TOM. II. Y
ent brisées, fondues, et métamorphosées en projectiles. Il est en France des milliers de pièces de 4 et de 8 qui dans moins de quinze jours furent coulées, forées, et lancèrent la mort sur le champ de bataille ; et pour me servir de l'expression de Danton, Chaque ci* toyen eut son canon. Cependant c'était l'impulsion de la force et non pas l'élan de la concorde. L'on en eût oublié le nom si le désir de vaincre n'en eût conservé le souvenir. La terreur avait détruit le désir de la vie. La mort, ou les combats, étaient le terme de toutes les espérances. L'homme pour la première fois se vit réduit à ne plus former qu'un vœu. Celui de sa fin. Et si le mot de fraternité surnagea sur toutes les haines, c'est que le tombeau garantit une fraternité inévitable.
Il faut le dire, cependant ; si il n*y eut pas eu d'émigration, si les privilégiés plus sages ne se fussent pas toujours détachés de ce qu'ils appelaient le tiers état ; si ils ne l'eussent pas toujours considéré comme un vil troupeau, jeté simplement sur la terre pour les nourrir et les servir ; s'ils eussent regardé en prière
et se fussent donné la peine de réfléchir qu'au bout de douze cents ans de servitude et d'oppression il est naturel qu'un peuple cède aux , conseils du desespoir, et ose tout entreprendre pour se délivrer à jamais de ce honteux et insupportable esclavage ; si le traité de Pilnitz n'eût pas attristé la saine politique, et que sollicité par eux il n'eût pa c soulevé tous les rois de l'Europe contre leur patrie; si ils eussent pris la peine de se compter, et que mettant en paralelle leur extrême minorité avec l'immense majorité du peuple français, ils eussent reconnu combien il était ridicule de traiter de révolte et de rébellion la volonté de toute une nation ; enfin s'ils eussent bien voulu se souvenir qu'ils étaient hommes avant que d'être nobles, et que si la nature, qui ne connait ni les rangs dont on hérite ni ceux que Ton achette, les eût fait naitre dans ce tiers état ils eussent agi et pensé comme / lui, ils n'auraient rien à reprocher à la Convention ; au sein de leur patrie, ils jouiraient encore de leurs biens ; Louis XVI. vivrait encore ; et le sang n'eût pas inondé les échafauds, La ligne de démarcation serait alors parfaitement
ent brisées, fondues, et métamorphosées en projectiles. Il est en France des milliers de pièces de 4 et de 8 qui dans moins de quinze jours furent coulées, forées, et lancèrent la mort sur le champ de bataille ; et pour me servir de l'expression de Danton, Chaque ci* toyen eut son canon. Cependant c'était l'impulsion de la force et non pas l'élan de la concorde. L'on en eût oublié le nom si le désir de vaincre n'en eût conservé le souvenir. La terreur avait détruit le désir de la vie. La mort, ou les combats, étaient le terme de toutes les espérances. L'homme pour la première fois se vit réduit à ne plus former qu'un vœu. Celui de sa fin. Et si le mot de fraternité surnagea sur toutes les haines, c'est que le tombeau garantit une fraternité inévitable.
Il faut le dire, cependant ; si il n*y eut pas eu d'émigration, si les privilégiés plus sages ne se fussent pas toujours détachés de ce qu'ils appelaient le tiers état ; si ils ne l'eussent pas toujours considéré comme un vil troupeau, jeté simplement sur la terre pour les nourrir et les servir ; s'ils eussent regardé en ïurrière
et se fussent donné la peine de réfléchir qu'au bout de douze cents ans de servitude et d'oppression il est naturel qu'un peuple cède aux conseils du desespoir, et ose tout entreprendre pour se délivrer à jamais de ce honteux et insupportable esclavage ; si le traité de Pilnitz n'eût pas attristé la saine politique, et que sollicité par eux il n'eût pa* soulevé tous les rois de FEurope contre leur patrie; si ils eussent pris la peine de se compter, et que mettant en paralelle leur extrême minorité avec l'immense majorité du peuple français, ils eussent reconnu combien il était ridicule de traiter de révolte et de rébellion la volonté de toute une nation ; enfin s'ils eussent bien voulu se souvenir qu'ils étaient hommes avant que d'être nobles, et que si la nature, qui ne connait ni les rangs dont on hérite ni ceux que Ton achette, les eût fait naitre dans ce tiers état ils eussent agi et pensé comme, lui, ils n'auraient rien à reprocher à la Convention ; au sein de leur patrie, ils jouiraient encore de leurs biens ; Louis XVI. vivrait encore ; et le sang n'eût pas inondé les échafauds. La ligne de démarcation serait alors parfaitement
établie entre les actes de la Convention Nationale et les crimes qui n > appartienent qu'aux factions; mais leur conduite à l'égard de la France a rendu cette distinction presque impossible maintenant. On ne discerne plus ce ïjui fut d'une justice rigoureuse mais nécessaire, d'avec les décret* arrachés par des factions criminelles. Ils ont réduit le? gens sages jusqu'à douter si l'on doit absoudre ou détester le fameux décret du 22 Prairial. Ils maudirent la Convention; mais a ton le droit d'exiger la douceur dans ses adversaires quand on s'attache constament à les exaspérer ? Rien ire motivait l'émigration; ni les intérêts du trône, puisque sans l'émigration il n'eût pas été renversé, et que les factieux ne Taurâient pas toujours présentée aux yeux du peuple comme le motif le plus puissant pour l'abolir; ni les intérêts de la noblesse, puisque elle eût conservé en France tout ce qu'elle n'a perdu que pour la défense de quelques prérogatives dont le prix ne repose philosophiquement parlant que sur les chimères de l'imagination ; ni les intérêts de leur patrie, puisque, malgré les torts que dans l'irritation de l'orgueil on lui impute sans examen, on
n'échappe point aux remords quand on porte la flamme et le fer dans les lieux qui nous ont vu naitre, pour satisfaire la vengeance d'un amour propre déraisonnable, et dont la marche des lumières a mis tout la futilité au grand jour. Chez beaucoup de peuples, où la vérité ne pénétre que par contrebande, et ne se laisse appercevoir que comme ces ombres phantasmagoriques qu'à la faveur d'un verre on grossit ou rapetisse à son gré, chez beaucoup de peuples, disje, on parle encore des excès révolutionaires des français de l'intérieur:
pourquoi ne pas parler aussi des excès contrerévolutionaires des français de l'extérieur?
L'histoire ne procède pas ainsi. Elle doit dire avec impartialité, comme avec courage, que malheureusement trop de fois les excès des uns ont provoqué les excès'des autres ; que l'émigration ne fut point une conséquence ^ des emportemens révolutionaires, mais qu'elle les précéda, les occasiona, les aggrava par un acharnement toujours progressif de haine contre la patrie ; la nature veut que les rugissemens du lion croissent à mesure que le tigre lui enfonce les grifes dans les flancs.
Quoi qu'il en soit, les injustices, les abus, de pouvoir, les oppressions prolongées, la marche des siècles enfin, peuvent ramener des révolutions. Il ne faut pas se flatter que le ciel use d'élémens nouveaux dans là composition des caractères futurs. D'audacieuses ambitions se reproduiront sur la scène du monde. Nul empire n'est exempt des grandes commotions. Le passé est le livre de l'avenir. Mais une Convention telle que la Convention Française ne se reverra plus. Elle n'eut point de modèle, elle n'aura point de double. Les phénomènes ne se répètent pas.