‹ Histoire de l'Université de Valence et des autres etablissements d'instruction de cette villeChapitre 28 sur 69 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Daniel de Cosnac , chancelier de l'université. — Mort de Laurent Crozat

et de Louis de Dorne. — Jean-Baptiste d'Ârier Antoine de Marville.

— Les procès. — Détresse de l'universilé. — Les agrégations. — Faculté de théologie. — Décadence de la faculté de médecine. — Louis Lebon. — Les apothicaires de Valence. — Règlement.

Daniel de Cosnac était évêque de Valence lorsque surgirent les luttes dont nous avons parlé dans le chapitre précédent. Il ne s'alarma point de la mauvaise humeur des consuls ni du prétendu renversement opéré , disaient-ils , par Charles de Léberon dans l'université. Le nouveau chancelier continua Tœuvre de ses prédécesseurs en veillant avec beaucoup de sollicitude aux besoins et aux intérêts d'une institution qui honorait la ville épiscopale , et dont il était , après tout , le chef et le premier supérieur. C'est ainsi qu'en 1664, ayant découvert de nouveaux abus qui s'y étaient glissés insensiblement, il se hâta d'y remédier par quelques sages mesures concertées entre lui et les docteurs de toutes les facultés réunis au palais épiscopal. Il fut convenu dans cette assemblée qu'à l'avenir les professeurs donneraient leurs leçons du haut de la chaire (ex publico suggestu), et non debout ou en se promenant dans

la salle, comme ih le faisaient quelquefois; qu'ils assisteraient aux actes publics en robe et en bonnet , sous peine d'être privés de leur portion ; que les doyens ne permettraient plus aux prétendants de disserter sur des matières apportées et étudiées d'avance , mais que ceux-ci seraient interrogés ad aperturam liWi ; enfin que le nombre des agrégés qui était de sept serait porté à seize, sans préjudice des surnuméraires qui n'assistaient pas aux séances.

Vers l'époque dont nous parlons, l'université perdit deux professeurs d'un mérite incontestable, Laurent Grozat et Louis de Dôme. Le premier, déjà connu de nos lecteurs, avait été anobli en 1655, et il occupait la première chaire de droit, lorsqu'il mourut au mois de janvier de Tannée 1666. Daniel de Cosnac fit l'éloge public des services qu'il avait rendus au corps enseignant pendant près d'un demisiècle. Laurent Grozat avait un fils nommé Guillaume qui, après avoir obtenu ses grades, fut agrégé par faveur, en considération de son père. Louis de Dorne était issu d'une illustre famille de Valence, il mourut un mois après Grozat, et fut remplacé, le 1 3 mars 1 666, par Jean-Baptiste d'Arier, frère de Jacques de Bovet d'Arier. Quoique jeune encore, Jean-Baptiste était un docteur très-instruit, et fut élu d'une commune voix « attendu la grande capacité et expérience dont il avait donné plusieurs preuves à la compagnie (t). » Il était parent d'Antoine de Marville qui jouissait alors, parmi ses collègues, d'une grande réputation. Marville ne bornait pas sa sollicitude au soin de ses élèves. Il s'occupait encore de toutes les afTaires de l'université , rédigeant des mémoires pour la défense de ses droits méconnus, trans-

(1) Registres manuscrite des délibe'ralions universitaires ^ 14 mars IGGC.

mettant à ses avocats des instructions détaillées, faisant lui-même souvent le voyage de Grenoble et de Paris pour plaider sa cause et intéresser en sa faveur le parlement ou la cour.

Personne n'ignore, du reste, qu'en ce temps-là rien n'était plus commun que la manie des procès. Nul établissement ne pouvait vivre sans recourir tous les jours à Fintervenlion des tribunaux supérieurs, ou tout au moins des juges subalternes, et sans entretenir lauprès d'eux des avocats en permanence. Cette nécessité fut la ruine d'un grand nombre d'institutions ; les universités elles-mêmes n'échappèrent pas à ce fléau , et celle de Valence faillît bien des fois en devenir la victime. Ses annales nous apprennent, en eCTet, qu'en 1670 elle avait épuisé toutes ses ressources pour payer des frais de procédure , et que se voyant dans l'impuissance d'acquitter ses autres dettes , et même de pourvoir à ses besoins les plus impérieux, elle fut contrainte d'augmenter notablement les droits d'agrégation. Elle décréta donc qu'à l'avenir, les agrégés payeraient à la caisse commune, savoir : les flls d'anciens agrégés, cent livres, ceux qui étaient originaires de Valence , deux cents livres, et les étrangers, trois cents livres. Ce produit ne pouvait pas être considérable , attendu que les agrégations s'effectuaient rarement , quoique le nombre des candidats fût toujours fort nombreux. On lit, en effet, dans un document de cette époque, « que l'objet de l'ambition de toutes les familles de Valence était une charge de conseiller ou une agrégation, que les enfants n'y étaient élevés qu'à ce point de vue pour la fortune, et que, à peine un marchand avait-il acquis cinq ou six mille livres, il

songeait à acheter une charge pour son fils, ou à lui donner • une éducation qui le mît à portée de disputer quelque jour une chaire (1). » Mais, disait à ce propos et avec raison M. de Sauzin , qu'est-ce pour quelques fanjilles qu'une perspective de place de professeurv ou d'agrégé, qui, ne pouvant en regarder que quelques-unes , détermine cependant à l'oisiveté et retire du commerce et des professions utiles une partie des citoyens qui se serait tournée vers des objets plus essentiels? Les gages des professeurs qui vont à six mille livres , les émoluments casuels sont-ils des objets comparables aux richesses que produiraient à Valence les labriques et les manufactures dont cette ville est susceptible (2)?

Nous avons dit ailleurs que le nombre des agrégés dans chaque faculté avait beaucoup varié dans la suite des temps. Il n'était pas limité dans celle de théologie à l'époque dont nous parlons, mais six d'entre eux seulement recevaient une rétribution pour l'examen des gradués. Au reste cette faculté n'avait alors que deux professeurs dont les leçpns étaient suivies par un très-petit nombre d'ecclésiastiques. Cependant elle était encore dans une situation plus florissante que la faculté de médecine; celle-ci, depuis les troubles, avait eu bien de la peine à se reconstituer. Le docteur Louis le Bon qui en avait obtenu la première régence en 1641 ■ « ne put réunir alors autour de sa chaire aucim écolier pour ouïr ses lectures (3). » Ce qui ne l'em-

(1) E^Ltrait d'un manuscrit sur les principales villes du Dauphiné. (Bibliotiièque publique de Valence.)

(2) Mémoire au parlement de GrenobUy par M. de Sauzin.

(â) Arrét'du conseil d'état, du 2 décembre 1645; dans les Mémoires du clergé de f'rance, tom. I, pag. 919.

pécha pas néanmoins de réclamer pour ses honoraires une somme de treize cents livres.

Il paraît cependant que cette faculté se releva peu à peu , car dans un acte du 11 septembre 1660, nous voyons figurer son doyen , Pierre Chomel , premier professeur, Romain de la Goste, second professeur, Jacques de Gonnet, Louis Durand et Fortunat Chomel, agrégés. Cet acte est une protestation qui mérite d'être connue. Nous la mettons en passant sous les yeux de nos lecteurs.

« Le 11 septembre 1660, Chomel, doyen de la faculté de médecine, propose que les apothicaires de Valence voient les malades, ordonnent et administrent des remèdes purgatifs et autres sans appeler les médecins, d'où s'ensuivent longues maladies, sinistres événements, et d'un mal léger, un incurable, pour remplir leur bourse", et entretenir des profits immenses, distribuant des remèdes qu'ils vendent cher, quoique non nécessaires et même nuisibles, donnés sans connaissance de cause. En quoi le public est manifestement trompé et abusé, se privant du secours qu'il pourrait recevoir de la vraie médecine,- laquelle agit par un intérêt d'honneur et de charité, et non pas d'avarice. Ajoutant que les boutiques des apothicaires ne sont pas assorties des drogues nécessaires et requises, et que celles qu'ils ont sont censées vieilles et mal conditionnées.

» Sur quoi il a été conclu qu'ils seront poursuivis devant la cour du parlement pour leur défendre la visite des malades, ni donner des remèdes sans l'ordonnance des médecins (1). »

(1) Hegisireê manuicriis de Vuniversitéf délibération du il septembre 1660.

La faculté de médecine n'avait pas de statuts particuliers. Le 24 avril 1689, elle reçut de la cour, par l'intermédiaire^ de l'intendant du Dauphiné, un règlement relatif à la promotion de ses élèves au baccalauréat, à la lieence,\ et au doctorat. Voici un extrait de ce règlement :

1 . Les écoliers qui désireront se faire graduer à la faculté de médecine, à Valence, seront tenus de s'inscrire sur les registres de la dite faculté , et leurs inscriptions seront signées par le recteur.

2. Les inscriptions se feront quatre fois Tan, de trois en trois mois.

3. Les écoliers ne pourront supplier pour aucun degré s'ils ne joignent à leurs suppliques les attestations de l'assiduité de leurs études données par deux professeurs.

4. Il y aura deux examinateurs pour l'examen privé de chaque acte, savoir : un professeur et un agrégé à tour de rôle.

5. L'examen fait, si l'aspirant est jugé capable, la faculté étant assemblée, on lui donnera la matière à l'ouverture des livres d'Hyppocrate , suivant l'ancien usage , laquelle sera couchée sur le registre , et au même instant l'heure et le jour du dit acte lui seront assignés par le secrétaire.

6. Les professeurs ou agrégés donneront , pour l'admission ou le renvoi des aspirants, leurs voix et suffrages par scrutin.

7. La présidence aux actes des récipiendaires sera faite par les docteurs, chacun à son tour, et trois docteurs et trois agrégés seront tenus de disputer à chaque acte qui durera trois heures.

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