‹ Histoire de l'origine, des progrès et de la décadence des diverses factions qui ont agité laChapitre 16 sur 16 · FIN DU TOME II · texte numérisé non relu

FIN DU TOME II

(a) On appelait ainsi le côté on siégeaient les. députés Jaco* bins. Cette dénomination de Montagne était parfaitement juste au physique comme au moral* La disposition des gradins su r les quels siégaient les députés, sur tout dans la salle que l'on avait disposée dans le palais des Thuileries, était un peu circulaire à ses deux extrémités. La Barre on Ton admettait les pétitionnaires, placée en face du président et de la tribune des orateurs, coupait cette ligne de gradins en deux parties égales. Ainsi le président, qui faisait face à rassemblée, aussi bien que les orateurs quand ils étaient à la tribune, avaient à leur gauche la Montagne; c'est à dire tous les membres Jacobins; et à leur droite ce que Ton appelait la Plaine, savoir les gradins où siégeaient les membres de la Gironde, les autres députés qui avaient appartenu à l'Assemblée Constituante et à l'Assemblée Législative, et enfin les députés qui commençaient leur carrière et n'avaient point encore para dans les Assemblées Nationales. La haine aussi funeste qu'anti patriotique qui régnait entre ces deux côtés, ne leur eût jamais parmis de se mêler, en sorte que tous les députés Jacobins amoncelés du même côle, remplissaient les gradins jusqu'au

cintre de la salle, et cette effrayante piramide d'hommes pou» vait assez justement être comparée à une Montagne.

Au reste, composée d'individus, ou pour mieux dire d'énergumènes qui ne s'exprimaient jamais qu'avec le sentiment de la passion, dont tous les gestes étaient autant de convulsions, et dont les cris, le tumulte, l'agitation constante semaient l'épouvante autour d'eux, la métaphore était dans cet état de choses encore parfaitement vraie. C'était un véritable volcan toujours en érup- 4ÎQn. Robespierre et Couthon siégèrent constament sur le banc du rès déchaussée. Tous leurs complices pouvaient les appercevoir, et ils n'avaient qu'un geste'à faire pour être entendus et obéis. Pendant toute la session, un député, un malheureux imbecille, fanatisé de jocobinisme, ne sachant ni parler, ni écrire, ni penser même, siégea toujours seul sur le dernier gradin qui touchait au plufond de la salle. Il portait un bonnet rouge. Il était sans col, n'était vêtu que d'une mauvaise veste appelée carmagnole, et d'un pantalon d'étoffe grossière* Il avait les jambres nues, et sa chaussurre était une paire de sabots. Il arrivait à l'assemblée avec un gros morceau de pain noir sous Bon bras, et un morceau de fromage à la main, et faisait ainsi chaque jour son déjeuner publiquement.

La Montagne avait un journal qui portait son nom et dont la société des Jacobins faisait les frais. C'était dans ce journal que les agens de la faction trouvaient chaque matin leurs instructions.

C'est de cette Montagne que sont sortis tous les fléaux de la France et tous les malheurs de l'Europe. C'est à coup sur la première conjuration qui dans sa marche ait osé mettre cette audacieuse publicité.

(b) Cette vérité à été sentie par les gouvernemens qui ont succédé à la Convention. Non seulement les tableaux apportés de la Belgique, que le droit de conquête autorisait jk

garder, sont devenus la propriété incontestable de la France par les nombreux tableaux que depuis Ton a donnés en échange, et dont la majeure partie, par exemple, enrichissait le musée de Bruxelles ; mais encore tous les objets d'arts venus d'Italie que Ton n'a jamais dérobbés à la curiosité des étrangers ni à l'étude des jeunes gens de tous les v pays, et dont on n'a jamais fait payer la vue, comme cela se pratique ailleurs, ces objets, disje, ont presque tous été cédés à la France par les traités de Tolentino et de Campo Formio, ou ont été achetés directement par le gouvernement français, telle par exemple que la galerie Borghése qui a été payée trente millions, tel encore que le SU Jérôme du Corrige dont le Général Bonaparte refusa deux millions que le Duc de Parme lui offrait pour ne pas le laisser sortir de son palais ; ce qui peut bien être considéré comme un achat, car refuser deux millions pour conserver un objet que l'on à conquis c'est bien à coup sur l'avoir acheté. Je ne fais cette observation que parce que quelques Journaux Anglais ont avancé, assez légèrement ce me semble, que tout ce qui était au musée de Paris avait été volé* Si ces journaux veulent philosophiquement admettre en principe général que tout ce qui est acquis par droit de conquête est vol, bien volontiers je serai de leur avis. Mais s'ils ne veulent faire l'application du principe qu'à la France, alors ils voudront bien nous apprendre comment ce qu'iis regarderaient comme vertu chez d'autres nations, devient crime quand il s'agit de la France. Au reste quelques uns de ces journaux n'ont pas été très bien instruits. Ils ont donné de longues listes des tableaux prétendus volés qui, disent ils, se trouvent au musée, et dans ces listes ou voit des tableaux qui depuis cent, deux cents, deux cents cinquante ans même, appartienent à l'ancienne collection des rois de France. Il m'est permis d'en savoir quelque chose puisque la description de ce musée en 12 volumes in Svo. m'a coûté dix ans de travail. Quoi qu'il en soit il était assoz TOM. II. St

difficile de ne pas rire quand ces journaux ont annoncé que le Pape Pie VII. avait fait présent de l'Apollon du Belvédère au Prince Régent II me semble que la générosité du St. Père est un peu tardive, et que la bataille de Waterloo fut un peu plus alerte. Au reste de pareils cadeaux ne ruineront pas le serviteur des serviteurs de Dieu ; depuis longtemps l'Apollon ne lui appartenait plus. Si le Duc de Wellington use du droit de conquête, l'Apollon est à lui. Si S. Altesse royale par amitié pour S. M. le Roi de France, laissait 1* Apollon au musée de Paris alors il appartiendrait doublement à Louis XVIII. et par le don du Prince Régent, et par la garantie des princes alliés en i81 4. Enfin si la Pape désirait à son tour le revoir à Rome, alors il payerait sans doute les compensations qu'on lui demanderait pour cet article du traité de Tolentino qui dans cette partie, ne serait pas rempli. Donc quand le Pape aura prouvé que son prédécesseur Pie VI. n'avait pas le droit de céder par un traité de paix une statue ; quand il aura prouvé qu'il n'avait pas le droit lui même de prier Napoléon de lui rendre cette statue pour sa peine d'être venu en poste à Paris le sacrer empereur; quand il aura prouvé qu'en 1814 les souverains alliés, n'avaient pas le droit de garantir l'intégrité du musée ; quand il aura prouvé que la bataille de Waterloo n'avait pas le droit de donner cette statue au Duc de Wellington et par conséquent à son Al. Le Prince Régent ; quand il aura prouvé que le Prince Régent n'avait pas le droit de se désaisir de sa conquête en faveur du Roi de France, alors nécessairement T Apollon lui appartiendra, et il sera bien le maître de le donner à qui bon lui semblera.

Quelque soit la détermination que les puissances prendront à cet égard il ne m'appartiendrait pas de la blâmer. Cette note n'a d'au* tre but que de rétablir la vérité des faits dont quelques journaux de Londres me paraissent avoir été mal informés ; de rappeler

à leur justice que l'expression de vol est peu convenable quand *) il s'agit d'une grande nation; et que si Ton se croit permis f^de l'appliquer à la France parce qu'elle usa du droit de conquête, c'est autoriser la France à s'en servir vis-à-vis des autres peuples qui exercent également ce droit dans toute son étendue.

Depuis que cette note fut écrite, le musée de Paris a été démembré. Les mêmes journaux ont traité de juste revendication de la part des alliés, ce qu'il leur plaisait de traiter de vol quand il s'agissait de la France. Ils voudront bien ne pat s'offenser que l'homme impartial ne voye ici que le droit de ? conquête dont on a fait usage des deux côtés. Les alliés y re- \ noncérenten 1814. La France depuis 1814 n'a pas démérité des alliés, car on ne peut imputer à une nation des événement qu'elle n'a pu ni prévoir ni empêcher. Les alliés emportent en 1815 une propriété qu'ils avaient garantie en 1814. Ils usent donc du droit de conquête comme le France en usa il y a quelques années, à cela près que la France n'avait pas garanti aux nations vaincues la propriété des objets dont elle les dépouillait.

A Londres ;•—/)# Vimprimerie de G. Hayden^ Brydges Street,

Covent Garden.

Hf

Page 1