que ces excès arrivassent. Cekt ren^ trait dans son système d'obtenir rabâicatna
LA RÉVOLtTTICX TRAlfÇAlSE* 213
par la terreur; et pourvu qu^ii ne fût pas complice de ces excès, peu lui importait qu'ils eussent lieu, s'ils le faisaient arriver à soii but. Il avait la bonhômmie de croire que Ton pouvait ainsi tirer avantage des cnmed des anarchistes. Détestable politique! Oâ donc avait-il vu qu'un tigre déchirât sa proye pour en faire honunage à un lion.
Ainsi se termina cette séance, Tune des^plus remarquables de ces séances secrètes que les niembres de la Gironde tinrent si souvent ; et sur la quelle je me suis arrêté quelques instânsj par ce qu'elle fut connue de bien peu de per* âonnes ; qu'elle met au grand jour quelques ressorts que Ton n*apperçut pas dans le temps ; et qu'elle peut donner une idée assez juste des différents personnages qui y figurèrent, de leurs intentions, de leurs projets, de leurs resources.
Une circonstance assez singulière, et que la Gironde était bien loin de soupçonner, é'est qu'à l'instant même ou elle s'occupait si secretèL m^At de l'abdication, les Jacobins, ou pour mieux dire le chef des Jacobins, projettait avec non moins de mystère d'obtenir cette
^té HI8TOIE£ n£S FACTIONS DE"
élever lectrs^Tmuxr jusqa^à la-.mcnrt dé.Louk X¥I.- Ilâ( craignaient que Taudace de..leai9 plus intrépides seïdes ne . pâlit . devait cette ^d^. Robespierre aspirait i déjà ;0u protec^. torp^t. . Ces titres d'incorruptible, "de^deôenseoc du peuple^, de . sentinelle de lat liberté, da|HN triote par excellence, dont on chargeait.dqpuis quelque temps sa renommée luiapplaniasaient la route de j^ puissance: mais n^ayan|;>.d6 tqutes les^ qualités de Cromwel quel-hypocri* sie ;s^f)s courage dans le cœur; sansresiources daQ3 le gé^e^.^ns énergie, dans rime; îl^ rcjconnoissait intérieurement ; un Hercule .de
trop mince . aloi» ppur tœSner après \m la^^pcf santé' ri^putatioi) d'usurpateur régicide-; et^'il la, frisa de^près da9^^a sjiite^ c^efl^ que aa lâ^ cheté crût s^être fait . alors) ^ssea;de Gomv^ceB pour se mettre à l'abri des remords.- m di,* ?émi;?^^t ,]^respor,sai>ilité su. im.pl»s^gfend nQjiibr£[ . de^tes^ Il n*^pirait. donc égalem^ àk .çe^lpoque iqu'à Tabdication^ et vanlaît Ycb^ tenir, jion pajf^jla corruption oqmme.Cluunpfeitt mab- par la seule terreur ; moyen' rapousuéi ptf les Girondins;: mçûs protégé par Ycsrgiiiaiix qcd
LA BÊ^OLUTION 9aAKfiM«£%.. ^15;
vx)ûlait s^eii' servir comme d'un^auxiliaire dont on* pourrait user * sans^ scrupule, et désavouer «^ SSÙI8 re^iordls.
Cependant, depuis quelques mois, Pariç pou-r yait être comparé à ces plaines immenseç, que: les batailles ont couvertes de morts, et sur les' queilles les vautours et les corbeaux fondent de toutes parts. Tout ce que la France recelait d'hommes sans aveu, d'intriguans . de tout' genre, de personnages corrompus j de partisans du trouble, de la discorde, du change-* ment, de la Ucence, du pillage, affluait à Paris, L'unique passeport de tous ces brigands était' le mot: Liberté. Leur seul titre, amis du^ peuple; leur seule profession, vénalité. Ils^ Élisaient trafic de leur ame,.de leur volonté, de leur bras ; et les greniers que la plupart d'entre' eux habitaient étaient les magasins,, où les.; chefs de faction allaient se fournir d'instru* menSi de révolte. Voulait^n assiéger les portes de la légiidaturè, înquietter quelques députés* par des' clameurs de tribune, apuyer quelque proposition de mort aux Jacobins par des aplaudissemens forcenés, contraindre les ci«^ toyens à fetmc^r leurs ; boutiques par Tappa^
816 HISTOIRE DES FACTIONS Dli
lition subite de quelques figures sinistres^ c^é» tait parmi ces Itommes que Ton trouvait des ressources toujours prêtes pour opérer ces im* racles. Il y en avait à tout prix, depuis quarante sous par jour jusqu^à deux cents francs, suivant les grades. La gloire avait aussi son tarif. Nous verrons bientôt des hérag de cinq cents livres voler aux combats, pour y chercher la fuite, et les tape dur^ nobles gardes de Rd« bespierre et de Henriot, trainer fièrement pour quinze sous leur noueuse massue ; nous v&mm ces misérables Ucteurs itemer insolemment la triple épouvante, et du nom de leurs maîtres, et de leur mine scélérate, et des haillons de leur misère^, Les scènes les plus impudentes le renouvellaient chaque jour. Ce fut ainv, par exemple, qu'au mépris de tous les prima* pes, ou prostitua les sièges du premier cmps de la nation, à des soldats n^a^-guéres déclarfe rebelles; que les sénateurs de la France se rougirent pas de s'asseoir à côté de ces soldats de Château vieux^ que peu de mois auparavant la précéd^ite législature avait marqués du sceau de Tinfamie ; que ces pères de la patr^Çi plus dociles au comédien Colktt
LA HâvoxtiTieir tuA^ÇAun. tir
d'Herbois que te sénat Romain à Vttdlii»^ d6# libéreront sur le festin à présenter à cette sol* datesque ressuscitée tout à coup à Thonneur.
Les frais de cette iflète, provoquée par Robe* «pierre pour avilir la législature, furent pa^éf par les Jacobins, ils se cotisèrent pour y ékh^ venir, et miivatft leur ordinaire modestie^ îiê répandirent qu^elle arait été faite aux frais de r£tat. Rien de jdus bachiquement sale que cette pompe. CoUot d'Herbois, en côsthume tmgique, monté ccmime Thespis sur un. long chariot paré de guirlandes de chêne, de pam^ près et de lierre; assis sur un tràne élevé, que i^ inégalité des pavés de Paris, menaçait i chaipie pas d'une chute prochaine ; ayant à ses pieds ces scddats couchés, plus sensibles au vin qu'il leur avait versé, qu'aux instans passés smt les chaises curules ; CoUot, dis^je, au pas de six lourds chevaux, gracieubsement prêtés par le brasseur Santerre^ s'avançait gravement v^rs les diamps élisées à tfavefs les clameuis d'une populace avide de spectacles, et lafx-» cfaait vers une taUe dressée en plein air sur la quelle vingt gigots et vingt pièces de vin «U - tendaient^ et la hm eaninet et Tînextingui^
ÎI8 BLSTOIRE DE« 1g!A(yi}K)KSrl>Br .
Ue ftmi^éesr Jacobins traitans^ et« des Swseï^ tintés.^ Là^ les matadorès Jacobins, honorant cette : fêta de leurs présence^ pajrurent au bkh neàit et s^ s'aasirent pas* Les rois partout ne s4 nqiitretit qu'un , instant. Billaud Varennes^ flathre d'Eglantine, Danton, Lazouski, Da^ l^i$son, Anacharsis, Vincent, Marat, ^Hébert} inillê^ autres de ce rang, se firent voir im ttiQment! C'était une assez grandis faveilri On but long-temps, on but beaucoup. On tie dansa* point. La danse dégrade les rhommes }ibreË(. ' Mais ces daines immortelles, ces tn^ itoteuses « chères à la patrie,, a^sisè^nobàk^ Ukie^ mais formant une ligne de oircdiiva&i* tîbn 6;Utour, ragissûient des chansons en' ava* ktnt^ quelques verres de vin qu'elles dérobaiesl (^ tapinois aux soldats enivrés. ' /)>'•' 1 :i 'Tandis que Ton avalissait ainsi^chaque^ joèr ]fès '^fiiDts de peuple, de patrie^ et de liberté^ iei tour avait fait quelques tentatives* pour sf'Approcher delà faveur popiilaire ; maitdaiié tdog: lés tcatips souverainement ignorante^daiîâ ]é gtand au^ de la popularité, elle s'était *ô(m« duitè^ 'iELvéC' sa gaôcherie habituelle; et trop }èi'pi^à'pëti|)lè-p9ur«6avoir cie que c'est* que k
peuple, ^le s'élit adrQs^ée:}Ai»Â ^^iimmiif^Wii
mendians^ q4ifelkiftv!^tipria^pouiila^ufileve^
avait .o^bHé: iesiouyriei» ipiiisi>a£i l4/vèiitftb)ft
peu[^le. ..Mwle Cointe de Ckirmcmi^T^inesèf
pour seconder la 90111:9 avait fondé xm élub^ cKÉiè
Ifi . noni de club iWMEiarchiqûe. . C'étaitienc»ri9i
une fausise; mesure. : Cela prêtait à la^cmas »fk
r^le d^oppositioa peu esoyehablei ,Baiiaitam|
monarçhi^i. toutes les ' léuniosis doivent, éti^
monarchiqjaes^ ou'du moins ou doit avoir Vmi
d'aâaoter de croire qu^ell^si k|. sonik Qmif^
$ultâ-t^il i de cette inalad];esse ? O^est. que k|^
Jacobins se croyant redoutés ^en. voya^./lp
cour entrer ea liée avec: eux^ envoyèrent :«a
détachement >âe leurs homm^ à ;grbà bâteasà
que le club fut4i(sso9s ii^^l jr^euÉ.du saagèâ
pandu^9 et que la couiviut comproaiise;^Ii M^ék
ClennontJonneBetBe^lBigBikdf^cettêM^^^
au maii^ ;]VLi Petién. La^Jeâi est .pour i;c!0ia^
lui répondit ^e «magistrat, mais içLVolontlkidii
peuplé^! ei^ caodessus de. la loi; , Quel .odieux
abus de mots. La cçurtà^u^Msta: prbdign^
Targent ^ sans mesuriez > i et sacis ' discememeiili
Croirait-on que sous {M^tei^te de ia sei^kj^
Danton et d'flglitfSlàse^kâiehlévtsyeaatiGk
SfO nnrôïtLi^ »£s factioxs ds
<ix ceMimtUe fmttcsy ft les dépmsér^it en on gies, en piaiûrs» et «i gratîficatraïui à leun iftdés* M. d€ Clermont faisait un usage bien fàm digne des sommes qu'on lui allouait pour éeiairer Fesprit public, et pour soulager .la dasse indigente. Ce n'est pas que y aye jamais approuvé la manie d'opposer pan^hlets à pamphlets, d'avoir des Pirtê du chêne^ des ieatèhavt^ et d'autres rapsodies de ce genre à l'imitation des anarchistes ; mais il pouvait dm moins résulter quelque bien des distributimis qpiî^ avait' établies pendant tout l'hiver dam quelques sections, et notamment dans la aienne. On est étonné d'entendre un homme anssr^véndique que l'infortuné Kabaud de St Etienne avancer que le peuple ae montra aa dessus de ces séductions, et refusa cea bienfiûts» n se âûsait un peiiple au gré de soo imagination généreufie. Pendant plua de six mois oe peuple reçut à la porte même de M.
de Clermont, ces distributions de pain et d'ar« fgUBtu y y ai assisté, j^y ai préaidé vingt fbîs peut-être; et comme de toutes les claaseti do pei^ cdAe des pauvres est la plus ingratei ce fiit par ces mêmes honmesj par ces mêmes
, LA KÊVOtUTXON tBaNÇAIflb 8t|
femmes qu'il avait iKHirris  long^emp» qu^il fut massacré le 10 Aoftt 1792« - ^
Cependant la journée du 20 Juin se jnét^ parait. La Gironde^ comme elle Taroit pro«^ jétté était parvenue à {^acer auprès de Loitb XVI. des ministres de son èh(Hx ; et Dumois^ lier, Duranton^ Roland/ Servent, Claviénit avaient eu cet honneur. Leur régna fut coiurt;^ Roland par condescendance pour la vanité littéraire et politique de Mde. Roland se ^^^ termina à faire parvenir au roi cette fameuse lettre, dont plusieurs semaines avant, comaie on peut se le rappeller, die avait aounb le projet au comité secret de la Œruide. Le roi lut avec beaucoup d'humeur celle eafièce de philippique, et le portefeuiUe fiit xedt^ mandé à Tinstant même à Rdiand, à Servent et à Claviéres. Roland rendit compte ttussîtftt de cet événement à l'Assemblée législative^ et le ressentiment de la Gironde fut vif. Dumourier et Duranton ne fiirent pas compris dans ces destitutions. I^ roi avait fMris quelque confiance dans Dumourier; et quels que soient les jugemens que Tesprit de parti ait portés 9ur ce général, il n'^en est pas moins vrai qu'il
jlllâ âtiif Otïl£' J)£1S FACTIONS DU
|K)d9éâ4ît bien Tart- ds- b. 'guerre ; que par beaucoup de qualités il' làeritait * cette cùty^ fkfice de Eofctis XVI; que s'il eârt épràlivé mdîns de dégoutd il lui eut rehâh dés seïrices plbs ei^entiels encore ; et que si dans là suite èi kt*tète des années ïl ne fit pas tout à fait ce qu*ôn avait droit d'attendre de ses tâlens, il né faut eh accuser "que les entraves si cou*
trairès *u bien de la patrie et de rarmée, dont
les'jà^eobihs s'àchanièrent à ^environner.
*■ Eia- Oifoiïde se préparait à venger' sa haute pftftectioh outragée dans la personne des nrimstMfe^ de »on choix; et cette vengeance se réduisit '$' forcer la main au roi pour leur rappel. ^••Tôilt à coup, sans mouveihens isam agitations {héliminaires, saris aucuns simptomés ^précurseurs de révolte, le 20 Juin le peuple du ïaùbourg St: Antoine s'insurge, il s'insurge
saris motif apparent, sans raison- déterminéa
Il faut s'insurger disent- les hommâs. tnmuCtUBUx; maïs pourquoi? parce qu'rl;^fkut s(la« surger ; voila leur unique réponseï^ Les mis veulent, diseht^iïsj planter des arbres xxniimé* moratifs de la liberté j dans différentes places de Paris j c'est uii exemple qu'ils . oot puisé
chez les Âméricaiilfir. Les^ autres prêtètidefii; qu^il faut obtenir le T^ppel deè tiiiniistr^&'diont la nation est satisMte. PlusiecH^'fémàrqu^t que le roi ^^ pas encore levé lë-'vèfo sui? le décret des prêtres, et annoncesit qu'A faut l^y contraindre. Voila ce qu'on peut démêler â travers leurs propos, et tels foretit lés apé#puà que Roederer procureuï* sindic de la commune^ présenta à- FAssembïéè législative quand ■ il vint l'informer àt ce mouvement. ^ • . * A toutes ces ambiguités on recoQ^bk l«t tactique des jacobins qui se gardaient btèn d'indiquer au peuple qu'ils soul^tâîent^ lep excès dans les quels ils voulûî^tl^elitrain^ t et Ton ne conçoit pas comment dès écrivainsi ennemis non seulemeiù; de 1' anarchie mai$ même dû là révolution, ont essaya' de diâcuU per ces jacobins des crimes de cetbejoirmée; potfr en faire tomb^ tout le poids sur Ift Gironde,, qui loin de les avoiip provo^uêk comme ils l'en? acqusent, était bien léin-dé^ l^ift prévoir. Non ; le mouveipellC fut^ fomenté^- fot difigé par les jacobins $ ilfiit une consé^qpeni^è da 'pvojet -fermée par> Robespierre d'^btenèr l'abdicaboude LôuûuXVI. pai^, les Ëpbsdttèie^
224 HISTOIRE D£8 FACTIOITS DB
la terreur. Que la Gironde dans sa poUtiqiM lï'aye pas été fietcbée que la faction adverse par ce mouvement criminel, concourut sans 3'en douter au succès de ses propres vuesi mi semblable sentiment est dans le coeur datons les hommes. C'est ainsi que les rois même dans tous les temps ont constamment scmri aux fautes des autres Souverains, et se sont hâtés d'en profiter, quand cela leur fut posâUe. La Gironde était incapable non seulement de diriger, mais même de préméditer un attentat contre la personne du roi; cela n'ap partenait qu'aux anarchistes ; les principes in« dividuels de chaque membre de la Gironde étaient trop purs. Je sais que cet éloge, 00 pour mieux dire cette justice, ne sera point confirmée par les royalistes actuels ; on sait assez combien ils se croyent en droit d'accuser tout le monde, et de n'être accusés par personne ; mais comme la raison parle plus haut que le ressentiment, et qu'une opinioii sur une nature quelconque de gouvernement n^est en dernière analyse qu'une opinion, et que pour préférer ou la monarchie, ou la lépvb»
lique, ou l'oligarchie, ou la démocratie, 00 '
n^ cesse pas d'être honnête homme pour cela et quq ces consiflérations n'étant comptées pour rien dans les jugements de F histoire sur les hommes et sur les choses, il est juste qu'elle peigne les girondins tels qu'ils furent. Ils ont pu se tromper sur le gouvernement qu'ils croyaient le plus convenable à la France. Mais en pareil cas une erreur ne dépose pas contre la pureté des intentions. Cette droiture d'intention allait même quelque fois jusqu'à la duperie. Ce fut ainsi que ce même 20 Juin leur respect religieux pour le peuple les porta à décider l' Assemblée législative à laisser défiler dans la salle cette longue colonne d'in^ surgés ; funeste planche qu'elle établit, et dont tant de fois des brigands profitèrent pour arri« ver jusqu'aux députés, et leur apporter leurs ordres, et dont la Gironde était elle même réservée à faire dans la suite une si cruelle expérience. Rœderer, Ramond, Girardin, et plusieurs autres s'élevèrent vivement contre cette condescendance de l'Assemblée législative.
Vous paraissez compter» disaient ils, sur les intentions paisibles de ces insurgés. Ils ne veulent, disent ils^ quevous présenter une péti«'
i26 HISTOIRE DES FACTIONS DS
tion, pour obtenir le rappel des mimstres, et la levée du veto royal apposé aux décrets relatifs aux émigrés et aux prêtes réfractaires; mais qui vous répondra que demain, une cxh lonne de malveillans, ne force à son tour les portes du sénat, n'ajoute Toutrage à cette audace, et ne mette vos jours en danger. Les députés populaires rejettèrent avec horreur cette supposition ; ils crièrent que Ton calom. niait le peuple. Ils prétendirent que mandat taires de ce peuple, ils ne leur était pas permis de lui fermer leur portes, quand il se présentait lui même pour faire entendre sa volonté. L'assemblée entraînée par ces sophi^es permit à une députation choisie parmi cette foule dont les flots inondaient les issues de la salle, de paraitre à la barre. La pétîl3<m était en termes mesurés ; ils conclurent, en solli* citant pour les honunes des faubourgs la permission de défiler dans TAssemblée. Elle accorda ce qu'elle n'avait plus le pouvoir de refuser. Le passage de cette colonne dura plusieurs heurek Il n'y eut point de cris, aucunes de ces vodfêrations, que dans d'autres circonstances kl députés furent obligés de souffîir en silencCe
LA RÉVOLUTION FRANÇAISX* 32?
seulement quelques femmes que Ton remarquait dans les rangs des piques se permirent quelques apostrophes à des membres du coté droit; et TAssemblée ne punit pas cet outrage fait à son caractère. Comment tant dhommes de bon sens ne prévoyaient ils pas combien un semblable oubli de \eut dignité pouvait devenir dangereux. Entre Hnsulte et le crime, Tintervalle est bien étroit. Il ne faut pas approcher des yeux du peuple ce que T on veut que le peuple respecte* Mais faction et prévoyance seraient deux mots surpris de se trouver ensemble. Que penser aureste de la force publique alors dans une ville comme Paris^ quand on se rapelle que pendant la jiuit il parvint aux diférentes autorités cinquante indications sur le mouvement que Ton préparait? que ni la cour^ ni les ministres, ni la police, ni Tétat major de la garde aationale, ni les magistrats de la commune, £e prirent aucune meyure, soit pour y mettre obstacle, soit pour parer aux inconvénients q[u^ il pourrait entraîner ? On eût dit qu' aux jreux de tous ces personnages une insurrection 4tak une chose toute simple»
228 HISTOIRE DBS FACTIONS I>£'
Quand la colonne eut défilé devant TAssemblée, elle sortit de la- salle par le jardin des Thuileiies, et marcha droit au palais» On était si peu instruit des desseins de cette foule qu^en lui voyant prendre cette direction, Talarme se répandit parmi TAssemblée» Les gardes du palais n'avaient reçu aucun cràxe; elles se retirèrent. Les grilles du château étaient fermées ; elles furent à Tinstant même enfoncées, brisées à coups de haches. Le peuple se déborda dans les péristiles, dans les escaliers, dans les galeries, dans les appartemens. Il fit gravir ses canons jusqu'au premier étage» et les roula jusques dans le cabinet du nu.
Il s'y trouvait presque seul. Il avait par prudence congédié les personnes qui se trouvaient auprès de lui,- dans la crainte que quelques mots imprudemment lâchés n'amenassent quelque scène désagréable et peut-être funeste. Il n'avait près de lui que deux on trois ministres qui n'avaient pas voulu le quitter.
Quelques gardes nationales avaient pénétré avec le peuple, et se tenaient sans affectatiœ auprès du roi pour le deffendre s'il était nécessaire. Des seigneurs même se piédén^
dans la foule tous le costhume populaire et armés d'une pique, afin de veiller autant que possible à sa sûreté. La pétition que les orateurs de peuple lui présentèrent, et qu^jj leur ordonna de lire, n'était pas dans un style aussi modéré, que celle qu'ils venaient de prè* senter à TAssemblée, \ Il y répondit avee mo^ dération, mais avec dignité. Il ne descendit point à leur promettre de lever le veto qu^il avait mis sur les décrets, et ne voulut pas avoir Tair de rien céder à la crsûnte. Des hommes ivres étaient mêlés dans cette multitude ; ils vinrent «^asseoir autour de la table près de la quelle il était a^sis lui même, et se mirent à boire. Un d'entre eux ota le vilain et sale bonnet rouge dont sa tête était couverte, et le présenta à Louis XVL II eut la condes* cendance de le placer un instant sur la sienne. La multitude cependant s'était répandue duts le palais, et s'exhalait en propos menaçans contre la reine, à qui le roi avait ordonné de se renfermer dans ses apartemens. Ces éner* guménes en parcourant les Thuileries rencon« trèrent Md'e. Elisabeth, la prirent pour la reine et l'accablèrent de paroles injurieuses»
2dO * HISTOIRE DES FACTIONS PE
Cette princesse magnanime se garda bien de
les désabuser, et souffrit avec douceur cet
excès d^insolence ; mais la reine instruite delà
situation de Mde. Elisabeth accourut à Tins-
tant» Le-dé vouement de ces deux princessesi
en imposa à ces malheureux. Ils cédèrent à
Tadmiration, se turent, et s'éloignèrent. Il est
rare que la vertu perde de son éloquence.
Dms cet intervalle, T Assemblée législative in*
' quiette pour le roi, avait nommé une députa-
tion nombreuse pour se rendre auprès de sa
personne. Vergniaux voulut haranguer la
multitude ; mais ne pouvant réussir à se faire
entendre, il se fi|k porter sur les épaules de
quelques hommes, et là placé comAie sur un
pavois, il prononça un discours assés insigmfi*
cant. Il se répandit en lieux communs sur ie
respect que Ton doit à la majesté mjale. Il
leur dit qu^une insuzTection ne devait jamais
être deshonorée par des excès, Que le peu|de,
toujours respectable, ne doit pas pour eéla se
dispenser de se respecter lui même, Qnll
* était vienu exprimer ses vœux à TAssemUée
législative; quedès lors son but était rempli;
que c'était à 1^ Assemblée à veiller sur leaifi-
LA EâvOLUTION JPRANÇAISE^ 231
terêts, et à lui faire rendre justice; qu^en venant chez le roi il 9>vait été mal copseillé, XjO seul efièt de ce discours fut de répandre de rincertitude parmi le peuple* Il cessa de discerner d*une manière bien distincte^ quel motif Tavait conduit dans le palais des Thuil» eries. Ces hommes se demandaient les uns au:s autres ce qu'ils étaient venus faire, et c'était une question qu'aucun d'eux ne pouvait ré-^ sondre. Cependant le soir approchait ; cette multitude ne se retirait pas ; et Ton craignait que Tobscurité de la nuit ne favorisât des at* tentats qu'il serait difficile de prévoir et de .prévenir. Pétion parait enfin. C'était le dieu <du peuple* Son discours fut remarquable et mérite d'être raporté. Il est douteux qu'un magistrat municipal ^n ait jan^ais tenu un semblable, ^^ Peuple 1 s'ecria-t-il, quand on ^^ eut fait trêve aux applaudissemens dont (m " l'avait salué à son arrivée/' ^^ Peuple î tu ^' viens dé te montrer digne de toi même, tu ^^ as conservé toute pSi dignité au milieu des ^^ plus vives alarmes ; nul excès n'a souillé *^ tes mouvemens sublimes." L«a plus révoltante des ^ulations, est celle qu^un magistrat
â32 HISTOIRE DES FACTIONS DE
exerce vis-à^vis d*une populabe indisciplinée. Quoi ? cette tourbe soulevée vient d'enfoncer à coups de haches les portes du palais du monarque ; vient de traîner des canpns jusqu*aux pieds du trône ; vient de souiller par des orgies la table même sur la quelle son roi travaillait : vient d'insulter la femme et la sœur du souverain ; et voila ce peuple que le chef de la commune félicite d'avoir conservé sa dignité au milieu des alarmes* De quelles alarmes Mr. Pétion entendait-il parler? Etait-ce de celles que la présence de ce peuple répandait? Quoi donc ? il le félicite encore de ce que nul excès n'a souillé ses mtmvemem subtimeg. Si Mr. Pétion n'appelle pas cela des exct^, à quel crime en donnera-t-il le nom. Parce que ce peuple n'a massacré personne, sa con* duite est pleine d'innocence î Mr. Pétion continue, ** Espères ; et crois enfin que ta voix ^^ axira été entendue ; mais la nuit approche, ses ombres pouraient favoriser les entreprises des malveillahs qui viendraient se glisser dans ton sein. Peuple retire toi/' Ce peu* pie obéit. En quelques minutes le palais fut évacué, et le «silence de la soUtude vint occi;^
LA RÉVOLUTION PRANÇAII^E. 23^
per ces vastes salles dont les voûtes avaient retenti de tant de cris pendant tout le jour. C'était un silence précurseur des tombeaux. ^ Jamais insurrection ne fut tout à la fois plus insignifiante, et plus sinistre. Que prétendait*» on? Ou'espérait-on ? Les faubourgs descend dirent, pour me servir ici de Texpression trii» viale et populaire consacrée par la révolution, et ce peuple n'était agité par aucune passion, aucun ressentiment, aucune vengeance. Il marcha sans aucun motif déterminé, sans aucun intérêt particulier, sans savoir même ni qui le faisait marcher, ni pourquoi il marchait. Il parait à l'Assemblée législative, et Tassem* blée ne prévoit ni ce qu'il vient lui demander, ni ce qu'çUe doit lui répondre. Il enfonce les portes du palais du monarque. Il traîne des caoons juiSques dans le cabinet de Louis XVI. des canons, contre un homme seul, sans garde, sans défense. Il lui demande de retirer son veto, l^ roi le refuse, et il se retire sans murmure. Il attachait donc bien peu de priic à sa demiande. Tout Paris, si attentif dans chaque, circonstance à ces grands mouvemens populaires, voit celui ci pour ainsi dire avec
f34 UISTOIIÏE DES FACTIONS t>B
indiâ&reoce, nulles bontiques ne sont fennées, nulles affaires interrompues. Les bureaux des ministères, les caisses ])ubliques, la bourseï les i^ctaclea restent ouverts ; et cependant on sait partout que TAssemblée législative et le N jfsÀais des Thuileries ont été forcés ; les simples lumières de ht raison doivent suffire pour avertir chaque citoyen que ses intérêts sont compromis ; et rien ne diminue cette incurie. On dirait que ces insurgés avaient eu Tattention d^annoncer sur leur passage, qu'ils marchaient sans avoir rien à faire. Lies Girondins et les Jacobins s'accusèrent réciproqqfemieiit de
.ce mouvement. Danton promit au jroi de profiter de ce faux mouvement pour perdre la Oironde dans Tesprit du peuple. La Gironde
, se promit de son côté d'en user pour perdre les Jacobins dans Tesprit du roi. Mais quand on serait parvenu à connaître certainement la quelle des deux factions avait provoqué* le
.mouvement, encore resterait*il .à savpir qqel •en étiait le but« Qu'il appartiéne à l'un ou à l'autre parti, une politique machiavélique y
. présida ; et le dénouement de cette journée» et ce qui de pa^u» peu de jours après, p;rpttve
LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. $9Sr
évidemment» que n^importe à queUe fuctioa on puisse Timputer, le désir de «e nuire réci« proquement fut Tintention unique.
Mes fonctions publiques m'avaient mis à môme de connaître un de ces orateurs de carrefour on de cabaret, un dè^ ces limiers que les dbefk de parti tiennent sans cesse en réqui- «tion pour ameuter le peuple au besoin. Il •«e nommait Gonchon jeune^ et fut tour à tour splendidement salarié par la Gironde, par les Jacofoinsy et par le comité de Salut public.
Cette homme d'une grossière éducation, ne manquait pas d'une £k>rte d'éloquence. Il avait de la sagacité et de Taudacè. U possé^ datt Fart de manier l'esprit du peuple à son gré, et gouvernait à sa volcmté le faubourg St. AiAoiiie. . Il avait confiance en moi. Je lui fis ipielques questions sur cette journée. Il se nlit à rire* Comment avec de Tesprit pouvez voufe n*ea pas savoir autant que moi ? Le • lendemain d'un mouvement populaire com« meitt peoton ignorer quel en à été le but?
Mon Gâpitaîne, vous avez servi long-temps.
Eh' bien, quand vous éties au régiment, com« bien de fois votie colonel, ou votre major œ
iS6 HiéVoiRE DES FACTIONS DE
VOUS a«t-il -j^ fait faire ' de promenades mili^ taires ? éh bien ! c^est la même chose ; c'est une promenade que j^ ai fait faire à mon faubourg ; ne fant-il pas bien le tenir en haleine ? —Vous complez donc entrer bientôt en campagne, repliquai-je en souriant.-*-Qui sait, il ne faut pas être pris au dépourvu, — Mon ami vous faites là un mauvais métier. — Pas à mauvais, je faig le sort des grands, et je go»veme le peuple. Il disait vrai,
La journée du 20 Juin indigna toute k France ; et Paris devint odieux à tous les départemens. Des plaintes, des reprochés, des menaces, éclittérent de toutes parts ; et des adresses, dans les quelles on rendait. Paiis responsable de la vie du roi, parvinrent iâe, touts les points à T Assemblée législaXÎve.
Paris sembla rougir lui même du rôle qu^OQ lui faisait jouer aux yeux du royaume;; La garde nationale se plaignit amèrement \de n'avoir point été appelée pour arrêter un semble désordre. Un nombre considérfthle de citoyens firent offrir leurs services au roi, et ce fut ce que Ton appela la pétition des 20,000, dont quelques mois après Robespierre voulut
LA RÊVOLUTIOUr FRAKÇAISS. 237
abuser pour envoyer ces vingt miUe citoyens à réchafaut^ Heureusement elle avait été soustraite, et les noms ne furent pas connus* Le conseil du Département desthua^ le maire Petion. On prit quelques précautions popr la sûreté des Thuileries. Le jardin et les grilles des cours furent fermées, et les gardes furent doublées. La rumeur que cet événement avait causée, n'était pas encore calmée lorque tout à coup Ton apprend que M* de la Fayette est à Paris* Le premier : espoir des véritables amis de la patrie, fut qu'il était arrivé avec son armée. On fut malheureurement bien vite désabusé. Il eut grand tort de ne pas Tavoir o^. Le roi, Paris, la France tout était sauvé. £n révolution il ne faut pas de demie audace. , '
M. de la Fayette parut presque seul à TAssemblée législative. ^\ Je viens, dit-il à peu
près, vous exprimer les vœux des armées,
que M, le Maréchal de Luckner et moi nous ^^ commandons, et leur haine patriotique contre ^^ les factieux. Elles se demandent si c'est la ^^ cause de la liberté qu^elles défendent? Elles
pensent qu' il est temps de garantir la con-
te
stitution des atteintes qu^on lui porte chaque jour ; d^assurer la liberté, Tindépendance, la dignité de TAssemblée, et du roi. Elles vous supplient d ordonner que les auteurs et les provocateurs des événements du 20 Juia *^ soient poursuivis comme crimineb de lète^ ^^ nation, etde détruire cette secte dont les '^ débats publics attestent la perversité et les ** coupables intentions/*
Le discours de M* de la Fayette fut vivement applaudi par la grande majorité de V Assemblée. Ses demandes, ou poui" mieui dire celles de Tarmée, forent renvoyées à Y examen d'un comité. Mais si jamais de6 demandes ont besoin d'être appuyées par Is force, ce sont celles qui tendent à encbeiner les méchants, et M. de la Fayette n'en avait point ; c'était par sa ^ute. Il avait compté sur des appuis qui lui manquèrent, et en pareil cas, il nefaut rien mettre au hasard. Les ja* cobins étaient dans la consternation. Si personne ne marchait contre, personne non plus ne venait à leur secours. Robespierre toujours lâche, déjà les avait abandotmés, et arrêtait ca* ché. Le plus léger efibrt eût suffi pour les
LA RivOLtJTIOISr PRANÇAISEv 2^^
dissoudre. Mais il semblait qu^ une fatalité invincible s'apposât aux mesures les plus salutaires. Croirait on que M. de la Fayette ne put réussir à rassembler seulement quatre cents hommes de bonne volonté dans la garde na^ tionale, pour marcher avec lui sur les jacobine^ et fermer leur repaire? Croirait-on que la reine, dojcninée par ses malheureuses prévenu tions, repoussa toutes les offres de ce général pour assurer la tranquilité du roi, et qu'il lui falut repartir sans avoir obtenu le moindre succès, tandis qu'un seul mot fermait peut« être la plaie pour jamais. Il semblerait vrai? ment que la reine était livrée à un esprit de rertige, qui lui faisait repoussCT tous les moyens de sauver le roi. Ainsi sa haine contre M, de Narbonne, lui fit rejetter iin projet d' évasion que cet ancien mimstre proposait d' exécuter au péril de sa vie* M. de Lalli et M, de Malsherbes qui la sollicitèrent, pouf adopter celui de M. de la Fayette, ne purent Vy déterminer. Enfin M. de Liancourt dont les principes étaient assurément bi^a coimus, et dont rattachement pour le rot et la loyauté héréditaire étaient au dessus df
240 BISTOIRE DES FACTI0!d^8 D£
tout soupçon» ne put jamais les décider l'un et Tautre à se retirer à Rouen» ou il avait assuré leur retraite. Quand on voit, à la veille des malheurs prêts à fondre sur cette famille auguste, tantôt une timidité, tantôt des pré* ventions pitoyables, tantôt des haines intemppestives, mettre à chaque instant des entraves au salut de Louis XVL et Tenchainer sur le bord du précipice ; quand on voit enfin que c'est à la reine, que Ton doit tant de résistance aux projets les plus simples, les moins com« pliqués, les moins douteux, on ne peut s'empêcher de reconnaitre une sorte de fatalité, qui semble les pousser dans Tabime, et dérober à leurs regards les seules resources qui leur restaient. Le roi ne s'aveuglait pas cependant sur l'imminence des dangers qu'il courait ; il brûlait d'y échapper, mais il ne voyait pas son salut où le ciel le plaçait ; il ressemblait au malheureux qui prêt à se noyer, saisit on frêle roseau à côté du tronc d'arbre, dont la soUdité le conserverait à la vie ; et cependant, tandis qu'il repoussait les conseils les plus sages à cet égard, il se berçait quelque fois des espérances les plus puériles, et des évéj
ir 14 lirait
LA BÊYOLUTIOV FEAiTÇAiaf. 241
iquQ iH)isins du ridicule, le portaient aou^ : à une confiance, que les propositions les raisonnables ne lui inspiraient pas.
1^ femme, dont la tête exaltée ne s'oc« ) que de vers, de cqmédies et d'amans, un matin que son génie est également lire à la politique ; et voilà toutes les co* es du Palais^Royal placardées d'une longue vrge a|£che, par la quelle Mde. Olimpe de ge annonce aux représentants du peuple, l sersût fort bien qu'ils missent un terme à \ divisions. £n France, la voix d'une ne jcwit d'un grand empire sur les hommes, es prêtres surtout. Emule de Mde. Olimpe jouge, M. dô Lamqurette archevêque de n {n*êcbe dès le lendeinain à TAssemblée lative' un beau sermon sur la concorde, prôce opère, si ce n'est Téloquence de Mouleur, et voilà que tout à coup une fureur je de réc<mciliati6n s'empare de tous les ibres de rassemblée. Us se lèvent, ils 3nt, ils se précipitent daas les bras les uns autres ; le côté droit, et le côté gauche confondus ; les accolades se succèdent, se zvellent, se multiplient; on se jure de
6*aimer, d'oublier toutes les querelles,* toutes les difiO^rences d^opinions, toiis les anciens ressentiments; le tumulte du bonheur, de la jme, de Taccord sincère, règne partout* Le voi est instruit ; il accourt pour jouir de cette scène touchante, pour la partager, pour y mêler ses tendres effusions. Son discours fut aussi noble qu'attendrissant. L'enthousiasme se aoQtint pendant quelques heures, et se dissipa iMentât Le français est sujet à ces accès de fièvre éphémère ; cela dépose en faveur de la firanchise et de la bonté de son cœur ; mais ca qualités mêmes participent de sa lègéitetè ha* bitueUe ; son attendrissement ressemble à ses jouissances, il n'est qu'un éclair, et ses yeux sont secs avant qu'il songe à les essuyer.
Louis XVL s'endormit dans l'espérance, et se crut sauvé. A son réveil le rêve était dissipé, et les dangers étaient accrus. Il était sans confiance aux promesses de M. M. de la Fayette, de Narbonne,' de Liancourt, et embrassait avec avidité les vsdnes illui^ons, dont une véritable scène de comédie fascinait son esprit.
Tout: à «oup, les ministres donnent, pour
LA RivOLUTlOX FRANÇAISE. 243
9insi dire de concert, leur démission, et Louis XVI. se trouve seul. La guerre se fait dans la Belgique sans éclat et aans vigueur. Ipres, Coùrtrai,\Memn, dont la facile conquête a marqué le commencement de la campagne * sont évacuées ; on accuse le roi d^en avoir donné Tordre pour favoriser TEmpereur d'Allemagne; et le système de calomnie adopté contre lui se poursuit avec la même ténacité. On torture Tesprit public, on Tinnonde de nouvelles alarmantes ; tantôt c'est M. de Brunswick, qui s'avance avec une armée agguenie ; tantôt ce sont des flottes Anglaises qui menacent le Havre et la Rochelle. Ici se sont des régiments entiers qui ont passé à Tennemi, là ce sont des forteresses frontières qui faute d'approvisionements ont ouvert leurs portes en vingt quatre heures. Et quel est le coupable ? C'est toujours le roi. Une ville se rend : c'est la&ttte du roi; une armée étrangère approche : c'est le roi qui l'appelé ; un général est battu : c'est par complaisance pour le roi. Jadis son nom s'élevait au ciel, sur les vœux du peuple ; maintenant il n'y parvient que sur l'aile des malédictions. Que parlez vom^ de justice et
244 nisToiRB Des rACTioNs ds
de raison ? cW la dépense qui accuKe^ la démenée qui jplaide^ la déihence qui juge. Rà)^ spmte plane sur ce mondé d'aliénés, et vettiè les soupçons à pleines mains mt sa tête. A Tem tendifè la vertu n a plus d'azile» T^tat plus ik jrèssource^ la {Patrie plus d'ami. Seul il recM sur le globe pour servir de modèle âû eré^ àteut, s'il lui plait quelque jour de retompâMT tin homme de Inèn. La Fayette était parti.
Robespierre était sorti de la CBvê où il s'étât caché. Sa livide pâleur à dispara devant les flâmmëâ du bûcher où leis Jacobins ont brûlé Tefligîe de ce GénéraL La bassesse dû maint à présidé à la bassesse de la vengeanee» ti A^est plus qu'un settl «lOt dont Robespierre fasse us* iage; C'est le mot perfide. Le roi est An hofifMé Jperfide ; rassemblée^ une rênnioA de perfides. L'armée, ce sloftt des légions de péî^fideâ. Lé soldat que la balle vient d'atteindre, c'est ufl
perfide. Le peuple trahi par tant d© p^rfides^ est-il lui m:ême à l'abri du soupçon? Nm.
Il n'a pas massacré t)el jour, le peiipte à été perfide à l'a cause du peuple.
Les différentes manoeuvres de* féétkém^jif^ taient dant l&s événements^ ^ue ^kèXfiie jMir
]fe4r V^MQlVTlon f^AtSçAUE. 345
¥Qym Ô«titr<e, m^ cofttpîiflrïeté telle, qu'il étaif impQgéblô de démêlés à qM ron çn voulait tienif. J^^impoisicm^ qu^o» iem dohqiait au* jourd'hui, était coatredite le lendeiaaiii ; et lorsqu'on croyait tçnir le fil de Tintrigiué, ii échappait à Tinstant. Toutes Içs attaques se dirigeaient contre la cour, xs' étaijL x:e qu'on nip pouyait se dissimuler; mais x^es attaques si constamment renouvelées, étaient si inedbé* i^entes entr^ellês, elles étaient de natuœ àqe tuiife tdUement jl^es mies aux autres, qufii était facile de voir, quf elles avaient desTéfffr lateurs opposés 4^ principes, et mus pardcp espérsmces tofalement opposées. Les ^ni ne A^oulaientî admettre pour éléments de sujccâs^ que !• puissance des lois; les autres ique la force aetiv6 du peuple ; : oeux»ci que rautorîli6 mi1if|;aiM s eçux là: que l|t marche ^xmstitutjpnjiiéllë; (et i^pstelqift^&is^ dans )lè même jpiu* on vojait employer ces quatre gjpands' agens, 4|ui japiais <)epcaM[anit ne peuvent être m:ùjfix>yék ensemble ^ans se imré réciproquement, oik même se détruire. ûueAques revers éprpuivés «UK armées avaient été ^n trioïK^Dhe pour Ro* ^spiorre. On se rappelé tpe pc^ir occuper le
public de lui, il s'était fortement élevé contre la guerre, à Tépoque où TAssemblée législa^ tive et principalement la Gironde rappelaient à grands cris. Quelques escarmouches d'af vant postes, dont il n*eut pas été question dam d'autres temps, et dont. une armée ne séfiit pas même aperçue, lui servaient de prétexte.
Il exalta la prescience qu'il avsùt développée dans ses anciens discours ; à Tentendre tout ce qu*il avait prédit s'était réalisé ; seul il avait cherché à prémunir le peuple contre les pièges ou l'on voulait l'entraîner; on n'avait pas voulu l'en croire, et tjput était perdu, tout était désespéré. Selon lui il n'éidst»
ait plus d'armée, et tel était le bel avantage que l'on avait retiré de s'en reposer sur des ministres vendus à nos, ennemis, et sur des députés dont le faiix patriotisme ^'était qu'un voile pour dérober à la nation leurs perfides intentions ; ou qui tout au moins avaient mis Tentêtement à la place de la raison ; et que leur orgeuil avait seul empêché de revenir sur leur premier avis. Au reste devaiton s'étoo!^ ner de ces infortunes, quand la trahison était le système général, et quand les che&, et les
LA RÉVOLUTION 7RANÇAISB. 247
officiers étaient d'accord pour livrer le mal* heureux soldat au glaive de Teniiemi par de fausses -manœuvres, ou le faire périr par la disette, et par la mauvaise direction des subsistances. Malheureuses victimes : Malheureuses victimes ! S'écrait-il, d'un ton lacrymal I maU heureux subalternes, n'attendez pas d'autre sort, tant qu'un Dumourier dirigera la guerre» tant que vous n'aurez pour généraux que des Bobles, des la Fayette, des Rochambeau, des Hiomas Dillon, ect» A l'heure même où Robespierre déclamait ces calomnies aux Jftco* bins, M. de Dillôn mourait en combattant
pour la patrie*
- Vingt fois ces iaaultes faites à la répul)atioD et à la noblesse des sentiments dé braves offi« ciers, se sont renouvellées àe la part des pa» triotes à la maniéxie de Robespierre. Je me rappelle qu'un an apiés peut-être l'époque; dont il est question ici, le général, aujourd'hui Majréchal Pérignon, ccmimandait l'année con« tre l'Elspagne. Un des proconsuls de la Con»
vention nationale était à Tannée des Pyrénées. Il écrit un soir au. Général Pérignon pour' lui ordonner de faire mettre en arestation^t^
248 HIfiTOIlt£ BE8 P ACTIONS DE
officier qu'il qualifait d'amto'crafeé Le Gênénal prend aussitôt la plume, et iui répond:
** Citoyen représentant, j'ai rhoimeur dévoué ^^ prévenir que Tofficier aristocrate^ que toui ** M'ordonnez de faire arrêter, à été tué hier •* au »04ï en combattant pour la liberté/'
hasarder de m'exprimer ainsi, on 4»'a|^^uait à àbfeuvei' le roi d'humiliations. Tout^à-coup on acctiiSë iïa garde constitutidniidiô d'în» viisfme ; on l'accuse pdur la Secondé fois de s^trt motrtrée avee des cocaïxiies i^anches, tt Ton rejette ces fautes sur M. le I>«fc de Bixasac qui la commandait. La dissolution de la garde ftit décrétée ; et M. de Biissac «iceiiâé, fut envoyé à là haute omt d'Oriéaiu. La ttobia lôyiauté, héréditâi^ dans les facMfemes de ce hohi,- ne se àéuimût point dai» ie Due. Il était tendrement ^imé '^du roi, et il deirait ce sentiment hoiioraft^tè & Vtue ^^^MÙlé' • que rob fencontre rareftiéttï à la èotir, à isa ^kiôâile frahchise. Le roi le près* làe ste dérôiber 4 «es e&* nemis: %\epormtis]!Aifép6i^iéî!h»,m^ je vous comprotnettcaiiSt et je IHe P&eoi pal qn'ota ptâ^ iné fepVodbH» âU'vt>ir^AHH8 «M
tA RâvOLUTIOK FRANÇAISE. S49
seule action dans ma vie capable de tous dfmner le plus léger chagrin ; et il partit pour OrléaBSb^ Le décret annonçait, qu'une noih»
velle garde serait recomposée de suite ; elle ne le Alt pas; et le monarque resta sans gardes» Satiifait aparemment des services de celle qu'il perdait, il voulut lui continuer ses bien&its, et Im laisser ses hontumires. Aucun ministre ne voulut contresigner son ordonnance; ainsi onn^ laâasait. pas la liberté d'une action généreuse, à cehii^e Ton accusait chaque jour d'user iîteemait de toutes les actions cmninelles*
JjBL licence de la presse, qu'on nommait la lifoeité^de la presse, ajoutait ses scmndales iii* dtvidttids auK scandales publics. Cette ha« -bitttde de calomnier sans ces», irendait: les ^umalistes indifSérents sur le mèoisonge. S'il leiiir manquait. par hasard va» vingtaine de lignes. iKMr completter leur ^suille, ils ne se donnatOQEt pas .la peine <ie cfaerciier des mati«» êrés. .Mdhettir ati pcemîer nom qtû s''offi'ait à leur ifaagftnation. Uin roman étailt trouvé, la éeuiUe imprimée, et le mensonge en circula^ ii<m. . Marat avak été de grand créateur de oe procédé lOMomodci, et ses -oojad&ièms «i usai*
250 HI8T0IEE DES FACTIOirS DB
ent sans contrainte» One le lecteur, sisaes heureux pour n'avoir pas habité Paris dans ces jours de colère, daigne s'arrêter un moment sur la manière dont ces hommes procédaient, s*il veut se faire une idée du adme qui devait alors régner dans les âmes. Je ne parlerai pas des grands articles de journaux, que la perfide malice, la rage concentrée, le? intentions les plus perverses, travaillaient avec Tattention. Fart, et le talent que Ton n'appcxrfe p^s toujours à des ouvrages importants, : et parmi les quels se confondaient une foule d'à»* très articles, où Ton appercevait les intentions patriotiques les plus pures, les plus sages, les plus droites ; heureux résultats de la minerve de quelques hommes sans ambition, dont la bonne foi se figurait que l'on ne devait écrire que pour éclairer et pacifier, et dont par .conséquent les articles n'étaient jamais lus, . Je parle simplement de ces impromptus aux quels tous les journalistes étaient cA sont sujets. Ainsi par exemple le joumal»te Carra dine avec lès députés Bazire et Chabot ; on avait bu et l'on buvait encore. Le prote entre: Il me faut quelques Ëgnes.«^Je n* ai rien ; que te donncprai^
LA RÈyOLUTION FRANÇAISE. 251
je?. Te voilà bien embaraasé dit Chabot; donne lui dji comité Autrichien. A la bonne heure. La plume est apportée ; et Carra à moitié ivre, expédie quelques aménités à M. M* de Montmorin et Bertrand de MoJU leville. Ces ex-ministres n'acceptent pas le compliment. . Carra est cité par eux devant le juge de paix Lariviére. Il répond sans dé* tour que ce qu^il a dit, il le tient des députés Merlin, Chabot, et Bazire. Le juge de paix»
alarmé de la qualité des inculpés, s'adresse directement à l'Assemblée législative, pour savoir comment il doit se conduire. £lle passe à Tordre du jour. Il en conclut que conformé* ment aux principes,, elle a voulu lui faire entendre que tous les citoyens étaient égaux devant la loi. Il se décide donc à se renfermer dans la loi, et lance un mandat d'amener contre les trob députés. L'Assemblée s'indigne dé J'insolence. Décret d'accusation contre le juge de paix. Il est arrêté, et envoyé à Orléans, c'est-àdire à la mort. £t ce ;soot les législateurs d'un grand peuple doat les décrets frappent de mort un magistrat ■pour avoir suivi les loix qu'ils ont créées eux
252 HLsrroiins z>xs.tactions p&
mêmes. JLes mifustres. n'obtinrent pas ju^ tice^ ie.jilge 4le paix péiit, Caixa démetuca paisible, et leir troifi députés votérenl pour le décret. Jugez maintenant de jM que devait être le séjour d'une vilie^ où us cito^ren^ et* ranger souvent anx affiôres et aux- emplois, honnoré.pari«i conduite,. i«rfermé..a«^ «a femme, ses en^stns, ses^amis, n'était pas^MMué nï à chaqoe instant du jour son fiom ne vieo^ drait pas happer Tiuiaginatioii de Vtfiii des cent journalistes de cette époque, et si ^mte de matière il ne hit coimeiidrait paa, par la commodité d'un petit meiisoiige mus <Mii»é- ^ence, de l'envoyer ^à la [mort/^^'^'CcÂiibiefi Maratt; ne Vefirt il pas doimé de pasae? temps Semblables. J^en «ms quelque «dios^-pour mon compte ; heureusemet^pcmriiibî,iqlie4N^ doute Marat in^^écait pas en veine oe^our là.
Cette obscund^, dont. les diâereots '^jfaefe de £tôtîéi«ts, enveloppaient leuns Hlimerseip je»» pérances, s'épaissisrait chaque jou]:j Ofiwntak bien que le df^^ouementapprociiaît; onswHe- Vinait que trof^-qnçlbs'Aictiilne éta^ tneaacée; mais non laquelle das^troîs grtmiies^BM^tmis^ évidence aurait Tinit^ve;^ li»qiielle- s^^Bipar
LA RÊVOI^UTION TUAlSfÇiAJSB^ 2L5S
i^ait de cette crise^ la queUe ^n difigerait les
isuttes? tduB lès.Tœmt de ce qui. restait en
Fmniïede sincères amiade la patrie^et qt^e ceux
qui S' intitulaient patriotes par . excelleiKe ap«
pelaieiit par dérision les Modérés^ se pôit^ô^iil
refs bi Gironde. Oa tétait sûr, que si cettâ
facticm ne reispectait pas. la monarchie, ^1^
fâ^eeteittit au moins le monarque, et l'on en
était venu jusqu:à ce point de stupeur que V
intérêt. -que Ton prenait à Louis XVI, ne $'
appliquait plus, qu^ à sa yie» et que tout ce que
Ton poavaât lui ravir du reste, n attirait pas
pour ainsi dire la plus fcnhle attention»
Toutes lés crmntes^ au contraire étaient inspi*
rées^ pair les jacobins, dont Téxistence était
alors iitéiiiocabLement prononcée. On sentait
que si ieimm^ement partait de ce centris, la
perte du monarque était inévitable, et par qoit^
tm coup celle de la Fmnce entière. Quelques
millions d'bcmnnes en France étaient convain*
eus de cette vérité; etj'avouje que je ne conçois
pas encore, comment il ne; se présenta pas
un liotnn^ de courage, un liomme de têt$
dans un motrMit semblable, à qui peut être il eut iSuffi d^ i^udques. ii^ures pour rassembler
autour de lui un noyeau de quelques millier»
d'hommes. Il n'en eût pas fallu tant pour anéantir, sans verser même une goutte de sang, ces Jacobins et ces Cordeliers. Us èffirayaient les invaginations, par Tappareil de leurs fiiubourgs ; mais ces faubourgs marchaient à I^ur voix, parcequ'ils ne marchaient contre persoime; et si ils eussent pensé que des coups de fiisil pussent les atteindre, toute Téloquence des démagogues subalternes et salariés, ne les eut pas tirés de leurs maisons : et dans la journée terrible dont nous approchons, on ne verra les faubourgs que dans le lointain ; sur le champ de bataille seront ces Marseillais, que personne ne connaissait, excepté les hommes de sang qui les avaient appelés* Si le bonheur eut voulu que cet homme de tête eut paru, si tout autre que M. de la Fayette eut tenté, par exemple, ce coup de main, ou qu'il Q'eot p« été contrarié lai même par « grande rf.
putation révolutionnaire, que depuis trois ans chacun interprétait à sa manière et toujours en perte pour la confiance, le monarque constitutionel était en un jour raffermi sur son trône, la liberté de la législature eut été ga-
rantie, la garde nationale réintégrée dans son énergie, le lâche Robespierre pour jamais relégué dans son ob3cure nullité^ les portes des jacobins et des cordéliers murées, et la France déUvrée de ses oppresseurs* Bestait après à marcher contre M. de Brunswick, et le Roi de Prusse ; mais quand le français n'a ^ combattre que des ennemis étrangers, on peut s'en reposer sur lui. L#a providence ne le voulut pas ainsi sans doute. Il semblait que la révolution eut froissé déjà de si près les m* terêts de chaque individu, qu'il en fut résulté une apathie profonde pour le sort de Tétat, et que rindiférence fut le seul sentiment de cha-w cun pour la masse d'une société, qui ne vous offrait jAm de protection ni dans vos biens ni dans votre personne.
L'Assemblée législative était bien loin de pouvoir extirper cette espèce de gangrène morale. Toujours menaçante, toujours terri* ble en discours, mais toujours foible, toujours nulle en actions, elle appercevait tous les dangers, et n'en conjurait aucun. Laissant empiéter chaque jour sur ses droits, elle siemblait avoir l'œil constamment ouvert sur la résur*
rectîon de tous les esclavages, et n'appercevait pas celui que chaque jour on appesantissait
sur elle. Déplorable jouet des caprices des Jacobins; complaisante exécutrice de leui« funestes volontés; toujours plus abaissée sous r ambition naissante de la commune de Paris ; dupe même souvent de cette cour qu^elle abreuvait d* amertume, qu'elle afroit par la plus impolitique imprudence avilie^ au lieu de se grandir elle-même dans Topinion de T Europe en environnant d'une importance majeure ce pouvoir exécutif, que la nature même de ses fonctions plaçait^ h^ pothétiquement du moins, au dessous d'^^ puisqu'il n'agissait que d'après les lois qu'eMé seule avait le droit de créer, et qui ne pouwfit conséquemment accroître en prépondérance,* qu^ elle ne crût en majesté ; on eut 4ït qu* à . chacune de ses séances elle allait décider du sort des nations ; m^ c' était un vain «nm sonnant ; le parturient mantes était le résultat de tous ces grands gestes ; et par malheur •en^ core trop souvent, ces Anthées iantasmagoii»
ques semblaient n'allonger leurs énormes brtt que pour embrasser des puérilités.
LA RivOLÙTION PEANÇAISE. tSf
La garde du Roi n* avait point été recréée^ Iji jôùmée du 20 Juin avait répandu Talarme* Où avait décidé qu^ un camp de vingt mille hoHHâes serait fbniié près de Paris. Robes* pierre avait islônné le tocsin sur cette mesure» C'était des fers que Ton apportait au peuple ; avec eé grand mot il en imposait toujours;»
Lfis vingt Aiillé hommeà ne paraissaieint pas i et uftê pé^on fut signée pour accélérer
leur atri^. 'Ce fut celle que Ton appela la pétition des <3^ mille. Eh bien! T Assemblée législative (^[01 seAtait mieux que personne la nécessité de la présence de cette force armée. Au lieu de' prendre en considération cette pé^^ tition, s'appliqua au contraire à la repousseï^ et à rétoofier, dans la crainte d'effarouchef les Jacobiâs. D'un autre côté l'esprit de Y armée était allarmant. Les discours désorgamsateurs de Robespierre, que l'on y répan« dait àVec profusion, et les feuilles de Màrat plue scélérates, en avaient banni la discipline ; et le soldat que l'on entretenait chaque jour dans cette idée, qu'il était constamment trafiî par ses généraux et ses officiers, s'abandonnait à Fiiisabordinatibn la plus funeste à sa gloire^.
et la plus contraire au succéa . de^ aniles françaises. Le 14 Juillet approchait^ et YMf semblée législative au lieu, de s^occaper Mi) rieusement à réorganiser Tannée, à guérir kj mal existant par des ordommnces sévérea^ à rétablir la confiance entre les chefe et: \^ ^^ alternes en . éloignant tous les hommes étrangers à Tannée que le jacobinisme y- entretenait, et en interdisant rigoureusement la lecture de ces écrits dangereux, . et .d^une ibuk. d'autres rédigés dans le même espiit,-.6mbra88e une chimère ridicule^ et se persuade tout-àcoup qu'elle va trouver dans Tenthousiasmê des hommes qu'elle va appeler à la fédérati(m tous les élémens nécessaires pour isBmplacer Tarmée, dont elle est non seulement méamtente, mais qu'elle est assez foil^le pour redouter ; et comme si elle se fut fait elle même up jeu d'amortir, en exagérant les inquiétudes» Tenthousiasme qu'elle prétendait allumer, die proclame tout-à^oup la patrie en dang^* ]V([ais par une de ces bizarreries qui n*appartienent vraiment qu'aux ré volutions, x;*eat qtt*à cette fédératipn^ ce ne furent ni leis dangen de la patrie, ni Théroisme m^tairet doot le»
LA EÉVOLUTION FRANÇAISB* 259
fédérés s'occupèrent: et cette fête, célébrée rannée précédente sous les auspices de la gloire, de la concorde et de la véritable grandeur, cette année dégénéra en une misérable bouffonnerie jacobine, qui compromit tout à la foia et la dignité de la législature, et celle du monarque doi>t les jours y furent menacés, et celle du peuple même que Ton annonçait être le roi. de la fête.
On se rappelé que le département de Paris, «nécontent de Tinsouciance que Pét^on avait témoignée le 20 Juin, du peu de soins qu^il avaitmis à comprimer le mouvement populaire, çt à assm*er la tranquilité des Thuileries, de la lenteur enfin . qu'il avait apportée à se rendre auprès du roi, avait destitué ce maire, honnête homme cependant, mais qui dans ce moment de crise s'était montré au dessous de sa place. Les Jacobins n'aimaient pas Pétion parcequ'ils ne le regardaient pas comme assez chaud. C'était l'expression du jour. Mais il leur était nécessaire parcequ*il avait la fa« Veur du peuple; et qu'en le sacrifiant c'était «'exposer eux-même à se dépopulariser. Il
disposait à son gré des assemblées de section,
itÔO HISTOIRE DES FACTIOKS DS
et dans le grand mouvement qu'ils prémédi^ talent, on sent combien il était important dé ne pas s'aliéner de ce grand régulateur de eei espèces de quartiers-généraux du peuple. La réintégration de Pétion fut donc demandée k grands cris aux portes, et jusque dans les tribunes de r Assemblée législative; et ne dé« viant jamais de sa faiblesse ordinaire, elle céda, et l'arrêté du département fut cassé.
Le 14 Juillet ne fut donc plus la conunéinorar* tion d'un grand événement national^ le jonf solemnel où les français devaient à perpétuité renouveller le serment de défendre leut liberté, et de demeurer invariables dans k fidélité et Tobeissance à leur charte nouvelle i ce fiit tout simplement la fête d'un maire dé commune : et dans ce jour mémorable, le peuple français, qui dans tous les temps n'eut pour devise que Honneur et Patrie n'en portft point d'autre que vive Pétion^ o\x Pétion aH il mort; et tels étaient les misérables intérêtJ dont on occupait le peuple, tandis qu'on càres^ isait son oreille orgueilleuse, par les titres dé maitre du monde et de peuple souverai|£ Quâfid Je vuà ces factieux amuser le f>èapl*
In4 RivOLUTIOV FR^A^ÇArUS. fi6l
avec. d aussi' ridicules m^rotes, je crois voir rinsensé Charles* VI. que ses oncles criminels amnsaient avec des dûffons de carte, pendant qu'ils incendiaient son royaume.
Louis XVI. parut à cette fédération, mais dans quel état? Sombre, triste, abattu; les anxiétés de son ame se peignaient sur sa fi* gure. Il n'avait d^autre faste que celui dH malheur. Le silence, la consternation in-»
diquaient seuls la place où gissait la roy-»
auté. Il suivait la pompe de Pétion, confondu presque dans la foule, dont Tinsolente licence insultait à son infortune. Que dis-je insch lente? peut-être eut elle été criminelle, si quelques bataillons de Gardes-Suisses n'eussent maintenu la distance.
Quoique tant de ' simptomes alarmants semblassent anncmcer de Taudace dans les chefs des div^i!»^ factions, la timidité cepeindant était partout ; et ce qui le prouve, c'est que jamais Tintrigue ne fiit plus active* On aura prâie à croire dans la postérité, que 1» cour s'abandonnait al(H*s aux conseils de Dâbton et de Fabré dfEglantine; que ces .obtenaient du gouvernement des
sommes considérables prises sur la liste' civile pour les employer, disaient-ils, à enlevé* aàt Girondins les Fédérés et les Marseillais drtit on annonçait déjà Tarrivée ; et qu*il ne soit pas venu dans Tidée du ministère éxécfutïf de leur faire cette question si naturelle : Mais quand vous les aurez enlevés à la Gironde, que comptez vous en faire ? Il n^en est pas nioins vrai que les Jacobins et les Côrdéliers, suivant leur tactique perfide, étaient convenus paf un traité secret avec les Marseillais qu'ils^ se feindraient appelés à Paris par la Gironde, tandis qu^ils n'agiraient effectivement que sous' les ordres des Côrdéliers. La Gironde avait éventé cette convention tacite, et pour la déjouer, avait fait insinuer aux Fédérés de s'amibhceri^Oiiune venant à Paris pour' renverser le trône; eBj)érant toujours en accumulant les* terreufti dttns
Famé du roi accélérer Tabdicàtiônf* ' SI cette abdication arrivait, les Jacobins étaieiit Vaincus. La présence des Marseillais devenait inutile, et puisqu'ils affectaient de marchêor par les ordres de la Gironde, elle serait libire alors de les retenir loin de Pariisi^ ce que lès Jacohilii n'oseraient contrarier, puisqu'ils afieetaient«in
même, de rfpttdre partout, que oe5^ h^i gands au Midi étaient appelés par la Gironde^ Quand aux constitutionels, placés entre ceè deux colosses» avec bien moins de force, ilk •étaient plus timides encore* Ils ne marquaient plus guère que par quelques discours, dont la sagesse et la vérité des principes tranchai^ 3vec réxagération de ceux de leurs adver* maires; et la seule utilité dont ils fussent à cette époque, c^est que se jettant toujours du côté ou ils appercevaient un peu de rapprochement vers la raison, ils rendaient ainsi du moins un peu plus rares les déterminations extrava-* gantes. On voit par cette circonspection que les deux grandes factions n'avaient pas vaincue peu de jours même avapt le jour fatal^ que l^une et Fautre n'avaient point encore pris un parti décisif; que les Girondins voulaient éviter la secousse, et que les Jacobins n'osaient pas encore la hasarder^ Quoiqu'il en soit, plus le temps s'avançait, plus resp&rance i de Tabdication devenait illusoire ; soit que rinfortuné Louis XVI. prit une confiance déplorable et pai digne de lui, je le dis avec franchise» dans Tappui et les promesses de
Panton ; soit plutôt que par un sentim^l( jto IPOJ9I9 il crut que la religion même lui deâen)f- 9it dç désemparer du poste où Dieu r«mît placé, dut-il lui &i coûter la vie. Au«un du ses discours» aucune de ses actions ne permet- Jtait donc pas de prévoir qu'il lui vint jamab.k pensée de prendre ce partL La Gironde en conséquence changea tout à coup de batteriii et mit en avant la déchéance. Robesfîca»
aentit le coup et opposa à cette attaque dangereuse pour les Jacobins, la premîéœ idée d'une Convention ; il avança qu'il n'a{^art;^iait qu'au peuple de prononcer sur la royauté^ <t demanda la convocation des assemblées piv maires ; et comme si les éléments du tioub]e n'eussent pas été déjà assez multipliés, PétiM «l'avisa de mettre toutes les section!» de. P^men permanence, et de les engager à délibérer sur les dangers de la patrie ; et peu de jourstapràs jcroyant favoriser les projets de la Goroiide il vint à la barre de l'Assemblée, présenta UM adresse ou mémoire, dans lequel ces mêmes sections déclaraient que Louis XVI. avait perds la confiance du peuple. Lorsq^e l'on hasafdf une semblable levée de bouclier, il faut avoir
S4 nfLY^VTlOlS 7BrAirÇA»|. 86S
la certitude de n'être pas démenti. Pélion avait $rop compté' sur son influence. Cette dé^ vuurche de Pétion ne fut pas plutôt publique^ 4}U6 plusieurs sections se réunirent, protesttènnt fortnellement et à Tunanimité contre Vàt' pœioD qu'on leur prêtait, et apportèrent ces {irote»tations à la législature. Ce fut YinstàaA 4Ale nom de la section des Filles St. Tboma% m4iêUhTe depuis sous celui de le Pelletier, comf tnefiça à paraître avec éclat dans l'histoire d» la révdutitin. Cette imprudence de Pétiom jdcmna^ : pour tdnsi dire, le signal de la gùenoe icivilej Lie nombre des sections qui avaient adhéré au sentiment exprimé dans l'adressa^ joutait du poids à Popinion de la Gironde^ wr ia néeèssité de prononcer la déchéance. Le iKmibra descelles dont les protestatiohs étai^afc 'COimQes,/fbumissait matière aux jacobins et wax cordëliers pour augmenter le trouble et la ^discorde. Ils se présentaient en force dans les àectioiis dissidentes. Là, des combats se !£• ^ftaient, et le champ de bataille restait à ceux 4rat' le cœtir était moins étranger aux atr 4èBtat». Ainsi d'un côté la Gironde espérait 5piofitor -de l'étouideiie de Pétioii pouc accht^
lérer le décret de déchéance, et empêcher i'iih
surrection prévue et redoutée ; tandis que de
Tautre les Jacobins essayaient égalaient di
la mettre à profit, en accroissant l'exaspéra»
tic»! des esprits, pour accélérer Tinsurreo
tien cpiils désiraient et diminuer Y odieux
qu^elle répandrait sur eux, en llmputanC à la
:^olonté^ bien prononcée du peuple. Le gob*
"ir^mement commit une grande fiwte de lie pas
èil profiter lui même pour se sauver. . La jka
légère démarche eût appelle autour dé lui les
sections protestantes. Il s'en fut fait uq remjmit
contre ses ennemis ; et il est très-douteux que
ji le moment fut venu de combattre, lès seo
tions dont Pétion avait présenté le voéu^prék»
tendu i la législation, eussent tiré répéepour
le soutenir. Ceux à qui Fesprit du peuple de
iParis est connu, savent très-bien qu'aucune
menace, aucun discours extravagant» aucune
^exagération révolutionnaire, ne lui . coûtent^
lorsque rassemblé par grandes porbons, aoît
dans une église, soit dans une salle quek>
conque, il lui est loisible, à Tabri du danger,
de vociférer tout à son aisé ; ce que dans la
,fevoiutioii{il appelait délibérar, ' Mâîsidelài
t& Ait ÔtÙTtOÏT MfAVÇÀÎSK. i&f
reiécîî^on il y a biien loin. S^il eut vu seules metit lih quart des sections ' entourer Louis XVI. ce grand zèle^ pour lès >Jac6bins sefut appaisë à' Tinstant de se battre. Les souvenirs de la famille, ceux des intérêts du commercé et dès enfans, la certitude de rencontrer des parents; des amis, des associés, des chefs d'tab telier utiles aux différeiis genres de prou fessiori, eusîsent parlé plus haut que les perfnrbàïet&rj^^ét sans révoquer en doute la bnu- ■Vtmré du peiiple de Paris, il faut convenir qui
partout on balance long-temps avant d^aUet combattre une partie de la populaticm de la Tîile ôà Fèft H pris naissance; et en pareil cas^ à Pàrir|yltjb que partout ailleurs, la plus légère cii^ôiiisftâttëe suffit pour arrêter une insurre^ liôn,'xilê!iQ[e jpréparée. Un soir on s'attendait à un m<)tf^ement; le tocisin avait même sonné dans quëlqb^» clochers : vers les duc heures du édir, Mailùel,' alors procureur de la commune^ tKÏVre 8â' ieiîètre : ** Il pleut, il n^^ aura rien :?^ ^i\ n'y eut rien. ' llfccninaissait les Parisiens, Ori'^pèiîit juger, d'après la situation où œ •trouvait "^ Paris, et parconséquent la France, i^uei ibsi-tibbles et réels amis de la liberté.
!^ HISTOIEB DBS FACTIOITS DB
«t ceux également purs de H royiuitéi 8'il est vrai que l'on veuille établir tane dis« tinction entre ces deux opinions», étaient itt véritables victimes de ces factions. C'était 4 leurs yeux également un crime d*aimer et b| liberté et la royauté. Il en existe encore de ces honmxes de la révolution. Je les connais.^ Il ne manqueront pas de dire que celui qift blâme leurs fureurs est un ennemi de la li*
berté. Mais l-amour de la Ubeft^é pops}s|b64fâ à préconiser des tyrans, ou amsiste-4>*il. à jm)téger: leurs fureurs ? N'était-ce pas le comble de la dérision, d'entendre le, mot diB.Hbertê portir sans cesse de la bouche de cçs faommfis toujours armés de massues, de sablées, et de {xûgnards, pour assommer, taillader. iÇt; jêgQrgjEfr ceux qui leur opposaient la plus légère ofcyeQtion ; de ces hommes qui ^ pjséamt^t^^ 4ais des sections étrangères à W le^ry ^t^ ^Hnstendair ent forcer les citoyens à penser, < comsMS .einc, sous peine d'être massacrés. Si ce Aont là iif$ amis de la Uberté, j'appelle cela, nioi, dei ftiuteurs de Fesclavage le plus odieuEx, et ceux qui le détestaient, ceux4à, sans contredit» étaî» ènt lés vrais amis de la libère. £b,iîit-il jamais
LA RirOLUTION FRANÇAISE. S69
de temps où ik furent plus oprimés ? Faisais ent-ils plus de grâce aux amis purs de la royauté? et quelle est donc la liberté d^un pays où rhomme n'a pas le droit de dire, sailë étire occis, qu'il croit tel gouvernement pré^ férable à tel autre, ou qu'il juge que )a liberté n'est pas incompatible avec la royauté ? Gom-» ment ! n'avoir ni le droit de penser, ni le droh; de parler, ni le droit d'écrire, ni le droll d'agir, voilà ce que l'on appellerait libtfrtéf et si l'on s'avisait de dire que ce n*est pas li liberté, on serait frappé au nom même de liberté, et on serait traité de vil esclave, si 1*011 prétendait que ces prétendus hommes libres ne sont que des assassins ? £h bien ! si telle est aujourd'hui l'opinion des malheureux hu« mains, ô liberté sainte ! ô hberte. que CatOQ honora par tant dç vertus, exile toi fx>nr jàf mais d'une terre où il faut être le tyran de aàs frères pour prouver que l'on t'aimé ; où il Suit opprimer toutes les pensées pour que tu soLi révérée ; où il faut renoncer àtouiie humanité^ à tout attachement, à tout principe de &• mille» d'administration, dé gôuvem^sientt i
£70 mSTOIEE DES^FACTIOXS D£
tout amour des arts» des sciencies^'s des lettres^ pour que tu règnes. . i .
. Voilà cependant cette liberté; telle que Y&ï^ tendaient les hommes dont les volontés ùâ^ saient ^lors mouvoir Paris, et par cpjiséqueot I» (Fiwnce à leur gré. .Les massacres pour ^ Cfmtre .s6 multipliaient dans le midi* A Arlesy le sang<^oulait au nom du jaqobinisnQ i dana TArdéche, au contraire, ile royalisme^ eieri^ait ses représailles. M. du Saillan était à la; tête. des contre*-révolutionnaire$. Mais il manquait, à cet honmie de courage^les qualités ^^un chef de parti; il ne sut pas mettre à porofit tous aea avantages, et ses efforts eurent peuide sucjcès,
f<Cet hori2ôn orageux s'épaississait de jour en jour. L'autorité devenait à: chaque instant plus • foible et' moins . respectée., L'anarchie régnait dani la capitale; l'Assemblée législative oubliant qu'elle pouvait ell^même en devenir la victime, semblait se plaire à l'accroître, et à encourager la multitude à mépriser, les ordres du gouvernement.. Les Fédérés s'entretewwent publiquement de kur projets siiii^trcts.. Sois^
LA Rév-p-I/UTÏOK PEAKÇAMPt 271
sons leur avait été assise pour le -lieu de leurr réunion : la fédération était passée; leur pré^ sence n'était plus nécessaire à Paris ; et malgré les ordres réitérés du ministre de retoumeii^ au quartier de leur rassembteinent.pour ren gagner ensuite leurs diverses contrées, auou^ n'obéissait. Louis XVL après le SO^uin avait ordonné la fermeture du jardin des ThuilerieSn et cette mesure n'avait rien que de convenabl^»; L'Assemblée affecta de le faire remarquer en ordonnant que la terras^ des feuiUans par la^ quelle la plus' part de ses membres se r^adait à la salle fut ouverte au public. £lle devint la galerie de tous les satellites des jacobiiis, etd^ tout ce que la populace offrait de plus insol^t et de plus insubordonné. Tojute cette tourbe aj^ fecta de trancher de la digoité et de regard^Of) au dessous d'elle de descendre dans le: jardin ; et un ruban tri-color qu'elle étendit daps touta la longueur de cette imn^ense terrasse fîif l'unique et frêle barrière qu'elle opposa aux indiscrets, et qu'elle mit de l'orgueil à ne paa franchir ; et tant il est vrai qu'il est impossir ble de prévoir jusqu'à quel point de telles circonstances peuvent entraîner les homxmes
â/3 HI8T0IEB DES FACTIOIT» I>&
âiêihes les plus sages à des abbéredcMis d*6sp^ que Ton aurait crues impossibles, j'ai eotrôdii cent fois citer ce prétendu respect pour €»
ruban comme le plus grand eiSbrt de la vertes du peuple. Eh! qu'était ce dans le fond? uaé Misérable et pauvre jonglerie dofM Tumqu* but était de faire une insulte au monarque. B me semble voir ces petites filles qui mettentf leurs poupées en pénitence, et lui tournent le d<Mf quand elles sont en courroux pour leur ap^ prendre à vivre. On avait attaché de distance en distance à ce ruban des écriteaux sur leé quels on lisait ce refirein d*mie chanson à lar mode alors : N* allez pas, nCallez poM dans le Jarét noire. La forêt noire ! helas 1 les vérita^ Hës brigands de k forêt noire amTérent sar ces entrefaites, et c'étaient les Marseillais.
Ils étaient cinq cents. La terreur les ptê^ ùédflit. Us marquèrent leur entrée par un excès. Les jeunes gens à cette époque portaient a« col des mouchoirs de couleur noués d^une cer* taine façon, qu^ils appellaient Shab.* Ces Marseillais en traversant la ville pour gagner leur cazeme, remarquèrent . ces shals. B^ leqr déplurent sans doute. Ils . les arachénenC
LA RÊTOLUTION FRANÇAISE. 273
grossièrement à tous ceux à qui ils en apperçurent, et les mirent dans leur poche, par droit de conquête sans doute. A peine furent ils débarassés de leur sacs, qu'ils se rendirent aux champs élisées, et inondèrent les caba-> rets. Les grenadiers de la garde de Paris en occupaient un ou ils s'étaient réunis dans un banquet. Les Marseillais s'établirent dans le plus voisin, dont Sansterre, Rosignol, Lazouski, Westerman et les autres aides de camp de Danton et de Marat, leur faisaient les honneurs. Les grenadiers Parisiens dans leurs toasts, faisaient entendre souvent les cris en usage d^uis trois ans Vive la Nation, Vive le Roi!
Ces cris outragent les Marseillais, Ils bnt juré sans doute que ni la nation ni Iç roi ne doivent vivre. Us tirent le sabre, et fondent à Timprovi^te sur les grenadiers. Le combat s'engage. La populace jacobine s'unit aux brigands voyageurs. Le sang coule. Le nombre accable les grenadiers. Us se disr persent. Un d'entre eux, de la section des fijles St. Thomas, se défendit long-temps. Grièvement blessé, couvert de sang, il gagne en combattant toujours une maison particulière.
274 HISTOiftË DEi5 PACtlOirs DE
Il se nommait du Hamel. Les Marsèillïiîs Yy poursuivent, brisent les portes, Tattéignent, et se retirent en célébrant leur victoire. La terreur se répandit par tout, et dès le même 8oir une foule de citoyens s'enfuit de Paris. Cette désertion continua les jours suivans.
Communément les grandes conjurations se traitent dans Tombre ; celle-ci fait exception à la règle. Elle était publique. On n^igîiOlrait que le jour on elle éclaterait, et le choix de ce jour était Tobjet des délibérations du conciliabule des chefs. Il se tenait à Charenton, là se rendaient Danton, CoUot d'Herbois, Billaud de Varennes, Fabre d'Eglantine, Hébert, Vincent, les chefs des Marseillais, et nombre d'autres hommes de cette trempe. Il est difficile de déshonorer la lâcheté, c'est un secret *que Robespierre a connu seul. Il nfe se rendait que furtivement, que déguisé, qu'à Ta- 1>ri des plus viles précautions à ces consens, "OU les autres apportaient tonte Taudacietise témérité de leur caractère. Il s'y plaçait dai» Tin coin, n'hazardait son avis qu'en irèmblant) ne le prononçait qu'à voix basse; et de voir dais la suite, toute la tyraimique puissance qri*tin
LA KiyX}LUTÏON f RANÇA18J&. 275^
aussi méprisable Thersite exerçait et exérçsi
long-temps sur ces hommes, dont le courage
avait dans sa férocité même quelque chose
d^imposant; de Toir ce Robespierre dans la»
profondeur de sa basasse lès entojer dans 1»
suite à la mort comme de vils troupeauil
^and leurs crimes eurent cessé de lui être
utiles ; c'est un phénomène qui ne se reverra
plus, que Ton ne croira pas dans Tavenir et qui
cependant n'en est pas moins vrai. On hê-*
âitâit encore sur le prétexte à donner à Tinsur*
rection, " Vous manquez de prétexte, s'écrie
** Chabot. Je vais vous en fournir un^ Je
^^ sors^ il est nuit, suivéîs moi dans une rue
déserte. Poignardés moi ou je me poignarde
moi même. Dites ensuite que la cour a
payé des âsssasins pour mé tuer; Prenéa
mon corps sanglant j promenez le dans Pad»^
^* appelez le peuple à la vengeance* Il vous
^* saiivra, et marchez aux Thuileries/'^ C*e»l
plus que du fanatisme. C'est dé là rage. Ce
Chabot Teut faitr
Croirait-on que la cùttt entourée depuis si
loftg-temps dedangerî3 n'avait pas organisé près
df'eUe une poËce secrëtt;é) aetiV'è et fidèle^ ca«
pable de la tenir au courant de toutes les machin nations de ses ennemis. Elle vivait à cet égard dans une insouciance impossible à concevoir, et Texcês de son incurie né peut-être comparé qu^à Texcès de la témérité de ses oppresseurs. Elle dormait tranquilement d'après les rapports qu'on lui faisait sur ce qui se passait dans les conseils des conjurés, et peut-être était elle la seule à ignorer quelle recevait ces rappel d'hommes vendus eux mêmes à la conjuration ; ce fut ainsi que par sa faute elle n'eut» aucune conrÈiissance que trois fois de 3uite le jour pris pour l'exécution fut changé. Dabord le 1er. Août fut choisi ; ensuite elle fut remise au 6 ; et enfin le 10 elle éclata. Aucun système de défense n'avait été arrêté; les gardes Suisses dont la majeure partie était aux casernes de Courbevoye, quelques compagnies de gardes nationales, les débris des gardes du corps dont la dissolution s'était opérée il y avait quelque temps, un petit nombre de nobles isolés, qui se trouvaient encore à Paris, voila les faibles défenseurs que les circonstances pouvaient ranger auprès du roi, et j'ai fait remarquer plus haut avec qu'elle insouciance (m
LA RÉVOLUTION FEANÇAISB. 277
laissa échapper roccasion d'appeler autour de lui une force capable de le garantir des i&aux que l'on amassait sur sa tête.
La Gironde était mieux informée des résolutions diverses des Jacobins. Elle avait longtemps compté sur l'abdication. Détrompée de cette espérance, elle s'était rejettée sur la déchéance, et l'avait poursuivie avec véhémence^, La proposition faite par Robespierre de convoquer les assemblées primaires, pour former une convention, lui fit prendre une autre marche et mettre plus de modération dans ses poursuites pour ne pas s'aliéner le parti constitutionel, et se trouver seule entre eux et les Jacobins. Lorsqu'elle reconnut qu'il était désormais impossible d'empêcher la conjuration d'éclater, elle se flatta, je ne sais trop sur quel fondement, de s'emparer de ce mouvement et d'en diriger les suites. Cette confiance approchait du ridicule ; on ne peut guère l'imputer qu'à cette espèce de jactance, caractère particulier à cette faction, qui lui persuadait constament que rien n'était impossible à ses talens, et qu'elle pouvait toujours tout ce qu'elle voulait JPlus l'inatant fatal approchait
fdius elle eût du s'apperçevoir de la diminutioQ de son influence, même sur rAssemblée. Elle avait senti depuis longrtemps que tant que la Fayette existerait le parti constitutionel aurait toujours une sorte de consistance» et que tant qu'il qie serait pas abattu il serait difficile de réussir à prononcer la déchéance; dejmb plusieurs jours elle poursuivait donc; avec acharnement le décret d'accusation cpntre la Fayette, et . en cela seul réunie d'esprit avee les Jacobins, elle se flattait de l'emporter* La séance du 8 Août fut consacrée à cet objet Toutes les forces des constituans se réunireot pour défendre et soutenir leur général. Ik ne s'effrayèrent ni des malédictions dont les tribunes les accablaiept, ni de la violence des discours de leurs adversaires. Les deux côtés déployèrent toutes les resources que l'audace Iqur avait données. Il n'est point de spectacle dans le monde, plus étonnant que ces luttes mémorables que quelquefois les difiéreptes lêr gislaturés ont offert ; et, je ne crains pas de le dire, c'était là qu'il falait vepir pour vwr l'homme dans toute son hprreur, pt dans toute sa sublimité. ^Trente orateurs peubétre fureqt
entendus pour et contre. L'indignation les animait; qu^on juge de Téloquence. Enfin les constituans remportèrent. La Gironde dah§ sa fureur invoque Tappel nominal. C'est \m épreuve terrible pour les hommes timides. La publicité des noms assure les dangers. Elle essaya cette resource dernière. Elle lui fut infidèle. La Fayette fut absous par 446 voix, contre 224. Comment la Gironde ne conce-* vait elle pas que perdre la Fayette c'était commencer le procès de la révolution? Sei^ courageux défenseurs coururent vingt fois risque de la vie en sortant de la salle. Les gardes les sauvèrent à peine de Taveugle fu-^ reur des sicairés. Dès le lendemain les perfides Jacobins firent aflScher l'appel nominal. . , Le 9 la séance fut plus orageuse encore.
L'aspect de Paris inspirait la terreur. La plus part des boutiques étaient à moitié fennées ; les marchands, leurs commis, au lieu de s'occuper de leurs travaux ordinaires, étaient sui; le seuil des portes, causaient d'un air alarmé ou regardaient avec inquiétude dans la rue^ Des grqupes encombraient les portes de presque tous les cafés. Les passants s'arrêtaient uu
moment, prêtaient Toreille à ce que quelques personnes placées dans le centre de ces grouppes disaient, souvent à voix basse, et avec une sorte de sombre circonspection. Partout les ouvrier» étaient absens des atteliers ; on les rencontrait sur les quais, à la descente des ponts en pelotons nombreux, Talarme dans les jeux, 8*abordant sans se connaître, s'interogeant avec incertitude, cherchant à se pénétrer avant de se répondre, se portant avec rapidité vers le premier homme qui s^arretait aux environSi et Tentourant avec une curiosité avide, si par hasard, il prenait la parole. Peu de voitures de roulage; encore moias de voitures de place; pas un carosse. Un peuple immense était rassemblé sans motif et sans objet sur la place de la maison commune, épiant le passage des magistrats, les arrêtant souvent, les interrogeant sans savoir ni pourquoi ni sur quoi, courant à la rencontre des ordonnances, des messagers, des moindre estafettes qu'il en voyait descendre, s'ouvrant pour les laisser pajsser, les regardant s'éloigner en interprétant de mille, manières les missions dont on les supposait chargés. Dans la circulation des hommes
armés, remarquables par leur accent étranger, et quelque fois aussi par leur aspect hagard et féroce. La cour des Thuileries déserte, gardée par la fermeture de ses grilles, par des sentinelles dont l'active attention avait le caractère de la défiance plus que celui de la vigilance. Sur la terrasse des feuillans, à la porte de la salle des législateurs, dans les tribunes de TAssemblée, des Fédérés armés ; presque tous les sinistres Marseillais, bardés de pistolets, de sabres, de poignards ; et puis des milliers de ces femmes exécrables, étrangères à leur sexe, étrangères à l'humanité, et dont la langue infatigable et véloce vomissait le conseil des crimes, leur confiance dans le crime, et les bénédictions pour le crime.
Parmi les Députés enfin, les glaives presquç levés, les partis en présence, se mesurant de Toeil, se mençtcant du geste, se heurtant de personnalités, et d'injures. Tel était Paris, tel était le isénat. Vaublanc, Dumolard, Beugnot et nombre d'autres, demandaient vengeance des insultes que la multitude leur avait fait éprouver la veille. Ils racontaient leurs dangers. Us montraient los traces des coups quils
383 Himoinis^ ï>^^ FAÇTie^nf» db
l^y^.i^Qt; reçus. UindifTerence Ip^ écoutait ; la Irpidç ironie, le sarcasme sanglapt,^ les inn putQ;tiGa^ jÇdJomnieijse^, vpila les réponses de leur collègues. Roederer arrive^ jl s^ecrie : " Il ^^ 9^y a pas un momept à perdre. Législateurs I ^^ C^est pour demain. Ce soir les sections se *' déclarent en insurrectiop, j^sqll^a ce que ^' \;Oi;is ayez déclaré Ja déchéance. A muiuit ^' le tocsin sonnera. Vous entei^drez la gè* • * nérale. Les faubourgs sont soulevés ; les *^ Fédérés, les Marseillais, marcheront à leur fVtête. Le maire de Paris se tait cependant ^' Le département n^en reçoit aucun avis, aucuns renseignement; toutes nos lettres sont sans réponse. Hâtez vous, assurez votre indépendance, sauyéz le roi des dangers qui le menacent. Comptez sur notre ?èle, notre fidélité, notre courage. Nous s^iyrons la loi, " mais donnés nous des forces.^' Vaublanç vole à la tribune. " Qu'un décret éloigne à ^' rinstanf ces Marseillais, ces Fédéré^ Gu»- " det la suivi, il Ten précipite. Quoi ? l^ ^^ chasser ! quoi ! les défenseurs de la patrie I *^ ceux qui nous entourent d'un dévoujerneat 4
^^ tMme ? C@ n'est pa9 de cç ç^ ^'il faut
ce
" craindre les poigna,rds, JLies ppignards ^ ** craindre sont ceux d'une faction qui sait lç9 diriger dans Tombre. Nommez la« s'écrit t'on^ C'est celle qui vient de faire triomphe^ *^ un général rebelle, qui a dicté ses péti-« tion99 qui protégea son audace, qui sou* tient une cour perfide, qui dans ce n^ontçoti ^^ même conspire contre les amis de la pa- *^ trie, et qui lui a vendu le sang du peuple/' A cette violente sortie, tous le côté droit se lève. L'indignation éclate dans tops les mouvemens. La fureur est partout, le des»
ordre est au comble, L'Etat a le pied dans I^ tombe ; et le temps se dépense en menaces, ei| injures, en reproches, en outrages. Nullct mesure n'est, arrêtée; nulle précaution prise ; le soir arrive. On se sépare. On s§ convoque pour la nuit même.
Aux Cordeliers, autre scène. C'est là Iq foyer de l'insurrection; là sont les MarseiUaist là tous les chefs, là Westerman le général dij lendemain, là Danton tonnant à la tribimet retraçant tous les crimes de la cour, aigrisant s'il est possible encore la sanglante rage des conjurés. A onze ^heures l'insurrectiQQ est
proclamée. Robert, Chabot, Camille, Fabre, vingt autres, parcourent les autres sections. Des municipaux insurrectionaires sont nommés. Ils partent pour la maison commune. Le tocsin sonne, les canons sont trainés. Le soleil revient; tout Paris est debout. L'audace, et la crainte, sont partout.
Mais la cour ? C'était l'azile de toutes les anxiétés. La Reine seule montrait de la fermeté, du courage, de la sérénité même. Mais qu'elle nuit pour cet infortuné monarque ! Un peu de résolution l'eut sauvé ; il n'en eut pas. Il jugeait de sa foiblesse par le petit nombre de défenseurs dont il était entouré, quand il eut dû juger de sa force par la puissance de l'opinion, des habitudes, des préjugés enracinés. Il s'abattit, avant qu'on Tabattit. Il avait près de lui quelques uns de ces grenadiers, irrités contre les Marseillais, et que leur vengeance personnelle animait ; quelques compagnies de garde Suisses; quelques amis épars que l'instant avait appelles près de lui. Le vieux Maréchal de Mailly fut mis à leur tête. Croirait ou que la jalousie des préséances put dans des momeqs semblables occuper encoi:e ks esprit3?
LA EÊVOLUTIOK FRANÇAISE. 285
Les grenadiers virent d'un mauvais œil Tao cuëil que Louis XVI. faisait à quelques nobles. La Reine s'en apperçut, et avec un adresse admirable ramena le calme dans les esprits. Roederer s'était rendu au palais. Il engagea le roi à passer la revue des bataillons voisins. Petion parut également. On s*em<* para de sa personne ; on voulait le garder ea otage; T Assemblée informée de son danger ordonna par un décret qu'il se rendît à la barre, on n^osa le retenir, il partit. La revue ne fit qu'ajouter aux alarmes du roi. Les re« gards, les propos l'intimidèrent. Il prend aloni son parti, il part pour aUer se réfugier dans l'assemblée. Son épouse, sa soeur, sa fille, soa fils, madame de Tourzel le suivaient. La Reine en descendant le grand escalier lui criait; Sire ! Sire ! montez à cheval. Il fiit sourd. Il lui fallut traverser une foule qui l'accablait d'outrages. La mort, la mort, ces mots affreux frappent souvent son oreille. Roederer, et quelques membres du département le précé* daient ; les gardes écartaient avec modération la foule quand elle cherchait à le presser de trop près. L'Assemblée législative envoya une
$î86 HlâtÔTRB b£S PAdf tOl^ft DE
déjputatîon à sa Rencontre. Il entra. A la Vue de ce ttionarque dont les chagrins oftt flétri la Jeunesse, à la vue de la fille dé tant de CésaW, de cette famille désolée, de Tenfant dei tois qu^un grenadier apporte daiis ses bras, la Tespectueuse pitié imposa silence aux passions ; tant rinfortiine est auguste. Le roi se plaça à côté du président, c'était Vergniaux. Il prit la parole avec assez de cahnë. ** Mes* sieurs, dit il, je viens ici pour prévenir tin grand crime. Je me croirai tottjottrs en liberté au milieu des réprésentans de là na^ *• tion. yy passerai la journée.'* Vergriiâux lui répondit. " Sire, T Assemblée ïiatîoiiale ^ connait ses devoirs. Elle regai^de coftîme ** Tuh des plus chers le maintien de toutes les ** autorités constituées. Elle demettréftt fèriiife ** à son poste. Nous saurons y faiourir,'^
Ces éganfe durèrent peu. Un déptfté, un.
méchant, ou simplemeïrt un étourdi peut-être, observe que la constitution ne permet pas que S*asserablée puisse délibérer en présence dû roi. Aussitôt vingt voix réclament pour le îfiaintien de la constitution dans le lieu même 6u depuis tant de mois on en^ dé cbirait chaqiie
LA tlÉVOtUTlOlJ tli ATSÇAKti iWf
jour lë« fettillets. ïl fattt <jtie Louis XVL d0^ dcende de sa {>iace, et on le relégua lui et Hê famille dans une tribune particulière consacrés aux journiiiistes. Cet affront cotiimença là longue liste de tous ceux dont on TâbreuvÉl pendant cette longue journée.
Le bruit de sa retraite à FAssèôiblée nft* tionale se répandit en peu de temps dans PâT^i et des émissaires affidés aujc conjurés coururent Tannoncer à Danton. Son premier mouvé*ment en apprenant cette nouvelle fut de s'éi. crier, " Tout est perdu.^' Ce mot si extraor*^ dinaire^ et que peu de personnes ont connu^ A besoin d'explication. Il faut que Ton sache sur qu'elle espérance coupable se reposaient les conjurés. Us voulaient la chute du roi.
Us voulaient sa mort peut^re. Mais ils ht la voulaient, ni par TàssasinAt dont le crime odieux eut rejailli sur leur tête, ni par Téchaf. faut, qu'ils n'étaient pas certains de pouvoir dresser pour lui. Us connaissaient la foiWesse du mcmarque, mais ih se flattaient que soutenft par les conseils qu*en cette circonstance oh ne mctnquerait pas de hii donner, et que sacrifiant sa répugnanûe poiftr l'effuséon du sang au
sentiment de sa propre gloire, il se présenterût au combat, et que dans les chances de cette mêlée, la mort pourait Tatteindre, ou la dé< faite le forcer à fuir. S'il périssait, alors on imputait ce massacre au sort des armes, et ils étaient innocens de ce grand crime. S'il fuyait, c'était lui qui renonçait au trône ; on l'accusait de s'être battu contre son peuple; par ce seul fait on le déclarait indigne de régner, et l'on était justifié aux yeux de la France et des nations. On aiurait dit que le peuple s'était soulevé contre son perfide despotisme qu'il avait voulu soutenir à main armée, et que le ciel avait prononcé contre lui. La démarche du roi, brisait toutes ces combinaisons; elle remettait en question, ce que l'on croyait décidé, et l'exclamation de Danton alors n'avait rien que de naturel. Les vainqueurs restant maîtres du champ de bataille, soit par la mort, soit par la fuite du roi, les conjurés restaient également maîtres de la 3uite des événemens. La Gironde était anéantie par ce que le succès eut été obtenu sans qu'elle y eut pris part ; et qu'elle n'aurait rien eu à prétendre. La république ' était pro*
• LA RivOLUTION FRANÇAISE. 289
Lamée, organisée, gouvernée au gré des chefs
e la conjuration; et Girondins, constituans
t royalistes ployaient sous leur puissance.
^ais la retraite du roi ouvrait une série inat-
^ndue de chances nouvelles. Il s'était remis
ui même entre les mains de la Gironde ; pour
l'emparer des événemens elle pouvait se réunir
lux constituans, qui brûlant de sauver le roi
ni auraient donné une majorité considérable,
[u'il serait devenu plus difficile de terrasser^
/on soulève bien le peuple une fois, mais non
as tous les jours. Quand il est refroidi la
a^ison reprend son empire, et alors il pèse de
ang froid ses intérêts. Telles furent les re-
éxions que Danton fit à Tinstant, et qui lui
rrachérent ce mot que le lecteur n'aura pas
u sans surprise.
Maintenant je dois lui dire comment cette
ictique est parvenue à ma connaissance. Fâi-
ant le ser\âce comme tous les citoyens, j'étais
aporal de ma section, et de garde la nuit du
> au 10 Août. Vers les huit heures du matin
3 10, Tofficier du poste me remit un billet
acheté, et m'envoya en ordonnance le porter
. Danton, qui demeurait cour du commerce
section des Cordelièrs. Il me fit entrer dans son cabinet, et me pria d* attendre un instant qu^il eut fait sa réponse. Il récrivait encore, lorsqu'un homme que je n'ai vu que cette senle fois, parut et lui annonça la nouvelle de la retraite du roi. " Tout est perdu'' fiit comme je l'ai dit plus haut son premier mot . Quelqu'étonnement que cette phra^ie me causât je me gardai de le faire paraître. Danton se fit raconter de quelle manière cela s'était passé ; ensuite il déchira le biUet qu'il avait commencé, en écrivit un autre, le cacheta, me le remit, et je le quittai.
Je me gardai bien de parler à personne de ce que j'avois entendu. La terreur qui dès .
lors commençait à s'établir répandait déjà dans les esprits une défiance pénible mais dont la nécessité se faisait sentir ; mais je conservai cette phrase profondément gravée dans ma mémoire. Ce ne fut que nombre de mois après que me trouvant tête à tête avec . CoUot d'Herbois, après la mort de Danton, J6 lui parlai de cette phrase, et qu'il m'expliqua le mot de cette énigme tel que je viens de le rapporter. Cette exphcation ne peut-êtrt
tA RÉVOtUTION FRANÇAISE. 291
louteuse puisqu^il était lui même un dès chefs
ie la conjuration, et qu'à dette é|)oque le roi l'existant plus il n'avait aucun intérêt à déguiser la vérité, sur tout à moi qu'il connaissait pour avoir sollicité T appel au peuple.
On ne peut> se dissimuler qu'il fut des bommes dont les opinions et la conduite furent telles en révolution que c'est un devoir pour ainsi dire d'expliquer la nature des liaisons que l'on eut avec eux ; et certainement CoUot dlierbois fut un de ceux là. Personne n'ignore que CoUot fiit long-temps comédien, et mérita la qualité d'auteur par plusieurs ouvrages de théâtre. Il resta pendant plusieurs tonées attaché au spectacle de Bordeaux, avant la révolution. Le régiment de Bretagne infanterie dans le quel j*avois l'honneur de servir vint en garnison dans cette ville et ce fut là que je connus CpUot d'Herbois. A peu près du même âge, raprochés par les mêmes goûts littéraires, et bien étranger lui même alors dans sa vie sybarite à cette austérité répoussante que son républicanisme affecté lui prêta depuis, je me lié avec lui, lui rendis
mielques services et nos professions nous em- ^ u2
portant dans des climats divers, nous fnmes séparés pour long-temps, sans interrompre cependant notre correspondance. La révolution ramena à Paris* Bien loin de songer aux destinées qui Tattendaient, il vint me voir. Je lui redemandai l'argent que je lui avois prêté. Il me répondit en riant que les prêts de Tamitié ne se remboursaient jamais.
Je me tins pour payé. Le lecteur sait le reste. Dans le cours de cet ouvrage je dois comme historien peindre le rôle qu'il à joué ; conune français je dois en gémir et le maudire. Mais comme individu, je ne dois pas avoir la basesse de taire ce qu'il fît pour moi. Le décret pour Texpulsion des nobles m'ateignsdt. CoUot d^Herbois était alors dans sa toute puissance. Sans aucune sollicitation, il m'envoya de son propre mouvement une réquisition, et sans doute me sauva la vie. En écrivant l'histoire je ne m'appartiens plus, je n'appartiens qu'à la vérité. En me rattachanf à la patrie je déteste ses ennemis, j'accuse ses oppresseurs ; mais rendu à moi même je reprends les vertus que la nature impose, que la générosité commande. La reconnaissance est la
plus sacrée, et peu m^importe que mon bienfaiteur ait été CoUot d^Herbois.
. Cependant, les premiers rayons du soleil avaient éclairé des massacres. Un peloton d'une vingtaine d'hommes, armés de pistolets et de sabres, rencontré près des Thuileries parait suspect à une patrouille de garde nationale, est arrêté et conduit au corps de garde. Le peuple des Jateobins, le seul encore que Ton voie à cette heure dans les rues, les suit en poussant d'horribles cris. La garde eflfrayée du danger que courent ces malheureux ferme les portes, et parvient à en sauver plusieurs par les fenêtres de derrière. La foule réussit à enfoncer ces portes. Quelques uns n'ont pu fuir. Ils sons saisis, arrachés a cet azile, trainés par les cheveux, et massacrés ; une femme, une furie se distingue par Texcès de sa rage; elle déchire les membres d'un nommé Saleau dont les épigrames l'avaient blessée. Les têtes de ces malheureux sont coupées, sont placées au bout d'une pique, et promenées dans Paris. Un commandant de bataillon nommé Mandat est mandé à la mu- Bicipalité. Il s'y rend sans défiance. Cç ns
sont plus les mêmes magistral dont il a reçu des ordres. C^est une municipalité npuvelle.
£lle le fait saisir. Il est traîné sur les marches de la commune, et là par Tordre de ces prétendus magistrats du peuple il est massacré.
Le matin était arrivé pendant ce temps.
Paris retentissait de cris, de tambours, du son des cloches, de chansons homicides. Les insurgés sans ordres, sans direction certaine, sans chefs reconnus, suivant en tumulte leurs canons dont le poids ébranlait les pavés s^avan- ^aient plus par instinct que par obéissance vers les Thuileries, et guidaient avec eux la confusion et le désordre plus encore que Tépouvante. Toutes les pQrtes, toutes les fenêtres étaient fermées ; personne dans les rues que les aspirans au carnage. Les colonnes débouchaient par diverses issues. Au pont neuf un poste veut faire résistance. Il est massacré. Les Marseillais ouvraient la marche. Il était, encore une autre troupe, renfort nouvellement arrivé ; on nomnlait ceux ci les volontaires de Brest. On arrive devant le château et le com-* bat s'engage. Ordinairement on se dispute Thonneur de Tavoir commencé; ici c'est le
contraire. On se Timpute à crime et chacun s'en accuse. Aux premières décharges des Suisses cette foule, na-guére si menaçante, est dispersée; elle fuit en desordre; déjà elle a repassé les ponts ; déjà la majeure partie à regagné les faubourgs ; et si Ton eût profité de ce commencement de victoire, c'en était fait. On leur laissa le temps de se reconnaître. West> ennan plus militaire rallie les Marseillais, les Bretons, les Fédérés, les Gendarmes, se débarasse du peuple nuisible dans les batailles, rassemble les canons, marche au château, le ceme,rassiege. L'airain gronde de toutes parts, rincendie se dévelope, la résistance est vaine. Les Suisses fuient vers les champs Elysées. Le peuple, plus cruel encore quand il s'est montré lâche, les poursuit, les atteint, les égorge : le sang ruisselé dans les jardins; les cadavres jonchent la terre : la rapacitç les dépouille ; ils gissent nuds sur le sol, et, (qui le croirait !) des femmes viennent repaître leur regards de ce spectacle épouvantable et les propos de la plus sale licence prophânent encore, si j'ose parler ainsi, ce théâtre de la rage et du crime.
An sein de l'Assemblée, la confusion, Fincertitude, Tanxiété étaient extrêmes. La dignité était à chaque instant méconnue.
De momens en momens des messagers sans miission, des hommes de toutes les classes, violaient les portes, entraient couverts de sueur, de sang et de poussière, prenaient la parole, donnaient des nouvelles de la bataille, distribuaient au hasard les mensonges ou les vérités selon que le courage ou la frayeur l'es animait, mêlaient à leurs discours des blasphèmes contre le roi, que TAssemblée avait la faiblesse de ne pas réprimer. Elle laissait ce malheureux prince dévorer ces outrages, les approuvait par son silence, les aggravait quelque fois par son sourire et par ses regards ironiques. Les cris extérieurs, les siflemens des balles et des boulets, qui fréquemment mal ajustés dépassaient le château et passaient au dessus de la salle, les gémissemens des blessés qui se traînaient le long de la terrasse, les derniers cris des malheureux que Ton massacrait dans le jardin et sous les murs mêmes de TAssemblée, la frayeur d'un grand nombre de députés, Taudace si-
mulée de quelques uns, le sombre silence des sénateurs Jacobins, Thomble manifestation de leur joie quand la victoire fut décidée, le morne abattement de Louis XVI, la conte^ nance impassible de là reine, sa silencieuse fierté, la tranquilité de ses regards étrangers à la crainte mais non pas au mépris, son enfant immobile sur ses genoux, sa fille, sa sœur baignées dans leurs larmes, et cédant à leur effroi à chaque détonnation, voila l'intérieur de la salle.
L'Assemblée eut bientôt sa part dans les humiliations qu'elle faisait éprouver au monarque. De prétendus ambassadeurs du peuple, venaient lui signifier que le carnage ne cesserait pas, que Tincendie ne serait pas éteint si elle ne prononçait à l'instant la déchéance ; et ce que l'on ne faisait encore que lui demander, bientôt une municipalité insolente vint le lui ordonner. Ainsi l'on pourrait dire <jue la déchéance de la législature elle même précéda celle du monarque qu'on lui prescrivait. Dès lors son autorité fiit anéantie. La puissance dispgirait devant un outrage qui n'est pas puni. Quelques Suisses poursuivis par leurs
bourreaux se réfugient dans son sein ; à peine si elle put parvenir à les sauver. Elle rend et fait publier à Finktant même un décret par le quel elle prend sous sa protection tous ces infortunés étrangers que la mort n'a point encore frappés. Ce décret est méprisé. Quatre vingt de ces malheureux sont arrêtés, conduits à la maison commune, et massacrés sous ses fenêtres. On les poursuit jusques dans les maisons où la pitié leur accorde un azile. Un habit rouge et le nom de Suisse sont des crimes iirémissibles. On égorge jusques dans leurs loges ces pacifiques Helvétiens que le faste des seigneurs salariait pour veiller à leur
■te
porte.
Un soleil ardent embrasait cette journée. Le bronze avait cessé de gronder. Le peuple s'était débordé dans le château des Thuileries, et là se gorgeant de vin, de liqueurs et d'eau de vie, brisant sans choix les glaces, les vases précieux, les meubles dorés, errait, se perdait dans ce dédale immense, précipitait par les fenêtres dans les cours, dans les jardins, les morts contre les quels il bronchait dans son ivresse, troquait ses baillons contre les
"vétemens du luxe, remplissait les voûtes de cris de mort et de chansons grivoises, s^égarait dans les longs circuits de ce vaste palais, Toulait le long des dégrés sans trouver les issueis, et par un mélange inconcevable de justice et de férocité, pendait à Tinstant même le filou qu^il surprenait chargé de quelques vaisselles ou de quelques bijoux. La flamme continuait à dévorer les casernes et les différentes baraques que Ton voyait alors le long de la place du carousel. On écrivait déjà en signe de victoire 10 Août^ partout ou les boulets avaient dégradé la façade du palais, Sur toute la longueur de la galerie qui tient depuis le pavillon de flore jusqu'au jardin de rinfante, toutes les glaces des fenêtres étaient fracassées par la mousqueterie. Depuis la fin de la bataille jusqu'à la nuit ce ne fut sur le quai de la rive droite de la Seine qu'une procession continuelle de^porte faix, de charbonniers, de çrocheteurs, innondés de sueur, couverts de poussière, teints de sang, presque nuds, portant, sur leurs épaules, ou conduis-r ant sur des brancards, ou traînant sur des charettes, des blessés, des mourants, des morts à
travers Timmense foule de peuple que 'Son avide curiosité retenait sur ce quai dans une étendue de deux lieues. Pendant ce temps TAssemblée législative prononçait par un décret la suspension du roi, et convoquait une Convention Nationale. Elle fit porter sur le champ ce décret aux insurgés dont la majeure partie était encore devant le château, et ils commencèrent à souffrir que Ton travaillât à éteindre Tincendie. Mais la nouvelle commune, qui dans un seul jour était montée au premier degré du despotisme, s'indignait déjà de ce qu'au mépris de ses ordres, les législateurs eussent prononcé la suspension au lieu de la déchéance, et laissait pressentir sa vengeance. Quant à l'infortuné souverain on le prit sans pitié pour témoin de toutes ces demandes, de toutes ces pétitions, de toutes ces récriminations, qui n'avaient que lui pour objet. On laissa cette multitude d'hommes sanguinaires, s'enorgueillir en sa présence d'avoir incendié son palais, brisé ses meubles les plus intimes, violé ses papiers les plus secrets, massacré ses défenseurs ; et pour comble d'indignité, l'indiférence l'oublia près de deux jours dam
cette tribune de journalistes ou l'Assemblée l'avait relégué. Ce ne fut que le lendemain qu'elle songea à lui assigner le Luxembourg pour retraite ; mais la commune ne sanctionna pas ce vœu; elle voulut qu'il eut le Temple pour prison ; et la législature, désormais souveraine impuissante, n'osant pas persister dans sa volonté, rendit le décret d'incarcération que lui dicta Torgueilleuse municipalité.
U-est un fait, dont je ne garantis pas Tautenticité, par ce que je 131'en ai été informé que par oui dire, mais que je ne consigne ici que parce qu'il a quelque rapport à la crainte que la retraite du roi à TAssemble législative avait inspirée aux chefs de Tinsurrection du 10 Août, Quand son incarcération fut décrétée, ils ne purent se dissimuler le sort qui Fattendait, Ils prévirent que la convention qui s'assemblerait bientôt procéderait, soit d'une manière, soit d'une autre à son procès. L'issue de ce procès était douteuse. Serait-il condamné? serait-il absous? dans l'une on dans l'autre hypothèse le danger était égal pour eux. Condanmé, ils prévoyaient que la nation revenue dans la suite à des opinions plus calmes et plus
sensées, ne manquerait pas d^imputer sa mort aux chefs bien connus de la faction du lO Août; et qu^elles suites pourrait avoir cette opinion? Tout au moins Texécration générale. Absous, leur perte était plus assurée en— core, et certes' il ne pouvaient se flatter de trouver alors je ne dis pas des défenseurs, mais même des amis pour les plaindre. ^ C'était donc une imprudence d^attendre Tévene— ment. Il falait ainsi le prévenir par un crim^ qui commis dans Tombre pût en dérober lei^ véritables auteurs au ressentiment des contem— porains et à Tindignation de l'avenir. Il falait choisir ceux que Ton chargerait de son exécution dans une classe assez basse et assez odieuse pour n^avoir point de soutiens s'ils étaient découverts, et pouvoir les démentir s'ils accusaient ceux qui les auraient incités à commettre ce crime. Avant que le temple, ou pour mieux dire la tour du temple eut été disposée pour y recevoir la famille royale, le roi avait été déposé dans une chambre du couvent des feuillans, dont les batimens touchaient presque à la salle de TAssemblée législative. Un escalier obscur descendait de
cette salle au rèz de chaussée, et C' était par là que le roi devait nécessairement passer lorsqu'il serait conduit à la tour. On prétend donc qu'ils insinuèrent à quelques uns de ces Marseillais les moins instruits et par conséquent les plus fanatiques et les plus exaspérés que ce serait un grand triomphe pour la liberté si Louis XVI . ne survivait pas au dernier événement. Que selon toute apparence on ne renvoyait au temple que dans Tintention de le sauver, et que si ce malheur arrivait tous les patriotes seraient perdus. Ils furent bien assez adroits sans doute pour ne pas se commettre jusqu'à leur commander le crime qu'ils désiraient. Mais ils leur firent concevoir d'une manière détournée que ce serait un graiid titre de gloire pour ceux qui rendraient à la France le service de la délivrer de scxa ennemi. On sait combien il est facile d'égarer les imaginations ardentes quand elles sont en proie au fanatisme politique, non moins cruel que le fanatisme religieux. Quelques uns de ces malheureux résolurent donc de s'embusquer dans cet escalier obscur, et de frapper le roi à l'instant ou il descendrait pour se. rendra
à la voiture qui devait le conduire au temple^ \Jn membre de T Assemblée législative quelquesheures avant le départ du roi passa par ha* zard par cet escalier. Ces hommes y étaient déjà* Quelques propos qu'il leur entendit tenir éveillèrent ses soupçons. Il remonta et communiqua ses craintes au capitaine de la garde. Quelques précautions furent prises.
Ces hommes furent tirés de leur embuscade.
On se contenta de les chasser. L'on eut dû les arrêter, mais l'on était déjà si loin des vrais principes de Tordre public. Quoiqu'il en soit, voila l'anecdote telle qu'on me l'a racontée; mais je le répète, je ne la garantis pas, quoi que je la tienne d'une personne digne de foi à tous égards ; mais dans ces grandes secousses, les têtes en général sont tellement travaillées par des affections diverses, que l'on n'est pas même certain de la réalité de ce que l'on
a vu.
La nuit ne refroidit pas l'exaspération populaire. Le lendemain dès six heures du matin les rues étaient remplies de peuple. Tout Iç monde était patriote, ou tout le monde voulait le paraître. Les environs de Paris né four-
LA RÉVOLUTION FRAITÇAISE. 305
nirent point ass^z de lauriers ni de feuilles de chêne potir couronner les Marseillais, Vérita* ble jour de bâccanales^ ou tous les litres de gloire furent deshonorés. Ce jour là toutes les statues des rois furent brisées. Louis XIII. Louis XIV. Louis XV. descendirent de leurs piédestaux, et le bronze fut envoyé aux fonderies des canons. Une sorte de pudeur réserva la chute de la statue d'Henri IV. pour la dernière, mais enfin elle partagea le sort de ses sœurs. Paris avait parlé* Presque toutes les provinces applaudirent; servilité dont les exemples se sont répétés vingt fois pendant la révolution. Rouen fut la seule ville qui témoigna du caractère. Elle s'indigna du traitement que Ton faisait éprouver au roi. Les autorités répétèrent le serment qu'elles avaient précèdement prêté à la constiti}|tion. Mr. de Liancourt soutint cet esprit pendant quelque temps ; mais soit inconstance^ soit crainte de Favenir, loit que les agens des dominateurs du jour fussent parvenus à décevoir Tesprit du peuple, Rouen ploya sa tète sous le joug ; et si elle U^imita point Paris dans ses excès du moijis elle cessa de les blâmer.
506 mSTOIR» DES FACTIQNS DR.
Leâ arbiéçs n'eehàppèrcnt point à la cor^^ ruptioti que les Jâc$i3bih8 faisaient répandre péftcwt le it>yaiime. Lebrs ageris se glissaient par tout. La liberté^ Tintérêt de la liberté, la conservation de la liberté étaient le texte l^anal <le tous leurs discours. Ce ncmi sacré était un pi^e ou la foule ign<Nrante se laissait prendre sans défiance comme sans précaution.
Il semblait qu'un esprit invisible ôtât à tous les français la faculté d'arriacher le bcmdeau qui les empêchait d'iappercevoir le iionteux eitelavage soAs le quel ils étaient assujétis. Les vrai amis de là liberté rougissaient du de- ^spotismc qu'une âûsérable poignée â*hommefl gerçait; mais leur Voix était surtout ledontée. ïk n'avaient à choisir qu'entft te siléttce on la mort, et jamais les hommes libres ne èouieurent plus de .dangers que daus le temps ou tout se ffOBmt au nom de la tibsrtéi Dans lès premiers instans la nouvelle de Tinn surrection de Paris indigna l'armée. Im ^ÇaLjrette voulut tue^tre à profit ce prcfmi^ mouvement. L'Assemblée le prévit. Elle hâ déjHita trois, commissaires, ce farefnt Kersèint» Antonelle, Peraldi. Leur jxnsaion était dé&
çgte. Il est difficile à trois hommes quanc) 1;^
|HM39^ce (de rppimon ne les seconde paj^ d^eo
împQiier à un général sQutenu par celle de soq.
ftmiée. La Fayette débuta par un coup de
force, il fit arrêter les trois copxmissaires à leur
arrivée. L^épée était tirée ; il falait jetter ]t^
fourreau^ Si La Fayetjte eût marché vers Pa^
n»9 las factieui: rentrai^^ d^^ns la poussier»;
l'AsiHsmblêe législative recouvrait son indé^
p^ldance ; le roi sa puissance constitutionnelle ;
}es JsMpobins étaient anéantis; tout r^itrait dans
iVdre, ^ la liberté était isauvée. Soit faute
de résolution) soit par cette &talité qui pendr
tJElit plusieurs années encore devait mettœ
pliKstaMcle à tout ce qui pouvait mettre un frduei
KQK e^Lcès, il ne Tosa pas et se perdit quand ii
pouvait tout oser. L'ignorante et foible vieil^
Iflsse deLuckner objet de dérision pour Farmée
de la mozeUct qu'il voulait commander sans se
dflRil€9r la peine de s'ien faiœ x^éir, ne qompfît
jpas ce que La Fayette essaya de lui dire sur
les naiix de la patrie. DiUon au camp de
Maulde Tentendâit à m^veiUe, mais Dumoo*
liet» croyant. Theure de la réconciliation ax<
livée ppitr lui, eoxpèeha Dîlkm de suivre un^
308 HISTOIRE DBS tAeTIONS DB
parti qu'il fut bientôt forcé d'embrasser pour lui même, et menaçant La Fayette de mar^ cher contre lui devint pour un moment ridok des Jacobins. Ainsi pour n'avoir pas su saisit Toccasâon, La Fayette vit l'ardeur de m armée insensiblement se refroidir. Elle s'a-* larma en se voyant en opposition avec les autres armées. Les discours, les insinuations»
lès calomnies des agens Jacobins furent de jour en jour plus écoutées. La Fayettei se trouva bientôt seul, et n'eut plus de ressourcés que la fuite. Il part ; la Tour Maubourg, Alexandre Lameth, Bureau dé Pusy, et quelques aided de camp le suivent. Les frontières ' sent franchies. Au bout de quelques lieues ib sont arrêtés. On les charge de fers. . Ils MH^ conduits danis des prisons lointaines r^t la piitf sainte des vertus parmi les nations civiEtéeSf l'hospitalité, est indignement violée par céuk même qui déclamaient sans cesse alors 4xmtr^ ia démoralisation de la France. "* ^ -' O i^
: La fuite de La Fayette fut un trkxmf^^ pour les Jacobins. Le calme cependant -^^ renaissait point encore dans Paris. La graad^ masse du peuple ressentait peu d'indignatio^
LA RÉVOiUTION tRAVÇAlS^. 309
des excès du 10 Août. / Ce jour se présentait à sa pensée bien plus sous Taspect d'un jour de! victoire que sous celui d*un jour de révolte. On Favait tellement égaré qu'il prenait de bonne foi la démence à la quelle il s'était livré pour un véritable amour de la gloire.
Mais bientôt ses yeux vont être désillés. Le erime.va se montrer dans toute son horriblç nudité. Ce jour horrible approche. ; La stupé&ction s'emparera du peuple. On le croira ràlme ; il ne sera que silentieux.
: En attendant ce jour exécrable, Paris n'é* tait qu'un théâtre de jongleries. L'une dès plus ridicules sans doute^ fut la pompe fimèbre des Marseillais, tués le 10 Août. Elle eut lieu aux flambeaux. Que Von se représente, s'il se peut, une longue procession de cercueils^ portés par des charbonniers, des portefaix, des débardeurs, des bateUers, des maçons, que aais-je ? affublés de leur sales chapeaux somptueusement ornés de crêpes et de rubans noirs; escortés par une file de vagabonds armés de piques; et d'espaces en espaces éclairés par des torcbes de résine iiifecte. Le long des rues, de vieux candélabres à moitié brisés, à moitié
âlO tftftïOI&£ SEB FACTIONS BÉ
VërnicHilitô» antiques ve^^és du tournois dé Mougommery, exhalans dans les airs le 9uavt ettùM du godron emlnrasé, et menaçant les ÉiAisotls contre les quelles ils sont appujés d'une ihcendie dont Tepisode heureux eut ajouté âon illuitûnation patriotique à cette pompe auguste; daâs les carefoùr^^ de mo^ demes Péricléiy ici sur dâ tiraiteaux, {4us loin sur des batiques, ailleurs sur le sonunet des bornes, mugissant le$ éloges des Uimtn» déf funts que n'égalèrent jamais^ si Ton en croit ces véticfiqués orateurs^ les minces héros du tdéUi Pélôpcmése. Cependant dé s^tations «i stations ati(x portes des cabarets, le patibukîfe cortège, ouvert et ifermé par des honmies d'eh ptârioiisme éprouvé, vîgoiareUx et solide^ àidOBA^ ant le gï%tcièuât fa itHf le touchs^t ma: arma titoyen$^ et tnaicbant en cad^cè asm mélo!^ dieux accords des orchestrés de la Courtillê^ s^avaJëieâit gtaveiniïM; vêts la fidnédse é^ise des ct^ehëi»^ ^' franchissant le futteqa* portail s'enfonçait leftteACtat dai^ la téaé^ breusë pr<^<Hidetir de la nef /enïomée» lia gîssait, dans le demi atonée, & seotkai {wf ie»:eUéboe. Cbaocte ««eueîlis^ilitétak devaÉt
tA EiV0L?T10Sr fR'Al^^ÀIS^. 511-
Tautel du président." Les derniers àdieàx étaient donnés au noble trépassé; et !é ca4 davre alors, libre à la fin d'honneurs, était jétté avec ses compagncms dans une chàrette, ei s^en allait sans façon attendre à Clàin^ard le jouir de la résurrection de la ctiàif • De lèui^ coté, les acteurs du deuil retournant tnste^ ment à leurs faubourgs, en méditant sur la fragilité de la gldre, allaient boire leurs 40 souy, Vennivrer en Thonneur du midi, et «'endormir dans le rêve si doux de la souveraineté populaire.
Itobespierre réparut. Le danger était passé.
Phénomàne inconcevable! que Ton n'avait pdkiït vu, que Ton liê reverra jllus. Robespierre est le seul lâche que depuis douze cents ans les français ay^t pu voir sans édater de rire. Il fut à la comnmne ^ifantée par le 10 Aoftt. Les accJaibatioQS ràccu^Hirent. Le sénat de la grève le 'salua protecteur de la patrie. Humîde encore du séjôiu* qu'il a fait dans sa cave tatétaire, M. le Protecteur reçoit en souverain ces hommages flatteurs, parie en maitre à ôéttJe feôujr insolente, et ^s'étonne que déjà le 6»fig né <3^e plus. <S^est le Bèltébuth d«
ilit HI8T0IAS DS8 FAGTI0S8 DE
Milton haranguant son armée./ Le conseil executif avait été nommé. Roland, Clavières, Servant, avaient étérapellés au ministère, et Panton y étsût monté. A Texception du dernier, tout le reste était d*un foible patriotisme à en croire Robespierre. Ainsi le voulait sa politique^ Un nain passe pour un hercule s'il s'entourre de pigmées. Il se présente à TAs* semblée légidatiye. Ses municipaux le sui« vent. Il s'indigne de ce qu'aucune victime n'ait encore été égorgée sur la tombe des héros qu'a moissonnés le 10 Août. Il ne suffit pas, selon lui, de frapper les conspirateurs dont les attentat» ont nécessité ce terrible jour. U fàxA encore frapper les conspirateurs de toutes les époques. Il faut du sang à la vengetuice du peuple, ou le peuple se vengera lui même . par des crimes nouveaux. U faut une juris* prudence nouvelle, et des juges vierges -tpour Texercer. L'Assemblée frappée de litupeiir ft l'aspect de tant d*audace ne sut qu'obéin La Gironde seule conserva son énergie. Elle arr ' racha, si j'ose le dire, ^ à la pointe de l'épée, la conservation de l'institution du juri dans l£^ forma^pn de ce premier tribunal de s«og«
ha^ RÊroiuTioN^ rafeifÇAisB. SIS
U fut orgimisé tùissitôt qtle ccéé^ tant était pcMgnabte la hâte d'égorger; Robespierre ea iut nomfhé Président. Il refusa; sa philan^ tropie» disait«-il, répugnait à cet emjploi. Oh ne s^est jainais moqué avec plus d'knpudeur des imbéciUes humains. Les égorgem«is judiciaires commencent. La Porte intendant de la' liste civile» Durosoi fôible poëte, journaliste extravagant, mais royaliste de bonne foi, pé-^ rissent. D'Affîri et Montmorrin échappent ; et tel est le sort des juges qu'ils pleurent quand ils condamnent, et frémissent <)uand ils ab.
servent.
Chaque jour des vautours nouveaux fondaient sur Paris. Le pressentiment du carnage les app^lkdt. Marat, Billaud Y arennes^ GoUot d-Herbois, se grouppèrent autour der Robe« spierre. Vincent, Chaumet, Lazouski; Hébert, Le Gendre,^ Léonard Bourdon, Bourdon .de r.Qise, Carrier, Jacques Roux, Jos^h Lebon, étaient accourus. Danton ne voyait en eux que les instrumens. dé sa gloire ; encore un en, ib seront ceux de son suplice. Ils .ressema blent à ces loups qui suivent un coursier court, ant sur le verglas. S'il tombe, ÏU le dévorent
8Î4 utnroratrtis-TAelttioT^fÊL^m
D'Orlésnt çHÎWéi^pàb-deuk'aiia'T repéra mÈaâ: .tûfvA % \cGixpi m^^ lesK 'derniers
naatgMé, Il Q^a-.pbuit k fdrtube de Robeipîerrei Salâcheté n-ett|)a8 iinviilnérabSe. Maki que dîa^e ? . JLàcbelé ! tl'o'eèb point d'épciqtle pecit^ ètrer mi le. coun^el inc&ndad' ser scôt' hnHibé mfxt pinÀ. ^Féùergie, ' et par. oin iiicoiiceraU6 ccMitcafite. oà lalâchstê ait été pliii g^iéfftk Qocâ despluB lâd» cfi» cette Ârtaioblée lé^ gisbiive qui perdanlt<«rt à coi^ie 6ei>émeiit de sa dignité, de sa pmsinnicey et de 86» de^ vQtfs^ iofaéit <fi tremMant à mœ coimmuié ki^ solente dont elle connoit tous les criméa pré^ seû et devine teus ils» crimes ftikiirs l - wieélù ce pas Jâcfaeté à duq c^nts IniUe halnta» de Pans peBfc^tre/deiaisser une poignée de km^ gandâ violer dans une seule nuit tous les d<mm ctiea^ en.ânadier des milHars .de malhemreiBi pour Jes entasser dans des cachots, et de se con^itf;er de ^mîrjqnmid ik devraient itodfer» Ëtxesx:li^ de tM)njurés ^si reaiaiquables fàS Inurjondaee^ ces ^municipaux â arMjgans dam leass::œféts de firoseriptioii, «foh-on que ee fot^kna kfor Min que le eoiurage se flft lé^ fiiigié ?* )(cm, o'éCait4à qike la lâpheti était Ja
ait une autre que lç$ itan(;«âs Jt^oht j«m«îs: txsm nuey là Ikckeik qui fait redouter les ri^ombats; JLe territoire français état envahi* Longtii avak ouyert wsnporte*. Stenay était prist Et ia ment lié Baui^spaire n'àyak pu ccbisèrver Veddu». T<M» les -artisans eu IQ iAoât i^pré^ Voyaâebt le : sort 'qui leur était: réservé . si ièk lënnemis.arriyatent àPans, et ne se dissimii^ iaient pas la multitude de TCtt^ quiVempnsi^ rait de lesindiquer du glaive de la vmigeonoe; C^étak ûonc la piua basse ées iâdietés^^qui leur conseillait les aassucies int^euts, ^ponr te délivrer d^abord de leurs déncmcîattoii ttaturdb^.et teur 'faisait coiicevonr^ThM^ eisipémnce d'épeuvasntarlea ennemis eiœméma par cettse: résolutîoii désesp^ée, el de lesUbiioar peul-être à suspebdt^ l«ir maisofae dm» la -crainte d'expos€|r : oeftte malheafeusé xsté 4 4m mœsaère général Cette lâcheté était renaisiqpmble aiots'dans toiites ^ gvanédi /nwsiW "de la popvlaûbn de Paris, etcjie viens^^e^jà pdndréi tdki quelle était; Ëtte paraîtra iiNi phénomène à qui conxpié ooKmait leifearadèi^ français. Etdai^iéjiirai^Ileiui estwi^^
316 flXST0tft£^X>S8 FAeTtOKS J>V
gère que a'û était 'pÔMÎble d'établir un calcul exact enjEnatiéré semblable^ on verrait que sur ma cents miUe citoyens envircm qui à cette époques composaient la population dePàiis, trois cents miUe peut^tre périrent glorieusement depuis sur lés champs dé bataille; que les deux tiers àé» membres de cette AssemUée lé^dative portèrent leurs tètes sur rechafsrod et moururent avec la fermeté des i héros, et qu'enfin mèine parmi cette foule dliommes de sang, que l'indignation du monde accable du nom de Septembriseurs, et que leinrs crimes conduisirent à la mort, presque tous ia reçu* rent avec une audace que Lacédémone^ eut déifiée. La masse nationale et le»prâ{^de paris surtout, éprcmvait alors une iréritaUe maladie, une véril^ble démence; de là ces I3uances momentanées et si tranchantes danf son caractère habituel. On peut I0 comparer à ce malade que dévore une fièvre ardente, qu'un ^ain phantûme enfanté par le déliie fait fuir de son lit/ et qui franchit avec témérité d'un sixième étage dansla rue, quand il est sur que sa chute va lui donnerlà mort.
croissait de jour en jour. Elle avait été tèmom de cette nuit sinistre^ ou tous les domw cites avaient été violés par Tordre de la com-^ mune ; elle savait que dans cette nuit les prisons avaient englouti des milliers de citoyens» de tous les âges, de toutes les classes, de toua les sexes, de tous les départemens, et ce qui est assez extraordinaire, de toutes les opnicms* Ces municipaux s'arrogeaient une dénomination nouvelle ; ils s'intitulaient les députés de la commune de Paris ; et ce titre, aussi insolent qu'illusoire, puisque la commune de Paris était représentée ainsi que toutes les com* munes du royaume à TAssemblée législative, aurait dû suffire aux législateurs pour les avertir de réprimer Taudace d'un semblable titre qui, non seulement blessait tous les principes; mais renversait toutes les idées de la liierarchie sociale. De quel droit en effet les municipaux d'une seule cité se permettaiaitils d'opprimer,^ d'arrêter, d'incarcérer une multitude de français indépêndans de leuir autorité. pui«iv'U. appartenaient à de, dépan». inep3 étrangers. Les renvoyer chez eux, â elle lei croyait nuisibles à la tranquilité pu-
318 HUTOIRB DES 74CTI0NS DB
blique, vcnla où jse IxMDiait Tautôrité de cettc^ municipalité* Cette idée si simple ne s*offîri pas à rAssembléé, législative. Elle se montre atterrée par la frayeur Incapable de punir^ elle nVut pas même la di^té du silence, f^e invita bénignément la commune à mettre de la circoni^pectîon dans les arrestations ; et frémissant tout bas du sort d'une foule de détenus, à qui la justice autant que la rsdscMi, Je véritable patriotisme autant que Thumanité, le respect pour la liberté autant que le respect pour rinnocence» la portaient à prendre in« térêt^ au lieu d^^rdonner qu'a Tinstant même^ les prisons ftistent ouve^rtes, elle poussa sa coupable âtiblesse jusqu^a faire intercéder suy^ près de cette commune pcmr tels ou tels incli« vidus arrêtés, et but Tignominie d^éprouver un îefiis. Un outrage plus sanglant encore suivit de près celui-ci.
Les massacres se préparaient. On n'm âuitsait presque plus un mystère. C'était chesi le minîstre de la justice» chez Danton qin^ Tafiaire se traitait en grand, et que les listjes de proscription se dressaient Les détails Mot nmwfés à tm comité particulier composé
LA RETOXUTIOK. FRANÇAISE 319
de Marat, de Robespierre, de Billaud Vareiw uUy de Cbllot d'Herbois, C^fest là que 3'orr ganiseat les légipns des bourreau:^, que leâ rangs sont assigné», les poatQs dbtiibuési les mbb de rallimeat cdnvenuf^y.leèi salaires ûxés. C'est aussi là que les inquiétudes des épouses, dej^ mères, . des filles des . proscrits viennent faire anti chambre ; que Y on attend à hjàt entrée, à leur sortie, à. leur passage ces mi* mstres de la mort, pour obtenir d*eux uii' passeport pour retourner à la yie« Ils con« naissent aussi Veau bénite de cour. lU pro^ mettent quelquefois. Mde. de St. Ph . . . s*a« dresse à BUlaud de Varennes^ £lle ^licite Télargissçment de son père. Il a été axrêté pendant la nuit fameuse. Quatre heures après il a été frappé d'apoplexie ; il se meurt.— Attendez lui dit froidement Billaud. Je vais en . parler. Il entre. Cette femme infortunée eiH la constance de rester cinq heures^ Foreyie collée à la porte du comité* Le nom de son père ne fut pas même prononcé. U mourut avant les massacres, mais mourut en prison. ^ i Le jour approche. La commune intime seA ordres à la légblatoiie. . Quek]ue8.j(mttûdiî
SâO HISTQIEE B£8 FACTIONS D£
paux arrivent à la barre. ** Q^e faites vous?^ dit Torateury ^^ le descendant de Louis XI^ ** vit encore. Sans nous la patrie serait per- ^ due. Nous ne sommes pas des factieux ^^ comme on cherche à le faire croire. Va ^^ million d^hommes à sanctionné ce que nous ^ avons fait. Nous avons arrêté les cou* •* spirâteurs et les prêtres perturbateurs ; nous ^ avons chassé les moines et les religieusesy *^ leurs maisons nous sont nécessaires ; nous *^ avons proscrit les journaux incendiaires.
^^ Nous avons fait des visites domiciliaires, et ^^ nous avons saisi toutes les armes. Voila ce ^^ que nous zvoas fait, et nous nous en glori- ** fions. Dira-t-on que nous n^avons pas re- ^^ specté là liberté? Est-il un bon cijtoyen qui ^^ puisse se plaindre ? Législateurs ! il faut ^^ que le sol de la liberté soit purgé de tous ^ ses ennemis. Vous nous avez entendus.
^ Nous sommes là, prononcez. Les hommes du 10 'Août ne veulent obéir qu'à la volonté du peuple/' Tel fut à peu près le discours de cette députation. La pâleur était sur tous les fronts. Le. Président allait essayer de trâdbutiar ime réponse. Des cris extérieurs s*
ce
font entendre. La salle est forcée. L'Assemblée avait souffert une semblable insulte le 20 Juin. Elle n^avait plus le droit de s^en plaindre. Les vociférations des tribunes se mêlent aux imprécations dés brigands. Ces hommes redemandent à grands cris les députes de la commune. Ils accusent les législateurs d'être capables d'attenter à leur vie. Et r Assemblée dévora sans mot dire un aussi .cruel affront ! Elle ne vengea pas à Theure même la dignité nationale si indignement outragée en sa personne ! Qu'aurait elle pu faire ? dira-t-on. Décréter à l'instant d'accusation cette municipalité factieuse. Appel- 1er autour d'elle tous les bons citoyens. En -moins d'une heure elle eut eu cent mille hommes. Plus du double peut-être rongeait le frein en rugissant. Que leur manquait-il ? Un point de ralliement. ; Dû caractère dans r Assemblée : la liberté était sauvée. Un seul homme osa ce que l'Assemblée n'osa pas.
Manuel, le procureur sindic de la commune, arrive. Il s'indigne de tant d'insolence. Il chasse, c'est le mot, il chassé cette tourbe'* L'Assemblée est délivrée ; elle ae sêpai^«
S32 HISTOIRE DES FACTIONS Dfi
Ijb lendemain c'est le 2 Septembre. Le S Septembre ! Je l'ai vu ! Puisse la France nt le revoir jamais*
Un arrêté de la commune tapissait 1» rm.
Il est en dix articles. Il commence pur os mots : Aux armes ! citoyens. ...
Il est partout. Tous les yeux le lisent. Tous les cœurs frémissent :
^^ La patrie est en danger. Les easïtaà ^ sont à nos portes. Les barrières seront à ^ rinstant fermées. Tous les chevaux senmt ^ s^siis dans le jour. Tous les citoyeâH se ^ tiendront prêts à marcher. Tous les h<»Bis€i ^ su£^cts seront désarmés. Le canon dV* ^ larme sera ùré à Finstant. La génénriê ^^ sera battue dans tout Paris pour «mmetf ** aux citoyens les dangers de la patrie. UM' ^^ semblée nationale, et le pouvoir exécuta " seront prevtenus de cet wdre T
Cétor<ke! La commune régne ; cette phrase le prouve.
iy^èêt un diman<^. Le ciel est béas.
Toutëd h» maisém sont désertes. Ce fl^eit point le délaâ9^nent chéri des Farisiens, le désir dé la pfomœade qui le» dépeu^. Cerf;
LÀ RÉtOLUTIÔN fRÂîff AlâE; Èéê
Hnqméttidèj c*ést Tanxieté, tè sont les sn^ gtnéies. ^dûs lerf fronts èbtit paies, lèi ^eiix incertains, les bouchés sîlentiéusès. Tout lé tnoîide brûlô de savoir, personne n'interroge; Wi marche, on se rencontre, on ne s'aperçoit Ms. CeSt un jouir de nïort; Vkgotié ési îctaîftunè pour tout le monde.
Il est déjà dix heures. Depuis plus dé dëtii Itêtirés, lès lé^slatëifrs avaient commencé à se !*èÊ(dfe dans leur sàllé. Pas plus que le public^ tlir h^êtaiènt înâtrtiits de ce que là fiirouché Jcrfnmurte préparait. Comme tout le monde, 3é avaient le pressentiment dé la mort ; màié éétte mort, par où fondrait elle snt cette mal-i bèdifeuée cité ? Leurs yeux avaient été frappés
fit Wik dé Fàrrêté de la comnlune. Atf lieii
^ fe faire lacérer à F instant, ïh se bornèrent
i dé vàihés côùjectures, dont' lé résultat était
feujoùrs dé cf àindre et de gémir. La postérité
fé cjp6îrà-t-élle ? Dans peu d'hetii^és le masséii
fcfè ta s'étendre sut Funé dès plus grandes
ftfétrôpbies du monde; le san^ va ruisselèif
âfauÉl toutes les rueis ; et là première autorité
êe là Ff ahce, celle qui gouverne enfin, puisque
K ftr^aitléf ^àt' sùôjpendue*, dette aatorité, 4oi^
je, voit lâchement s^approcher cette épouventable calamité ; aucuns ordres ne sont donnés ; aucunes mesures ne sont prises ; ils sont les représentans de ce peftple que Ton va massacrer, et ne se souviennent pas qu^ils doivent aussi en être les défenseurs. On ne peut s'empêcher d'être indigné d'une semblable pusillanimité.
Mais que risquaient ils donc? Je le demande encore. L'agitation que Paris éproi^ yait dans la matinée du 2 Septembre^ avait un caractère bien différent de celle du 10 Août 1^ 10 Août, les factieux avaient tellement fasciné l'esprit dn peuple, que le peuple ne croyait obéir qu*à sa propre volonté ; il attar quait, il renversait Louis XVI. parce qu'il se croyait certain que Louis XVI. l'avait trahi. Erreur fatale sans doute ; mais on ne pouvait nier qu'il n'imprimât tout le caractère de sa puissance au mouvement terrible où cette er« reur l'emportait; et certes alors je conçoit qu'il y aurait eu quelque danger au corps même le plus éminent de l'Etat de se mettrai en opposition avec cette volonté. Mais le 3 Septembre, qu'elle différence dans le carao*
tère de Tagitation populaire ! , Ce n'était plus un peuple qui se présentait en souverain, c^é-* tait un peuple flagejlé par la terreur, qui sans boussole, sans gouvernail, sans pilote, cher* chait un port pour se mettre à Tabri de Torage dont il se voyait menacé. Le 10 Août, les chefs factieux lui avaient tout dit ; le 2 Septembre on conçoit aisément qulls lui avaient tout caché. Que risquait donc TAssemblêe législative? Peu de jours auparavant Forateur de la commune, en paroissant à la barre, n^avait-il pas eu même Tinsolente indiscrétion de se vanter que toutes les sectkms de Paris, celle des Lombards entr^autres, ne partage* aient pas lés opinions de la commune. Un sexà mot de TAssemblèe législative, prononcé dans cette matinée d'incertitude, eût rassem«» blé autour d'elle la population presque toute entière ; un seul mot eut donc sauvé la vie à vingt mille personnes. Mais quoi ? dira-t-on, vouliez-»vous qu'elle donnât le signal de la guerre civile? Que dites vous, la guerre civile? £Lst ce donc la guerre civile, que de.
repousser, que de chasser, que d'écraser lesi
M^f^^ m^ viennent; ypiw ro^wprer Î E*at K e^t^îlf fr^nf ^i^ les o^^a^ins du 2 Septem^ 1 ^ré ? Ah l ^e fai|:es p^ Y^fffont ^ la fxmx^ ^p le suppftaen
(ja s^^q^ ^^quyre. Jl p^t midi* DautOR parait. Pu l^ sait:, ç'eiit Iç ministre d» 1»
jus^ipe.. C'^t^ vin meffibre du ppuvflir »fe ç^t^f ; il np dwRÎt !«çeiypir d'ordre* que dû V4^P^I^1^^ légiâiatiyi^ ; il vit^nt lui dpQ»ef Iç^ ffâ^ns. - • Vous alle;f eypitendre le cauon dit? \h Cg n'est pas le canota d'Anne. Ceatk ^igadA du pa^ de cbëtfge sur uoi^ eunemU.
^^ Quf iwtril ppui; les vaiupre, pour les attéte;] *' Çl^ Taud^ce, encore de l'audace, toujau»
M de Taudace/' Qui n'« pas connu Ciantoni qui n'a p^ y^ ^ laideur repoussante» èm-i gique, expres»Y« ; qui n'a jainais examiné ses gestes vigoureux, e^^aspérés, et gigantesquisit ne afi fera pas d'idée de rimpx^ssioa terriUô Que ce peu de pptots fit sur FAssemhléeu £Ue le laissa sojgtir sans lui répondsfw U fallait k (ie^tituer^ k £iire asrèter et le mettre ^ jugement- ^n insojience le méritaitt Mais la peur .ayiHt Tâme^ . U y. a pçu da joqw
LA BivOlUTION FRANÇAI&X. 32T
^cie TAssemblée n'a pas frémi de détrâmer un roî ; aujourd'hui elle n*oise briser tm ministre qu'elle même à nc»nmé.
A deux heures le canon d'alaxne tire. Ce Ait alors que la terreur devint géaéraleti plaque toa, les citovems se ren(fa«nt à leor section, s'y croyant plus ep sûreté <pi6 danâ leurs maisons. Ce fut alors ausffl que Boire^ spîerre^ Marat, et Collot d'Herbois hai^gué* rent les assasins ek leur donnèrent leurs^del3Di« ères instructions. On Icqr prodigua les fi^ ^^urs fortes, Fargent, les assignats^ ^^lu6 ^ sort de la patrie es<; entre tos matns leur dit ^^ Collot d'Herjbois ; c'est à vous à la sascver^ *^ Tandjâ que tous les eicoyemi de Parie Tonb ^ marcher aux vfronfti^es,^ ne nous laissez pas *< ki exposés aux pe^nards^ des ennemie de la ^ liberté.'^ Des cris de meit répondent à ce «Kseoups; le» assasras^ partent*
La prison des Cannes âri/ H première eà TÛ» se pertérei^. B faut se^ ra^eller le 10 lA^eât. L'Assemblée législature snrai« ren^ ttft éécrèt de déportation centre Itous les prêtres nisermentés^ q^ se tro«vaient à Pari». La eraoïmune prorfkar ayec perMie de cette eir^
constance pour envelopper tous ces prêtres dans le massacre qu^elle méditait. Peu de jours avant le 2 Septembre, sous prétexte de faire exécuter la loi elle avait fait arrêter tous les prêtres et les avait fait déposer dans le couvent des carmes rue de vaugirard, en attendant, disait elle, que les mesures pour leur déportation eussent été prises. Dans la crainte que quelques uns de ces infortunés ne lui échappassent, le 1er. Septembre elle avait fait afficher un arrêté par le quel elle ordonnait à tous les prêtres qui navaient pas été arrêtés de sortir de Pçtris. Le 3 Septembre était le terme de rigueur. Elle avait bien prévu que lé 2 ils s'empresseraient de fuir une ville qui leur était si fatale : et le 2 au matin elle fait fermer les barrières. Tous ceux qui se présentèrent pour sortir, furent saisis, et conduits aux carmes. Ainsii Tobéissance à la loi fut la cause de leur perte.
Ce fut par cette maison que les massacres commencèrent ; et le soleil A^était pas encore cottché, que déjà près de trois cents prêtres avaient cessé de vivre* A Taiprochè des. assasins, ils s'étaient réfugiés dans TËglise. Ces
LA EÊVOLCTIOl^ FRAlfÇAISB. 329f
assû£»ns les trouvèrent prosternés au pied de Fautel. Cette vue suspendit un moment. les tireurs des premiers. D^autres plus farouchea arrivent ; et le massacre est consommé. La nuit venue, des agents de la commune précédés de flambeaux, escortés par des hommes armés de piques, se répandent dans toutes les rues, et célèbrent le èowAewr de ce jour. . Des chants patriotiques succédaient à ces discours et se mêlaient dans les airs aux cris des malheureuses victimes. Ainsi les cannibales dansent autour des hommes qu'ils vont dévorer.
Le massacre des cannes n'avait été que le prologue. La tragédie ne commença qu'à neuf heures. Les prisons de Tabaye et de la force ne furent ouvertes qu'à cette heure. Les assasins s'y constituèrent en tribunal. On amenait devant eux leur victime ; et joignant riroiiie à la férocité élargissez Monsieur^ était le signal de massacrer celui à qui ces parole^ s'adressaient. Le mot. Vive la Nation^ était , également le signal de la grâce. Il fut prononcé rarement bien rarement!
raii fiantes in gurgite vasto. Que d'hommes iUuatrea, q^e d'individus chers aux armes, aux
miÔ RlfttK>IR£ BIS »AeTtQNa PB
arts, aii|L scimeas, au commerce, furent éfikeéa ëa la terra I Que de femmes respectables pai leur âge; admirées par leurs vertus ; touchaDtea par leur jeunesse et leurs grâces, périrent ésLBp etiJte mût. Je ne parb* pas du rang ni
de la nobksse ^ . * . • le rang!
ia noblesse) hélas 1 la nuit du i Septembre, ne fiit elle pas une nuit d'égalité?
^ Ces massacres durèrent pendant cinq jcnun; et ^Assemblée législative ne fit ri^^ pour les empêcher. Le nombre des iifKfbrtunés qui p^ rirent dans les {Misons, de la force et de Tabaye ne s»|Kt pas pour éteindre la soif de sang dont les assa^ins étaient dévorés.. Us se portéfent à Incdtre. Ifjïi ks voyant ainsi, encore tout coa«. verts du sang de rinqocence, aller attaquer une maison e^ dans tous les tets& Von ne rei^rm»
que tfs l^tres^ dont tes crimes ont déshonoré h vîe^ iV semblerait qu^ le plaisir de tmei^ f<tt le seul mobile qvi les conduii»t. On ne cc^afoit pas tKôp en ^fet la politique de leunr chrà dai^ cette circonstance. S^ était posiâible èfi supposap qu'alws ils dissent convaioeus: que tous les individus qu^ik avaieirt plongés dans )ës cachets, étaient des enneiafiis de la pévelii^
tg^iidis qug Jft jejjîiessQ de Fp,ri§ marchferwt IH}^ frontières, c}^ pré*çîid«s enjiemi? «fi M ppïtasseiîç à quelque extrê^ailé eoatre leqbcwmes qu'ils ^.ppellqient les p^tf io4«fi, c«i n« serait ppim èîpfliié que ^pUYerturt dim ^nsow de bic^re n'eut été au ^ombîe des «myea»
qu'Us aument prèsmn^ pauvoir être mis ea us9>ge par eu^» Alors on eut été ^lieios sur« pris, quelque rieft assurément ne puisse ei^ouseï^. un mass^re quelconque, ea eut été moins aupris, disje, de voir cette gm^de tragédie eommencer on pour mieux dire se bornai' a|l meurtre des scélérats de bic^tre; mais dé^ buter par égorger* ceux à qui ils pouvaient sup^ poser le dessein de mettre en œuvre ces so&i lér^ts, on peu^f dire que dans le crime mâmo e^est marchei^ en senà inverse de toute raisaBL Les prisonniers de Paris égorgés, il nV aiiaill
de même, si le massacre eût commencé paa^ bocètre, oi\ aurait pu dû'e qu'il n^y avait plltf de motif au massacre des prisons de Paria»
JMôûa non ; la plus in&me dea pasâdoBS^ oett» de toutes qui raisonne le moin% jâ veuK du^
la vengeance présida seule à la formation de ce plan. Ces hommes firent comme les triumvirs ; ils se cédèrent réciproquement, ils se partagèrent les proscrits que leurs haînes individuelles réclamaient; et Fon pourait dire que lorsqu'ils les eurent assouvies, le massacre de bicêtrê ne fut qu'une curée qu'ils jettérent à leurs infâmes agens, qui peut-être avaient aussi quelques ressentimens particuliers à exerçer contre les filoùx; et les voleurs. Indépendamment d'une ambition fatale qui portait les chefs de la faction à commettre tous les crimes qui pouvaient la servir, chacun . d'eux avait ses inimitiés personnelles à exercer, et voilà la véritable raison de la marche qu'ils suivirent. Avant la révolution, Danton avait été plus d*uhe fois contrarié dans ses propriétés, par les seigneurs dont elles dépendaient, et les dîfférenis procès qu'il avait eus a ce sujet, s'étaient terminés à son désavantage ; de là sa haîne contre les nobles et les parlementaires. Blarat s'était mêlé de médecine, et avait cherdié à se faire un nom dans les sciences chimiques; mais la bisârerie de ses sistêmes, l'incohérence de ses idées, avaient trouvé de
nombreux critiques et de puissants détracteurs î de là sa haine contre tous les hommes instruits^ et là protection spéciale qu'il accordait à Tignorance. Gollot d'Herbois long-temps comédien, se mêlant de littérature, presque toujours contredit dans ses succès au théâtre par cette^ classe, que dans toutes les villes on désigne sous le nom de bonne compagnie, et ayant vu^ entrautres, tous ceux qui tenaient aux opinioms; de Tancien régime tourner en ridicule son fameulL drame intitulé Le Paysan Magistrat^ qui, dans le vrai, n'était pourtant qu'une imitation de U Infante de Zamora^ ne pardonnait pas les humiliations que ses revers scéniques et dramatiques lui avaient fait éprouver; et il avait à venger les doubles ressentimens de comédien et de poëte ; de là sa haine contre toute la société élevée. Robespierre avait débuté par une petitesse malheureusement trop commune dans la bourgeoisie ; je veux dire la manie de marcher de pair avec la noblesse.
Cela lui avait passablement réussi dans ses provinces flamandes, ou les plaisirs de la table rendent les hommes opulents un peu moins déhcats qu'ailleurs sur le choix des sociétés.
0§Uéé que Robe^t^e kiUh rUèé àVàiém efîàê sôii of|;iiétI, et ^tiàiiâ il vint à Paris 3 ^ croyait ùïi ëôMÉâtè àti^êriëht; iB{»â ici,- 1^ gtmâs éMiéiit p\\i§ fië^ et lë goût plias diffiéâ«. R(ïb6s|)i<^é lié ptit âêtbrer l'ëfrénf dé âé \^f rrâiïéttfëà ^ pltkëë^ et de sehte^ le féà âë ««sf qnë Véti faisait de éés tâlëhs féhtéiiâhai Aristôéj^te pM ptiiiéïpê^ èë ^t §à tatôté bilés^ ^til le jëttâ âiM le i>dfti dêinéèf ttfiii|itlë. Mots f^pi/k d'irîtiigùé suppléa à ïà MM . àôL tlléât i i^mi pdu^aiit àé faire àdiîiife^ il rétiësità àé Mïé^YûMté. Mais il ii'éli est pas moinâ vrai qoe toutes le» fois qu'il ap* petieevaif un xù&jeti dé Se racfdclaér aux graftdsi il fesaîàisait àvëô' eihijii^ëïssettièïit j et eé fot aiiisly ^âr é:ie<Bfpiê, qùë lorsqu'il fut gestion dé dcrrftteir uh ^'6ùyerfte«r ati jeéàfitê EMiuphifti, fc forcé de souMë» âiàïwetfVré^ et dé basées siâû^ééëiés '4 fl^éêt à se faire pièhétihé à Lotiis XYI, qui f>èùt-èt]^ë jugeant plài éK^^ &tsm t^ %\û aeiftri^ <îe F àv^r, né ifépâ<^âià^ ]^ â( l^àcc^ftéir î et- éàiiS' doute en' ëalfefaiSàtté anfisi l'âitibi^fi (îë Certains pérsoimagëà^ eâf ô£ éparghè Men des É^Hieùrâ à k Frafice. ^ôt <pi^il ê«r âi^, la lleiîte d^ëà vttié ilkMàikti
LA BivOLUTION FRANf AI9S. Û&$
invincible à ce choix ; et eert€» on n*en àetû point étonné. £kl celà^ elhs fut vivemcait Mi* coudée par toutes^ les femmes qui rëntoutfti^ ent^ et par tous 1^ grands de la éouf} kl chose n*alla donc pas plus loiii i msàêf aved un caractère comme eelui de Robespierre^ on doit concevoir juisqu^où dut is^ététidre son dé^ sir de vengeame ; et si j^indique ici h» modal dies haines sourdes et obscures^ pt^rticuliàl'es à €€s difiPérens hommes^ ce n^est que pour mieUJi faire sentir combien les gfandes catastrophes sont souvent amenées par des danses tnhêk^û^ hles et puériles.
Les^ as»asins du deux Septembre trôuvéïl^eiit à bicètre plus de résistance que dans les pri-» sons de Paris. Les criminels détenus, ne jugé^ rent pas à propos de se laisser égorger par des hommes plus scélérats peut-^être qu'eus. Ili se défendirent avec un courage iûcrcrfàkivk Ih transformèrent en armes tout ce qaï leur tomba sous la main ; et ^ poutres des kts s^ }e» quek ils neposaient ; et les mteneiles daariv. lieSf quels on leur servait leur misérable nouiu Ttture ; et les pierres dont leurs eaçfa^ étai^ €Qt paires ;; et les ban e^u^ de fer doal leë
fenêtres étaient garnies ; tout fut arraché ; tout leur servit pour défendre le peu de jounr que la loi leur laissait encore à vivre. Plu* sieurs des assasins de Septembre expièrent dans les cours de bicêtre les crimes quils ve« naient de commettre dans les prisons de Paris. Les autres, devenus plus furieux par les obsta-» clés qu'ils éprouvaient et n'osant approcher des bàtimens où une mort certaine les attend. BÏty s'emparèrent des pompes de la maison, et noyèrent lâchement des hommes qu'ils n'osai* ent plus combattre. .
Il ne manquait plus qu'un crime pour completter tous les crimes que Y on vient de lire ; ce fut le massacre des prisonniers que depuis quelques mois l'on avait envoyés à Orléans pour être jugés par la haute cour nationnale. Ils étaient au nombre de cinquante trois. L'Assemblée législative recueillit alors un fruit bien amer de la fausse politique quelle avait suivie depuis le commencement de sa- session. La majeure partie de ces prisonniers n'avait du sa détention qu'à elle. L'assemblée savait à merveiUe qu'ils étaient innocens; maiiâ ils la gênaient auprès du roi ; c'était pour les
LA RÉVOLUTION IPRANÇAlSlft 537
éloigner de lui qu^elle les avait fait arrêter. Qaand la commune de Pans les fit extraire des- prisons d'Orléans pour les conduire à- Versailles, TAssemblée législative aurait voulu au prix de ' tout son sang leur sauver la vie ; mais elle n'en avait ni la force ni la puissance. Grande leçoa pour toutes les autorités. jËlle doit leur apprendre à ne jamais rieû accorda aux passions^ et qu'une loi rendue par la co« 1ère est le plus cruel de» fléaux. Quand Brissot et Fauchet poursuivirent avec tant d'acharnement Tarestation du ministre De* lessait prévojraient-ils qu'ils préparaient son massacre. Ces malheureux arrivèrent à Ver« sailles le 9 Septembre. Les Sept^fnbriseurs qui de puis'troiis jours se reposaient, partirent avec éclat de Paris. Leur féroce joie éclatait sur leurs fronts. Ils se vantaient avec orgueil de l'objet de leur voyage comme un autre s'enorgueillirait d'une mission honorable. Ils arrivèrent. Ils trouvèrent les prisonniers à la grille de Forangerie. Un peuple immens^ fondant en larmes les entourait. Inconceva^ ble bizarerie du cœur humain ; ce peuple avait la forcé de les pleurer, et n'eut pas la ^rcf
3â8 BWTOIR'E DES Pi^CTtONÇ^^ PJB
deies »nadier à uoe dizaine d'aâsasiiis. Ils fure^ m^saoéciés. Là ae termiiiérent les Mti^ des Septembriseurs ; ils lurent recevoir, leur 9Alitire ; el la terje sbttendit en silence ce ^é la providence prononcerai sur ; ces jg^c^aàs événiemens.
.Quand je dis qu^il furent jneoevoir leur ssh laire, je dis la vérité. Pendant les pcemieis jQm^ de Sieptembre, le maire de F^ms fut sofe y^nt obligé de sortir de table popr venir dans sonaotticbainbre solder à quielques uns de cei in^lhenreui^: le prix de leur journée quib Yj^ai^nt rédjamer. Certains d'entr'eiiK obérait demander double paye k itroi& S^tembre»
>ar(>e que, disaient ils, .ils avaiçni; tinçivmllé aux earmes et à l'abbaye, ûuajnd on ^voiilut leitf fake ' entiendre qu'on avait. &it ijmx avec eux à WA par jour, qu'un joor se composait inle vingt quatre beures et qu'en cofiséqi^enos il ne leur ét^t dû qu'âme journée^, lia de cei alsasins pausscj. l'insolence jusqu'à . lépondre» ^t ce. qu'une t c^pa^e ne compté pas pouf deux ans ide service ? •> Les contradielions du cœur humain sont inexpliquables^ Crcôxâit oq qu^un de cqs sîcaires s'étant laissé fléchir pai
LA RÉVOLUTION fha^çaisb. 339
les lannes d'une femme, jprête à recevoir lé Éoup mortel, lui sauva la vie, et la recondtti^ ait chez die. Cet hcamtte, tout couvert de sang, fut reçu comume un Dieu par la iamille é|>lorée de cette Dame. On voidùt lui donn^ par reconnisBance tout Targent, tous les bi^ joux, qui se trouvaient dans la maison. Il refusa tout ; on me paye pour tuer réponditil, on ne me paye pas pour faire une bonne action. Pendant les premiers temps de la Oonv^ition Nationale, la dépravation de9 hommes de cette classe fut poussée à un tel pobit^ ou pour mieux dire la scélératesse de leurs chefs avait tellement dénatuté leurs 6BpittB, qu'ils se faisaient publiquement gloire de leuis exploits hommicides. J*en ai vu deux 6e battra publiquement dans la rue, parce que Tun se vantait d'avoir, la nuit du deux Septembre, expédié plus à^ aristocrates que Tautre. ]Bff e trouvant au coâiité de surveillance de ma bection, un homme entre, et demande un certificat de civisme. Qu'as-tu fait pour la révo- ^tion ? lui dit le président. Cet homme répond avec fierté, mon bras est encore teint
«lu Mog du deux Septembre ; et le certificat
lui fut à Finstant délivré. La même question fut faite sur le champ à un vieillard présent pour le même objet ; il répond j'ai troià fils aux armées ; et le certificat fut refusé. Telles furent jusqu'au neuf Thermidor la morale et la jurisprudence des diverses autorités de Paris. Rendons gloire à la France. La commune de Paris eut la criminelle imbécillité de croire que son exemple serait suivi .par les départemens, et leur adressa une circulaire pour les inviter à marcher sur ses traces. Elle ne reçut en réponse que les expressions de Findignation générale, et partout elle fut vouée à. Téxécration de la postérité. Nombre de département même mirent en délibération s'ils ne devaient pas marcher sur Paris pour vanger Thumanité et rhonneur du nom français ; et certes dans ce moment si quelques chefs eussent régularisé cet élan généreux, la France entière se serait roulée sur Paris. Quoi qu^il en soit ce 2 Septembre donna à la guerre de la Vendée une énergie qu^elle n'avait point encore développée, et centupla les difficultés que la patrie devait éprouver à réconcilier ses en&ns. La perte ique la France éproui^ dans ces
LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. S4tl
malheureuses journées fut irréparable. Les hommes les plus honorés par leur vertu, leura talens, leur naissance, les la Rochefoucault, leà Brissac, et tant d^àutres si justement vénérés- Purent moissonnés* Malheureux jpréludë de 3ette longue Uste de proscripts que les échaf- Fauts vont dévorer pendant quinze mois. '
Dans rintervale qui sépara le 2 Septembre, ie l'ouverture de la Convention Nationale»
ie nombreux bataillons sortirent de Paris' pour marcher aux armées. Des bureaux d'en*:
rolement étaient établis surtoutes les places publiques, et ne pouvaient suffire à Teiurégistreoaent de tous ceux qui se présentaient. ;.La
cirâmiune fesâit sonner bien haut cet enthou-
âasme des citoyens ; mais la vérité est que l'on allait chercher les combats pour échapper, iux ihassacres. Cette armée sans expérience, /en fut pas moins couronnée par la gloire ;.
rt tandis que la faction de Septembre comdlettait dans Paris son déshonneur par le vol lu garde meuble, les Parisiens réunis aux :roupes commandées par Dumourier, Dillon, iCellerman arrêtaient les Prussiens et les émi« rrês dans les plaines de la Champagne^ et li^
S4& HISTOIRE DES EAGTIONSi DE
victoire de Valmy commençait la hmgat et ^orieu^ série de batailles qui pendant vingt deux ans signalèrent le courage des firançàk Le Roi de Prusse, Frederick Guillaume, avait crû r envahissement de la Franee {dus facile. S^s magazins étaient mal fournis'; se& convois lui arrivaient avec peine ; il se trouvait dans la province de France la plus infertile ; son armée manquait de vivres ; une maladie contagieuse la^ dévorait; les pluies continuelles rendaient les cheminas impracticables ; il rencontrait des armées, là où il s^était âattâ de ne trouver qu*un. peuple empressé à^ le recevoir; ei^ la,, bataille gagnée p^r Kellerman venait de dissi* per toutes les illusions dont on l'avait ébloiîâ ; il se décida donc à la retraite, et quelques, conjectures quç l'on aie pu faire sur cet événe-^ ment, je crois qu'il ne faut point chercher à. cette retraite d'autres motifs que ceux que je viens d'exposer. Le prétendu traita entre Du-
ff
mourier et ce monarque, me parait peu croya*» blé ; et si ce général ne ^inquiéta pas dans sa^ retraite, on doit en savoir gré à sa prudeoce ; il ne fallait pas, en harcelant trop un ennemi c|ui s-élmgRait| le porter à quelques résolutîcms
€iéseiS|>eréfes^ et ^îôrnpf omettre ûîSé armée éifi. cw?ei petj aguerrie. Ge fut aiiisiquè jadis» ^ml
mit la France à déiiôt doigtb de sa pertjé, ^ far(5ant Henri V. d'Angleterre à vainci'e dcÉns lesp dhàmps d'Azîncourtf. Quand aux millibnsli' qtte les frâiiçms lui pïtediguéi'eiit, dit dfl,^p(«ff' le renvoyer, cette fkbk est- plus atb*u*de'é*K Coré. Le trésor public à eettè époque étèiir vide. Ou lie vivait plus qu^sUr lêâ asôignàtéi et les hôiAmes de sang' qtii gofuvemàient là' Fi%i^ éttâent ea* ttlêities sîàîls* ârgeiit. Lé- Roi- de Phîôse se retira' parce que sa positiori* r>e»geait ; vdilà touf ; ' '
Quand au vôl <ïu' garde ' meuble, la voî*^ publique eti aceusd^iles^'cbeft de la faction, et? ilis mtéritaient que êe soupçon lès atteignît; Mais cfest un pfoblèriHè'qùe l'histôirfe rfa-poînt eftcore résolu. Ce vol ita tournis par'd^svôleùrA» de profession; la vigilance dU •mîiristrè 'Rbfeàitf ^imk été êmllée de bonwe heu*e^; plusîteùrs d*entr?euî^ furent a[rrèt6;*; et leurs instigateurs, i^feien avaient, rie se p'réàentérent ni pôuf letf réeteirfier, ni pour les d^feridrè. Furèfit-îls^ rèi-* *âid6i pâ* u» rester de pudeur? Ceét ihlë opitii<3^^ qm^ ne ^''^^wè^^iHkC gùéj^fr at^ee ItfÙSP
caractère c(Mmu. Où passèrent ces riches dépouilles du garde meuble ? C'est ce que Ton n'a jamais su ; les traces ont été perdues.
; , Cependant les assemblées . Mectorales procédaient dans toute la Frace à lai nomination de9. députés à la Convention Naltionate. Les électeurs de Paris avaient été choisis sous Tinfluence de la commune ; par conséquent leur choix ne tomba que sur des hommes dévoué»
au parti. Robespierre exerça dans cette as* semblée une autorité despotique. Il indiquait ^ haute voix les hommes qu'il voulait que Ton^ nommât ; et il eut grand soin surtout d'écarter les partisans de la Gironde ; mais les Girondins jouissaient dans les départemens d'une réputatioti colossale de patriotisme et de vertu. Tous furent réélus, et furent renforcés par les hommes que dans les provinces on connoissait attachés à leurs principes.
Le Ministre Roland fut à cette époque yraiement le seul homme qui montra du caractère. Ce fut à la vigoureuse lettre contre les anarchistes qu'il adressa le trois Septem^ bre à l'A^isemblée législative, que l'op dut 4» con3erval;ion du Temple, que les a^s^iM O)^
(laçaient. Ce fut égakment sa vigilance qui mit un frein à la funeste imprudence de la commune qui faisait exhumer les cercueils de* plomb pour en faire des balles et dont Tim-piété laissait les cadavres exposés dans les rues, et menaçait ainsi la ville d*une peste prochaine. Ce fut également à sa soUicitar tion que TAssemblée ordonna Tanéantissement des pétitions, connues sous le nom de pétitionsi des 8000 et des 20,000 et la lacération des listes des signataires. Il dénonça avec .le; même courage les commissaires de la corn* mune qui sous prétexte de faire des recherches dans les appartemens des gens suspects^ n'y.
pénétraient que pour y voler les objets précieux. Cette conduite lui attira la haine des brigans ; haine honorable sans doute ; mais qui dans la suite le conduisit à la mort Ce fut aussi A cette époque que d'Orléans fit le dernier pas vers la dégradation, en sollicitant V honneur de quitter son nom pour prendre celui de Egalité.
Lasupression de Tordre de Malthe en France, et le décret sur le divorce furent les derniers travaux de T Assemblée législative. Le 21
Septembre^ 1» Contentkm Natiotiale là i^ prévenir qu'elle était constituée. CaitibcHi, te fmaneier Canibon, vingt sixième et derhiei* présiderrt proclama la fiii de la session. L^As-* semblée légistetive ftrt en corps au devctot de: te Convention Nationale^ et l'installée dans lasalle des séances. Gè' iuf aïnèi t^e eëtte^ Assemblée s'éteignît atr milieu du- dcfuil de la* patrie. Queîai manqua^4l? EBfe était peu-^ plée d'hommes habiles^ de isirtcères-amis de ht Miertéi dfe philosoiikes >édfetiî^^ qui ne vou-laient que lé biett; ^Qbieltti mtetiïqùa-*-ïl done? L'tmibit, là cônéordë, sans la. quelle le bien né s'opère jamais. Toujours orageuse, tou^ jours diviisée, ses^ fôrtei s^épuisérei^t dans de vailles disputes ; et quand il lui feUut résister àrèscîavagej là^ lassitude l'empechà de soutevér sa tête, et elle resta terrasséeF dès le pitemier coup qu'on f lui jiortà. H • ftmt rendre^ jtisWeé" à deui hommes' ^uî dans- ces-- joursr de' désolation déç)loy€i^t line énergie qui les ho-^ nore; je veux parler de Fauchet et de Tér^' grtîatTX. Cet acte de^ comrage fait^exeuséir de graiidtes ftriites^ dfetns- Fàûthet.' -Jurant à- Vërgmaux^; c'est utt d&t ses n^etHettfs titi^es à^Fiih-
LA RÊVOIitrTION: TRAWÇA^U^ S4rT
mortalité. Le 3 Septembre, tandis que l jAssemblée législative était anéantie sous la ter^ reur commune, Èauehet ne pot suppcffter la:
honte d^u» sem^blabb avilissei»ent ; et s'élè-vaut avec véhémence contre Fapathie de- l^Àsk' semblée, et s'exposant sevl ainsi k la^fureur d^ Septembriseurs, ne voulut jamais desciendm»
de la tribune qu^il n'eût arraché à TAssembléé la formation d'une commission pour se rendre aux prisons. Cette commission fut nommée ; Fauchet eut Taudace de se placer le premier sur la liste. Elle fut repouséé par les assasins, et ne put obtenir que la vie d'un seul homme ; mais enfin, sans Fauchet, cet homme eût péri. Ce fut peu de jours après que Vergniaux, poussa la témérité jusqu'à l'héroïsme. Les factieux de Septembre résolurent un moment d'étendre leurs massacres jusqu'à TAssemblée législative, et Vergniaux était à coup sur le premier dont la; tête fût tombée. C'était l'instant ou Robespierre voulait être dictateur, tandis que Danton et Marat voulaient un triumvirat, dont ils eussent été membres; et peut-être les législateurs ne durent-ils la vie qu'à ce choc de deux ambitions. Quoiqu^il
en ^it ce projet fut connu, et Vergniaux le dénonça à TAssemblée. Jamais ce grand orateur ne fut plus éloquent ; jamais tribune ne fut honorée de plus d'indignation contre le crime. Ce jour la Vergniaux fut vraiment supérieur à Cicéron, parce qu'il eut le courage de plus.^^aj '
riN DU TOME I.
(hj Ce célèbre députe^ que Ton pourait appeller le chef du parti de la Gironde^ avait une facilité pour improviser que dans ces temps modernes on ne retrouve que dans le parlement d'Angleterre» Le jour, où il prononça ce discours vraiment admirable^ il parla pendant plus de deux heures, et constament avec une pureté, une élégance, une logique, une énergie, une justesse d'idées et d^expression, qui ne se démentirent pas un seul instant. Le lendemain, le directeur du Journal de Baudouin, se présenta ches lui pour le prier de lui remettre le manuscrit de son discours, afin que Ton pût l'imprimer. Yer-» gniaux n'écrivait jamais d^avance ce qu'il devait dire. Le journaliste lui témoigna le ' regret qu'un semblable chef d'œuvre fut perdu, les tachigraphes ne s'étant pas^ trouvés la veille à la séance, et les autres journaux n'en ayant rapporté que des phrases décousues. Enfin Yergniauz vaincu par les instances de ce directeur, le pria de s'asseoir, fit appeller son secrétaire 5 et, chose non moins surprenante, lui dicta le discours tel qu'il l'avait prononcé la veille. Sa mémoire était prodigieuse. L'éloquence âe Mirabeau était plus saccadée, celle de Cazalés plus