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LIVRE QUATRIEME

Vie des écoliers et des maîtres.

Contribution à l'étude de l'organisation

de l'université.

Les élèves de l'université, leur condition et leur orig^ine.

Age des étudiants. — Droits d'inscriptions. — Limitation. — Depo-

sitio beaniae. -— Origine des étudiants. — La jeunesse conventuelle

à l'université et surtout les Cisterciens et les Dominicains. — Silé-

siens et Prussiens. — Hongrois.

A plusieurs reprises nous avons parlé de Taffluence des élèves au nouveau collège du roi Jagellon, de ce flot coulant de sources diverses vers Cracovie, et ne faisant que s'accroître, à de petites oscillations près, pendant tout le cours du XV-e siècle. Au moyen âge, il était le plus souvent fort jeune, le nouvel écolier, et presque sans préparation aucune, car la faculté des artistes avait précisément pour but de lui apprendre ce qu'on enseigne dans les gymnases de nos jours. Comme minimum d'âge permettant l'inscription, on avait généralement adopté quatorze ans; le statut de Heidelberg de 1464 est explicite là-dessus. La plupart donc des inscrits comptaient de 14 à 16 ans. A cet âge-là on ne pouvait guère admettre chez ces adolescents une préparation sérieuse; mais il fallait qu'ils eussent préalablement quelque connaisance du latin, car tous les cours de l'université avaient lieu en cette langue; cependant, cela n'est pas douteux, les exceptions étaient fort nom-

breuses. L'accès à runiversité était bien plus large qu'aujourd'hui; on y recevait parfois des jeunes gens sans préparation suffisante, ne sachant même pas lire"). Des leçons privées devaient alors efïacer cette criante ignorance.

A l'université entraient des enfants de toutes les classes, depuis les fils des princes et des magnats jusqu'à ceux des pauvres bourgeois des villes, et même des paysans. Les indigents étaient en grande majorité, ainsi qu'en témoignent les inscriptions. L'écolier qui s'immatriculait devait verser une certaine rétribution à l'université; elle s'élevait à huit gros; et à côté du nom de celui qui s'en était acquitté entièrement, on mettait: solvit totum. Il arrivait quelquefois que les riches offraient des suppléments de rétribution, par exemple un double droit d'inscription, ce qui était considéré comme insigne »liberalitas«. Il y avait encore des dons en nature, comme des tonneaux de vin, barilia malmatici. Mais ces largesses étaient tout à fait exceptionnelles; le plus fréquemment au contraire la totalité de la somme exigée n'était pas payée. Presque tous les élèves n'en donnaient qu'une partie, depuis un demigros jusqu'à six; d'autres promettaient de s'acquitter plus tard (promisit dare); d'autres enfin, les »pauperes«, protitaient des exemptions qui leur étaient accordées. L'université les inscrivait gratis pro Deo, ou bien propter Deum.

Le nouveau venu avait besoin de conseils, d'appui, d'indications pour entrer dans la vie scolaire. Cet appui, il le cherchait parmi ses maîtres ou ses camarades, et organisait son existence d'après son entourage. L'université elle-même d'ailleurs traçait la voie à l'écolier en lui ordonnant de choisir, aussitôt après son inscription, un professeur qui voulût bien s'occuper de lui, de ses études, de ses progrès. Cet acte s'appelait » limitation « — se magistris limitare *). Le maître ainsi adopté devait introduire

') Voir Bezold, Histor. Zeitschrift. N. F. 44, 8. p. 466. ') Muczkowski, Liber promet. XXXIX.

aux cours »suos limitantesa, diriger leurs premiers pas, choisir les leçons à suivre*). Mais l'étudiant était soumis à de rudes épreuves par ses condisciples du même âge et de la même condition. Il était en effet considéré tout d*abord comme un être inférieur, indigne de prendre place en la compagnie des anciens. Avant de l'y recevoir, il était soumis à certaines formalités et épreuves qui, selon Tépoque et les dispositions de la jeunesse, revêtaient une forme plus ou moins pénible, se faisaient plus ou moins durement sentir au jeune inexpérimenté. On l'appelait bejaunus, très probablement en français bec jaune, c'est-à-dire poussin. On chantait en son honneur le vers acrostiche:

Beanus est animal, nesciens vitam studiosorum«

on lui attribuait des »mores agrestesct, une bestialité innée qu'il fallait déraciner avant de l'admettre sur le pied de camaraderie^). Cette depositio beaniae avait lieu de diverses manières; souvent, et surtout en Allemagne, le symbole dégénérait en une cérémonie brutale et grossière, où l'on torturait le malheureux et où l'on le dépouillait même de son argent; les autorités universitaires durent mainte fois défendre ces violentes brimades.

Ces dépositions s'acclimatèrent aussi à Cracovie et y prirent des formes variées. Quelquefois les anciens étudiants, «revêtus de costumes burlesques», allaient hors de la ville à la rencontre des jeunes gens se rendant à l'université; ils les attaquaient, les battaient et les entraînaient dans des auberges (ofiîcinae cauponum) où ils se faisaient régaler copieusement. Les bourses, les maisons mêmes des maîtres étaient parfois le théâtre de ces amusements cruels, si préjudiciables aux débutants. Ce sont

») Loc. cit. p. LIV.

*) Voir à ce sujet Rashdall. The universities of Europo II, 2, 628 et Winter, La vie dans les écoles supérieures à Prague (Prague 1899) p. 218.

MorawBki m. 1^

les »conclusiones« prises en 1511, sous le rectorat d'Adam de Bochyn qui nous apprennent tous ces détails. Les abus dépassaient sans doute toute mesure puisque l'université déplore que ces aenormitatesa éloignent les élèves de Cracovie, et les interdit catégoriquement L'argent qu'on y dépense sera bien mieux employé à acheter des livres ou autres choses nécessaires*).

En s'inscrivant, au XV-e siècle, à Cracovie, l'écolier tombait dans un milieu assez hétérogène et dans une société fort mêlée. Opinions, croyances, langues se confondaient et se heurtaient à chaque pas; une seule chose reliait ces éléments disparates, la religion, TEglise et le latin, organe général de la science. Nous avons vu quel rôle élevé joua en Orient l'université de Cracovie, quel flambeau civilisateur elle y fut Nous avons aussi dit que des bords du Rhin, de la Suisse, des frontières septentrionales de l'Allemagne, de la lointaine Scandinavie, de l'Italie même y accouraient des disciples. Les guerres religieuses, les mouvements nationaux particularistes firent pâlir au commencement! du XV-e siècle la splendeur de l'école de Prague, et celle de Cracovie hérita de la mission de sa rivale déchue.

Les pays polonais contribuent diversement au succès de leur grand collegium; à côté des élèves de Cracovie et de la Petite Pologne, le contingent de la Grande Pologne est tout à fait important; et ce ne sont pas seulement les grandes villes comme Posen qui fournissent des inscrits, mais encore des bourgades comme Kosten. Par contre, la Mazovie a beaucoup moins de représentants; elle n'a de nombreux élèves que par intermittence; en 1474, par exemple, vingt étudiants de Varsovie s'inscrivent ensemble \

1) Voir Conclus, univ. lôll, en outre Muczkowski, HabitatioDs et coutumes des étudiants cracoviens (1S42) p. 88.

^) Il ne serait pas oiseux d'étudier les causes de ces afflux

La jeunesse monacale se pressa aussi en foule au pied des chaires de Tuniversité de Cracovie, pendant tout le XV-e siècle. »La création des universités releva considérablement le niveau intellectuel dans les couvents»^). Notre coUegium accueillit beaucoup de Prémontrés, des religieux du St. Sépulcre de Miechôw en plus grand nombre encore; les Bénédictins de Tyniec ont six de leurs frères inscrits en 1403. Les Carmes apparaissent aussi la même année, et par la suite, quelquefois môme en fort contingent, comme en 1466 et 1483, ne cessent de fréquenter le studium; les Franciscains se sentaient attirés par la communauté des principes et du but; ne se proposaient-ils pas, eux aussi, de christianiser, de civiliser TOrient, oeuvre pour laquelle le coUegium jagellonien avait été institué. Mais ce furent les Cisterciens qui, dans cette période, fournirent le plus d'élèves. »Au moment où le chapitre général de Tordre de Citeaux décida de réformer tous ses monastères en Allemagne et dans les pays slaves voisins, le roi Jagellon, fondateur de Tuniversité cracovienne, obtint de la bienveillance pontificale du pape Boniface IX, en 1401, un privilège en vertu duquel tous les Cisterciens polonais, sous peine d'excommunication, étaient tenus de prendre leurs grades en théologie au studium de Cracovie, et non ailleurs» «). Bientôt cette mesure reçut encore de l'extension. Sous l'administration de Tabbé Jean Stechir, qui accompagna son parent Nicolas Tromba au concile de Constance, et par ses instances jointes à celles des professeurs de l'université, Jean, général de l'Ordre, promulgua en 1417 une ordonnance aux termes de laquelle »tous les écoliers cisterciens des provinces polonaises et de celles de Gran, Prague, Magdebourg, Riga et du diocèse de Kamin en Poméranie seront tenus de faire leur éduca-

subits, non moins que la classification par provinces du registre matricule.

*) M. Fijaîek. Jacques de Paradis (1900) p. 15.

•) M. Fijalek. 1. c. 15.

tion théologique exclusivement à Tacaclémie de Cracovie, ou, selon Tantique usage, à celle de Paris, ainsi que le prescrivaient les anciens statuts de TOrdrea. Le premier privilège avait sans doute été sollicité à la demande du Cistercien Jean Sczekna, un des plus zélés ouvriers de la création de l'université, où il fut professeur de théologie aussitôt après l'inauguration des cours. La seconde disposition fut déterminée par le manque d'instruction des Cisterciens, manque qui se fit sentir tout particulièrement à Constance où l'Ordre ne joua qu'un rôle effacé dans la grande assemblée; de plus, c'était une arme qu'on forgeait contre le danger hussite et l'université de Prague.

Les envoyés polonais au concile, de retour au pays, y reçurent une belle récompense de leurs efforts, et cette récompense s'étendit aussi aux Cisterciens. En 1417, le roi Jagellon avait promis au général de cet ordre de bâtir à Cracovie un collegium pour la jeunesse conventuelle. Or, en décembre de Tannée suivante, Jagellon octroya à son université et en même temps à l'abbé de MogiJa le patronat sur Téglise Sainte-Anne. Désormais le sort des étudiants cisterciens fut assuré par ce bénéfice; car la fondation du collegium projeté n'ayant pu être menée à bonne fin, la cure de Sainte-Anne fut désignée pour servir d'asile aux jeunes gens de Tordre qui, pendant de longues années, y résidèrent. Malgré toutes ces mesures comminatoires, malgré ces facilités, Taffluence des Cisterciens à Cracovie resta assez faible, et les couvents en dehors du Royaume s'en détournèrent môme complètement. En 1420 seulement, sous la première impression- des ordonnances et des rescrits, nous voyons jusqu'à dix Cisterciens inscrits dans le registre: mais ce chiffre ne se maintient pas et quelques noms à peine par la suite attestent la continuité du lien formé avec Cracovie*).

*) Voir à ce sujet M. Fijalek, 1. c. p. 21. suiv.

Mogita cependant comptait toujours au studium un certain nombre d'élèves; ce monastère était d'ailleurs tout près de la ville, et Tabbé était un des conservateurs de Tuniversité; il n*est donc pas étonnant qu'il y ait eu des relations constantes entre le couvent et l'école. Mais pour les autres, rien ne put secouer leur apathie. En 1520^) Sigismond le Vieux écrivait à Erasme Ciolek que les Cisterciens ont obtenu du Saint Siège la prescription d'envoyer leurs jeunes clercs à Leipzig. Le souverain se plaint de voir les religieux du pays déserter l'école craco vienne. Cette opposition, cette négligence n'étaient pas sans motifs: le collegium particulier promis n'avait pas encore été construit malgré les objurgations réitérées des chapitres généraux, en 1469, 1486 et 1499^). — Une seule modification avait été introduite tout à la fin du XV-e siècle: les jeunes moines logés à la cure de Sainte-Anne furent transportés à la bourse de Jérusalem, et une aile de ce bâtiment fut assignée à leur usage ^).

Si l'on avait espéré à la première heure de l'université que cet ordre contribuerait dans de larges proportions à son développement et à ses progrès, on fut cruellement déçu. Il lui donna cependant un des plus éminents théologiens du siècle, Jacques de Paradis, et ce nom le rattache honorablement au studium jagellonien.

Il était permis de penser que, plus que les Cisterciens encore, les Dominicains tiendraient une place prépondérante au collegium. Au moyen âge cet ordre n'étaitil pas le plus instruit, ne considérait-il pas l'étude comme une des conditions de son existence] Les universités ellesmêmes ne dédaignèrent pas de lui emprunter souvent des maîtres et des méthodes*), restèrent en contact étroit

*) Acta Tomioiana. V. 321.

*) Collections des diplômes de l'abbaye de Mogiïa 10^/105. ') C'est ce que confirme l'université dans les Conclusiones du 12 Octobre 1488.

*) Voir Schwab. Johannes Gerson, p. 65.

avec lui, en échange continuel d'hommes, de pensées, de prières et de mérites. Un des premiers actes de l'université récemment créée à Paris fut une adresse aux religieux de Saint Dominique qui venaient de s'établir dans cette capitale (1221). Les maîtres demandent d'avoir part, en qualité de frères, aux bénédictions que s'attire l'Ordre, et d'être ensevelis à l'église du monastère. Pour les mêmes raisons fut conclue, en 1383, l'union ou colligation entre l'université de Prague et les Dominicains. En vertu de cet accord, les membres de l'université participent aux grâces accordées aux religieux, et ceux-ci s'engagent à prier pour les maîtres. Il est en outre permis, recommandé même aux Dominicains de faire leurs études et de conquérir leurs grades à l'université*). Quelque chose d'analogue eut lieu à Cracovie en 1450: les Dominicains firent alliance avec l'université par incorporation^). A cette date Benoît Hesse était recteur, Jacques de Bydgoszcz, prieur du monastère de la Sainte-Trinité. C est ce dernier qui fit aboutir cette incorporation, s'autorisant des exemples de Paris et de Cologne. Elle garantissait aux Dominicains qui fréquenteraient les cours et subiraient leurs examens, tous les droits attachés aux titres scolaires et, de plus, des places et une ingérence à l'université. On comprend donc que dans un écrit de 1481 ^), le général Salvus Cassetta assure à l'université, »qui s'est montrée singulièrement bienveillante pour notre Ordre«, la participation à toutes les grâces divines que les mérites des fils de Saint Dominique attireront sur l'humanité.

Néanmoins, malgré ces engagements solennels, malgré ces protestations d'amitié, les rapports entre les Dominicains et le collegium furent toujours assez tièdes. Le

») Monum. Univ. Prag. II, 276. III 68. ') Conclusiones univ. 28 août 1450.

^) Cod. univ. Crac. III, 88.

registre matricule porte les premières inscriptions de leurs religieux en 1407; à partir du milieu du XV-e siècle, le rapprochement s'accentue: les moines suivent les cours et prennent une partie de leurs grades théologiques au studium. Cependant en général »la fréquentation des Dominicains à l'académie cracovienne, môme en comparaison de celle ces Franciscains, est très restreinte«^). Parmi les profeseurs de théologie on compte fort peu de Dominicains. Un des plus connus au XV-e siècle fut Jacques Godziemba de Bydgoszcz, provincial pour la Pologne, le même qui, prieur du couvent de Cracovie, conclut l'union avec l'université; il mourut en 1478. Il eut pour successeur Albert de Siecin que Dtugosz appelle avec raison professeur de théologie*); on lit en effet dans les conclusions de 1474, qu'alors assistait aux délibérations «frater Albertus conventus s. Trinitatis s. theol. professera.

On peut donc affirmer que les congrégations n'eurent qu'une part insignifiante au mouvement de l'université. Il est néanmoins certain que la grande école contribua à la polonisation des monastères, en bannit les éléments étrangers qui jusque là y avaient prédominé.

Les religieux étrangers n'étaient qu'une infime minorité dans le nombre des étudiants qui, pendant tout le XV-e siècle, vinrent du dehors à Cracovie. Ceux-ci accouraient parfois des plus lointaines contrées, de l'Occident et du Nord. Les Moraves se rendaient non seulement à Prague, mais encore à Cracovie. La Prusse et la Silésie fournissaient un fort contingent d'Allemands. La Silésie qui se détache définitivement de la Pologne sous le règne de Casimir-le-Grand, n'était du reste qu'à moitié germanique, et pendant tout le XV-e siècle elle resta dans la sphère civilisatrice de la Pologne; il en fut de même pour les provinces soumises aux Teutoniques. On tenta en

*) M. Fijaïek. Etudes pour Thist. de l'univ. de Cracovie. 116. ») Lib. Benef. III. 462.

vain, comme nous le savons, de créer des écoles régionales à Kulm et à Breslau.

La Silésie envoya donc à Cracovie une pépinière d'élèves et de maîtres. Les villes de Kreuzburg, Ratibor, Brieg, Breslau, Neisse, Glogau figurent à chaque pas dans les listes de professeurs et d'étudiants; au semestre d'été 1464, par exemple, sur 117 inscrits, 31 proviennent du diocèse de Breslau. Les registres portent parfois le nom d'un Piast silésien. En 1447 s'inscrit le prince Przemko; en 1464, un autre prince, du môme nom ').

Les Prussiens se rendaient en foule à Leipzig ou à Cracovie. On a compté que de 1400 à 1524, il y eut à l'école jagellonienne 962 élèves originaires de la Prusse, et 190 d'entre eux obtinrent dea grades à la faculté des artistes. Mais leur rôle dans les chaires du studium fut beaucoup plus effacé que celui des Silésiens*); ils sont submergés dans la masse des professeurs.

Les Hongrois eurent une situation tout à fait à part à Cracovie. Ce pays en effet, malgré des efforts répétés, ne put avoir sa propre université que vers la fin du XV-e siècle, et Cracovie, situé non loin de ses frontières, devait par cela même absorber les éléments désireux de savoir. Les rapports politiques au surplus contribuèrent à resserrer les liens entre les deux royaumes. Le Zips, remis en gage en 1412 à Jagellon, se trouva plus tard dans la dépendance de la Pologne-^), et, dans le cours du siècle, à deux reprises différentes, les Jagellons portèrent avec

*) Le premier mourut chanoine de Breslau en 1478, le second, avec la même dignité en 1493. Voir Grotefend Stammtafeln der schles. Fursten Tab. XI. Deux ans il étudia in artibus à Cracovie. puis il voulut aller ailleurs apprendre les canons; à ce propos l'université lui délivra un curieux certificat d'assiduité en une lettre de recommandation. Voir Lewicki. Cod. epistolaris. III. 39.

») Perlbach. Prussia scholastica (1895), X et XXVII.

*) Voir Maur. Dzieduszycki. Przewodnik naukowy (Lêopol) 1876. p. 704 el suiv.; 945.

succès la main sur la couronne de S. Etienne. Toutes ces causes expliquent Timportance civilisatrice de Cracovie pour ce royaume. La route de Soncz à Pest était alors lartère principale entre la Pologne et la Hongrie, et elle passait par Bartfeld, Epéries, Kaschau qui, avec Lewocza, étaient »quattuor civitates Hungariae superioris principalesa. C'est par cette voie, traversant ensuite Erlau (Agria), que se dirigeaient au XV-e siècle les caravanes polonaises*). C'est surtout le Zips et la Hongrie septentrionale qui fournissaient des élèves à Cracovie; mais le mouvement ne se renfermait pas en ces limites; il y avait aussi des écoliers de la Hongrie centrale, de Debreczyn, de Varadyn; du sud, de Funfkirchen, de Kalocsa, de Temeswar, de Szeuredin; parfois même des extrêmes confins méridionaux, de Salankemen, comme, par exemple, en 1467 et en 1468. La Transylvanie, Kolosvar et Torda participaient aussi à l'exode vers Cracovie; en un mot toutes les contrées qui font partie aujourd'hui de la monarchie hongroise avaient des (ils à l'école jagellonienne. Ils arrivent dès le début, dès 1400, en bien moins grand continent toutefois que les Silésiens. Vers les milieu du siècle, en 1444, on trouve beaucoup d'inscrits hongrois; bien plus encore en 1446. De 1431 à 1440, on en compte 61, c'està-dire 5-40/0 de la totalité des élèves. De 1441 à 1450, il y en a 91, soit b'H'^U; de 1451 à 1460, 122, autrement dit 6'6o/o, enfin de 1461 à 1470, 208, ce qui élève la moyenne à 10*2o/o- Dans les deux dizaines d'années suivantes on en relève dans le registre 185 et 209*). Kn 1493. sur 382 élèves, il y a 83 Hongrois et 113 autres étrangers. Ces chiffres démontrent éloquemment quel était le renom du studium cracovien. Ces Hongrois n'étaient pas seulement en arand nombre, ils étaient aussi fort appliqués aux études. Dans

*) Voir Papée. Archives de la Commission d'hisloiro, VIII U898) p. 438.

') Cette statistique a été établie par M. Birkenmaior dans son ouvrage Martin Bylica, p. 132.

la liste des gradés en effet, leurs noms foisonnent, et vers 1468, ils sont même en majorité. Plus tard, cette prépondérance se renouvelle encore parfois; en 1491 par exemple, deux Polonais, un Allemand et sept Hongrois passent bacheliers. Si les gradés étrangers prédominent relativement, c'est que les élèves venus de loin constituaient un élément de choix, car ceux-là seuls qui avaient de sérieuses intentions et étaient vraiment animés de Tamour du savoir entreprenaient ces longs et périlleux voyages.

Et qui sait si ces pupilles de la Pologne ne firent pas pencher la balance en faveur du pays qui les avait élevés, dans les compétitions réitérées pour la couronne de Saint Etienne au XV-e siècle? Leur affluence nécessita même la création d'une institution qui leur servît de refuge et leur assurât une situation privilégiée au milieu des autres étrangers.

Demeures des étudiants. Bourses.

Le système hospitalier et collégial. — Les collèges à Cracovie et leur destination. — Bourses: la bourse des pauvres ou d'isner, Jérusalem; la bourse des canonistes. — Dlugosz et la dotation des bourses. — Bourses des philosophes, des médecins, divitum. — Bourse hongroise. — Bourse allemande, fondée par Jean de Glogau. — A la fin du siècle l'université rend obligatoire l'habitation dans les bourses. — Les étudiants dans les collèges et écoles paroissiales. — Organisation des bourses.

Ceci nous conduit à la question des demeures des étudiants cracoviens *). Lorsqu'on créait une université, il fallait en même temps songer à procurer aux élèves un abri, et même une surveillance protectrice. C'est pour cela que Casimir- le -Grand dans son privilège d'érection parle de »hospitiaa pour les maîtres et les disciples; le loyer devait être taxé par deux citoyens de Cracovie conjointement avec deux écoliers*). Ce mot «hospitiaw employé ici est caractéristique pour toutes les universités, et principalement pour les universités italiennes, surtout jusqu'au XlV-e siècle. D'après ce système hospitalier, il était loisible à un étudiant de louer une «caméra», soit pour lui

*) Voir Muczkowski. Les habitations et les coutumes des écoliers cracoviens (1842) et Karbowiak: Habitations des » Jacques» cracoviens. Léopol, 1887.

») Cod. univ. 1, 2.

seul, soit pour y habiter en commun avec des camarades. Ce genre de logement ne donnait à la jeunesse universitaire ni secours, ni appui; aussi fut-il surtout en faveur dans les écoles italiennes, à Padoue et à Bologne, où Ton étudiait principalement le droit, et où les adeptes de cette science, plus âgés d'habitude, étaient à même de se tirer d'affaire et de se gouverner seuls. C'est pour ce motif que les universités d'Italie conservèrent une organisation d'un caractère séculier.

En regard de ce mode hospitalier, naquit à Paris le système dit collégial qui, avec le temps, fit de l'université un amas de maisons pour les maîtres et les élèves; et dans ces habitations furent créées des organisations spéciales qui donnèrent à leurs hôtes et une protection, et des subsides. Cette université qui avait porté la théologie à un si haut degré de splendeur, mettait à tout ce qui la concernait une sorte d'empreinte spiritualiste. On institua donc une foule de collegia avec des règles monastiques; et cette discipline fut successivement adoptée par toutes les universités de l'Orient et du Nord ^).

Quand Ladislas Jagellon fonda son université, il assigna en même temps une maison sise rue S. Anne comme colle^rium pour les maîtres es arts et théologie. C'était donc une imitation de Paris. A ce premier collegium s'en adjoignit un autre pour les juristes, en 1403, et un troisième, dit minus, en 1449. Néanmoins ce système collégial adopté à Cracovie présentait de profondes différences avec celui qui régnait en France; celui-ci en effet avaient d'abord en vue les étudiants pauvres; puis, mais en second lieu, les professeurs; tandis qu'en Pologne ces établissements comprenaient des logements de maîtres et des ))lectoria«, mais n'étaient ouverts aux écoliers que fort rarement et en minime proportion. Ladislas Jagellon

') Kâmmel. Die Universitâten des Mittelalters (Schmid, Geschichte der Erziehung il) p. 510.

offre la maison de la rue S. Anne »pour y loger les maîtres et pour servir de lieu de réunion quotidienne aux élèves«, qui y viendront écouter les cours et les disputes. En somme, la création des collèges à Cracovie ne donnait aucune solution à la question épineuse des habitations et de la surveillance des étudiants.

Sans doute le fondateur de l'université et ceux qui le secondèrent dans l'exécution de ses projets, auraient bien voulu grouper maîtres et élèves dans la stricte réglementation d'une communauté monastique. Mais ils se heurtèrent à une impossibilité matérielle, car l'université au berceau n'avait ni bâtiments, ni fonds pour ouvrir un refuge aux phalanges de jeunes gens envahissant Cracovie. Pour réaliser ces désirs il fallait attendre que la générosité des donateurs vînt en donner les moyens. En attendant les étudiants durent se contenter des «hospitia», demeurer chez des particuliers, parfois chez un maître pour lequel ils étaient une source de revenus, souvent enfin dans une école paroissiale. Et l'université avait à déployer quelque vigilance, ou tout au moins ombre d'une vigilance à l'égard de toute cette jeunesse dispersée dont elle avait la garde. Par la suite ce devoir lui fut facilité par des fondations qui peu à peu firent disparaître les défectuosités, causes fatales de relâchement, en concentrant en une certaine organisation tous ces éléments disséminés. On construisit des maisons appelées bourses, où moyennant une rétribution, les étudiants trouvèrent un abri sous le contrôle d'un maître ou d'un bachelier, nommé senior de cet établissement. Le nom de bourse leur vint précisément de cette contribution versée par les locataires qui, d'ailleurs, lorsqu'ils étaient pauvres en étaient exempts.

Cracovie au XV-e siècle vit naître plusieurs de ces institutions. La libéralité de quelques particuliers en permit la création et l'entretien; nous ne saurions passer sous silence les noms de ces généreux bienfaiteurs. Parmi eux

se distingue le grand historien Jean Dtugosz par f^s efTorU constants à améliorer la condition des écoliers indigents, à leur assurer le don du savoir, à faire régner l'ordre et le bien être à l'université. Son nom glorieux est attaché à plusieurs fondations nouvelles et à la régénération de quelques vieilles institutions en péril.

La bourse Isner, créée en 1409 et 1410, était la plus ancienne de Cracovie. Jean Isner, professeur de théologie, acheta en 1409 une maison sise rue Wislna, et par ses dernières volontés, formulées en 1410, la destina »à Tusage des maîtres pauvres, des bacheliers et des étudiants; et Ton devra avant tout y donner Thospitalité à des Lithuaniens ou à des Ruthènes doués pour la théologie ou pour les arts; les pièces sur les derrières seront réservées aux besogneux, tandis que les riches habiteront sur le devant et payeront un loyer au profit des susdits«. Nous ne savons si ces dispositions furent toujours respectées; toutefois la bourse ne tarda pas à fonctionner et la maisoQ d angle de la rue Wiélna et de la rue Gol^bia ^) actuelle fut de bonne heure un asile pour les étudiants, et, selon la pensée du fondateur, surtout pour les Lithuaniens. Nous y voyons en effet assez souvent des jeunes gens de cette contrée, comme le prince André Swirski*), ou les »nobiles(( Janus et Stanislas de Liihuanie*). Et sans compter les élèves, les maîtres parfois résidaient à cette bourse, s'ils y trouvaient de la place ^). Mais le collégial inférieur qui était Senior de la bourse des pauvres et en avait la direction, habitait de droit cette maison, tout en faisant des cours au coUegium % Plus tard, en 1461, cette institution fut élargie. À cette date Jean Dtugosz acheta

^) Aujourd'hui propriété de la banque austro-hongroise. ») Voir Acta rect 1215, 1729, 2190, 2191. 2208. 2229. ") Voir Pawinski, Liber Quitantiarum Régis Casimiri (1897).

*) Acta rect. 1786.

*) Conclus, univ. an. 1501.

le bâtiment adjacent rue Wislna, réunit les deux constructions qu'il restaura et mit au service des écoliers l'établissement ainsi agrandi ^). Ce fut là son premier acte de munificence en faveur de Tuniversité.

Cependant avant cette riche donation il avait pris fort à coeur les intérêts du studium, avait souvent été un bienveillant intermédiaire entre Técole et son grand protecteur, le cardinal Zbigniew, puis, il continua ces bienfaits en qualité d'exécuteur testamentaire du cardinal. Peu de temps avant sa mort, en 14&3, Olesnicki avait acheté une maison et un terrain rue Garncarska (aujourd'hui Golembia) à l'endroit ou s'élève actuellement le Collegium novum, du côté des rues Golembia et Jagellonska. Ce lieu s'appelait Jérusalem. Zbigniew se proposait d'y élever de vastes bâtiments pour y recevoir des élèves. Mais la place était occupée par des constructions quelconques, car un écrit des consuls cracoviens de 1460 parle de deux maisons d'angle achetées par Zbigniew 2). Le cardinal reconstruisit donc ces maisons, consacrant à ces réparations mille marcs en 1453; en 1454' il en débourse encore mille pour l'achèvement de son oeuvre, et le résultat de ces dépenses fut un assez grand édifice en brique, divisé en deux corps de logis. D'après le testament de Zbigniew (1454) il devait avoir 50 pièces et donner le couvert à 100 étudiants 8). Le revenu annuel pourvoirait à son entretien, et la bibliothèque léguée par le prélat ferait face aux besoins intellectuels de ses hôtes. Une

*) Cod. univ. Crac. II, 203 et Liber benef. I, 515. 11 est dit dans la vie de Dlugosz (Opéra I, VI): Ampliavit collegium, quod pauperum nuncupatur; nara veteri aedifîcio instaurato, totam partem, qaae in postico est, dcmptis ruinis et casulis quibusdam semirutis et obsoletis statim ex integro aedificavit. D'après des dessins appartenant à M. Friedlein c'était un édifice imposant, avec montants de portes fort beaux et une attique monumentale.

•) Cod. univ. II. 197.

») Cod. univ. II, 156.

année après la mort d'Oleénicki, cette bourse fut ouverte par les soins de Jean Dtugosz (1456): «collegium Jérusalem inter ceteras bursas insigne et in aliis partibus famatius* ^), Plus tard, peut-être en 1462, rétablissement fut ravagé par un incendie; mais Dlugosz le restaura magnifiquement*). Le senior, choisi dans sein de Tuniversité, était à la tête de Tinstitution, tout comme à la bourse des pauvres. »Tout le monde y avait accès, sans acception d'origine, de condition, de nationalité. Il arriva donc qu'à la bourse de Jérusalem logèrent, à côte d'écoliers sans grades, des maîtres et des bacheliers, avec des prêtres séculiers, des alumni monacaux, en même temps que des Polonais, des Allemands, des Hongrois et d'autres étrangers» '). Dans les statuts, promulgués en 1456*), il est spécifié que l'on choisira les conseillers de la maison de diverses nationalités — passim ex nationibus pro tune in domo existentibus. Mais, en raison de ce que cette ruche nombreuse était souvent agitée et troublait mainte fois le bon ordre de l'université, à plusieurs reprises on en' renouvela les statuts en les rendant plus sévères, et notamment en 1495 et en 1498, sous les rectorats de Mathias de Szydiow et de Jean de Wysoka. Au point de vue des études, elle accueillait des élèves des diverses facultés, des artistes, des canonistes, des théologiens. Beaucoup plus étroit était le champ d'action de la bourse des juristes. La première fondation dans ce but fut effectuée vers le milieu du XV-e siècle; en 1451 il est déjà fait mention de cette bourse^). Elle était située rue du Chapitre, à gauche en venant du château^), et s'appelait aussi bursa pisarum ou Grochowa; elle avait été créée par le

*) Concl. univ. a. 1495.

-) Vita Dlugossii. Opéra Vol. I. p. VI.

^) Karbowiak. Règlements de la bourse de Jérasalem (1888) p. 1<>'

*) Acta officialia Crac. I (U51, 8 Junii).

•) Aujourd'hui Nr. 3.

don d'une maison à l'université en faveur des canonistes, don fait par le chapitre de Cracovie avec le consentement de Zbigniew. Toutefois cette maison était fort délabrée. Aussi l'université en décide-t-elle la restauration, en 1454, car elle n'était presque pas habitable ^). D'un autre côté cette bourse ne pouvait remplir convenablement sa mission: elle était trop exiguë pour contenir beaucoup d'élèves -). Cependant, en 1469, furent introduits certains changements qui frayèrent la voie à la suppression de ces inconvénients, et c'est encore à Dïugosz qu'on fut redevable de ces améliorations. Conjointement avec le jeune Jean Dlugosz, comme lui chanoine de Cracovie, il fit avec les juifs des conventions qui éloignèrent ces derniers du voisinage immédiat de l'université. A cette époque, les israëlites avaient encore derrière le Collegium artistarum deux vieilles synagogues, des hôpitaux et un cimetière pour leur communauté. Les Dîugosz entrèrent donc en négociations avec eux et les décidèrent à céder ces bâtiments et ces terrains en échange d'une maison et d'un emplacement rue Spiglarska, près de l'église S. Etienne^). D'après la biographie de Dlugosz*), il destinait ce terrain ainsi conquis à la construction du collegium pour les Cisterciens, en vain promis par Jagellon. Cette fois encore l'édifice attendu resta à l'état de projet. Sur ces entrefaites l'université avait engagé des pourparlers avec le chapitre de Cracovie, au mois de février 1469, à la suite desquels elle restitua la vieille maison qui lui avait été donnée rue du Chapitre, et reçut celle que Dlugosz venait d'acheter aux juifs *). Simultanément Dtugosz résolut de créer une bourse pour les jeunes canonistes. Dans ce but il acheta rue Grodzka, proche S. André, et en face du

*) Concl. univ.

') Cod. univ. Crac. II, 264

*) Cod. univ. Crac. II, 262.

*) Opéra I, XV.

*) Cod. univ. Crac. II, 263.

Morawtki. m. 15

collège des juristes i), la maison Warcholowska, et y établit, en 1471, une bourse des canonistes, ainsi que l'atteste une plaque commémorative que Ton voit encore aujourd'hui sur le mur de Taile orientale de la bibliothèque jagel* Ionienne. Après avoir commencé de restaurer cet immeuble, il l'offrit en propriété au studium; mais la restauration n'étant pas encore terminée en 1483, l'université décida de continuer et de mener à bonne fin l'oeuvre du fondateur décédé*). Néanmoins l'institution avait été ouverte, même avant la mort de Dïugosz; car des documents parlent d'étudiants qui y étaient logés en 1479. On en rédigea les statuts en 1485, sous le rectorat de Mathias de Kosten '). D'après ces statuts le senior devait être un docteur des décrets, un licencié ou un bachelier en droit canon, élu par l'université. Par son testament, Jacques de Szadek dota ce seniorat de laltarie de S. Jean ante portam Latinam à Péglise cathédrale, avec dix-sept marcs de revenu, en lui imposant l'obligation de faire des cours sur le quatrième livre des Décrétales *).

Elle fut la plus belle fondation de Jean Dlugosz — si actif par ailleurs pour le bien de l'université — cette bourse de Longinus, comme s'exprime la biographie du grand historien, soutien de la faculté de droit, canonicae facultatis maximum robur. Aussi, en 1480, aux funérailles de cet infatigable bienfaiteur, avec un long cortège de prêtres et un peuple immense, l'université en corps suivit le convoi du défunt, pour honorer, dit un témoin oculaire, celui qui par ses écrits et par ses actions avait semé tant de germes féconds que l'avenir devait faire éclore *).

1) Ibid. III, 38.

») Conclus, univ. 1483.

') Voir Wiszniewski, Hist. lit. IV, 381.

*) Voir l'ordonnance de 1491 dans le Cod. univ. Crac. III, 174.

^) Dïugosz, Opéra I, XVI. Cette maison fut démolie en 1836; la façade ornée de sculptures et la vaste cour étaient assez imposantes, d'après les dessins que possède M. le bourgmestre Friedleia.

Outre ces grandes bourses, accueillant de nombreux élèves, il 7 en avait de plus petites, à l'existence souvent précaire, et au rôle assez effacé. On cite en effet plusieurs institutions secondaires sur le modèle de la bourse des juristes. On parle, entre autres, assez souvent de la bourse des philosophes, sise rue Golembia, près de la bourse de Jérusalem. Elle remontait aux premières années de Tuni- Tersité, sans avoir pu jamais acquérir l'importance d'autres établissements similaires. Elle avait pour seniors des maîtres, ou même parfois de simples bacheliers^). En 1494, il est <{uestion d*un étudiant habitant )>la maison des médecinsa, «t cette même année nous trouvons une mention concernant le senior de la bourse des médecins*), sans qu'on indique où elle se trouvait II est fort probable que le vieux collegium medicum, rue Grodzka, quoique menaçant ruine, inhabitable pour les professeurs et pour les leçons, suffisait encore pour fournir un asile aux élèves. La bourse divitum, des riches, joue aussi un rôle assez effacé. Le premier document où elle est signalée date de 1447 *), quoiqu'elle existât certainement auparavant. Elle était installée rue Golembia, non loin de la bourse des philosophes d'où on jetait des pierres dans ses fenêtres*). En 1476, le Collegium minus fut transporté dans le local qu'elle occupait, et à partir de cette date, on la perd complètement de vue^). Elle manquait, semble-t-il, des fonds nécessaires pour en assurer le fonctionnement régulier et «table.

Deux autres bourses n'avaient pas non plus de dotation particulière; elles étaient surtout destinées aux étrangers in-

*) Par exemple en 1478. Acta Rect. n. 717. Valentin de Grûnberg.

*) Acta Rect. n. 1671 et 1724.

•) Cod. jag. n. 1859: Explicit nova Compilacio Algorismi a. d. 1447 in bursa divitum.

*) Acta Rect. 314.

*) Voir Cod. univ. Grac. III, 46. Muozkowski. Habitations etc. p. 37.

écrits à Tuniversité. C'étaient les bourses hongroise et allemande qui, aux confins des deux siècles, furent assez en relief.

 plusieurs reprises nous nous sommes occupé des Hongrois et de l'extension extraordinaire de cet élément à partir du milieu du siècle. C'est aussi vers la même époque qu'on songea à leur assurer une demeure fixe. Un certain gentilhomme, du nom de Nicolas Belonka ou Bielonka, par testament créa à l'église S. Anne un autel de S. Nicolas et, en même temps, une nouvelle collégiature au Collegium minus. L'altariste, présenté par le Collegium maius aux autorités ecclésiastiques, devait professer au Collegium minus, et recevoir une rémunération sur les revenus de la maison léguée par Bielonka et située »ex opposito« du petit collège. Cette maison serait louée aux Hongrois, et au cas où ceux-ci feraient défaut aux Allemands. Hongrois et Allemands sont donc assimilés dans cette première fondation, ou tout au moins dans son esprit; nous verrons d'ailleurs que cette alliance se répéta assez souvent par la suite. En 1457, Nicolas de Kalisz, vicarius in spiritualibus, confirma ces dispositions, après la mort de Belonka^). Cette fondation cependant, ou ne fut point réalisée, ou n'eut qu'une existence éphémère. Nous lisons en effet dans les conclusions de 1501 que les professeurs délibèrent au sujet de la maison de Belonka, usurpée par la dame Tenczynska, veuve de Nicolas, et décident qu'on en revendiquera la possession, qu'on en chassera cette femme pour y fonder une collégiature inférieure, en exécution des privilèges et documents rédigés dans ce but. 11 est vrai qu'il n'est nulle part noté que cette décision ait eu des résultats positifs; et pas plus que précédemment le Collegium minus n'a de collégiature Belonka. Quelque obstacle inconnu dut annihiler alors les intentions du fondateur.

Entretemps l'université avait acheté, en 1464, de Jean

») Cod. univ. Crac. II. 185 et suiv.

et de Spytek de Melszlyn une vaste construction rue Bracka*), qu*elle avait payée 900 florins de Hongrie. C*est Dtugosz qui préside à cette transaction; il avait même, dit une vieille biographie, «exhorté Jean de Melsztyn à faire don de cette maison pour y loger des étudiants» *). Nous ne savons dans quel dessein, ni pour quel usage l'université fit cette acquisition.

La maison de la rue Bracka ne fut d'abord utile qu'indirectement aux écoliers. Le contrat de vente fut signé au mois de février 1464, et dès le mois d'avril de la même année cet immeuble est déjà nommé Collegium Novum; on y fait quelque cours de droit et de médecine; mais avant tout on y donne les leçons aux artistes qui, après l'incendie du Collegium minus, étaient sur le pavé; de plus, quelques actes académiques, les disputes, par exemple, y ont lieu. Cet état de choses dura jusqu'en 1476 où l'on assigna la bourse divitum comme demeure et collegium aux collégiatures inférieures.

Cette maison de la rue Bracka devint plus tard la résidence des Hongrois. Vers 1452, comme nous l'avons dit, fut formé le projet de créer une bourse pour ces étrangers, projet confirmé en 1457. Or, en 1470, les sources attestent expressément l'existence de cette bourse*). Où se trouvait-elle? Etait-ce dans cette maison Belonka «en face du Collegium minus ?« Nous l'ignorons. Cependant lors de l'ouverture du novum collegium minus en 1476, elle fut installée définitivement, semble-t-il, rue Bracka, dans la maison Melsztyn, qui venait d'être évacuée. A cette date de 1476 en effet, cet événement est signalé*), et, en 1482, la bourse porte le nom de Collegium dominorum de Melsztyn *). Elle prend alors en cette place un brillant essor et devient

*) C'est aujourd'hui la propriété de M. Stan. Zelenski.

•) Voir Vita Dlugosii dans Opéra I, VU et XV.

') Acta Rectoralia n. 152.

*) Muczkowski, Habitations etc. p. 26.

*) Acta Rect. n. 879.

bientôt une des institutions importantes de l'université par l'affluence grandissante de ses hôtes. Elle pouvait contenir quarante locataires^); très rarement elle accueillit des Polonais; assez souvent, au contraire, des Allemands. En 1483, par exemple, un maître la loua, pro Âlmanis studentibus suis. En 1513, elle a pour senior ce Venceslas de Hirschberg que nous connaissons; enfin, en 1516, le poète allemand Johannes Hadus y réside. Les habitants choisissaient un de leurs codomiciliés comme senior'). Elles n'étaient pas aisées les fonctions de cet élu aux prises avec la violence du tempérament hongrois, cause constante de conflits avec les autres étudiants, conflits attisés d'ailleurs par un certain antagonisme de race.

La maison de la bourse appartenait à l'université qui la donnait en louage à des entrepreneurs: ceux-ci prenaient à leur charge le côté financier de l'afTaire et touchaient les redevances des hébergés. Us versaient à l'université une certaine somme'). En 1483 et les années suivantes, Jean de Glogau en est le fermier; en 1488, Jean de Sommerfeld *). A la fin du XV-e siècle, ainsi que nous l'avons vu, cette bourse devint l'asile de l'humanisme et des humanistes. Bien des leçons, qui ne pouvaient être admises ailleurs, trouvaient là un auditoire: il nous suffit de rappeler Celtes et ses annonces de cours.

Au commencement du XVIe siècle néanmoins elle commença à déchoir. Sigismond-le-Vieux, il est vrai, témoignait à cette institution et à ses habitants une bienveillance toute particulière; il leur concéda par exemple, en 1510, le droit de prélever gratuitement à Wieliczka quelques blocs de sel ^). Plus tard, alors que le nombre des

*) Conclus, univ. a. 1491.

») Acta Rect n. 2078.

•) En 1529, paraît-il. la bourse de Longinus fut aussi louée- C'était évidemment une coutume du temps. Acta Rect. n. 2970. ♦) Conclus, univ. 1483 et 1488.

*) Codex univ. Crac. IV, 31.

Hongrois logés à la bourse avait considérablement diminué, il y eut entre cette dernière et l'université de graves désaccords. En 1535, la grande école regrette que le loyer de la maison occupé par la bourse ne lui procure que de modiques revenus, parce que cette maison n'a que peu de locataires; il est en outre intolérable que les Hongrois s'y considèrent absolument comme chez eux, quoique cet immeuble ait été acheté par l'université; peut-être serait-il mieux d'éloigner ces hôtes embarrassants^). En 1541, en effet, la bourse est fermée *). En 1557, les Hongrois sont autorisés à demeurer à la bourse dite naguère allemande et nommée maintenant nouvelle bourse. Cependant cette concession ne fut pas longtemps en vigueur car, en 1558, la communauté hongroise fut définitivement dispersée — desiit communitas haec Hungarorum ^). A ce moment elle n'était pas assez nombreuse pour constituer une corporation spéciale.

A la bourse allemande, d'une destination analogue, est attaché le nom de Jean de Glogau. Nous avons déjà vu qu'en 1483 il loua la maison Melsztyn pour ses élèves d'Allemagne. Ce n'était là cependant qu'une demi-mesure. Jean projetait de leur donner un meilleur asile fixe. Or, en 1486, les exécuteurs testamentaires de l'historien Jean Dïugosz, cédèrent moyennant une certaine redevance annuelle »la place autrefois juive derrière le collegium« à Jean Glogier qui a le dessein d'y construire une maison pour les étudiants*). Ce dessein fut bientôt réalisé et le bâtiment ne tarda pas à être achevé, grâce aux pressantes démarches et aux sacrifices personnels de Glogovita^). Dès 1487,

^) Conclus, univ. Iô3ô.

•) Schrauf, Regestrum Bursae Hungarorum.Vienne 1893, p. XVIII.

■) Ibidem p. 33, 34.

*) Voir Acta univ. Fasc. 268, n. 6905. Par conséquent, quoique cet emplacement eût été cédé en 1469 (voir plus haut) à l'université, Dïugosz n'en avait pas moins conservé certains droits de propriété.

•) Voir Cod. Jag. n. 59, p. 58 (Brevis historia Acad. Crac). Nous

on signale des écoliers de bursa Âlemannorum ^), Germains ou Hongrois; peu après (1488) les Acta Rectoralia mentionnent la bourse noviter extructa *); les conclusions parlent aussi de cette maison sise rue S. Anne, et dans le Livre des privilèges de Tuniversité il est question de la construction en bois, fondée par Jean de Glogau pour les Allemands, et appellée Bursa nova^).

Jean de Glogau fut pour les Allemands un protecteur et un bienfaiteur actif. Mais la bourse qu'il créa pour eux peut être considérée comme la plus haute marque de sa sollicitude. Ce bâtiment en bois était situé sur les derrières du Collegium maius*). Il fut détruit par un incendie en 1523, et, comme le nombre des Allemands avaient sensiblement diminué à cette époque, on ne jugea pas urgent de le rétablir. Il fut alors remplacé par la Bursa nova dont les Gonclusiones, à la date de 1535, annoncent la construction par maître Benoît de Kozmin. Maître Benoît en devenait le régisseur et pouvait y admettre des Polonais, des Allemands ou des Hongrois^). Rappelons que, cette même année on se proposa de déloger ces derniers de la maison Melsztyn qu'ils avaient occupée jusqu'alors.

Ces deux bourses, l'allemande et la hongroise, furent donc fondées et jetèrent leur plus vif éclat au moment où l'université traversait la période la plus brillante de son histoire, où la vie y était la plus intense, à la fin du XV-e siècle et au commencement du XVI-e. Lorsque les

ne saurions dire quel rapport il y a entre ce projet et la maison achetée en 1487 à un certain Martin par Jean de Glogow (pro universitate comparata et empta). (Acta Rect. n. 1107). Peut-être avait-il fait cette acquisition pour agrandir sa bourse.

») Acta Rect. 1097.

*) Acta Rect. 1180.

^} Concl. univ. 1488 et Muczkowski, Les Habitations, etc. p. 39.

*) Muczkowski, 1. c. 39.

*) Voir Conclus, univ. année 1634 et Cod. jag. n. 69. Cette maison porta plus tard la dénomination de domus classium; plus tard encore l'Italien Jo. Maria Padovano y établit un atelier de marbrerie.

étrangers se firent plus rares à Cracovie, elles disparurent, n*ayant plus de raison d'être. Elles n'avaient d'ailleurs aucune dotation qui en eût assuré Texistence ou pu les faire servir à un autre but.

La création de nouvelles bourses était accueillie avec joie par l'université, car on y voyait alors une condition essentielle du développement des études et du maintien de la moralité scolaire. Les bourses devaient mettre un frein salutaire aux ardeurs de la jeunesse, la contenir dans le droit chemin et la règle, lui épargner les chutes irréparables. Aussi les universités médiévales invitaient-elles, forçaient-elles même les élèves à habiter dans les bourses ou les maisons désignées à cet effet. L'inexpérience des jeunes gens légitimait cette contrainte, cette sollicitude tyrannique. En 1382, on promulgue à Prague un statut aux termes duquel la jeunesse est tenue de demeurer dans les bourses et collèges; en 1421, Vienne imite cette prescription. A la fin du XV-e siècle, l'université de Cracovie disposant de plusieurs institutions de ce genre, prit aussi des mesures semblables, à la suite d'excès et de tumultes violents. Pour mettre un terme à ces désordres, »pour que les étudiants ne fussent plus détournés de leurs études et ne perdissent dans le péché les sommes provenant de pieux donateurs ou de la maison paternelle», on décida en 1491 que dorénavant il serait expressément défendu à tout étudiant ou bachelier de louer un logement particulier, et que «chacun serait obligé de demeurer dans une bourse ou un collegium surveillé» ^). Toutefois il était fait exception pour ceux qui avaient des parents en ville, pour les pauvres entrant en service, pour les fils de magnats qui pourraient et môme devraient avoir des pédagogues et gouverneurs particuliers.

Cette ordonnance était le résultat de besoins se faisant depuis longtemps sentir, besoins devenant de plus en

*) Liber Promot. XLII.

plus urgents dans les moments de troubles; dès 1483, le recteur avait prescrit aux étudiants turbulents d'abandonner les »hospitia<i( suspects et d'entrer »dans les bourses, les écoles ou les collégial ^). Il faut néanmoins reconnaître que l'ordre établi par ces nouvelles prohibitions fut par la suite mainte fois transgressé. Les recteurs en effet ne procédaient pas uniformément: parfois sous de futiles prétextes ils permettaient de rester dans les «hospitiaa; parfois ils usaient de répressions sévères à l'égard des élèves insubordonnés *). Avoir une demeure privée s'appelait alors expensas ad aliquem habere, expensas alicui saliare ')« Aussi, pendant presque tout le XVI-e siècle, voyons-nous se renouveler de la part des autorités des avertissements au sujet de la stricte observation des règlements. II en était de môme à Paris et à Oxford: là aussi, au XV-e siècle, on prit .des mesures pour astreindre les étudiants à loger dans des maisons surveillées. Mais, tout comme à Cracovie, on se plaint à Paris, en 1486, des nombreuses contraventions aux édits rectoraux — quod multi temeriter starent extra collegia et essent vagabundi, errabundi.

L'arrêté de 1491 a trait, entre autres, à l'habitation des étudiants dans les collèges, fait néanmoins toutà-fait accidentel; car, ainsi que nous l'avons noté, pour les étudiants il n'y avait pas de place, à proprement parler, dans les collèges cracoviens. Un très petit nombre d'entre eux y trouvaient asile, soit à titre de pensionnaires privés accueillis par certains maîtres, soit comme domestiques ou hébergés gratuitement Les maîtres en eflet avaient à leur service des écoliers à qui le collegium donnait pour cela le couvert et une partie du vivre; l'autre partie incombait au magister auquel était attaché le jeune homme*). Parmi ces servitores on comptait parfois des

M Acta Rect. n. 916.

») Acta Rect. 2180, 2182, 2376.

*) Voir sur ces loueurs Acta Rect. 1412.

*) Karbowiak; Demeures des étudiants crac. p. 13.

bacheliers. L'ordonnance de 1446 en fixe le nombre et déclare que le collegium ne fournirait qu'un seul domestique à chaque maître; elle établit en outre la taxe que le magister devra verser pour tout domestique supplémentaire.

Enfin on appelait gracialistes les étudiants pauvres auxquels le collegium accordait un asile gratuit. Ils versaient une contribution pour leur nourriture ^). Parfois un maître accueillait chez lui un de ces gracialistes, après accord mutuel; puis il payait une certaine somme à la caisse du collegium*). Comme dans les collèges il n'y avait pas de logements pouvant être affectés aux étudiants, ceux qu'on y recevait par faveur habitaient dans les vestibules et corridors, à moins qu'un magister charitable ne leur ouvrît la porte de sa propre chambre.

Les écoles paroissiales craco viennes, par contre, donnaient refuge à une multitude d'écoliers, mais d'une catégorie inférieure, c'est-à-dire d'écoliers paroissiens; cependant on y voyait aussi des élèves de l'université. A chaque page les actes nous parlent d'étudiants domiciliés à S. Etienne, à S. Anne, au Château, à Tous-les-Saints, au Corpus Christi, au St Esprit ou Hôpital. Il y avait à Cracovie, au XV-e siècle et plus tard, douze de ces écoles. Le recteur de l'école ou ses auxiliaires donnaient le logement aux écoliers, et ceux-ci étaient tenus à certains services, surtout pendant les offices religieux. La jeunesse indigente qui se pressait dans ces asiles, gagnait son pain de différentes manières; elle n'hésitait pas même à mendier, ce qui d'ailleurs n'était pas considéré comme honteux pour un étudiant du moyen âge. Les hôtes des écoles paroissiales mendicantes se répandaient dans la ville, et, pour capter la bienveillance de ceux qu'ils sollicitaient, faisaient des tours, chantaient, jouaient et obtenaient ainsi quelque argent pour

>) Karbowiak 1. c. 14.

*) Acta Rect. 3039: est cité maître Adam Matla, ratione cameraiium occasione gracialistae, quem fovebat in propria habitatione.

leurs plaisirs ^). Ils avaient aussi des redevances à acquitter aux recteurs, telles que les introitalia et les lignalia*). Cependant les bourses étaient les véritables soutiens du bon ordre à Tuniversité; elles enfermaient l'étudiant dans la vie corporative, presque claustrale, propre aux studia du moyen âge. A la tête de ces bourses il y avait des proviseurs et des seniors. )>Le proviseur choisi d'ordinaire parmi les maîtres plus âgés, n'habitait pas à la bourse; mais il en administrait les fonds, la pourvoyait de bois, de char bon, de vivres, veillait au bon état des bâtiments, donnait ses ordres au senior, jugeait en première instance les litiges surgis entre ce dernier et les boursiers, et examinait les plaintes portées par ceux-ci contre celui-làa«). En général les seniors étaient des professeurs, parfois de jeunes extranei; à la bourse des pauvres, c'était toujours un des plus jeunes collégiaux qui était senior; à celle des juristes, c'était un professeur de droit*). La bourse hongroise eut le plus souvent pour senior un Hongrois, sans doute élu par les boursiers eux-mêmes. Le senior était fixé à la bourse, en était le supérieur, le directeur, le gardien *). Aussi est-ce de lui que dépendait la bonne tenue de l'institution, et c'est contre lui que s'élevaient toujours les doléances des administrés qui parfois en venaient à le battre. Michel de Bystrzykow, par exemple, étant senior de la bourse de Jérusalem, fut en perpétuel conflit avec ses pupilles. En 1489, on le roua de coups, on le blessa même*^), et un arrêt de 1490^) atteste en effet qu'il ss permettait des abus de pouvoir, outrepassait ses droits et apportait une humeur acrimonieuse dans les relations avec

*) Karbowiak, 1. c. 16—17.

») Acta Reot. n. 1056-1624-1626.

■) Karbowiak, 1. c. 29.

*; Cod. univ. Crac. III, 175 et suiv.

*) Karbowiak. 1. c. 29.

«) Acta Uect. n. 1221.

') Acta Rect. n. 1325.

ses subordonnés. Martin de Lezajsk, senior de la bourse des pauvres, fut aussi peu tendre pour ses élèves; on le rappela au calme, à la modération, au respect de ses devoirs*); on lui recommanda d'user modérément des privilèges qui lui étaient reconnus à table, de prendre une portion copieuse, mais non excessive... potiorem sed non valde magnam.

Dans les questions ménagères, le senior était secondé par un préposé et un »armoirier«. L'argent pour subvenir à tous les besoins et les subsistances provenait des cotisations des élèves qui, à moins d'une exemption spéciale^ devaient payer les droits introitalia, lignalia et cameralia ^). A heure fixe, boursiers, professeurs, habitants temporaires de la bourse et senior se réunissaient à une table commune ^). Le senior recevait les étudiants à la bourse, et exigeait à leur entrée un certificat d'inscription — ce que plusieurs évitaient de fournir — de plus, un habit convenable, c'est-à-dire, conforme aux prescriptions universitaires exigeant un costume semblable à celui des ecclésiastiques. En dehors de ces occupations administratives, les seniors avaient encore des fonctions pédagogiques. Dans les bourses en effet, avaient lieu fort souvent les ))résomptions«, c'està-dire les répétitions et la préparation aux examens. Ces travaux étaient dirigés ou surveillés par le senior. Il était par surcroît tenu de veiller à ce que ces résomptions ne fissent point manquer aux élèves les cours obligatoires ou essentiels*). Le contrôle des leçons et de l'assiduité des élèves à ces leçons lui incombait entièrement. Dans les conclusions de l'université il est dit du senior des pauvres, que sa charge consiste — actus disputando, domum et inhabitatores regendo et lectionem in CoUegio perficiendo. Par

>) Acta Rect. n. 2130.

') Acta Rect. n. 1066, 1240, 2679.

*) Pour plus amples détails Wiszniewski IV, 381 (bourse des canonistes) et Karbowiak, Règlements de la bourse de Jérusalem. *) Acta Rect.

conséquent les seniors des bourses — de celle de Jérusalem comme des autres^) — étaient astreints à organiser à la bourse même des disputes pour multipler ces exercices favoris, auxquels on se livra si passionnément en ces siècles friands des tournois intellectuels*).

Les cours devaient être faits dans les collèges; Tuniversité tenait la main à la stricte observation de ce principe et en réprimait la transgression. Malgré tout, on ne put empêcher certains jeunes maîtres, à la fin du XV-e siècle, de donner des leçons dans les bourses et cela même assez fréquemment. Cette licence était en formelle opposition aux règlements. De plus, elle arrachait la science au contrôle qui l'avait jusqu'alors renfermée dans d'officielles murailles et dans des programmes officiels.

1) Règlements 29 et 88.

*) Voir Bauch, Gesch. des Leipz. Frûhhumanismus (18d9) p. 10*

Conduite de la Jeunesse et Juridiction universitaire.

Excès commis par les écoliers. — Antagonismes provinciaux. — Les Mazours sont l'objet de fréquentes taquineries. — Oppositions nationales. — Les Hongrois et les Allemands à Cracovie. — Le tribunal rectoral. — Les tribunaux privés des bourses et collèges. — Juridiction des Conservateurs. — Conflits avec les Hongrois. — Détails de procédure. — Peines infligées.

Les universités, nous venons de lô voir, s'efforçaient de contenir la jeunesse qui les fréquentait par une discipline sévère, par des cadres déterminés et fixes. Les connexions entre la science et l'Eglise, devaient être affirmées par des marques extérieures. La science, en effet, était au service de la théologie, mère de toutes les sciences; les maîtres appartenaient au clergé; par conséquent les élèves, qui d'ailleurs se destinaient en grande partie aux Ordres, étaient soumis à une règle ecclésiastique, presque monacale. Leurs vêtements rappelaient ceux des prêtres: ils portaient une longue capote brun foncé, avec ou sans capuce, et ce vestitus clericalis était imposé à l'écolier à l'exclusion de tout autre qui eût passé pour vestis indecens. Mais bien des fois on fit des exceptions, on éluda les édits somptuaires.

L'esprit des jeunes gens ne se laissa pas aisément dompter par les entraves dont on l'enchaîna. A chaque in-

stant, les anciens actes parlent des excès, des explosions violentes des fortes natures nnédiévales venant rompre le calme réglé de la vie studieuse. Prohibitions et, par ce!a même, délits se multipliaient à Tenvi. Il ne faudrait pourtant pas pousser trop au noir le tableau de ces désordres. Les témoignages contemporains négligent de nous parler de Tuniforme suite des jours sans nuages, tandis qu'au contraire ils se plaisent à étaler le récit des événements tumultueux. Gardons-nous donc de trop généraliser ce qui n'était qu'accidentel. Néanmoins on ne saurait nier non plus que les rudes caractères de la jeunesse ne se courbaient qu'en regimbant sous le joug, et que souvent au mépris des décisions, décrets et règlements édictés par les bourses et les autorités gardiennes du bon ordre, n'éclataient des troubles graves.

Nous en avons parlé plusieurs fois incidemment On était alors prompt à l'injure et à la querelle. A la moindre contestation les épithètes offensantes pleuvaient; on échangeait communément d'ignobles vocables comme fur, fîlius meretricis. Et naturellement on n'en restait pas toujours à ces aménités verbales: on en venait aux coups, on se prenait aux cheveux (capillatio), on se roulait à terre; souvent même épées et poignards sortaient du fourreau, et l'on ne tenait aucun compte de la défense à plusieurs reprises renouvelée de porter des armes. Les barbitonsores pansaient les blessés. Nous avons vu que les maîtres euxmêmes n'étaient pas à l'abri des outrages et des voies de fait des étudiants. Les Âcta Rectoralia abondent en longs comptes-rendus de ces bagarres sanglantes. Fort souvent aussi la question d'argent faisait naître des conflits; tailleurs et cordonniers n'obtenaient pas facilement ce qui leur était dû. On avait au moyen âge la conscience beaucoup plus large qu'aujourd'hui à ce sujet; on allait jusqu'à voler, jusqu'à s'approprier le bien d'autrui avec la plus aisée désinvolture; les livres et les pelisses surtout étaient l'objet des convoitises et donnaient lieu à des milliers de procès.

Parfois les combattants se rencontraient dans la rue, malgré les mesures les plus sévères contre les étudiants qui, la nuit surtout, vagabondaient par la ville. Les documents racontent une foule de rixes à issue sanglante; on lançait en outre des pierres dans les fenêtres des bourgeois qui, de leur côté, ripostaient avec des flèches ^); les longues séances au cabaret ne faisaient que jeter de l'huile sur le feu. Les sources anciennes sont fort sobres de renseignements sur les amusements des adolescents; il est probable qu'on n'y attachait aucune importance et qu'on n'en sentait nullement le besoin. Aussi l'ardeur des jeunes gens ne trouvant pas à se dépenser dans des distractions permises, s'épanchait en pugilats et en injures. Certains jeux, les dés, les cartes, étaient réprimés comme ludi inhonesti. En 1605, le recteur punit un maître et un bachelier pour avoir joué ensemble*); en 1529, le recteur blâme l'étudiant Mathias de Piotrkôw qui s'adonne passionnément au jeu... in superfluo lusu cartharum et taxillorum •). Les outrages aux bonnes moeurs sur lesquelles l'université étendait toute sa sollicitude, banissant les femmes des maisons habitées par les maîtres et les étudiants, sont rarement notés dans les actes rectoraux*); le nombre des délits de ce genre est presque insignifiant en face de la multitude des autres.

Parmi les jeunes gens se formaient des partis et des antagonismes. Les bourses, souvent sur le pied de guerre entre elles, alimentaient certaines rivalités, certaines aversions provinciales. Les Mazoviens en particulier eurent fort à souffrir de ces haines absurdes. Ils passaient, d'un côté, pour simples d'esprit, de l'autre, pour intrigants. Dès le XV-e siècle, la verve d'un poëte s'exerça à leurs dépens dans un Carmen Zaphicum ayant pour sujet Qualis naturalitas

') Acta Rect. 2669.

») Ibid. 2029.

*) Ibid. 2956.

*) Ibid. n. 797.

Morawski. m. 16

Mazovitarum ^). Il y est écrit que les Mazoviens naissent aveugles, qu'ils sont inépuisables en fourberies, qu'ils volent et se souillent de toutes les vilenies. Une autre épigranune du temps ne les épargne pas davantage

Dico vobis rite, fugite oonsortium Mazovite Quia fraus et invidia régnât in Mazovia').

Ces préventions eurent un écho à l'université. On y tourna en dérision les Mazoviens, on les appela scrofae mazovianae ^j; on se moqua de leur langage, et, à la bourse des pauvres, »Mazoures« et »Polonais« en vinrent aux mains. Ces derniers, courant de chambre en chambre demandaient si Judas n'avait pas porté la foi aux Mazoviens et en même temps raillaient les dénominations étranges des voyelles mazoviennes*). Les rapports s'envenimèrent au point que le tribunal du recteur dut intervenir. On aura une idée de la réputation qu'avaient les Mazoviens par le fait suivant: en 1558, lorsqu'on voulut transporter à la bourse des philosophes les quelques habitants de la bourse hongroise dissoute, les Hongrois refusèrent de profiter de cette faveur, »car, dirent-ils, il n'était pas possible à des agneaux de vivre, inter lupos Mazovitasa ^).

Toutefois les inimitiés provinciales étaient loin d'être aussi graves que les discordes entre nations. Dans les universités où il y avait des représentants de plusieurs pays, des collisions se produisaient souvent, et à Prague

M Cod. bibl. jag. 2036.

') Monuin. Pol. V, 1010. Mazovita interpretatur quasi malaruin accionuin zelator, odiens veritatem iramque tenens amarissimam.

») Acta Rect. 1580.

*) Cette langue mazovienne fut souvent ridiculisée, entre autres dans les universaux humoristiques publiés par Bol. Ërzepki, dans les Annales de la Société des amis des Sciences. Posen XXI. Voir ibid. XXII. Ce conflit est raconté dans les Aota Rect. 2189—2191. En marge un Mazovien a mis à côté des paroles attribuées aux Mazoviens: ceci a été écrit par un fieffé coquin, un menteur, un traître.

'^j Schrauf, Regestrum bursae Hungar. p. 35.

les choses en vinrent au point de provoquer ce fameux exode des étudiants étrangers. Ces luttes internationales avaient lieu à coups des poings, mais aussi à coups de plumes. Elles donnèrent naissance à quantité de chansons satiriques, d'épigrammes courant de bouche en bouche, colportées d'endroit en endroit, affichées sur les murs. Les Tchèques formulaient ' contre les Allemands d'amères invectives:

Teutonici sunt nati, venerunt de culo Pilati, Bohemi sunt tristi, venerunt de corpore Ghristi.

Le latin est à la hauteur du fond de ces compositions poétiques. D'autres chants d'étudiants déchiraient les étrangers venus à Prague, et les Polonais d'ordinaire étaient traités de voleurs dans ces couplets agressifs:

Hos attingit Hungarorum Natio crassorum morum Rudis atque barbara.

Infra illos sunt Foloni Ad furandum valde proni Et Lithuani pauperes.

Marcomanni et Bohemi Sunt haeretici blasphemi Madidi Austriaci*).

Ces hostilités ne se manifestèrent pas à Cracovie aussi violemment qu'à Prague, mais n'en existèrent pas moins. Il était aisé de se quereller avec les Hongrois fort nombreux et au tempérament de flamme. Aussi échangea-t-on force horions*); en 1507, les Hongrois sont accusés d'avoir roué de coups un Polonais; ceux-là allègent à leur décharge que c'était la fête des Innocents, et que ce jour là il est d'usage en Hongrie de battre les garçons. Néanmoins

*) Voir Tadra, Kulturni styky (^'ech s cizinou (Prague 1897), p. 387, 391.

•) Acta Rect. 2131 (an. 1507) 2318 (1515).

le recteur les admonesta et leur fit observer qu'une telle conduite était inadmissible à Gracovie. On affichait sur les portes du collegium de la bourse hongroise et en d'autres lieux de cruelles diatribes contre les Hongrois. En 1522, un bourgeois cracovien, Jean Medyk, apposa des pamphlets de ce genre sur les murs de la bourse hongroise, sur les portes de la chapelle des Hongrois à Téglise S. François et dans d'autres églises^). Enfin le tribunal mit un terme à cette lutte littéraire qui battait son plein au commencement du XVI-e siècle; alors les antagonismes nationaux s'accrurent à un tel degré qu'ils détournèrent de Gracovie les étudiants étrangers.

Nous avons déjà dit que vers la même époque les Allemands commencèrent à ne pas se sentir non plus en sûreté à Gracovie. G'était cependant depuis longtemps qu'ils avaient eu maille à partir avec les Hongrois*) ou les Polonais. En 1474, un certain Bernard de Lubiszow, gentilhomme étudiant, demeurant à la bourse des riches, se présenta armé devant la bourse de Jérusalem, provoqua les Allemands qui y séjournaient, les appelant «Godriania^ juifs, hurlant la chanson où il était prétendu que les Allemands descendaient de culo Pilati, et joignant à cette grêle d'injures, une grêle de pierres dans les croisées du bâtiment^). De ce fait il fut cité par le senior de la bourse devant le tribunal rectoral. Ges violences prirent fin par une lente mais** progressive désertion des Allemands, qui se font de plus en plus rares dans le registre matricule universitaire au commencement du XVI-e siècle, pour disparaître plus tard à peu près complètement II y avait, il est vrai, à cet abandon de l'école jagellonienne, des motifs plus sérieux, comme, par exemple, la Réforme; néanmoins

^) Acta Rect. 1697, 1705, 2337.

") Ibid. 1560 (an. 1493).

*) Ibid. 316, Godrius, Codrianus est l'équivalent de gueux. En réalité le Codrianus était le boursier pauvre; cette dénomination s'étendit à tous les boursiers en général.

les susceptibilités froissées ne contribuèrent pas peu à creuser un fossé entre les deux nations qui naguère puisaient de concert à la môme source du savoir.

Les bourses avaient donc pour but le maintien de l'ordre parmi les élèves de Técole, ordre auquel, d'autre part, veillaient les autorités universitaires et, en premier lieu, le tribunal rectoral, — ut ordo debitus et rigor ordinatus... per scolares iugiter observetur. Le document érectif de Jagellon, aussi bien que les actes de fondation d'autres universités, précisait et confirmait la compétence de cette juridiction. »Nous voulons, y lisons-nous, que les écoliers venus à Cracovie pour y faire leurs études, aient un recteur qui soit leur juge dans les afTaires civiles et ait iurisdictionem ordinariam sur eux tous qui, par serment, lui jureront obéissance et respect. Et que personne, en quelque affaire civile que ce soit, ne s'avise de citer les étudiants de Cracovie, à quelque classe qu'ils appartiennent, devant un juge étranger, soit clerc, soit laïque. Nul ne pourra faire appel, ni être exonéré de la sentence du recteur; nul ne pourra par voie de pétition tenter d'obtenir restitutio in integrum; au cas où l'on en appellerait, l'appel ne sera point admis, et l'appelant ne pourra être entendu par aucun juge religieux ou séculier; le jugement prononcé par le recteur restera toujours exécutoire, sans aucune restriction. Toutefois si ce jugement paraît inique ou irrégulier, les consiliarii de l'université auront à en apprécier la teneur, et à prononcer en dernier ressort. De plus, le dit recteur connaîtra des délits et légères contraventions criminelles des étudiants, comme, par exemple, lorsqu'ils se seront pris aux cheveux, frappés à coups de poings jusqu'à effusion du sang, ou pour toute autre batterie sans conséquence très grave; et pour ces fautes, ni les étudiants, ni leurs compagnons, ni leurs domestiques ne pourront être cités, ni comparaître devant extranea iudicia. Si toutefois — ce dont Dieu garde — un étudiant ou toute autre personne ci-dessus désignée, est saisi en

flagrant délit de vol, d'adultère, d'outrage aux bonne» moeurs, d'assassinat ou de tout crime énorme et infamant» il ne sera pas déféré à la juridiction rectorale; mais si Taccusé est clerc, il devra comparaître devant révèque, s'il est laïque, devant notre tribunal royal «.

Telles sont les stipulations principales de l'acte de Jagellon. On y différencie donc le civil et le criminel, l'ecclésiastique et le séculier. C'est le recteur qui sera le juge incontesté de l'université et de ses membres pour la plupart des actes prohibés dont ils se seront rendus coupablea Cependant l'université comprenant une multitude de corporations, à côté de ce pouvoir judiciaire du recteur se trouvaient d'autres compétences qui, conjointement avec l'autorité rectorale, avaient pour mission de garantir le bon ordre dans le champ de leurs attributions, et, par conséquent, indirectement à l'université. Il existait donc des »iudicia domesticaa, appelés à juger des causes et des différends surgis dans telle ou telle institution; on pouvait en appeler de leur jugement au recteur. Cette juridiction intra muros était attribuée aux préposés des collèges ^), aux se* niors des bourses'), qui, de concert avec les consiliarii élus parmi les boursiers, jugeaient leurs administrés; en cas de conflit entre les boursiers et leur senior, le proviseur intervenait"), c'est-à-dire le professeur qui avait été désigné par ses collègues pour administrer les fonds de la bourse, avoir la haute main sur le senior, procurer à l'institution tout ce dont elle avait besoin pour vivre et fonctionner. Ces dispositions avaient pour but de ne rien laisser trans^ pirer au dehors de ce qui se passait dans la bourse — ne causae rixosae et litigiosae in domo exortae ad extra volarent, sed in domo consopirentur. Ainsi s'étouffaient dans l'enceinte même ou elles s'étaient produites et dont elles

') Acta rect. 788.

>) Ibid. 3057.

») Ibid. 1325 et 3114.

avaient troublé la paix, les discussions et les injurieuses offenses.

Nous avons encore à parler de la juridiction des conservateurs de l'université. Cette charge fut créée pour assurer au studium un gardien permanent de ses droits, de sa liberté, de ses propriétés et privilèges. Jagellon la confia, en 1400, à Févèque de Cracovie O- En 1410, Jean XXIII institua trois conservateurs: les doyens des chapitres de Gniezno, de Cracovie et de Breslau*). Le doyen de Cracovie, par la nature même des choses, était principalis conservator, étant mieux placé que tout autre pour bien remplir cette fonction. Néanmoins, il fut plus tard remplacé par Tabbé de Mogita. Ce dernier est, dès 1429, investi de cet emploi qu'il conserva depuis*). On pouvait, à ce qu'il semble, en appeler à ce conservateur des sentences rectorales rendues en certaines circonstances^). Mais il était tout spécialement désigné pour connaître des affaires dans lesquelles l'université ou l'un de ses membres avaient été lésés dans leurs droits ou dans leur avoir. Le plus souvent le conservateur se substituait un sous-conservateur qui conduisait l'instruction des procès et les jugeait ordinairement. Ce dernier était toujours un maître de l'université.

Comme il était de la compétence du conservateur de citer des personnes habitant d'autres villes et d'autres diocèses et prévenues d'avoir nui à l'université ou à ses membres^), l'autorité de ce fonctionnaire était assez étendue. Elle le fut même parfois avec excès et arbitraire, au point qu'elle amena de graves conflits, et notamment avec les Hongrois. Si, en effet, un étudiant cracovien avait procès avec un Hongrois, il s'adressait au conservateur et faisait

') Cod. univ. crac. I, 29.

') Ibid. 84.

») Ibid. 165.

*) Acta Rect. 2288.

*) Cod. univ. crac. I, 166.

citer son adversaire qui, au cas de non comparution, était jugé in contumaciam par le conservateur. La ville de Kaschau, ainsi qu'en témoignent des actes parvenus jusqu'à nous, eut bien des fois à subir cette juridiction ^). Il arriva même que les marchands cracoviens revendiquèrent leurs créances hongroises par la voie universitaire. Plusieurs de ces affaires traînèrent en longueur pendant tout le XV-e siècle, à partir de 1417 •). Les Hongrois protestèrent vivement contre ces procédés; en 1422, le roi Sigismond combat cette »prérogativett de l'université; en 1446, ce sont les »praelati, barones, nobiles et proceres regni Hungariae« qui réclament; enfin, en 1454, le roi Ladislas se refuse à reconnaître cette juridiction en vertu de laquelle «certaines personnes, aussi bien étrangères que sujettes de la couronne hongroise, et principalement les écoliers faisant leurs études à Cracovie . . . citent à comparoir des citoyens hongrois hors de leur pays, et, en particulier, devant l'université de Cracoviea. A ces privilèges, prétendus papaux, de Tuniversité on opposait la loi hongroise niant à tout tribunal étranger le droit de juger un habitant du royaume. Le tribunal universitaire fut donc la cause de différends internationaux. Mais la juridiction des conservateurs commit des abus criants, s'il est vrai qu'un individu n'appartenant pas à l'université put s'inscrire au registre matricule pour faire protéger ses propres intérêts par ces juges exceptionnels. L'archevêque Jean Laski se montra fort mécontent de ce que les conservateurs se fussent per-

') M. Frédéric Papée a le premier fait remarquer ce fait dans ses Notes sur les Archives hongroises (Arch. de la Commission d*histoire 8, 443). L'administration des archives a bien voulu communiquer ces actes à Fauteur.

*) Cette môme année François Creysewicz, délégué par le doyen de Cracovie, cite ad instantiam . . . Georgii Debringer, étudiant de Cracovie, Catherine Dorstin de Kaschau, et prononce contre cette dernière un jugement par défaut. Georgius Debringer de Casschovia s'inscrivit à l'université en 1417. Voir Album I, p. 40.

mis de citer des gens de son diocèse et d'ailleurs. Aussi, en 1522, se décida-t-ii à mettre la question au clair, à limiter la juridiction des conservateurs, à en préciser les attributions. Zelo non bono contra universitatem concepto — rapportent les conclusions — voluit et nitebatur conservatoria privilégia... destruere et provinciam ab ea(8ic!)purgare. Néanmoins le studium ne manqua point de défendre ces prérogatives. En 1523, les plaintes s'étant renouvelées et ayant été portées aux piedt du roi, avec Tassentiment de l'université et du primat, fut instituée une commission à TefTet d'examiner l'affaire avec soin. En faisaient partie Jean Ghojeâski, Pierre Myszkowski, Stanislas Biel, Jacques d'Arciszevir et le recteur de l'université. Il en résulta que dorénavant ne pourraient faire usage de l'intervention des conservateurs que les personnes actu laborantes à l'université et les étudiants. 11 ne serait point permis d'y avoir recours aux personnes autrefois gradées ou incorporées, non plus qu'à celles qui prendraient de fictives inscriptions à l'université*).

Laski qui ne voyait pas d'un bon oeil l'ingérence d'autrui dans son diocèse et qui, en qualité de primat et de légat, aimait à empiéter sur les droits du prochain, contribua à régler la situation. Le »zelusa fut-il en cette occasion malveillant? Nous ne saurions le dire. 11 est certain toutefois, et facile d'ailleurs à comprendre, que les susceptibilités du prélat froissèrent l'université.

Le tribunal rectoral lui-môme donna lieu à plusieurs contestations. Le décret de Jagellon était, il est vrai, fort

') Voir Conclus, un. 1523. II est ajouté: item praefati domini etiam invenerunt, quod nedum pro bonis universitatis, verum etiain pro privatis patrimonialibus bonis seu personalibus taies manentes circa universitatem possunt uti illo conservatorio, tali tamen sub moderatione quod prius taies a dominis teniporalibus sive spiritualibus sive saecularibus quibus talia subsunt bona, quaerere debent eis administrari iustitiam etiam cum intercessione per litteras ad eosdem rectoris.

explicite, et déflnissait exactement la compétence des divers tribunaux. Mais, malgré tout, on en vint, à des discussions et à des mises en question; on éluda la juridiction recto-, raie, même dans des afTaires qui lui appartenait de droit et on les porta devant d'autres tribunanx — aliéna fora — au mépris et au détriment des privilèges de l'université — in enervationem iurium universitatis. D'ailleurs, les limites entre la compétence épiscopale ou offîciale et celle du recteur étaient loin d'être rigoureusement tracées. Souvent le recteur renvoyait à l'ofScial une affaire où il s'agissait de choses touchant à l'église, se déclarant incompétent — quod non pertinet ad eum iudicare de rébus ecclesiasticis ^). Au surplus les clercs étudiants, à l'encontre des statuts prescrivant de soumettre leurs causes civiles au tribunal rectoral, excipaient de leur caractère ecclésiastique pour s'exempter de la juridiction du recteur*). De là des conflits, des rémissions d'un forum à l'autre; et ces hésitations portaient une grave atteinte à la discipline ainsi qu'à l'autorité de l'université.

Le rector jugeait en général avec Tassistanoe des consiliarii, pris parmt les maîtres "). Si, seul, il avait rendu une sentence, on pouvait en appeler d'abord à ces consiliari; de ceux-ci, en troisième instance, à l'université, ou plutôt aux doyens, ses représentants*). Le recteur alors s'adjoignait les doyens des facultés de théologie, de droit canon, des arts; ce tribunal examinait à nouveau le procès pendant et y donnait une solution*^).

V) Acta Réel. 84, 569. Dans le statut de Dobrocieski de 1604 (Arch. pour l'hist. de la littér. II, 377), il est expressément dit: si causa fuerit inter professores bénéficiâtes, ad episcopum Crac... recurri débet iuxta privilegium Vladislai régis.

») Acta Heot. 1379-2907.

*) Ibid. 2311.

*) Ibid 2312.

^) Ibid. 1752: dominus... convocatis decanis trium faoultatum, theol., canon, et art, ad quos finalitcr pertinet omnes difTerencias per appellacionem devolutas determinare.

Les peines étaient le plus souvent pécuniaires; on en évaluait le montant d'après la gravité du délit; Téchelle d'appréciation comportait quantité de degrés et de détails; parfois on jetait Texcommunication; rarement on sévissait jusqu'à la prison. Quant aux punitions corporelles, elles n'ont jamais été infligées dans les universités du moyen &ge; c'est avec la renaissance du classicisme qu'ont apparu les verges dans les lectoria académiques^).

En lisant les actes disciplinaires de l'école cracovienne on n'est aucunement autorisé à en tirer des conclusions pessimistes pour la moralité des jeunes gens qui y fréquentait alors, et la comparaison avec notre époque ne leur saurait être défavorable; mais on est cependant frappé par les explosions de juvénile vivacité de ces étudiants qui passaient, avec le plus rapide emportement, des paroles aux coups, de ceux-ci aux couteaux. La férocité, la grossièreté des maîtres et des élèves nous étonnera encore. La civilisation n'a pas détruit le mal sur la terre; mais elle en a adouci les formes: à côté de la morale et du droit, elle a placé le décorum, frein efficace du vice, il est vrai, mais aussi, voile commode et spécieux sous lequel il se cache. Car la civilisation joue plus souvent le rôle de maître de cérémonie que celui de régent des moeurs.

^) Rashdal], The universities of Europe II, 2. 610.

Les grades universitaires.

But des études au moyen âge. — Carrière ecclésiastique. — Etudiants

temporaires.

Grades à la faculté des artistes. — L*examen du baccalauréat et ses conditions. — Occupations des bacheliers. Leurs études. Les grades

supérieurs: la licence et la maîtrise.

Les élèves moins nombreux aux autres facultés. — Les bacheliers en médecine. — Leurs fonctions; pratique restreinte. — La licence. La première promotion au doctorat en médecine à Cracovie en 1527. Les grades à la faculté de droit. — Longue durée des études théologiques. — Premier grade: Cursor. — Sententiarius. — Baccalaureus formatus. — Licentiatus et magister. — La maîtrise en théologie est

fort rare.

Confirmation des grades obtenus dans d'autres universités par l'université de Cracovie.

II est évident que Tunique devoir de l'université ne se bornait pas au contrôle et à la surveillance de la jeunesse: elle devait en outre encourager, exciter ses élèves à progresser dans la voie du savoir, et les soutenir dans leurs travaux. C'était là le but principal des studia: enseigner, répandre la science dans les esprits des auditeurs pressés autour des chaires des maîtres. C'est pour s'instruire qu'on entrait au collegium, quoique en vérité les intentions fussent fort diverses, et diverses aussi les façons de les faire aboutir. Les uns bornaient leurs désirs à des con-

naissances superficielles, élémentaires, et se contentaient d'un minimum très accessible; d'autres, au contraire, animés des plus larges ambitions songeaient à pénétrer tous les arcanes, à conquérir tous les grades. Ces grades n'étaient cependant pas indispensables pour vivre; mais une certaine instruction et, à plus forte raison, un grade universitaire constituaient de sûres recommandations pour l'avenir. L'université était le grand vestibule conduisant à l'église, et l'église, à cette époque, ouvrait la porte aux plus hautes carrières. Aussi pour y arriver, devait-on passer par l'université. On y entrait pour devenir prêtre, ou tout au moins pour obtenir les ordres mineurs, afin de se faire une position, de gagner un bénéfice^). Maîtres et élèves n'avaient pas d'autre dessein: les uns étaient déjà pourvus d'une prébende ecclésiastique, les autres la poursuivaient. Par là s'explique le caractère ecclésiastique des universités médiévales, leur vestitus clericalis, que portèrent réellement les élèves, mais dont furent aussi revêtues les universités, dans la signification figurée de ce terme. Sans doute tous les écoliers ne recevaient pas les ordres, même mineurs; sans doute tous ne devenaient pas prêtres. Mais le fait seul de l'inscription les rapprochait de l'Eglise, les entraînait, devait forcément les entraîner vers le service sacerdotal; et leur costume leur rappelait qu'ils faisaient partie de la milice du Christ, dans laquelle il fallait être soldat ou tout au moins mercenaire. Cette pensée de solde et de carrière future poussait beaucoup d'étudiants à recevoir les ordres. Aussi les statuts de Vienne appellent-ils la communauté universitaire clerus universitatis; à Rostock les étudiants sont nommés demi-prêtres — Halfpapen^). Quant à Cra-

*) Sur l'accès ouvert par les studia aux dignités ecclésiastiques voir Emile Michael S. I. Geschichte des deutschen Volkes etc. II, p. 435 et suiv.

*) Voir Paulsen dans la Hist. Zeitschrift 45, 404. Au sujet des rapports entre les écoliers et le clergé voir Rashdall, The universities of Europe II, 2, 644. C'est avec raison que cet auteur remarque

covie, Tomicki écrivait encore en 1534: il y a peu d'étudiants chez nous, qui ne soient clercs et n'aient été consacrés ^).

Pour la plupart des étudiants s'inscrivant k Tuniver* site, ridéal à réaliser était d'appartenir à TEglise et, par là, d'acquérir places et dignités. Il y avait des exceptions: les fils de grands seigneurs venaient à l'école pour s'y polir, s'y instruire, s'y frotter de connaissances quelconques: noblesse oblige. Les circonstances, le cours de la vie interrompaient aussi les études d'une foule de jeunes gen& Beaucoup d'entre eux en effet remplissaient mollement leurs devoirs, et, après avoir traîné quelque temps sur les bancs, abandonnaient l'école sans en avoir tiré de profit appréciable. C'est surtout k la faculté inférieure, celle des arts, que tous les ans se pressaient des nouveaux-venus qui ayant à peine goûté à la coupe du savoir s'en détournaient désenchantés et rentraient dans le monde pour s'y faire un chemin par d'autres moyens. Plus d'un ne pouvait supporter longtemps les entraves des règlements universitaires, et, après un bref passage à l'école, revenait à la chère liberté, ou bien s'en allait convaincu »qu*il en savait assez«, comme le prétendait le père de Nicolas Rey après la première année d'études de son fils. D'autres étaient ennuyés par »ces études épineuses et embrouillées«, et, avides d'indépendance et d'action, s'empressaient d'échanger les sept arts libéraux pour des occupations plus libérales. Dès le Xll-e siècle on opposa aux sept arts pratiqués par le clerc les septem probitates du chevalier, telles que monter à cheval, nager, tirer de l'arc, boxer, chasser, jouer aux échecs, écrire des vers. Et ils n'étaient pas rares ceux

que le clergé inférieur ne sortait pas de Tuniversité; il était composé de gens à instruction rudimentaire n'ayant pas passé par l'université, ou n'y ayant passé que quelque temps sans y conquérir aucun grade.

^) Ms. Czart. 273, 443. Pauci apud nos sunt scholares, qui non sint clerici et sacris initiati.

qui ayant goûté aux subtilités et aux abstractions dont l'université nourrissait ses élèves, se sentaient attirés de préférence vers ces probitates.

Oxoniam multi veniunt redeunt quoque stulti, chantait-on au sujet des étudiants d'Oxford; on aurait pu en dire autant de ceux d'ailleurs, sans en excepter Cracovie.

Par contre, ceux qui avaient le ferme dessein de tra* vailler et de conquérir des grades, devaient répartir leur tâche en plusieurs années et se conformer aux exigences, aux conditions imposées par l'université. La besogne était énorme, elle était aussi variée: les leçons alternaient avec les exercices, et, dans ces derniers, on pouvait faire étalage de son talent et de son savoir. Fort peu de récréations, mais en revanche quantité de fêtes; les cérémonies religieuses, les processions, les sermons étaient en somme des heures de loisir accordées aux jeunes gens: ils rompaient la monotonie grise et terne de la vie scolaire. Sans compter les vacances, dont nous parlerons plus tard, il y avait beaucoup de jours fériés, festivitates, dies non legibiles, sans cours. A Toulouse, ces chômages où à la place des leçons on écoutait un sermon, étaient au nombre de 93, de 92, à Angers*). A Cracovie, peu après 1400, on désigna une multitude de fêtes, de vigiles, pendant lesquelles leçons et disputes seraient suspendues à la faculté des artistes^). A cette faculté le cours des études durait de trois à cinq ans. Après une année, après deux à Cracovie, le candidat pouvait demander à subir le premier examen pour l'obtention du grade le moins élevé, le baccalauréat. Ces examens avaient lieu quatre fois l'an, avant les quatre-temps, c'est-à-dire au commencement du carême, à la Pentecôte, en septembre et en décembre^); et malgré qu'une ordonnance eût plus tard réduit à deux ces termini*), en pratique

') Kâmmel dans Schmid, Geschichte der Erziehung II, 429.

•) Muczkowski, Liber Proraot. XXI.

«) Ibid. VIL

*) Ibid. XXXVIII.

et cela môme jusqu'à la fin du siècle, on conserva Tancien usage. Dans cet examen l'étudiant devait justifier de la connaissance des sciences appartenant au trivium: la grammaire, la rhétorique et la logique; prouver qu'il était initié à la doctrine dialectique d'après Aristote ^). Le candidat devait en outre faire constater qu'il avait assisté aux leçons et exercices obligatoires pour cet examen, gradum baccalariatus concernentes '); il n'était admis que s'il avait entendu chaque jour deux leçons ^concernant ce gradée ^). Néanmoins il y avait parfois des exceptions; mais on exigeait que le jeune homme eût au moins trois fois par semaine fait acte de présence aux leçons et exercices *). De plus, il était tenu de fournir le témoignage qu'il n'avait pas omis les exercices considérés au moyen âge comme le pivot des études: les disputes; car si l'étudiant doit être instruit, il doit aussi mettre à profit son savoir; et c'est pour cela que dans le semestre qui précédait l'examen du baccalauréat, les étudiants assistaient à la disputatio ordinaria du samedi, tournoi dialectique entre maitres et bacheliers, et prenaient part à trois disputes de suite ^y A côté des maîtres posant une thèse avec arguments et les bacheliers respondentes, discutant ces arguments, les élèves, pour se faire la main, jouaient aussi un certain rôle dans les disputes^). Tout impétrant devait donc faire certifier qu'il avait à plusieurs reprises répondu (respondere) dans les disputes ordinaires et même dans les extraordinaires'), c'est-à-dire celles que les maîtres nouvellement promus

*) Muczkowski, Lib. Promot. XIII.

*) Ainsi s'exprime la cédule dans Muczkowski, ibid. p. CXLI.

») Ibid. XV.

*) Ibid. VIII.

*) Ibid. XVII C'est ainsi, croyons-nous, qu'il faut interpréter la prescription de ces trois disputes de suite, par analogie avec d'autres universités.

') Ibid. XXXI.

T Ibid. VIII.

étaient obligés d'organiser et celles qui avaient lieu le soir ou pendant les vacances sous la direction d'un bachelier^).

Ainsi préparé et armé, Técolier se présentait devant la commission désignée pour l'interroger. Nous ne décrirons pas en détail les cérémonies de cet acte. Il se composait de plusieurs épreuves, comme du reste dans les -autres universités *). La promotion (primae laureae) n'allait pas sans entraîner quelques frais. Le candidat payait une taxe dont une partie revenait à la caisse universitaire, l'autre, au doyen et aux examinateurs. Et ce n'était pas tout; il y avait encore d'autres dépenses. L'examen terminé, les jeunes gens conduisaient leurs examinateurs au bain; puis ils les régalaient de vin de Malvoisie et des mets les plus délicats*).

Ces repas n'étaient pas, il est vrai, obligatoires*), mais ils étaient traditionnels et coûteux, au point qu'on avait ensuite des difficultés pour en acquitter le montant. En 1475, l'apothecarius Paulus réclame en justice à l'étudiant Wrôblewski le payement du souper servi à l'occasion de la promotion de ce dernier; en 1495, une certaine Agnès ^) <;ite devant le recteur deux bacheliers parce qu'elle n'a presque rien reçu pour leur avoir fourni des victuailles et des ustensiles »ad ornamentum mensarum«, à propos de leur promotion, et que, pour comble de malheur, elle a perdu quelques pièces du linge qu'elle leur avait prêté pour le festin. Les dettes contractées à l'occasion de ces banquets pesaient ensuite de longues années sur les jeunes gens et leur empoisonnaient l'existence*).

') Thorbecke, Geschichte der Univ. Heidelberg I, 72.

') Muczkowski en donne un tableau étendu se rapportant à une époque plus récente. Liber Promot. LX.KXVIII et suiv. Thorbecke 1. c. p. 88 et suiv.

■) Muczkowski, Lib. Promot. IX et C.

*) Ibid. IX.

») Aota Rect. 409, 1736.

•) Ibid. 2313.

Morawski ffl. 17

Ce grade, le plus bas de la hiérarchie universitaire, était en général obtenu vers la vingtième année. Le lauréat de l'époque possédait à peu près le mdme bagage de connaissances qu'un bachelier de nos jours; il était cependant beaucoup plus versé en philosophie, et les leçons, les exercices, les disputes avaient mûri son esprit et lui avaient donné de la souplesse. Un très petit nombre seulement des inscrits annuels à l'université parvenaient à ce premier échelon de la science. On a compté qu'un quart à peine, et, dans les meilleures conditions, un tiers des immatriculés atteignaient en moyenne à ce but. Le reste se tenait à un niveau plus modeste ou s'égarait, se perdait dans la nullité et la paresse. Quelques-uns pourtant essayaient ensuite de se distinguer, sans avoir pour les y aider des distinctions.

Beaucoup de bacheliers se contentaient de ce titre. Il leur ouvrait en effet plusieurs situations. A la tête des écoles paroissiales de Cracovie et d'autres villes on voit fort souvent des bacheliers; un d'eux est recteur scholarum in hospitali, un second, de l'école S. Anne, un troisième dirige celle de Wieliczka, un autre est recteur à Tarnôw, un autre, à Bochnia, d'autres enfin à Miechôw, Lenczyca et Szydîow ^). Cependant nombre de bacheliers s'adonnaient à des occupations fort différentes: en qualité de répétiteurs ils préparaient aux examens, par les resumptiones et leçons privées dans les bourses"^), ou bien ils prenaient comme locataires des étudiants et s'engageaient à veiller sur eux ^).

Le bachelier qui ne quittait pas Cracovie, trouvant des ressources dans ces travaux, avait toute facilité pour continuer ses études, arriver à la maîtrise. Néanmoins ce

0 Acta Rect. 1621, 315, 1090, 1626, 3163, 1646, 326, 1750, 2365» 2744. Le recteur des écoles de Szydiow, Abraham de Piotrkow, s*ap> propria frauduleusement le titre de bachelier, usurpando sibi tituluni personae promotae; le recteur prononce un jugement contre lui.

*) Acta Hect. 946.

') Ibid. 605 le bachelier a pueros sibi a parentibus commendates; 677, on lui confie des garçons ad conservandum.

titre de maître était beaucoup moins recherché que celui de bachelier. Un vingtième à peu près, un seizième par extraordinaire de la totalité des inscrits passaient maîtres. On a remarqué avec raison que le cours des études universitaires avait des particularités communes avec les corporations. Le bachelier était Tapprenti passé ouvrier, mais ayant encore besoin de se perfectionner, tout en étant en mesure et même en devoir d'enseigner à autrui. Si le bachelier était tenu d'assister aux leçons des cours supérieurs, à prendre part aux disputes du samedi, c'est-à-dire à discuter les arguments avancés par les maîtres, autrement dit à respondere, il avait en outre l'obligation de faire oeuvre personnelle, comme par exemple d'organiser le dimanche des disputes sur le modèle de celles que les maîtres dirigeaient le samedi. Ces actus baccalariorum, où les écoliers sans doute remplissaient le rôle de respondentes, étaient aussi de ces joutes intellectuelles où se complaisait le moyen âge. De plus, pendant la canicule, en juillet et août, les bacheliers devaient faire un cours durant un mois ou trois semaines; de même en carême. C'étaient en quelque sorte des essais d'aptitude, un entraînement pour l'avenir; la plupart du temps on expliquait dans ces cours les compendia des traités commentés par les professeurs. Tous les travaux que nous venons d'énumérer incombaient au bachelier deux années; cela s'appelait »biennium complere in gradu baccalarii<x ^).

Ces deux ans écoulés, il était permis de demander à subir le second examen des artistes. Pour y prétendre, il avait fallu approfondir les hautes questions de philosophie, apprendre les plus difficiles traités de logique, la physique, la métaphysique, l'éthique, la politique, l'économique d'après les principes d'Aristote, les mathématiques, la musique et l'astronomie^). Comme pour le premier examen, on exigeait

*) Muczkowski, Liber Promot. XXIX.

'I Ibid. XIII.

que le candidat prouvât qu'il avait satisfait à toutes les prescriptions, rempli toutes les conditions. L'examen avait lieu une fois Tan, peu après la Noël. Si on le passait avec succès, on obtenait le jus docendi, autrement dit la licence. Ce droit pouvait seulement être accordé par l'Eglise, c'està-dire, par le chancelier de l'université qui, en cette circonstance, se faisait remplacer par le vice-chancelier; et le jour où avait lieu cette solennité se nommait festum Aristotelis').

En dehors des frais d'examen, les candidats en avaient encore d'autres à supporter. Au cours de l'examen, ils donnaient un festin aux examinateurs et aux autres maîtres; ils avaient aussi à faire des présents au vice-chancelier^). Après l'examen, ils invitaient encore les maîtres et surtout leurs examinateurs à un repas appelé prandium Aristotelis. Le doyen en était «directeura, comme cela eut lieu par exemple, en 1493, où Paul de Zakiiczew, par suite du tapage et des scènes tumultueuses qui souillèrent une de ces orgies, se vit contraint à venir s'expliquer devant le tribunal rectoral*).

Parfois les chanceliers de l'université, évoques de Cracovie ofïraient des banquets pour les licenciés nouvellement créés. Libanus dans sa Paraclesis nous parle d'un festin, convivium splendidissimum, donné au palais épiscopal par Pierre Tomicki et dans lequel les mets — omnigena ferculorum edulia — rivalisaient de finesse avec les vins qui mirent en singulière humeur la compagnie. Samuel Maciejowski suivit plus tard l'exemple de Tomicki. Après la licence restait l'acte suprême, la promotion à la maîtrise. C'était une cérémonie exclusivement universitaire, c'està-dire que cette dernière détermination avait lieu peu de temps après la licence, en présence du doyen et de la

') Muczkowski. Liber Promet. XXIV.

") Ibid. CXXVII.

^) Acta Rect. 1641.

faculté. Il arrivait d^ordinaire que les licenciés en philosophie demandaient à être promus maîtres aussitôt leur grade obtenu; aucun examen n*étuit nécessaire, mais il fallait verser des taxes. Dans les facultés supérieures où ces taxes étaient très lourdes, beaucoup en restaient à la licence, trouvant trop coûteuse l'obtention du titre de maître ^). L*acte même de la promotion à la maîtrise consistait en une brève dispute et en la remise par le promoteur de la barrette professionnelle.

Longtemps l'université toléra les repas offerts par les nouveaux maîtres, parce que c'était un antique usage et servait, pensait-on, pro refectione atque consolatione laborantium in universitate. Cependant au commencement du XVI-e siècle, alors que l'école appauvrie ne pouvait faire face à d'urgents besoins, on s'efforça de mettre un frein aux prodigalités inutiles. Il fut décidé que les prandia luxueux seraient supprimés; qu'on se bornerait à faire servir un goûter composé le plus souvent de sucreries, de gâteaux et de vins; en revanche, au festin serait substituée une contribution en argent.

En 1512, sous le rectorat de Mathias de Miechow, on vote une suspension de six années des prandia à l'occasion des promotions de toutes les facultés; par contre, les promus devront verser à l'université vingt florins pour aider à combler le déficit et offrir aux maîtres présents à l'acte de nouvelles barrettes ainsi que des cirothecae, c'est-à-dire des gants. Cette même disposition établissait aussi des taxes pour les promotions au baccalauréat et à la licence^); toutefois le festum Aristotelis était maintenu et serait célébré comme par le passé. p]n ir)24, on renouvelle les prescriptions restrictives sur les prandia pour le doctorat, et cela à peu près dans le même sens; plus tard pourtant, en 1531, ce décret est rapporté et les pran-

M Winter, 0 iivotë na vysokych skolâch prazskych (1899), p. 539. *) Conclus, univ. 1612.

dia sont rétablis, «car l'université se trouvait peinée et humiliée à ces promotions où étaient invités divers étrangers, tant séculiers qu'ecclésiastiques, et ces personnages, après une longue séance à Taula de l'université, sans aucun des rafraîchissements et réconfortants autrefois en usage, devaient rentrer chez eux fatigués, à jeun, et maugréant sans aucun doute contre la ladrerie et la frugalité de l'université *)«.

Ayant subi tous ces examens et actes le jeune homme devenait magister artium regens et legens. Il avait alors à rester certain temps et à enseigner à l'université qui lui avait conféré le doctorat, à faire son biennium d'épreuve. Cependant on s'exemptait assez facilement de cette obligation en demandant des dispenses-). Mais ceux qui s'attachaient à l'école et y commençaient des cours ne comptaient pas en général s'immobiliser dans ce grade philosophique. Les maîtres qui passaient leur vie entière à la faculté des arts, comme Stanislas de Sobniow, étaient fort peu nombreux, et ce n'est que dénué d'ambition, de capacité ou de volonté laborieuse qu'on s'y fixait.

Le jeune maître es arts songeait donc aux facultés supérieures et d'ordinaire y devenait élève tout de suite. Certains même, après avoir fmi leurs études philosophiques, parcouraient ensuite tous les degrés de la faculté de droit et de celle de théologie. L'évêque de Cracovie, Thomas StrzempiAski, fut reçu maître es arts en 1427, docteur en droit en 1431, maître en théologie en 1443. Il paraît que son camarade, Jean Dombrowka, consacra de longues années à s'abreuver de connaissances aux diverses facultés. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que cette application, cette persévérance était peu commune.

En général celui qui visait à faire des études plus complètes, choisissait une des facultés supérieures et n'allait

>) Conclus, univ. 1524 et 1631.

•) Muczkowski, Liber Promet. V.

pas plus loin. Avoir passé par la philosophie était considéré comme une bonne introduction aux sciences privilégiées, mais cependant ce n*était pas indispensable. Souvent les statuts exigèrent des étudiants en droit ou en théologie le diplôme de maître es arts. C'est ainsi que les règlements de la faculté de théologie, en 1521, posent comme condition à la maîtrise »cinq ans pabsés à apprendre les arts libéraux et les grades correspondants» — anhelans proficere in theologia, primum per quinquennium artibus liberalibus et promotionibus in eisdem operam navet operosam ^); cependant nous lisons dans les Conclusiones de 1524 que serait admis à la faculté de théologie et pourrait y prendre ses grades, tel qui n'avait pas été gradé dans les autres facultés. Dans les mêmes conclusions il est encore spécifié que seront admissibles au doctorat canonique ceux qui n'auront pas le titre de magister artium. Quant à la médecine, il fut décidé en 1433 et 1525'), que nul ne serait admis à la promotion, s'il n'était maître en philosophie. Mais dans la pratique là aussi on se départait souvent de l'application rigoureuse des statuts').

Toutefois les dispenses n'étaient que fort exceptionnelles, et l'écolier des deux hautes facultés possédait presque toujours les grades es arts. Naturellement ces facultés avaient moins d'élèves que la première. Dans un mémoire sur la faculté canonique de Leipzig, adressé au souverain vers le début du XVI-e siècle, il est constaté que non seulement la faculté des arts est la plus fréquentée, mais qu'elle constitue à proprement parler l'université. La faculté de droit ne compta jamais plus de cent élèves, et même atteignit rarement ce chiffre. Les théologiens sont rarement plus de six ou sept; il y a de quatre à six mé-

*) Archives hist et lit. (1878), T. I, 74.

•) Conclusiones 1525/26.

•) En 1536 les Conclusiones affirment que les dispenses et exceptions sont admissibles et l'on se base pour accorder ces allégeances sur la manière d'agir tolérée aux facultés supérieures.

decins, rapporte ce document^). Et dans toutes les universités les proportions sont plus ou moins semblables.

Passons à la faculté de médecine, la plus délaissée. Les promotions, comme d'ailleurs dans les facultés supérieures, y étaient très rares; plusieurs années s'écoulaient parfois sans qu'on y passât un seul examen. D'après le statut de 1433, l'étudiant en médecine à Cracovie devait suivre les cours pendant cinq ans; cette période quinquennale resta plus tard la règle. Dans cet intervalle, il avait à apprendre les ouvrages d'Avicenne, de Galenus, d'Hippocrate et de Rases: ce dernier était considéré comme une autorité canonique en la matière. Les deux premières années, ainsi qu'en témoignent les conclusions de 1525, l'élève écoutait assidûment «lectiones essentiales lectorum ordinariorum«. De plus, il était obligé d'avoir deux disputes — sustentet conclusiones seu respondeat — avec les maître» de sa faculté. Comme on le voit, ici comme à la faculté des artistes, quoique on y ajoutât moins d'importance, le& disputes étaient en honneur; peu après une ordonnance en laissa l'organisation à la bonne volonté ou la convenance des professeurs. EnGn l'étudiant assistera aux cours du bachelier en médecine pendant la canicule et le carême.

Cette préparation achevée, il est autorisé à demander au doyen de réunir la commission des docteurs en médecine qui lui feront subir les épreuves du baccalauréat L'examen passé, le candidat donnera quatre florins de rémunération à ces docteurs, un florin au trésor de l'université, douze deniers aux appariteurs.

Le bachelier en médecine avait plusieurs devoirs à remplir: d'abord les leçons, qui toutefois n'excluaient pas la pratique de son art, puis, la continuation de ses études. Ces leçons du bachelier avaient lieu à deux époques de l'année: pendant la canicule et le carême; il y expliquait les livres élémentaires, à l'instar des bacheliers — curso-

M Paulsen, Hist. Zeitschr. 45, 304.

res — en théologie. Comme nous venons de le dire, il lui était permis d'exercer son métier, mais en se soumettant toutefois à certaines conditions. Â Montpellier et, à Timitation de Montpellier, à Cologne, on limita cette pratique de telle sorte que le jeune médecin, tout en ayant un large champ d'expériences, fût aussi peu dangereux que possible à cause de son inhabileté; on lui désignait tout simplement des localités éloignées à visiter. A Cologne, par exemple le statut ne leur ouvrait que les endroits situés à six milles au moins de la ville. On n'aurait guère pu imaginer de plus prudentes mesures de précaution et de charité.... égoïste.

A Vienne, à Leipzig, on imposait au bachelier Tobligation d'accompagner le docteur au chevet des malades, et de lui servir d'aide*). Des dispositions analogues étaient sans doute en vigueur à Cracovie. Les bacheliers n'avaient pas le droit de pratiquer sans contrôle, et le statut de 1511 (Gonclusiones). promulgué sous le rectorat d'Adam de Bochyn, mettait cent entraves à leur indépendance. Les conclusions de 1525, s'appuyant sur un »statutum antiquuma, décident »que les écoliers et bacheliers en médecine, pour se former dans leur art, visiteront les malades avec leurs maîtres et même pourront remplacer ces derniers au cas où ceux-ci les y autoriseraient». En 1513, le tribunal rectoral voit comparaître Jean d'Ostrzeszow, docteur, et Nicolas de Tuliszkow, bachelier en médecine. Il s'agissait d'offenses et d'injures. Le bachelier avait appelé le docteur »âne élevé en Italiea. 11 dut rétracter ses paroles, et se vit en outre privé du droit de continuer à exercer-). En mai de l'année suivante, ces deux person nacres sont encore en instance devant le recteur. Nicolas do Tuliszkow, au mépris de la sentence qui l'avait frappé, n'avait pas cessé de soigner les malades. Jean d'Ostrzeszow l'accusait

*) KaufmanD, Geschichte der deutschen Univ. II, 296. •) Gonclusiones an. 1513.

donc d'abus, et l'inculpé allégua pour sa défense qu'il n'avait donné ses conseils et ses secours médicaux qu'à ses parents les plus proches et à ses amis ^). Enfin, le 17 juillet 1514, le procès pendant reçut une solution. Le jugement rendu est fort curieux et fort caractéristique. L'université réunie au complet en assemblée générale cassa l'arrêt de suspension, naguère obtenu contre Nicolas de Tuliszkow, et, »eu égard au petit nombre des médecins à l'université de Cracoviecc, autorisa le bachelier à pratiquer »in casibus minoribusa, c'est-à-dire dans les occasions où les connaissances d'un bachelier étaient suffisantes. Toutefois, il était recommandé à Nicolas de Tuliszkow d'habere respectum pour un docteur en médecine et notaniment pour Jean de Smygel, alors doyen de la faculté. Ces mots «habere respectuma signifiaient sans doute de se faire assister où de demander l'avis de son supérieur*).

Le bachelier ne manquait donc pas de travail. Et ses leçons n'avaient pas seulement lieu pendant le carême et la canicule; il est probable qu'il en faisait aussi aux époques réservées au maître; il y avait en effet grande pénurie de médecins avec tous leurs titres; parfois même ils faisaient complètement défaut '*).

Mais si le bachelier voulait acquérir des grades plus élevés, il devait évidemment ne pas négliger ses études, et par conséquent suivre des cours et prendre part en outre à quatres disputes. Après deux années passées dans cette préparation, il pouvait se présenter à l'examen. Le doyen et les maîtres examinaient ensuite en conseil les titres, le passé et la conduite du pétitionnaire. Puis, en vertu des statuts de 1433, le doyen et un autre docteur

') Acta Reot. n. 2275. Voir 2297.

') Conclus, univ. 1514.

") Kaufmann, Geschichte der deutschen Univ. Il, 295, écrit: In der medicinischen Facultât tritt das Recht der Baccalare Vorlesungen zu halten und die entsprechende Pflicht st&rker hervor, als bei den Juristen.

de ia faculté le présentaient au chancelier^); d'après les conclusions de 1525, le bachelier, accompagné du promoteur qu'il avait choisi, se rendait chez le vice-chancelier pour le prier de lui «ouvrir l'examen», et de lui accorder la licence s*il subissait bien Tépreuve. Admis à Texamen, le candidat déboursait deux florins pour le vice*chancelier, deux florins pour chacun des examinateurs; il faisait encore préparer un repas, une »réfection«, pour ces maîtres, et un tonnelet du meilleur Malvoisie. Il obtenait la licence dans un acte solennel de Tuniversité, toutes facultés réunies, et s'il voulait se faire conférer le titre de docteur, il sollicitait le recteur de lui assigner un jour pour cette pompe dans l'aula. Là avait lieu la dispute et Téloge de lart médical ainsi que de la faculté, en présence de tous les maîtres de toutes les facultés conviés à la cérémonie. Puis il distribuait des gants aux maîtres, donnait trois florins au trésor de l'école, un marc aux appariteurs. Après avoir reçu les insignes du doctorat, il invitait à un banquet toute l'université.

Ce règlement précéda immédiatement la première promotion au doctorat en médecine à l'université de Cracovie. Jusqu'alors le studium jagellonien n'avait produit que des bacheliers, ou tout au plus des licenciés. Personne n'avait acquis le grade suprême, car la faculté était médiocre et peu nombreuse, et personne ne s'était soucié de cette haute distinction. Ce premier acte dont nous parlons fut célébré avec le plus grand apparat, le 28 février 1527, sous le rectorat du médecin Luc Noskowski. 11 y avait trois candidats: Adam de Brzezie, Nicolas Sokolnicki et Simon de Szamotuly. La grande salle du premier étage, appelée aula au CoUegium maius, fut décorée de magnifiques tentures, empruntées pour la circonstance; tous les niaîtres de l'université et tous les échevins de la ville y furent invités.

On commença par une dispute entre le promoteur

*) Annales de la faculté de médecine I, 58.

et les candidats; ensuite le promoteur prononça un discours à la louange de la médecine et de la philosophie et appela en chaire les candidats pour leur remettre les insignes du doctorat. Puis les jeunes docteurs prêtèrent serment, répétant la formule lue par un appariteur. Après avoir fait des présents au promoteur, Sokolnicki se fit l'interprète des remerciements de ses collègues; après quoi tout le monde se rendit à Téglise S. Anne pour y chanter Thymne de S. Ambroise. EnGn on accompagna les docteurs à leur demeure; il n'y eut ni festin ni distribution de gants, car en considération de la nouveauté de cette fête, on déchargea les candidats de cette libéralité ^).

Nous n'avons que des renseignements fort défectueux sur les grades et la marche des études à la faculté de droit; car quelques lignes disséminées dans les conclusions et le statut de 1719 qui, en bien des points, il est vrai, consacre »les anciens usages et règlements^, sont les seules sources où nous puissions puiser, et encore dans ce dernier statut y a-t-il quantité de généralités. L'étude du droit durait plus longtemps que celle de la médecine; huit ans à Erfurt, sept à Vienne. Au bout de trois années, on se présentait au baccalauréat. Le premier examen, le tentamen, avait pour but de reconnaître si le candidat possédait toutes les conditions exigées; venait ensuite l'examen proprement dit, ou plutôt une conférence faite par le candidat sur certaines questions de droit à lui posées; il devait les expliquer memoriter et magistraliter *), répondre aux interrogations et arguments des maîtres. Après avoir subi ces épreuves, en vertu de l'arrêté de 1524'), il invitait à sa détermination, cestà-dire à sa promotion solennelle au baccalauréat, le recteur, tous les docteurs et bacheliers en droit canon, puis, cet acte accompli, à une »honestam

*) Nous tirons cette description des Conclusiones de 1527. *) Voir Statuta facultatis iuridicae dans le Journal de Droit (1864) II, XXIX.

^) Conclusiones.

et moderatam coUationema dans la »stuba communisa, du collegium juridicum. Cette collation était composée de douceurs, gâteaux et autres friandises; on pouvait s'en dispenser moyennant la somme de quatre florins').

Le candidat à la licence et au doctorat est tenu i>d*après un antique usage observé dans cett« faculté«, de débourser 35 florins de Hongrie, qui seront partagés entre le vicechancelier, le promoteur, le doyen et les examinateurs»). C'est le vice-chancelier qui conférait la licence, comme dans les autres facultés; toutefois il était stipulé que pouvait aussi collationner ce grade le procancellarius de la faculté de droit «laquelle avait autrefois son vice-chancelier« '). Au préalable avaient lieu les vesperiae, c'est-à-dire disputes publiques du soir*). Après avoir obtenu la licence, on pouvait recevoir les insignes doctoraux. Le recteur conviait à cet acte les maîtres et bacheliers de toutes les facultés, qui conduisaient processionnellement le candidat à Téglise de Tous-les-Saints, ou au collegium des canonistes, car les promotions se faisaient dans l'un ou Tautre de ces deux endroits. Là, après plusieurs discours préliminaires, on appelait en chaire le nouveau docteur et on lui remettait les insignes de sa dignité.

*) Chez les décrétistes, comme chez les théologiens, les bacheliers jouaient un grand rôle; c'étaient eux qui en majeure partie faisaient les cours de l'université. Voir Kaufmann, Die Geschichte der deutschen Univ. I, 367.

') Journal de Droit, p. XXX.

') Dans les statuts cités p. XXX, on lit: baccalaureus ad

procancellarium universitatis, si facultas iuridica suum seorsivum procancellarium non habeat, sicut antea habebat... remittatur. Donc après la création du studium à Cracovie le chancelier nommait des vice-chanceliers pour les canonistes et peut-être même pour toutes les facultés. A Heidelberg, après quelques tâtonnements et essais, le chancelier nomme en 1429 les doyens vice-chanceliers, et peu à peu cet usage s'établit. Thorbecke, Geschichte der Univ. Heidelberg I, 66 (Anmerkungen). A Cracovie, au contraire, de bonne heure il n'y eut qu*un vice-chancelier pour toute l'université.

*) Journal de Droit, p. XXXIX.

Les coutumes et conditions à observer pour l'obtention des grades à la faculté de théologie nous sont mieux connues, car nous possédons en entier le statut de 1521 ^). Ce n'était que par extraordinaire qu'on parvenait à gravir tous les degrés de la hiérarchie, car il y fallait une longue application et le doctorat coûtait fort cher. Nous avons déjà parlé des étapes successives qu'on avait à franchir au studium de théologie; examinons-les en détail. Elles étaient fort nombreuses, duraient douze années et même davantage; de sorte que l'on n'en voyait la fin que dans un âge mûr, entre 36 et 40 ans*). A Cracovie il y eut des exemples vraiment extraordinaires d'études prolongées. Mathias de Labiszyn s'inscrit à l'université en 1419 et devient maître en philosophie en 1425; il passe à la théologie en 1427, est bachelier en 1434 seulement, maître enfin en 1446; de telle sorte qu'il traîna vingt-sept ans sur les bancs avant d'atteindre au terme qu'il s'était assigné'). Si Jean Kanty passa quinze ans à la faculté de théologie (1429—1443), en qualité d'écolier et de docent*), Benoît de Kozmin, maître de philosophie en 1525, n'est promu docteur en théologie qu'en 1553. D'autres sans doute avancèrent plus rapidement; mais la route ne fut jamais courte ni facile. Les statuts de 1521 dressés par les professeurs de théologie Martin d'Olkusz et Michel de Breslau en décrivent le parcours et les relais.

Le jeune homme qui ayant achevé ses études de philosophie entrait en théologie s'iniiiait d'abord aux Sentences de Lombard, canons de la dogmatique, et suivait les cours de la faculté; avant de passer bachelier, il avait à travailler énergiquement pendant deux ans au moins.

*) Archives d'hist et de litt. I, 78 (éd. Szujski).

') Voir Adolphe Franz: Der Magister Nicolaus Magni de Jawor (1898,', p. 30.

') M. l'abbé Fijaïek, Etudes sur Thist. de Tuniv. de Cracovie, p. 164 65.

*) M. l'abbé Fijaïek, Jacques de Paradis, p. 46.

En réalité cette préparation durait beaucoup plus longtemps. Certaines écoles exigeaient six, d'autres cinq années d'efforts assidus avant le baccalauréat. Puis Técolier s'adressait à un des maîtres qui le présentât pour le baccalauréat inférieur, le cursorat »praesentare ad cursum legendumcc. Ce maître ayant consenti à cette démarche, priait le doyen de convoquer les théologiens en assemblée. Au cours de la séance, le postulant renouvelait solennellement sa demande dont la congrégation examinait le bien-fondé. C'était donc sans examen et uniquement d'après le témoignage d'un maître et l'opinion des autres, qu'on était créé bachelier-curseur. Par le serment qu'on était tenu de prêter, on s'engageait, entre autres, à ne solliciter ce grade dans aucune autre université, à expliquer pendant deux ans, laprès midi, 80 chapitres désignés de l'Ecriture sainte, non à fond mais sommairement, à disputer une fois l'an »ordinarie« et dans d'autres circonstances, à remplir enfin consciencieusement tous ses devoirs comprenant des lectiones, disputationes et sermones. Le curseur avait donc à prononcer des sermons en latin; ces sermons des théologiens débutants n'étaient que des exercices préparatoires à leurs futures fonctions; on les leur imposait dans toutes les universités. Comme on le voit, ce premier grade comportaient de multiples travaux. Bien plus que dans les autres facultés l'enseignement est ici allié à l'étude, combinaison typique de l'université médiévale ^). Avant tout, la science théologique était si vaste que des maîtres peu nombreux n'auraient pu l'embrasser tout entière, s'ils n'avaient eu recours à l'aide des élèves. Le ))receptus ad cursum« qui, à vrai dire, n'était nullement autorisé à prendre le titre de bachelier, devait encore payer trois florins à chaque docteur en théologie, six florins à l'université, un florin à chaque appariteur. Peu de temps après avoir été reçu, il inaugurait ses leçons »facere principium«, acte solennel où le

Thorbecke, Geschiohte der Univ. Heidelberg, 110.

jeune théologien, en présence de la faculté et des élèves, parlait sur un sujet touchant ses obligations. Cela n'allait pas, bien entendu, sans redevances, ni sans régals; ces derniers toutefois pouvaient être rachetés pécuniairement, aux termes du statut de 1524. Tout en s*acquittant de ces leçons cursoriques, Técolier travaillait pour parvenir aux grades supérieurs. Le i>cours« fini, il lui était permis de se préparer une année encore. Puis un promoteur choisi parmi les maîtres le présentait ad legendas sententias. Ce sententiarius, la première année, expliquait les deux premiers livres des Sentences, et la seconde année, en commençant ses leçons sur le troisième et le quatrième livre, il devenait baccalaureus formatus.

Au début du cours sur chacun de ces livres, il faisait une leçon d'introduction appelée principium, accompagnée, elle aussi, de taxes et de réceptions gastronomiques. Un congé de six mois était accordé au sententiarius; pendant ce temps il n'avait pas de leçons, mais il fallait qu'il assistât aux cours et disputes pour la licence. On l'obtenait aussi sans examen, cette licence, par simple décision de l'assemblée des théologiens sur Tidoneitas du candidat; lorsque cette décision était favorable, on le recommandait au chancelier ou au vice-chancelier. C'est le chancelier qui, dans un acte en grande cérémonie, conférait au théologien la licence — licentiam incipiendi in theologia et magisterium in ea capiendi et deinde omnes actus ad magisterium in theologia pertinentes faciendi. Le licencié ofTrait ensuite aux assistants »refectio in zuccar et confectionibus«. En 1524, dans un beau zèle pour les économies, on édicta des prescriptions réduisant tous ces frais onéreux. Restait le dernier grade, la dignité suprême de l'université, le magisterium ou doctorat en théologie. Nous avons déjà dit qu*il entraînait des dépenses telles que la majorité des étudiants n'étaient pas en état d'y faire face; c'est pour cela que parmi les théologiens nous rencontrons tant de bacheliers et de licenciés et peu de doc-

teurs. L'acte lui-même du doctorat, étant le plus élevé, était célébré avec beaucoup d*éclat. En 1449, l'université acheta des bancs pour la cérémonie, pro gradu magisterii in theologia, lesquels les huissiers de l'université prêtaient plus tard à l'église pour la promotion, moyennant finance ^). La veille de ce grand jour, avaient lieu les vesperiae. Les maîtres et bacheliers, en costumes d'apparat, conduisaient les vesperiandi à l'endroit où allait se dérouler le tournoi scolastique. Pendant la marche du cortège des musiciens, placés aux fenêtres d'un lectorium, jouaient de la trompette. D'abord le directeur de l'acte — tenens vesperias — posait une question qu'attaquait un des bacheliers; ensuite un des plus anciens maîtres agitait une autre problème et exposait ses arguments; puis le vesperiandus prenait la parole et combattait les affirmations du maître; enfin le directeur des vesperiae clôturait la séance en recommandant le candidat. Le lendemain, dans une église servant d'aula, l'aulandus était amené, suivie d'une brillante suite, A genoux, il jurait de servir fidèlement l'Eglise, de la défendre et d'honorer ses maîtres. On lui remettait ensuite les insignes du doctorat; après quoi le nouveau docteur montait en chaire, et un maître lui ordonnait d'entrer en fonctions doctorales: incipiatis in nomine patris etc. Cette première conférence était toujours un éloge de l'Ecriture Sainte; elle était suivie par une joute oratoire entre le maître qu'on venait de créer et un de plus anciens bacheliers. Enfin une dispute avait lieu entre les maîtres; puis le nouveau dignitaire remerciait la faculté de l'honneur qu'elle avait bien voulu lui faire. En même temps, on distribuait des présents, des pièces de drap, des gants. On entonnait le Te Deum, et, après l'avoir chanté, on se rendait au collegium à une »refectio« ou »prandium«, offert par les nouveaux maîtres. Telle se déroulait la promotion des théologiens; souvent même des

*) Conclus, univ. U49 (Nov.).

Morawaki m. 1^

circonstances exceptionnelles ajoutaient de Téclat à cette cérémonie si éclatante par elle-même. En 1653, à la promotion de trois docteurs, parmi lesquels se trouvait Benoît de Kozmin, prédicateur de la cathédrale, le roi Sigismond Auguste vint en personne visiter le collegium, puis assista à l'église S. Anne à la dispute qu'il écouta attentivement; il daigna même prendre part au banquet que fit servir ensuite André Zebrzydowski, évêque de Cracovie^).

Nous avons déjà noté que ce sommet des études théologiques, de toutes les études universitaires, était fort rarement atteint. Ce n'est que sur le tard qu'on désirait être couronné de ces lauriers qui semblaient être une récompense décernée aux professeurs de mérite. L'immense effort et les sommes qu'ils coûtaient en détournaient ordinairement. Aussi la plupart des obligations pédagogiques de la faculté de théologie étaient-elles remplies par des baccalarii formati ou par des licenciés. Le premier qui vraisemblablement ait obtenu le doctorat en théologie à Cracovie, fut Jean de Kreuzburg, en Silésie, professeur pendant de longues années à l'école jagellonienne *).

Outre ces graduati formés par l'université pour y être professeurs, il y en paraissait d'autres ayant conquis leurs grades dans des écoles étrangères. Fort souvent ils demandaient la reconnaissance de leurs titres, c'estrà-dire, leur nostrification, leur assimilation, comme on dit aujourd'hui. Le studium s'en trouvait renforcé de précieuses acquisitions, surtout dans les facultés où les individualités locales faisaient défaut pour occuper des chaires qui par conséquent ne pouvaient être alimentées que par des

») Wislockl, Lib. diligentiarum 356. Sigismond Auguste visita Tuniversité pour la première fois en 1553 >clenodium praedecessorum suorum».

') Voir Miaskowski, Beitr. zur Krakauer Theologengeschichte, 9-11 (Faderborn 1899).

maîtres venus d'ailleurs. La faculté de médecine, par exemple, qui, à Cracovie, ne créa des docteurs qu'au XVI-e siècle, n'eut longtemps que des professeurs avec des grades conférés par d'autres universités. Parmi ceux qui sollicitaient l'assimilation on distinguait deux catégories; les uns avaient réellement l'intention de se fixer et d'enseigner à Cracovie, tandis qu'il ne s'agissait pour un grand nombre que de la simple reconnaissance de leurs titres, sans aucune portée pratique. Les conclusions de 1490 et de 1516 établissent nettement cette distinction. Ces derniers y sont désignés comme »qui ingenium suum ostentare et militiam voluerint et solum... loco gaudere». Les premiers avaient à acquitter certaines contributions; les conclusions de 1516 exigent d'eux le versement de 20 florins au profit de Tuniversité; les seconds au contraire étaient exemptés de toute redevance. Cependant les personnes sorties d'une université étrangère devaient toujours passer un examen; il consistait en une dispute avec les titulaires cracoviens du même grade et de la même branche que le postulant, bachelier contre bachelier, maître contre maître. Cet examen est déjà prescrit par les statuts du commencement du XV-e siècle*), confirmés et régularisés dans quelques détails par un arrêté de 1516*). Le »promotus alibi« s'adressait donc à l'université qui en réunion plénière pesait les titres du pétitionnaire et, les ayant trouvés valables, le renvoyait à la faculté dont il était docteur (remittere ad facultatem)^). Devant cette faculté le candidat à recevoir soutenait une longue dispute. C'est ainsi qu'en 1485, trente maîtres se mesurèrent avec Michel de Bystrzykow, magister artium promotionis Parisiensis *). Cette épreuve subie, le ))locus« était accordé au nouveau-venu parmi les bacheliers ou

*) Muczkowski, Lib. Prom. XX.

*) Voir Conclus, univ. 1479, 1490 (Marcus Sulcer) 1518 (Nicolas de Wieliczka), 1536 (Valérien Pernus).

*) Lib. dilig. p. 355.

maîtres de l'université, dans la liste desquels il était inscrit Toutes ces conditions remplies, il pouvait devenir professeur en titre, actu regens.

Toutefois les promotions constituant la principale source de revenus des universités, ces réceptions étaient l'objet de certaines difficultés et d'exigences onéreuses. Quelques écoles fameuses, comme Paris et Bologne, qui n'admettaient même sur le pied d'égalité aucune autre école, ne confirmaient que très rarement les grades étrangers.

Division et ordre des études.

L'année universitaire et ses semestres. — Les vacances. — Jours fériés. — Le travail ne cesse pas absolument pendant les vacances et les fêtes. — Elles sont remplies par les cours des professeurs de second ordre, par les conférences et disputes des bacheliers. Horaire quotidien des études. — Plusieurs cours exigent plus ou moins de temps, c'est pourquoi on les commence et on les termine à époques variables. — Choix des leçons à la faculté des arts. — Méthode d'enseignement.

Avant d'être autorisé à se présenter à un examen, Técolier ambitieux de n'importe quel grade devait établir qu'il avait suivi les cours obligatoires, assisté aux exercices (cum his stetit in exercitiis) dans lesquels certains livres étaient commentés au mode socratique, qu'enfin il avait été présent à un certain nombre de disputes, ou même y avait pris une part active. Lectio, exercitium, disputatio — telles étaient les trois sources d'où la science s'épanchait et se répandait sur les étudiants. Certaines travaux universitaires cessaient dans le courant de Tannée pour faire place à d'autres; mais les disputes duraient l'année ronde, de telle sorte que l'écolier assidu et laborieux trouvait à s'abreuver pendant douze mois, jusqu'à la satiété, du flot ininterrompu du savoir. A une époque où le livre était peu commun et fort coûteux, la parole vivante, par la nature même des choses, devait avoir un rôle prépondérant dans l'éducation et dans l'instruction.

Sur les divisions de Tannée scolaire à Cracovie nous ne possédons que des renseignements épars dont il est possible de faire un tableau général, mais assez confus^ car on secartait à chaque instant de Tordre établi; d*un autre côté, nous ne sommes riches qu'en informations touchant la faculté des artistes, et il serait téméraire de les rapporter sans restrictions aux autres facultés. L'année était partagée en deux semestres: celui d'hiver, le plus long, et celui d'été. Deux fois Tan avait lieu Tinnovatio studii: en hiver, in crastino S. Lucae, le 19 octobre, en été, le lendemain de S. Marc, c'est-à-dire le 26 avril. A la Noël, à Pâques, on avait une courte suspension des études; mais les vacances proprement dites s'ouvraient aux dies caniculares et duraient du commencement de juillet à la miaoût. Naturellement la date de Pâques déterminait la longueur du semestre d'hiver. Par conséquent ce semestre durait d'octobre au quatrième dimanche du Carême (Laetare) ou jusqu'aux Rameaux; celui d'été, de la fin d'avril à octobre, avec l'interruption des grandes vacances. A la faculté des artistes les maîtres reprenaient leurs leçons après le 15 août ou après la S. Barthélémy, jusqu'au 29 septembre *). Cependant il existe des conclusions fixant la fin du semestre d'hiver au commencement du carême, et de celui d'été, au 14 septembre'). Dans ce cas, on avait encore des vacances à partir de ce jour jusqu'au commencement du semestre d'hiver, le 19 octobre 8). Ces vacances étaient destinées, ainsi que s'expriment les documents, »à la réfection des forces et à la préparation des leçons pour le semestre suivant, autrement dit pour à la »commutatio«. En dehors de ces congés les maîtres étaient réglementairement

') Liber Prom, p. LXIV.

«) Ibid. p. LXVII et CL VI.

') Archives d'instruction II, H98: vacationes, quae communiter absolvuntur; videlicet diebus canicularibus, a quattuor temporibus 8. Crucis (14 sept.) ad Festum s. Lucae (18 octob.) et a Dominica Laetare vel palmarum ad festum s. Marci (26 avril).

tenus à faire leurs cours avec régularité et conscience. Mais il y avait encore une quantité d'autres arrêts, beaucoup de festivitates, sans leçons ni disputes, chômées totalement ou à moitié. Chaque faculté avait des statuts et des usages divers^). Le nombre des jours de travail diminuait donc en conséquence; à chaque instant un dies non legibilis venait suspendre le cpurs des études et des exercices universitaires. A Toulouse, on comptait 93 de ces jours auxquels il fallait ajouter encore les vigiles, les crastina ou lendemains de fête, parfois même les octaves entières, fériées en une certaine mesure*). Ces prescriptions toutefois ne concernaient que les cours principaux dont les livres obligatoires (libri ordinarii, formales) désignés pour les élèves candidats à un grade étaient l'objet A titre de compensation pour ces intermittences de cours, afin d'occuper le temps des élèves et de compléter les études, il était permis à ceux qui enseignaient des matières supplémentaires, moins importantes, de faire leurs leçons les jours non legibiles, même pendant les vacances, de sorte que, malgré ces fêtes nombreuses, l'écolier zélé ne manquait jamais de travail. Les bacheliers des artistes professaient pendant le carême et les jours caniculaires; ils organisaient alors des disputes; le dimanche avaient lieu les disputes ordinaires. Evidemment, cela ne devait pas porter préjudice aux offices religieux, et se trouvait d'ailleurs pleinement justifié, en ce que, comme s'exprime le statut de Vienne de 1389*), il vaut mieux «que nos écoliers et bacheliers, même les jours fériés, se rendent à l'école qu'à l'auberge, et se battent à coups de langue qu'à coups de sabre». Les cours extraordinaires, c'est-à-dire ceux où il n*était pas traité des livres obligatoires (ordinarii), expli-

*) Pour la faculté des artistes nous possédons la liste de ces jours — de festivitatibus per facultatem celebrandis — dans le Lib. Prom. XXI.

•) Kâmmel dans Schmid, Geschichte der Erziehung. II, 429.

•) Kaufmann, Die Geschichte der deutschen Univ., II, 264.

qués avec moins de suite, pouvaient aussi être faits pendant les fêtes et les vacances. Nous aurons une idée de ce qu'étaient les devoirs des professeurs secondaires, enseignant les matières d'importance moindre, en lisant les règlements concernant le décrétiste chargé d* expliquer le quatrième livre des décrétales. Dans les conclusions de 1464 il est spécifié qu'il professera Dsabbatis vigiliaruma, les jours de fêtes et pendant la canicule. Lorsque vers la fin du siècle une coUégiature fut fondée pour ce décrétiste ^), on lui imposa l'obligation de donner des leçons le samedi et autres jours où les nova iura sont enseignés, c'est-à-dire les jours fériés du collegium iuridicum et pendant les vacances, entre la Noël et l'Epiphanie après le dimanche Conductus Paschae jusqu'à la S. Georges (24 avril), de la S. Michel (29 sept.) à la S. Gallus (16 oct.). Mais lorsque ce collégial obtiendra dotation plenière, dont au début il ne jouira qu'en partie, il devra, en plus des jours désignés, travailler le dimanche et les jours de fêtes, à l'exception des principales et des fêtes mobiles, de celles de la Sainte-Vierge et de S. Jean Baptiste.

C'est à dessein que nous avons reproduit toutes ces prescriptions, car elles sont fort instructives sur les devoirs incombant aux maîtres auxiliaires de l'université et^ en même temps, témoignent de la continuité des occupations à l'université médiévale, où de nombreuses fêtes allégeaient les charges des maîtres titulaires, pour en rejeter le poids sur les professeurs à situation plus modeste. Enfin, si l'écolier manquait d'occupations à l'université, il en trouvait aux domiciles des professeurs ou dans les bourses; dans ces dernières en effet on faisait assez souvent des cours, surtout à partir du moment où commença à crouler le vieil ordre des choses et où les règlements promulgués par l'université ne furent plus respectés comme jadis. Du reste, cet écolier avait une foule de répétitions, de disputes

') Voir Cod univ. II, 180 et Concl. univ. U91.

pratiquées même pendant les vacances, d'exercices en un mot ayant pour but de le familiariser avec la dialectique et de lui apprendre à manier Tarme aristotélique.

On se mettait de fort bonne heure à Touvrage. D'après le liber diligentiarum les leçons commençaient en hiver à la treizième ou quatorzième heure et duraient jusqu'à la vingt-deuxième. Si l'on compte à partir du coucher du soleil en hiver à 5 heures, cette treizième heure équivaut à 6 h. du matin, et la ving^deuxième, à 3 h. de l'aprèsmidi. On est un peu surpris de cette matinale reprise de la besogne en hiver, car le luminaire était fort cher, et les croisées, en général garnies de toile, ne laissaient pénétrer que fort parcimonieusement le jour. Les fenêtres à vitres étaient un grand luxe, même dans la seconde moitié du XVI-e siècle. En 1463, à Prague, on s'en permit une pour le lectorium de théologie du fameux collège Charles ^). Il est donc probable qu'un unique flambeau placé près du professeur servait à éclairer toute la salle 2). En été, on commençait à la neuvième heure pour terminer à la vingtième. Si l'on part de 8 h. du soir, c'est à 5 h. du matin qu'on arrivait à l'université où l'on restait jusqu'à quatre heures du soir. Vers onze heures en hiver on dinait, c'està-dire on avait le prandium*); on soupait à cinq heures. Les heures de la matinée étaient consacrées aux matières obligatoires pour les examens, aux libri ordinarii. Dans l'après-midi avaient lieu les leçons »extraordinariae((, dans lesquelles on enseignait «cursoriquementa. Mais il était fréquent qu'on lût les livres ordinaires après le prandium;

*) Anno D. 1463... comparatuin est vitrum per facultatcMn artium ad fenestram unam in leclorio theologorum collegii Caroli, ne iinbres et tempestates impediant magistros in legendo et dispiitando. Cf. Mon. univ. Prag. I, 2, 81 et Uashdall, The universities of Europe II, 2, 666,

*) Acta Rect. 933 (2 X-bre) un étudiant se plaint d'avoir été attaqué summo mane et alias ante auroram ipso actore ad lecciones suas audiendas in CoUegium artistarum transounte.

») Lib. dilig. p. 117.

en outre, dans les heures du soir, fort souvent des exercices étaient organisés par les maîtres qui étaient astreints à deux »actU8«, c'est-à-dire à une leçon et à un exercitium *). En lisant la liste des cours dans le Liber diligentiarum de la faculté des artistes, on se perd dans un fouillis de dates, et dans l'instabilité de ces dates; tout de suite du reste on remarque que le commencement et la (in des leçons sont indiqués à des heures fort variables. Les deux semestres d'hiver et d'été étaient délimités assez exactement et d'une manière uniforme; mais dans le cours de ces semestres les leçons s'ouvraient ou prenaient fin avec beaucoup d'arbitraire, ne fut-ce que parce que certains sujets exigeaient pour être traités et épuisés par les maîtres un laps de temps plus ou moins long, selon les conceptions de l'époque. Le Computus, par exemple, pouvait être expliqué pendant un mois; la seconde partie d'Alexandre, pendant six semaines, les ouvrages de Pierre d'Espagne demandaient trois mois; la métaphysique d'Aristote absorbait tout un semestre, la Physique et l'Ethique trois trimestres. Aussi existait-il des règlements spéciaux sur »le temps à consacrer à chaque livre« *). Pour ces motifs, il était donc impossible d'obtenir la régularité uniforme des cours. C'est aussi pourquoi les leçons du semestre d'hiver commençaient à des termes différents. Prenons pour exemple le semestre d'hiver de 1508/9. Quelques-uns inaugurent leurs leçons dès l'ouverture de l'école, a principio innovationis, c'est-à-dire le 19 octobre; d'autres, dans les premiers jours de novembre, d'autres, vers le milieu de décembre: il y en a enfin qui montent en chaire dans la seconde moitié de janvier seulement"). Même diversité pour la fin des leçons. Ceux-ci lisent jusqu'au carême;

') Lib. Promot. LXII— LXIII. Dans le semestre d'hiver IbU/lh l'extraneus Martin Garbarz, lit à la vingt-quatrième heure, soit à 6 heures. Acta Rect. 2337.

') Lib. Promot. XIII.

^1 Lib. Dilig. 85 86.

ceux-là pendant le carême, plusieurs après la suspension pascale reprennent leurs cours jusqu'au terme même du semestre d'hiver, dans les derniers jours d'avril *). On n'était pas moins irrégulier en été. L'école se fermait au commencement de juillet; parfois cependant certains maîtres se remettaient à leurs leçons après la canicule, tandis que d'autres s'en abstenaient. De temps à autre, après la canicule, on faisait un cours nouveau de peu d'étendue*). Il n'était pas rare en effet de voir enseigner de suite dans le même semestre deux choses différentes. A cette incertitude résultant de l'objet même des leçons venait s'ajouter la versatilité et la négligence des maîtres qui, à plaisir, abrégeaient ou interrompaient leur enseignement. Les doyens fulminaient contre cet oubli des devoirs; dans le semestre d'été de 1505, par exemple, le doyen met en note du cours de Métaphysique professé par Vincent de Cracovie: maie finivit, una hora très libros expedivit^).

Quant au choix des sujets par les maîtres, il était réglé par diverses ordonnances dans chaque faculté. A l'université incombait le soin de veiller à ce que les leçons principales touchant les libri ordinarii fussent données. Dans les facultés supérieures, il y avait d'habitude des professeurs fixes pour des matières strictement déterminées. Il en était autrement chez les artistes. Là régnait l'opinion que tout professeur est apte à enseigner toute science faisant partie des arts libéraux, et il n'y avait, à peu d'exception près, aucune chaire à attribution précise. Aussi au début de chaque semestre se distribuait-on les livres ad evitandam invidiam et rancorem. C'est le sort qui décidait de cette distribution. Deux fois l'an, le 12 mars, jour de S. Grégoire, et le premier septembre, jour de S.

*) Voir par exemple le semestre d'hiver 1509/10 dans le Lib. Dilig. p. 90.

») Ibid. p. 88, 89, 99, 145.

») Lib. Diligent, p. 70.

Oiles, les maîtres es arts se réunissaient »pro recipiendis ordinariis(( ^). Par la même occasion on faisait choix des heures et des salles.

Au collegium maius il y avait sept lectoria; ils portaient les noms suivants: le grand lectorium theologorum, les lectoria plus petits de Ptolémée, Maro, Socrate, Aristote, Platon et prope valvam. De plus, les leçons aux facultés supérieures différaient de celles des artistes, en ce que dans les premières un seul cours durait deux et même trois ans, tandis que chez les artistes il ne se prolongeait pas au delà d'un semestre, excepté quelques leçons de neuf mois qui empiétaient sur le semestre suivant.

Les cours se basaient tous sur un livre considéré comme canonique. Le professeur le lisait et l'expliquait chapitre par chapitre, hérissant le texte d*un buisson de commentaires, accrochés à chaque ligne, et parmi lesquels il s'égarait souvent. C'était là le grand défaut de la méthode médiévale. Au lieu de regarder les faits et de les étudier, de contempler la réalité et la nature, on s'enfermait, on se murait dans la lettre d'un ouvrage, et la lettre pouvait alors rester morte et le livre scellé de sept sceaux. Books were put in the place of things — a dit avec raison au sujet de ce système un intelligent auteur anglais. Les fréquentes disputes ne parvenaient pas à animer ces matériaux inertes, car la dispute n'était en quelque sorte que la danse macabre de cette pensée toujours en quête d'abstractions, toujours errante dans les nuages, et ne touchant jamais la terre où elle eût puisé la force nécessaire pour prendre essor vers le progrès. L'abus de la méditation — superfluitas meditationis — était la marque de ces études; plus tard on est tombé dans l'excès contraire, dans l'abus de la lecture et de l'écriture.

Lib. Promot. VI et CLVI.

Le recteur et le conseil administratif de l'université.

Election du recteur. — Droits d'élection et d'éligibilité. — Devoirs

du recteur. — Ses auxiliaires. — Les appariteurs. — Le conseil privé. —

L'assemblée des professeurs et sa compétence.

C'est le recteur de l'université qui avait la haute main sur le bon ordre des cours, et lorsqu'il apprenait qu'un maître s'était rendu coupable de négligence, il intervenait et sévissait. C'était le chef et le directeur de toute l'institution. »Le recteur de l'université, dit Putanowicz, qui tient le gouvernail, tant de la direction des études que de la police intérieure, étend son pouvoir sur tout, sur les membres omnium facultatum et sur la jeunesse scolaire». Aussi importait-il à l'université de confier à d'habiles et dignes mains ces graves fonctions. Casimir-le-Grand avait autrefois décidé que, selon ce qui se passait à Bologne, les élèves choisiraient le recteur parmi eux. Cette disposition ne fut pas maintenue dans l'université réformée de Jagellon. Les recteurs furent élus par les maîtres et parmi les maîtres. Nous ne savons au juste comment avait lieu cette élection. Les conclusions de 1515 ne nous donnent à ce propos que quelques vagues indications. A cet acte

devaient assister i>tous les docteurs, les maîtres de toutes les facultés, les bacheliers et les étudiants en costumes d'apparat, et attendre jusqu'à ce que le nouveau recteur fût désigné». Le plus ancien statut où l'élection du recteur soit bien décrite est de 1607, sous le rectorat de Sébastien Krupka^). Il s'exprime de la manière suivante: Les docteurs et maîtres de toutes les facultés en ce moment présents choisiront parmi eux quatre délégués; les bacheliers de toutes les facultés en ce moment présents en choisiront deux. Ces six personnes désigneront ensuite sept autres maîtres lesquels désigneront à leur tour cinq maîtres ou docteurs, chargés d'élire le recteur. C'est, comme on le voit, une procédure des plus compliquées, semblable à celle qu'on suivait à Erfurt Dans le statut de Waleszynski de 1724, nous trouvons un mode d'élection encore plus étrange; les jeunes magnats, ex nobilissima iuventute, y ont droit de vote préalable. C'est ainsi qu'il était accordé aux élèves une certaine influence sur les élections, comme cela existait dans les universités italiennes et à celle de Casimir-le- Grand*). Ne pouvait toutefois être élu qu'un des maîtres de l'université •); on s'écarta pourtant plusieurs fois de ce principe dans les premières années de l'université, où parvinrent au rectorat certaines personnes que recommandaient leur haute situation, ou la bienveillance qu'elles avaient témoignée à l'école, et qui ne faisaient pas partie du corps enseignant, comme Szafraniec, en 1404, et Alexandre, duc de Mazovie, en 1422. Mais c'étaient des choix tout-à-fait exceptionnels; réglementairement en effet on ne pouvait élire qu'un des maîtres en fonctions, très rarement un maître en philosophie, le plus souvent un gradé

^) Szujski dans les Archives d'hist lit. II, 401.

•) Archives d'hist. litt. II, 370.

') Sans doute dès l'origine on posa en principe ce que nous lisons dans les statuts de 1724 (Archives d'hist. lit, II, 371): neuUus in rectorem eligatur, qui non sit actu laborans.

des facultés supérieures, docteur du décret, bachelier ou licencié en théologie.

9D*ordinaire, dit Putanowicz, était élu un docteur ou un professeur ex facultatibus superioribus« ^). Il arrivait fréquemment, et môme cela devint d'une pratique courante, qu'on élût recteur un professeur qui venait d'être promu au doctorat ou à la maîtrise es décrets ou en théologie. C'est ainsi, par exemple, que peu après avoir été reçu docteur es décrets, Jean Elgot fut nommé recteur, en 1427. Thomas Strzempinski, docteur canoniste, en 1431, est placé à la tête de l'université en 1432; passé maître en théologie au commencement de 1443, il est réélu au rectorat pour le semestre d'hiver 1443/44*). Il ne pouvait être question de prendre le recteur à tour de rôle dans chaque faculté, ne fut-ce que parce que la faculté de médecine existait à peine et ne subsistait le plus souvent que grâce au travail et aux leçons d'un seul homme, lequel même fit défaut à plusieurs reprises. Les conclusions de 1515 enfin exigent que soient éligibles seulement ceux aqui continuam habent residentiam», à Cracovie.

Cette élection jusqu'en 1419 avait lieu une fois par an; à partir de cette dernière date on élut deux recteurs, l'un pour le semestre d'été, le jour de la S. Georges (24 avril), l'autre le jour de S. Gall (16 octobre). Cette dernière élection passait pour plus importante, car dans cette période à la charge rectorale étaient assurés de plus gros revenus; elle était »pinguior«. La pratique de cette double élection subsista même après le premier partage; ce ne fut qu'après 1777 que le recteur fut nommé pour une année tout entière.

Le recteur avait une foule d'obligations, il devait gouverner l'université, en surveiller les biens, et y faire

*) Etat intérieur... studii gêner. Cracov. (1774) chap. III. *) Voir M. l'abbé Fijalelc, Etudes pour l'iiist. de l'univ. de Crac. p. 161—163 et Jacques de Paradis, 274.

régner le bon ordre. Avec le temps on allégea ce fardeau en nommant un procurateur pour l'administration des biens de l'université^), et un notaire, pour en défendre les droits*). »La charge de procurateur universitaire consiste à connaître de toutes les affaires universitatis, revendiquer les loyers, in quovis foro iure agere, par ces recettes, satisfaire à tout, faire exécuter les réparations urgentes dans les collèges, payer les salaria et les anniversaires aux professeurs, soit sur les domaines, soit sur les loyers... tenir en ordre les registres, les perceptions et les dépenses '*)«. Ce procurateur et ce notaire étaient aussi pris dans le corps enseignant.

Malgré ces exonérations il restait encore beaucoup de besogne au recteur. L'université du moyen âge en effet se composait de diverses corporations qui existaient simultanément et se complétaient Tune l'autre, tout en jouissant d'une certaine autonomie. Le recteur avait pour mission d'empêcher les abus de cette autonomie, d'éteindre les discordes dans les corporations et entre corporations, et la juridiction dont nous avons parlé absorbait beaucoup de temps, accumulait un écrasant labeur. Le recteur avait deux huissiers, nommés par l'université et appelés »Sapientiae«. Bedelli viri bonae condicionis et famae et aliquantuni literati per universitatem eligantur duo. Le recteur doit toujours en avoir un à ses ordres, tandis que le second parcourra tous les lectoria, contrôlera l'assiduité des professeurs, rendra compte des negligentiae aux doyens tous les samedis, puis présentera au recteur les registres des rapports des doyens*).

Mais avant tout le recteur avait recours à l'assistance

*) Procurator generalis bonorum universitatis de biennio in biennium débet eligi. Acta Heot. 2994.

■) On voulait déjà instituer un notaire en 1494; cette pensoe fut reprise en 1501. (Voir les Conclusiones de ces. dates).

*) Putanowicz 1. c. Chap. IV.

*) Archives d'hist. lit. II, 391.

et aux lumières des plus anciens ou des plus éminents des membres de l'université. Nous apprenons que le recteur juge cum suis consiliariis ^), choisis parmi les vieux professeurs, qu'il prononce des sentences de dnorum coadiutorum nostrorum iurisperitorum consilio*); qu'il convoque souvent en séance les doyens et ses conseillers^). En 1422^ Tévêque Jastrzembiec dit que le recteur de l'université^ de concert avec les trois doyens de théologie, de droit canon et des arts, doit gouverner l'université, — habeant regimen et ordinationem omnimodam universitatis. Peu à peu se forma de ces doyens et de ces conseillers le sénat académique. Ce consilium ou consistorium existe aussi dans d'autres universités, à titre de conseil du recteur et de comité ayant à remplir plusieurs fonctions administratives, au nom et à la place du corps des maîtres; à Leipzig, les consiliarii font l'office de jurés et d'auxiliaires du recteur dans l'exécution des ordonnances universitaires *). Le recteur est encore tenu à convoquer telle ou telle faculté à part, lorsqu'il s'agit d'une réforme touchant cette faculté, ou d'une question de congé; il nous est aussi parlé de réunions où sont appelés les maîtres de toutes les facultés et seulement le doyen des artistes^). Mais ce dernier cas est peu fréquent, car l'organe principal du gouvernement était l'assemblée plénière des maîtres de toutes les facultés. Le recteur invite à ces assemblées les professeurs payés, omnes doctores, decanos facultatum, promotos ad S. Florianum et collegiatos; une autre formule annonce la convocatio decanorum omnium facultatum, magistrorum^ doctorum omnium actu legentium et laborantium de utro-

') Acta Rect. 101.

») Ibid. 2056.

*) Conclusiones univ. 1B05, 12 novembre.

*) Kaufmann, Geschichte der deutschen Univ. II, 165. Plus tard ce conseil compta 18 membres et môme davantage. Voir sur sa coinposition les Archives pour Thist. lit. II, 375.

•) Voir Conclus, univ. année 14:98.

Morawskl. m. 19

que collegio; il est aussi question de séances où prendront part omnes doctores et magistri dumtaxat salariati. Ces assemblées se tiennent d'habitude au collège du roi Ladislas, rarement au collège des juristes, in stuba commun! domus Canonistarum. Nous ignorons comment on obviait à Cracovie, à ce que la prépondérance des artistes n'écrasât point les autres facultés moins nombreuses^); dans d'autres universités on employa divers moyens pour contrebalancer cette majorité. La compétence de ces assemblées plénières était fort étendue et fort variée. Sous la présidence du recteur se réunissaient les professeurs de toutes les facultés pour délibérer sur la situation générale de l'université et pour régler les affaires de chaque faculté et des particuliers. Les questions touchant la fortune de l'institution y étaient étudiées, non moins que les défectuosités à réformer dans les facultés. Ces assemblées nommaient encore les titulaires à certains postes universitaires. Nous lisons dans des documents que le lector ordinarius in medicinis, iuris canonici et lector ordinarius in theologia sont désignés par le choix de tous les professeurs*); d'autre part, la médecine n'étant parfois et môme la plupart du temps représentée qu'insuffisamment, ses affaires étaient examinées en assemblée plénière. L'ingérence de ce congrès dans la nomination des professeurs à la faculté de droit est signalée à chaque instant. Il présente pour le canonicat du château, la cure de Luborzyca, la prébende de Sainte Madeleine. La composition du collegium iuridicum dépendait donc des décisions de ce conseil, et môme on y discutait souvent sur l'attribution des logements de ce coUegium. Il dispose de certaines pré-

*) Voir Kaufmann, Gesohichte der deutschen Univ. II. 162.

') Conclus, univ. 1475 et 1480. A cette dernière date dans le but d'élire un ordinarius en théologie l'assemblée est moins complète: convocatio drum theologicae, canonicae et medicinae facultatum ao decanorum earundem . . . Les artistes sont passés sous silence.

bendes incorporées à l'université, comme, par exemple, la cure de S. Nicolas. Les congés ou ^licentiaea des professeurs d'une durée considérable sont aussi soumis à son approbation. Il avait donc, comme on le voit, des pouvoirs fort vastes, empiétant même mainte fois sur Tautonomie •et les prérogatives de chaque faculté.

Facultés et collèges.

Statuts de Tuniversité. — La faculté de théologie. — Les artistes: maiores, minores, extranei. — Le doyen des artistes, ses fonctions. Le collegium du roi Ladislas et ses habitants. — Entrée à ce collegium. — Organisation de la maison ; son préposé. — Devoirs du préposé; biens collégiaux. — Table commune. — Les écoliers au collegium. — Bénéfices et promotions à ces bénéfices. — Fortune du collegium maius. — Le collegium minus et son organisation. — Le collegium des juristes; le collegium medicinae.

La vie intérieure des facultés ne nous est qu'imparfaitement connue, parce que leurs statuts ont été égarés en majeure partie. Nous possédons plusieurs statuts de» artistes d*époques différentes, les statuts des théologiens de 1521, ceux des médecins de 1433, mais nous ne possédons ceux des juristes qu'en une rédaction du XVIII-e siècle. Tous ces documents sont fragmentaires, sans suite^ et partant il nous est impossible de connaître exactement le développement de chaque faculté en particulier^); cependant les conclusions de l'université et les statuts des collèi^es, comme le collegium maius et le collegium minus^

^) Sur les statuts de l'université consulter les remarques de- Szujski dans les Archives pour Thist. lit. II, 363.

comblent en quelque mesure ces lacunes, car collèges et facultés étaient étroitement unis.

La faculté de théologie était installée au grand collège, rue Ste Anne. Nous avons parlé de sa composition à plusieurs reprises. Le statut de Dobrocieski de 1603/4, énumère les dix professeurs de cette faculté; c'étaient les huit promoti au chapitre de S. Florian, le chanoine de la cathédrale et l'ordinarius. Les vieux professeurs parvenus au doctorat paraissaient rarement en chaire i); l'enseignement était confié aux bacheliers et aux licenciés. Sur ces derniers reposait le fonctionnement de la faculté, et ils avaient en outre certaines obligations à Tégard de la faculté des arts d'où ils étaient sortis. Ils étaient notamment tenus à des leçons et à des disputes philosophiques; si l'université les exemptait des leçons, ils n'en devaient pas moins assister aux actus sabbativi, c'est-à-dire aux disputes des maîtres, le samedi. Mais ces jeunes théologiens parvenaient la plupart du temps à se libérer de ce fardeau pour se consacrer entièrement à la théologie — in theologia dumtaxat legentes^). Cette abstention était mal vue, mais tolérée, et même vers 1561 ^) les théologiens furent dispensés des actus sabbativi, et en 1603 l'université décréta que les chanoines de la collégiale de S. Florian s'occuperaient exclusivement de théologie — reliquendo promotos ad S. Florianum pro laboribus in facultate theol. Il y avait moins

*) Voir là-dessus Kaufmann, Gesohichte der deutschen Universitâten II, 3H4;.

■) Conclus, univ. 1523.

•) Acta Rect. a. 1561; conclusum est peramplius magistros, baccalarios s. Theologiae, laborantes in legendo cursu et sententiis, li-* beros esse ab ingressu disputationum artisticarum diebus sabbativis.. Non enim conveniens est, ut apposita manu ad aratrura sacrae «cripturae rétrocédât quis ad profanas professiones . . . Nec urget aliqua nécessitas, cum sufficiant hi qui ad haec tenentur ex officiis - suae professionis. — Il était cependant recommandé aux théologiens ut disputationes theologicae frequentium fièrent.

de cours à la faculté de théologie que chez les artistes, car elle comptait moins de professeurs et d'élèves. On ne sait au juste où avaient lieu ces cours. Au collegium malus un vaste lectorium portait le nom de lectorium theologorum. Il serait donc permis de penser que cette salle était destinée tout spécialement à ces leçons. Mais le Liber diligentiarum, dès la première année de sa rédaction (1487) nous apprend qu'elle était occupée été et hiver par les artistes. En ce cas, les théologiens enseignaient-ils dans leurs propres demeures, ou dans quelque école paroissiale? Les actes sont muets sur ces questions. Dans le Liber diligentiarum des artistes on trouve par hasard, au semestre d'hiver de 1488, un cours de Jean de Staniszewice sur les libri Sententiarum. En dehors de cette mention, ce registre ne dit mot des théologiens, ce qui d'ailleurs n'est que naturel. Les statuts de la faculté de 1521 ^) traitent surtout de la collation des grades en théologie. Le statut de Dobrocieski de 1603/4 nous apprend que «conformément aux anciennes coûtumes<(, dans les trois heures de la matinée professait d'abord l'ordinarius, puis les docteurs i>qui, d'habitude, lisaient à tour de rôle«; il n'y avait que fort peu de ces docteurs parmi les théologiens. Au commencement du XVII-e siècle, on redoute même à chaque instant qu'ils fassent complètement défaut, »ne universitas sine theologiae doctoribus remaneat«, ce qui eût rendu difficiles ou même impossibles certaines fonctions de la faculté"), comme les promotions et la présidence des disputes. Ils lisaient, avons-nous dit, à tour de rôle, un jour chacun, et recommençaient ensuite, «quatenus qualibet die una lectio magistrorum theologiae pro honore universitatis et studiiutilitate habeatura*). Enfin le matin les sententiarii devaient expliquer leur sujet alternativement, tandis que dans les

') Archives pour l'hist. lit. I, 73.

») Ibid. II, 396.

■) Synopsis Statut, univ. Nr. 16, p. 26 (Archives de l'université).

*) Archives de l'univ. Nr. 265, p. 254.

quatre heures de Taprès-midi enseignaient les bacheliers de la faculté. L'ordre de ces leçons était surveillé par le doyen qui, chez les théologiens, comme en général dans les facultés supérieures, était élu pour un an^): Toutes les heures manquées sans raison plausible était défalquées lors du payement trimestriel (dismembratio) des émoluments, et cela d'après un tarif assez élevé pour les théologiens, plus modéré pour les artistes. Ainsi s'exprimait en espèces la rétribution accordée à chaque leçon. La faculté se gouvernait autonomiquement pour Tacceptation et l'avancement de ses membres; toutefois l'ordinarius en théologie était choisi par tous les professeurs rémunérés, en séance plénière de l'université. Ce n'est que dans la seconde moitié du XVI-e siècle que cette élection fut attribuée au collegium maius.

Nous allons passer aux artistes que tant de liens rattachaient aux théologiens. Rappelons qu'à cette faculté appartenaient des membres fixes — continue in artibus laborantes — et des membres qui, par leurs travaux et leurs pensées, appartenaient aux fcicultés supérieures, particulièrement à celle de théologie, et figuraient parmi les artistes de nom plutôt que de fait. Cette amplissima facultas occupait deux maisons ou collèges; dans l'un de ces établissements elle voisinait avec les théologiens; l'autre, plus petit, lui était exclusivement réservé. Ses membres se divisaient en trois catégories: la première, composée des collégiaux supérieurs, parmi lesquels se plaçaient d'abord les six maîtres royaux; dans la liste des cours de l'école jagellonienne ces collegiati maiores sont au nombre de neuf ou dix, rarement onze, encore plus rarement douze. En faisaient partie, outre les professeurs royaux, le collégial de la chaire fondée par Szafraniec sur les revenus de la terre de Trontnowice, ainsi que certains chanoines de S. Florian. Avec le temps vint se joindre à eux le coUé-

*) Archives pour l'hist. lit. II, 381.

gial de la chaire Krôl dont Miechowita avait augmenté la dotation. Le collegium minus comptait douze professeurs tout au commencement du XVI-e siècle.

En dehors de ces deux groupes, il y avait les extranei, c'est-à-dire ceux qui venaient à peine de subir Texamen de maîtrise, ou qui, arrivés de l'étranger, sollicitaient la reconnaissance de leurs titres, et s'étaient en attendant attachés à l'université. Au début, ils étaient considérés comme extranei extra facultatem. Pour y être introduits, ces maîtres devaient travailler avec zèle pendant deux ans (biennium complere), faire des cours, prendre part aux disputes du samedi et disputer dix fois extraordinarie^). Ce n'est qu' après ce stage qu'ils étaient accueillis à la faculté (suscepit facultatem artisticam).

Le doyen de la faculté avait toute autorité sur ces trois classes. Il s'attachait d'abord à ce que les collégiaux royaux et les chanoines de S. Florian s'acquittassent de leurs »duo actus«, fissent régulièrement leurs cours et leurs exercitia, c'est-à-dire éclaircissent par des interrogations et des discussions ce qui dans Aristote paraissait un peu obscur ou trop concis*). C'était lui qui devait veiller sur l'intégralité des leçons Aristotéliques. La tâche n'était guère aisée, car ceux qui travaillaient aux facultés supérieures, les chanoines de S. Florian par exemple, délaissaient volontiers leurs obligations philosophiques; aussi dans la première moitié du siècle apportat-on quelque soulagement «lux labeurs des maîtres: certains exercitia furent comptés ))pro duobus... actibus», de sorte que le professeur qui les avaient dirigés, n'était plus astreint à faire un cours à part, et malgré cela était considéré comme vactu regensa^*). Ce même doyen était responsable du bon ordre au colle-

») Muczkowski, Lib. Promet. V.

') Fusius et apercius ea per quaestiones ac disputaciones recolentes que in philosophe coaccius et teccius tradita sunt. Liber Prom. LVIII.

») Liber Promet. XXVII.

gium minus; il avait soin que les collégiaux fissent les leçons qui leur étaient prescrites et en général remplissent consciencieusement leurs devoirs; de plus, il avait souvent à lutter avec la phalange indisciplinée des jeunes extranei, toujours ardents à rompre en visière au vieil ordre des choses consacré par les siècles et aux statuts de l'université. Sur lui reposait encore la régulière observation des actus sabbativi, autrement dit des disputes hebdomadaires. Collegae maiores, minores et extranei, étaient à cet effet divisés en trois sections, et le tiers des maîtres de chaque catégorie devait chaque samedi prendre part à ces disputes (in ordine suo dispùtare ordinarie) ^). Toute négligence à ce sujet devait être scrupuleusement relevée par le doyen et signalée au recteur*).

A la faculté des arts il y avait deux fois élection du doyen ^). Etait éligible un Collega maior, minor et même extraneus appartenant à la faculté; cependant ce n'était que quatre ans après avoir obtenu la maîtrise qu*un jeune membre de la faculté pouvait être honoré de celte dignité*). Il avait fallu entourer cette élection de mesures préventives fort détaillées, pour éviter les manifestations tumultueuses qui auraient pu se produire avec de si nombreux professeurs ayant droit de vote, avec surtout de si jeunes extranei. L'ordonnance de 1480 rappelle les troubles qui avaient éclaté alors qu'on avait introduit certaines réformes à la faculté de philosophie. Par cette ordonnance des droits étendus étaient reconnus aux collégiaux supérieurs, tandis

*) Cela s'appelait actum visitare iuxta ordines tripartitoa.

*) Futanowicz, dans son Etat intérieur et extérieur Studii Crac. ch. XIII définit comme suit les obligations du doyen: Régler les actes des disputes de chaque samedi et de chaque dimanche pour le semestre entier; il doit lui-môme être présent aux actes du samedi des maîtres, lui-môme argumenter sur les quatre propositions philosophiques en discussion, éclaircir, aplanir les difficultés, noter les professeurs absents de la dispute, etc.

') Liber Promet. III.

*) Ibid. III. Voir encore XXXIII.

qu'elle restreignait ceux des extranei. En définitive un »turnus« fut établi pour ce décanat: après qu'il avait été aux mains d'un collégial inférieur, il passait à un collégial supérieur, pour revenir ensuite à un inférieur, de celui-ci à un supérieur, puis à un extraneus^), enfin à un collega maior. Dans Tespace de trois ans, trois doyens devaient donc être choisis parmi les collégiaux supérieurs, deux parmi les inférieurs, et un extraneus. Dans les semestres d*hiver, plus lucratifs à cause des examens à la maîtrite, les doyens devaient être des collégiaux maiores*). Le doyen touchait comme rémunération 20 florins en été, 26, en hiver, payés par la caisse commune de la faculté ^); plus tard, en 1480, ces honoraires furent portés à 30 florins*).

Il était astreint à organiser des exercitia sur la Physique d'Aristote. Les sommes perçues de ce fait étaient versées au trésoi commun de la faculté, puis, chaque semestre, réparties entre la totalité des professeurs de la faculté^).

Le collegium du roi Ladislas où demeuraient en majeure partie les maîtres, était lié par mille attaches à la faculté de théologie et à celle des arts. Cette coordination de différents corps, pourvus toutefois d'une certaine autonomie,

*) Les extranei demeurant en ville et étant pour la plupart dénués de ressources, on décida en 1485 (Liber Proniot. XLIl): Quilibet extraneorurn in decanum electus provideat sibi de loco mansioois congruo statui et honesto, ubi ad eum sine despectu aut aliqua displicentia magistri intérim venire possint.

») Ibid. XLL

») Ibid. XXXIV.

*) Ibid. XL.

*) Voir Lib. Promot. XXXV: Fiscum facultatis augeri volumus ex his quas quisque promovendus in artibus, iuxta formam ab antiquo in statutis descriptam, pro exercitio phisicorum solvere... lenetur pecuniis. Et avant le baccalauréat, comme avant la maîtrise, l'écolier devait subir et payer ces exeroitia. Voir encore ibidem CLVIII: Decani exercitia, ad quae in Phisicis ordinarie facienda ex antiqua consuetudine obligatur.

ces ressorts nombreux, par lesquels TorganisTne était mis en mouvement et qui se contrariaient en fonctionnant simultanément, — amenaient souvent des complications et des désordres dans les institutions médiévales et dans l'organisation de l'université de cette époque.

Le collège du roi Ladislas était un établissement constituant un corps à part, jouissant d'une franchise fort large, et, en raison de sa composition, usurpant les attributions de chaque faculté, surtout de celles de droit et des arts, parfois même de celle des canonistes. Il avait été en effet créé pour les maîtres de philosophie, mais pour ceux qui, se destinant aux facultés supérieures, préparaient des élèves, en se préparant eux-mêmes aux hautes études de l'université. Aussi l'autorité de ce collegium agissaitelle sur Tordre des cours et la situation des maîtres dans les autres facultés. En 1544, par exemple, l'assemblée des professeurs du collegium accorde un congé à Nicolas Kasznica, bachelier en droit canon*). Par suite de son développement ultérieur, cette maison devint l'habitation des théologiens et des artistes et porta le nom de ceux-ci ou de ceux-là. A l'époque qui nous intéresse spécialement, y demeuraient le chanoine de la cathédrale de Cracovie, l'ordinarius theologiae, les professeurs-chanoines de S. Fiorian, le collégial de Trontnowice, les six professeurs royaux et, depuis quelque temps, le collégial astrologue de la chaire Martin KroP). Nous avons dit qu'avant qu'on en eût dé-

*) Concl. Domus Maioris 1445.

*) A proprement parler les astronomes de Stobner et de Martin Krôl étaient des collegiati minores. C'est pourquoi, d'après un arrêt de 1476 (Cod. univ. Crac. III, 46) ils devaient loger au Collegium minus. Dans un codex de la bibl. jag. Nr. 59 (XVII-e siècle) nous lisons cependant au sujet du Collegium maius: Astrologum unum alit. Nous ne saurions dire à quelle époque eut lieu ce partage des astronomes entre les deux collèges. Mais remarquons que lorsque Miechowita dota à nouveau la chaire de Martin Krôl, en 1522. il se réserva de décider ultérieurement si cette collegiatura debeat transferri de minori Collegio ad maius. (Concl. univ.).

taché le coUegium minus, les collegiati minores, qui n'avaient pu trouver asile ailleurs, s'étaient aussi réfugiés et avaient été accueillis dans ce collège, mais seulement »ex favore et gratiaa i), car il était réservé aux promoti, c'est-à-dire aux chanoines de S. Florian et aux maîtres royaux.

Les collèges étaient des compagnies de maîtres réunis sous un même toit, mangeant à la même table et, en plus de leurs dotations particulières, ayant des revenus communs, attribués à tout le collegium. En Allemagne, on <5réa des institutions de ce genre pour les magistri seulement; de même à Cracovie. Ce n'était qu'en fort petit nombre et, le plus souvent, pour le service des maîtres que les écoliers y étaient admis. Ce bâtiment, d'abord assez exigu, mais plus tard considérablement agrandi par l'achat de trois maisons rue S. Anne, contenait autrefois, au premier étage, un vaste lectorium pour les théologiens, et, au rez-de-chaussée, six lectoria pour les philosophes *). Là se trouvaient aussi des »commoda(c pour les professeurs-collégiaux.

Une conclusion de 1508 atteste la réelle autonomie de ce collège; il y est écrit que la maison du roi Ladislas fut, dès l'origine, «libre, soit dans ses élections et nominations du petit au grand collegium, soit dans la réception des extranei au Collegium minus«. Quelques mots au sujet de ces nominations. D'après un règlement de 1449, on ne coopterait au grand collegium que des hommes «capables et méritants, c'est-à-dire d'un savoir solide, et de moeurs éprouvées *)«. Dans les statuts du collegium de 1429, le mode d'élection est déterminé, avec l'observation <|u'on ne devra point considérer si le candidat est indigène

*) Conclus. Domus Maioris 1449.

') Muczkowski, Habitations et coutumes des étudiants cracov. 18i2. p. 8.

*) Conclus. Domus Maioris 1449: Ad maius collegium assumantup magistri idonei et meriti, proveoti videlioet in soientiis et probati «de moribus.

ou étranger, mais tenir uniquement compte de sa valeur*). Dans les statuts du XVIII-e siècle nous trouvons une autre condition: personne ne sera nommé au Collegium maius sans avoir passé par le studium de théologie et y avoir fait ce qu'on appelle le »cursus« *). Il est probable que cette considération spéciale pour la théologie remontait au moyen âge; elle répondait d'ailleurs complètement à la destination du collegium maius créé pour ôtre le foyer de cette science.

Celui qui était admis au collegium, en devenant membre d'une nouvelle corporation, se soumettait à ses lois et à ses chefs. A la tête de l'institution il y avait un praepositus, élu chaque semestre. Il administrait la maison^ y assurait le bon ordre et la paix, avait charge de la discipline intérieure et même de la conduite des maîtres hors de ses murs, conduite qui devait être irréprochable et tout exemplaire. Chacun se' faisait un devoir de rehausser la djo^nité de l'institution, dignité religieuse et presque monacale, dont toute la vie du collegium devait se revêtir. Des prescriptions rigoureuses sur les relations avec les femmes, sur les sorties en ville, autorisées seulement à certaines heures, faisaient obstacle aux défaillances. Les manquements à la règle, les querelles entre maîtres, les verba pungitiva dans l'enceinte du collegium, étaient réprimés et punis par le praepositus. Ce dernier prenait encore soin des biens collégiaux: tous les ans il visitait avec ses conseillers les bénéfices dont les professeurs tiraient leurs rentes, se rendait minutieusement compte de leur état*). La maison du roi Ladislas avait en effet sa fortune particulière et sa propre administration. A tour de rôle, les collégiaux gérèrent d'abord la terre de Boszczyn^); mais

*) Archive» d'hist. lit. I, 12.

>) Ibidem II, 383.

«) Ibidem II, 380.

*) Les revenus de ce domaine servaient à récompenser l'assiduité aux disputes du samedi. Voir Concl. univ. 1622: in vim visita-

on s'aperçut bientôt que ces mutations continuelles,. — alternatum regimen — ruinaient cette propriété, et, en 1441, Tuniversité intervient dans la régie de Boszczyn. Une seconde terre, Trontnowice, avait été léguée pour le collégial et Taltariste de S. Barthélémy i); aussi était-elle administrée par cet altariste, ou mise en ferme. Les autres collégiaux puisaient leurs ressources dans des dîmes, altaries et canonicats. Certaines sommes provenant de fondations ou de legs couvraient les dépenses communes; de plus, les collégiaux, à leur admission, payaient une taxe d'entrée »introitalia«. Ces réceptions se faisaient en grande pompe, avec force rasades et festins. Elles durent même parfois dépasser en gaîté les convenances, puisque les statuts ultérieurs, comme, par exemple, celui de Dobrocieski, en 1604, protestent contre ces dispendieux et luxueux »iucundi ingressus<( ^). Hebdomadairement les membres du coUegium acquittaient une cotisation pour la table (ponere bursam)'), en outre, une fois Tan, on percevait une taxe pour le chauffage (lignaria) de la salle cemmune (stuba communis) du collegium.

Les statuts rédigés en 1429, nous permettent de pénétrer dans cette maison, d'en connaître les règlements

tionis actuum. Le Cod. 57 des Archives de Tuaiversité, Regestrum maioris Collegii expose tout au long les travaux administratifs du praepositus.

^) Ajoutons ici d'après Putaaowicz, Etat intérieur et extérieur Studii gcner. Crac, eh. 10, qu'après la mort de Szafraniec, Jean Isner acheta pour l'université la seconde moitié du domaine de Trontnowice (Voir Cod. univ. Crac. I, 83). Putanowicz écrit: Une moitié de cette terre assignée à l'altariste S. Bartholomei primi ministerii fut donnée Collegio maiori par Jean Szafraniec, custode de la cathédrale de Cracovie et Pierre Szafraniec, l'autre moitié fut achetée par M. loannes Isncrus, sacrae theol. doctor et professer, qui fonda une deuxième altarie à l'église cathédrale. A partir de cette époque le Collegium maius paya sur le produit de la terre de Trontnowice six deniers à la bourse des pauvres d'Isner.

*) Arch. pour l'hist. lit. II, 384.

•) Voir Acta Rect, 667.

presque conventuels. Le praepositus s'occupait de la vie matérielle, des subsistances et des boissons ^\ du gardemanger et de la cave; tout excès était par lui réprimé. Il était aidé dans sa tâche par la familia domus composée du procurateur ou économe, des cuisinières, du portier et du sommelier ou échanson.

Putanowicz dit à propos de ce praepositus domus et de ses fonctions: »11 a (collegium maius) son directeur semestriel, assisté de deux conseillers, chargé du regimen politicum internum, juxta Statuta Communitatis et de la fourniture des vivres. Ce directeur, en cas de besoin, fait les Convocationes des docteurs et professeurs, consigne dans un registre les resultata ex convocatione, touche les loyers, les emploie selon la volonté des fondateurs, donne ses ordres à la familia, avertit en temps opportun le procurateur de l'université des réparations à exécuter, solde les anniversaires au moment marqué, veille à la fermeture et à la garde du collegium, afin que les maîtres ou leurs serviteurs ne restent pas en ville jusqu'à une heure avancée de la nuit ou ne couchent extra collegium, et punit les transgressions commises sur ce point. Et puisqu'il est le représentant de la loi, en. lui est prima instantia in delinquentes professeras et servitores. A l'expiration de son mandat le praepositus rend compte de perceptis et expensis et la Communitas approuve les registres où sont inscrits ces comptes» *). C'est un tableau pris sur le vif des multiples travaux de ce fonctionnaire.

Les repas au collegium avaient lieu, suivant un ordre strictement défini, à trois tables, dans la salle commune, hypocaustum commune. On faisait la lecture pendant ces repas, afin d'éviter inutiles garrulationes; de plus, tous les mois, les maîtres, à tour de rôle, devaient y prononcer un

*) Nous lisons dans les Conclus, univ. de 14i;l: praepositus pro consolacione dictorum collegiatorum unicuique ipsorum singulis diebus uoam quartam cerevisiae gratuito det...

•) Etat intérieur et extérieur Studii generalis Crac. chap. X.

bref sermon (coUatio ad clerum), pour que rame fut nourrie en même temps que le corps. L'ordinaire était très frugal. Les collégiaux ont une table commune assez modeste et simple, dit Putanowicz. On y mangeait quantité de poissons; la multiplicité des jeûnes contribuait à la rigueur du régime. L*eau et la bière étaient les boissons habituelles. Quelques fondations en faveur de la cuisine de la communauté relevèrent un peu le menu quotidien; maître Stanislas Biel, par exemple, laissa une certaine somme pour onze repas de fêtes tous les ans. Disposition digne d'un homme qui, rapporte un témoignage contemporain^ ))gaudebat fratrum sodalicio, honesta laetitia ac hylaribus symposiis<c *). Lorsque, au commencement du XVI-e siècle, les maîtres adoptèrent Tusage de célébrer l'anniversaire de leur naissance en traitant leurs collègues, »au préjudice de leur âme et au danger de contracter diverses maladies», un préposé de l'époque, Michel d'Olsna, voulut porter remède à ces abus et fixa le maximum de la sonime à dépenser, »afin que dorénavant les bourses des maîtres fussent à Tabri de telles atteintes, et que leur corps se conservât en bonne santé« *). On prit aussi la coutume, à partir d'une époque que nous ne saurions préciser'), d'accueillir à la place de S. Jean Kanty un pauvre, pauperem perpetuum, le plus souvent un prêtre sans ressources, désigné par les membres du collège. A son arrivée on le saluait par les mots: Pauper venit; à quoi le président du repas répondait: Christus venit Cette pieuse et belle tradition perpétuait le souvenir du saint maître à Tuniversité.

La maison, avons-nous dit, était réservée aux maîtres; cependant elle donnait asile à d'autres habitants, parce que les maîtres y recevaient nombre d'écoliers, soit

') Archives de Tuniv. Cod. 69, p. 60.

') Conclus, domus maioris 1607.

*) Oa en parle déjà dans le Cod. jag. 3869 (année 1512) p. 37^ comme d'une antiqua consuetudo.

en qualité de serviteurs, soit afin de garantir aux riches une constante protection, aux pauvres le pain quotidien. En 1446 et 1447, on se plaignit de cette multiplicatio ser- Vitorum vel scolarium; sans doute certains maîtres avaient mésusé du droit de recevoir des étudiants. C'est pourquoi on traça alors de strictes limites à ce droit. Dans les conclusions de 1446 ^) est inséré un arrêté aux termes duquel «désormais chaque maître ne pourra prendre à son service et héberger dans sa chambre qu'un seul étudiant; il sera en outre défendu aux écoliers de se coucher et de dormir dans les corridors, dans la stuba commun is ou dans le logement du procureur». Nous lisons dans un autre document*) de 1447, que chaque maître pourra conduire à table un seul écolier, à savoir: celui qui sera attaché à sa personne (unum scolarem proprium). Au cas où il en logerait plusieurs autres, il payera pour chacun d'eux six deniers aux échéances des quatre-temps (pro secretalibus), et pourvoira à leur entretien et à leur nourriture avec ses propres ressources '). Les collégiaux devaient donc verser pour les jeunes gens qu'ils prenaient en pension une certaine redevance à la caisse du collegium... ratioue sui habitantis. C'est ainsi qu'à la fin du XV-e siècle, Bernard de Nissa et, ensuite, Jean de Glogau durent débourser une rétribution »pro suo principe«, Jean Gasztold; de même qu'au commencement du XVl-e siècle, Stanislas Biel, pour Paul Holszanski; Michel de Breslau paye «pro suis quattuor studentibus«*). Tout membre du grand collège nou-

*) Conclus, dom. mai.

') Archives d'hist. lit. I, 16.

■) Dans la suite de cet acte on prévoit le cas où un oxtraneus vel alia personna habiterait pour quelque temps le coUegium, ce qui sans doute se produisait rarement, et l'on fixe le montant de la rétribution à exiger de ce locataire. Voir toutefois p. 13: De ingressu extraneorum ad coUegium: statuimus quod nullus extranous ad Collegium et praecipue ad mensam admiltatur. \'oir encore sur les écoliers les Conclus, dom. mai. de 1483.

*) D'après une note manuscrite de Muczkowski.

.Morawski III ^0

vellement admis jouissait du bénéfice de Trontnowice ou du poste de maître royal. Il parvenait ensuite à de meilleures prébendes, secundum ordinem et senium.

Etre promu au chapitre de Saint Plorian constituait un avancement considérable. Il y avait dans ce chapitre huit postes réservés aux professeurs, à savoir: le décanat, la custodie, la chantrerie, quatre canonicats anciens, et enfîn un cinquième institué par Zbigniew Oleénicki, en 1427. Des trois chancelleries attribuées au chapitre de S. Florian, en 1401, devaient naître trois nouveaux canonicats et trois nouvelles chaires à l'université; mais nous avons vu que cette fondation ne fut réalisée qu'en partie et que d'ailleurs les collégiatures spécialement dotées par les fonds des chancelleries ne furent qu'éphémères. Les revenus provenant des dîmes des trois chancelleries de Posen, de Sieradzk et de Lenczyca, furent néanmoins répartis entre les maîtres du grand coUegium et accordés à certains maîtres. C'est la domus maior qui dispensait ces bénéfices, providebat de praebendis S. Floriani. Celui qui pour la première fois sollicitait une de ces prébendes adressait dans ce but une supplique au collegium*); celui qui possédait déjà le titre de chanoine et désirait obtenir la prélature était dispensé de cette supplique*). Evidemment l'ancienneté, c'est-à-dire ordo optionis secundum senium vocationis ad domum, était avant tout prise en considération. Mais souvent on voyait surgir des conflits et des contestations au sujet de cette ancienneté, conflits que l' assemblée des collégiaux était appelée à résoudre. Ce n'était pas non plus sans difficulté qu'avait lieu la promotion à la chantrerie. Cette prébende était cum egressu, elle pouvait entraîner la perte de la chaire au

*i Conclus, doin. mai. de 1507. Conclusum est, ut ille qui optât priinum canonicatum petat oi provideri per domum de tali canonicatu.

*) Ibid.: si vero est iam actu canonicus et sequitur eum ordo

praolaturam optandi simplicitor optabit talem praelaturam eum

t'ontingentoiu sino alif[ua politione.

coUegiuin pour un certain temps, et n'était pas en outre bien rentée. Le chantre en effet qui en même temps était curé d'Olkusz, n'était pas admis à la répartition des revenus communs du chapitre; il ne participait pas, selon l'expression de Putanowicz, »in coaequationem proventuum Capituliff; et l'église d'Olkusz, «imposant monument en pierre, aux murs endommagés», exigeait de grands frais d'entretien. On refusait donc d'opter pour la chantrerie; et si l'on y était promu par élection du chapitre, souvent on déclinait cet honneur*). Aussi cette prébende était-elle fréquemment donnée au plus ancien des maîtres royaux 2). Le maître qui acceptait la chantrerie se réservait alors toute faculté de pouvoir réintégrer le coUegium (regressus) et d'opter en cas de vacance pour un autre bénéfice. Le Collegium maius était donc le dispensateur de ces canonicats; il nommait à ses propres chaires et à celles du Collegium minus; il avait en outre le patronat de la cure de S. Anne à laquelle était toujours porté un de ses membres, celui de la cure de Zielonki, ainsi que plusieurs autres bénéfices; c'est ainsi qu'il attribuait des altaries à quelques maîtres peu rétribués d'autre part. Ces droits, le nombre des maîtres qui trouvaient asile dans ses bâtiments, enfin une certaine fortune collégiale, grâce à laquelle elle put à plusieurs reprises venir en aide à l'université et au souverain lui-même, assuraient à la maison des artistes une prépondérance incontestable dans l'organisme de l'école jagellonienne. II en était de même ailleurs; à Heidelberg la faculté des artistes était parvenue à une

*) Voir Conclus, dom. mai. 1454: plurimi olocti praefatuin beneficium renuerunt. Voir aussi \vs conclus, de 1606 et 1507.

*) Cela se passe ainsi: le praepositus, au cours do la séance do rassemblée soumet la chantrerie à l'option, c'est-<à-dire questionne à tour de rôle omnes et singulos seniores dres et magistros... usciue ad N. N. coUegiatum tune maioris Collegii regalem, qui quidem magister... in loco et ordine suis dictam cantoriani oplavit et acceptavit, — Cette manière de procéder est tirée des Conclus, dom. mai. de 1506.

large aisance et faisait des prêts aux particuliers et aux institutions besogneuses^). Une vaste chapelle à Tentretien et à Tornement de laquelle on veillait avec soin*), une ))librairie«, créée au commencement du XVI-e siècle, grâce aux démarches de Thomas d*Obiedzin et de Mathias de Miechôw, librairie qui ne tarda pas à être fort riche, ajou* talent encore à la splendeur de cette maison. Du reste, les membres du grand collège, par reconnaissance faisaient tous leurs efforts pour augmenter les biens de Tinstitution et la faire prospérer; ils léguaient leurs livres à la librairie, à la maison leurs meubles, vases précieux, coupes, cuillers, souvent d'un travail remarquable, éternels témoignages de générosité que ces bienfaiteurs décédés transmettaient aux vivants. Bientôt le collegium posséda une grande quantité de ces ustensiles domestiques').

Les collégiaux du grand collegium étaient patrons du petit qui fut été institué en 1449, sur le modèle dts la maison des artistes et qui, sous bien des rapports, resta dans la dépendance de cette dernière. Douze à quatorze maîtres minores devaient être logés dans ce collegium; parmi eux était considéré comme »maximusa le maître jouissant des revenus de la terre de Szydzin*). Leur champ d'action était relativement peu étendu; ils préparaient aux facultés supérieures en qualité de omnium facultatum seminarium fecundum. De plus, ces coUégiatures se distinguaient des chaires supérieures en ce que leur destination et leurs fonctions étaient rigoureusement déterminées; le même maître, tant qu'il occupait le poste à lui confié, n'en-

*) ïhorbecke, Geschichte der Univ. Heidelberg, 81.

') Au sujet de l'altariste de cette chapelle voir Cod. un. IV. 1()9.

*) Voir le fort curieux manuscrit des archives de l'université Nr. 69. Uegisiruui... supelleclilis... donius maioris. On y trouve des let^s de Michel de Wielun, Jean Sacranus, Adalbert de Brudzewo (p. 32); ceux dv Calliniaque (p. 33) et de Jean Gasztold (p. 34). Il est à souhaiter qu'on publie ce manuscrit.

••j Cod. Jag. n. 59.

seignait que ce à quoi ce poste l'obligeait ^). Les petites collégiatures subsistaient en majeure partie de revenus d'altaries; aussi Putanowicz dit-il avec raison à leur sujet «qu'elles dépendent exclusivement des altaries».

L'organisation de la maison était semblable à celle du collegium maius. Il y avait un préposé élu pour trois mois et assisté de deux conseillers; les maîtres mangeaient à une mensa communis. Pour en couvrir les frais, les collégiaux versaient une cotisation hebdomadaire (ponere bursam); en outre, les nouveaux venus payaient .des introitales. On siégeait à table par rang d'ancienneté; les chambres (camerae) étaient aussi assignées en tenant compte de ce rang. Nous savons qu'on admit encore à ce collegium un certain nombre exactement limité d'écoliers. Il est clair que fort souvent on eut à déplorer des désordres dans la maison habitée par les jeunes maîtres, que la vivacité et l'intempérance de la jeunesse portèrent plus d'une fois atteinte aux statuts monastiques de l'établissement. Aussi les jugements rectoraux vinrent-ils fréquemment frapper le Collegium minus qui, par son ardeur, sa hardiesse, fut en avant de tous les autres à l'époque de l'humanisme*).

Nous ne possédons que de fort maigres renseignements sur le Collegium des juristes. Nous avons déjà parlé de la création fort ancienne de ce collegium et des quatre professeurs qui, dans la première moitié du siècle, y enseignaient Jean Szafraniec fut un des plus grands bienfaiteurs de cette faculté'); après lui, Thomas Strzempinski

*) Conclus, dom. mai. 1449: Ne dicti Oolicgiati Novi Coliogii in laboribus et lectionibus passim sint promixti, ipsorum coUegiaturas per facultates disponimus.

•) Szujski a recueilli les statuts de ce collegium à partir de 1449 et 1476, dans les Arch. de litt., I, 95 et 102.

•) Il donna aux juristes la maison de Cracovie dont parle Putanowicz, Etat... etc. § XI: Ils avaient encore une maison au Château de Cracovie, maison réparée par Jean Szafraniec, chanoine, et

se signala aussi par ses largesses: il dota deux altaristes chargés d'enseigner nova iura; enfln le senior de la bourse de Dtugosz était aussi tenu à des leçons. Les facultés de droit jouaient un rôle marqué en certaines universités, y constituaient presque un corps à part. Il n'en fut jamais ainsi à Cracovie. Toutefois nous voyons dans des documents postérieurs que cette faculté eut parfois un vicechancelier particulier ^). Il était donc d'usage que le chancelier se fît remplacer aux examens de droit par un autre personnage qu'à ceux de la faculté des artistes. Le doy<^n des juristes fut d'abord élu pour un semestre; à partir de 1558, à l'instar des facultés de théologie et de médecine, il resta en fonction l'année entière; cette modification fut introduite dans les statuts parce qu'on avait beaucoup de difficulté à faire accepter le décanat pour le semestre d'été, fort peu productif.

Le siège principal des canonistes était, ou tout au moins devait être le collegium de la rue Grodzka: un jardin était contigu, et l'on s'y rendait pro refrigerio post labores '}. Mais à cette faculté la vie collégiale n'était guère développée. Dans l'immeuble de la rue Grodzka, à côté des décrétistes, habitaient d'autres personnes, des maîtres d'une autre faculté, des élèves^), souvent même des locataires complètement étrangers à l'université; et cet élément introduisit bien des fois au Collegium la désunion et le tumulte. L'accueil dans cette maison manquait en effet de discernement; et les actes de l'université abondent en

à eux cédée. Dès le XVI-e siècle les professeurs la considéraient »pro re deperdita«.

1) Statuta facultatis iuridicae (1719): le bachelier en droit est tenu de s'adresser au procanceilarius universitatis, si facultas iuridica suum seorsivum procancellariura non habeat, sicut ante habebat. — Revue de droit (1864), p. XXX.

') Conclus, univ. 1521 et 1527.

^ Par exemple, en 1416, Télève Jodocus Czeginhals moratur... in collegio iuristarum, chez un des maîtres es arts y logés. Voir Conclusiones univ. 1449.

plaintes sans cesse portées contre les troubles qui se renouvellent à chaque instant jusqu'en 1579 où, ainsi que nous l'apprennent les Acta Rectoralia, on se propose de porter remède énergique au mal.

Aussi la vie collégiale se ressentait-elle beaucoup de cet état de choses. Probablement, comme dans les autres collèges, on y choisissait un praepositus; mais celui-ci restait impuissant, faute de règlement précis et respecté. Ce ne fut qu'en 1573 qu'on projeta de rédiger des statuts pour le CoUegium des juristes ^), projet qui fut mis à exécution quelques années après. Sans ces statuts, il était évidemment impossible d'y faire régner le bon ordre qu'on voyait chez les artistes. C'est pourquoi les décrétistes vivaient à peu près livrés & eux mêmes, ne se réunissant pas même pour les repas en commun, chacun faisant ménage à part*). Ils ne résidaient pas sous le même toit, car Elgot avait légué, vers le milieu du XV-e siècle une maison particulière à l'usage du lector ordinarius; et les autres membres de la faculté sans doute se dispensaient volontiers de la cohabitation avec leurs collèg\jes. Cette vie relâchée devait nécessairement amener le relâchement dans les travaux scolaires. Nous avons déjà dit que fréquemment la politique arracha les décrétistes à leur enseignement; mais la négligence sans aucune excuse entrava mainte fois l'essor normal de la faculté. De 1452 à 1579, elles ne sont que trop nombreuses, les doléances accusatrices contre les maîtres indolents ou oublieux de leurs devoirs.

Ce collegium n'eut donc pas la môme importance que celui des artistes; une faculté sans lois directrices ne pouvait s'épanouir en une large autonomie. Aussi voyonsnous que l'université entière a le droit «ex antiqua praxi et consuetudinea, de nommer aux chaires de la faculté

') Conclus, univ. 1672.

•) Nous lisons dans les Statuta Collegii iuridici de 1719 (Revue de Droit, 1864, p. LXIII): Licet hactenus communis Collegii mensa ait intermissa.

canoniste^). Cette ingérence de l'université en corps s'étendait si loin qu'elle allait jusqu'à l'assignation des »cominoda((, c'est-à-dire des chambres dans le collegium iuridicum. On ne saurait par conséquent mettre ce dernier en parallèle avec l'autre, et dans la formule utrumque collegium, c'est certainement en faveur de la maison du roi Ladislas que penchait la balance.

Nous nous sommes occupé de la faculté de médecine à plusieurs reprises. Là non plus il n'y avait aucune vie collégiale. Les maîtres étaient peu nombreux^ et parmi ceux qui enseignaient^ dès le XV-e siècle il y en eut beaucoup de mariés; il ne pouvait donc être question d'organisation englobant toute la faculté dans une existence en commun. Si dans les conclusions de 1525 il est parlé d'un Collegium medicinae, ce terme désigne simplement l'en* semble des professeurs de médecine et des autres docteurs de la ville, qui, en réalité, appartenaient à la faculté et avaient droit à y être élus.

•) Ibid. XL Voir Acta Rect. (1647). Cod. Aroh. univ. 19, p. 181: Vocatio ad Collegium iuridicum fit per totam universitatem.

>-Otî-<

vin.

Règlements et dérèglements des maîtres.

Costumes universitaires. — Ecarts des jeunes professeurs. — Exemples de contraventions fréquentes; quelques types de maîtres réfractaires. — Michel de Bystrzykow. — Martin Kulap de Tarnowiec. — Ivrognerie invétérée. — Martin Garbarz de Cracovie. — Mc'xthias de Przedborz. — Peines infligées aux maîtres.

Ce que la bourse était pour récolier, le collège Tétait pour le maître. Il avait pour but de grouper les maîtres sous une discipline sérieuse, imitée des règles ecclésiastiques auxquelles les universités médiévales, par suite de leur caractère tout spirituel, pouvaient aisément se plier. Les membres de l'institution avaient en outre un costume particulier, imprimant à tous les supposita universitaires une sorte de caractère religieux et réprimant, jusqu'à un certain point, toute velléité de s'écarter de la règle. Nous ne dirons que quelques mots de ces costumes. Remarquons toutefois que les statuts exigeaient que les écoliers portassent vestis clericalis, longue souquenille de couleur sombre, avec ceinture à la taille; comme coiffure, le capuce ou la calotte. Les maîtres avaient un vêtement analogue; la barrette était réservée aux gradés, bacheliers et docteurs. Outre cette tenue quotidienne, il y avait un costume officiel, la toge ou tabardus, dont se revêtaient l'éco-

lier pour subir un examen, le bachelier, pour ses cours ou disputes, et surtout le maître, dans tous les actes de ses fonctions universitaires*). L'école veillait avec soin à la stricte observation des règlements touchant le costume, et réprimait sévèrement toutes les infractions commises, soit par insubordination de la jeunesse, soit par indigence des maîtres qui ne manquaient pas d'alléguer leur pauvreté, quand on leur reprochait de se soustraire à Toblis^ation de porter le tabardus.

Lorsque, vers la fin du XV-e siècle, commença à se manifester un courant révolutionnaire contre toute l'organisation médiévale de l'université, on s'attaqua aussi aux costumes traditionnels. C'est pourquoi, en 1508, Mathias de Miechow s'éleva contre les membres du grand collège qui avaient négligé de se procu^-er une toge. L'affaire fut portée devant Tévêque Konarski qui enjoignit au maître de s'en tenir rigoureusement aux statuts, exception toutefois était faite en faveur des chanoines de S. Florian, à qui sans doute il fut permis de porter le costume de leur dignité*). A cette époque, les infractions aux vieilles prescriptions somptuaires se renouvellent sans cesse; maîtres et élèves se révoltent à l'envi contre elles *). En 1533, le recteur inflige un blâme au collegiati minores qui se sont permis de paraître à table in vestibus curtis et lagicalibus; à quoi les coupables répondent que depuis longtemps c'est un usage adopté à leur coUegium. Néanmoins le recteur les menace de peines sévères et leur rappelle qu'ils doivent assister aux repas in vestibus decentibus, statui eorum congruentibus, ut puta tunicis longis, talaribus, fnore dericali factis et biretis rotundis^). Malgré ces foudres et ces

') Pour plus de détails voir Texcellent travail de M. Karbowiak : Costumes des maîtres et des élèves à Tuniversité jagellonienne. Crac. 1890. Voir aussi Kaufmann, Gesch. der deutschen Univ. II, 82.

*) Arch. de l'univ. Fasc. 491, n. 16177.

») Acta Rect. 2174.

*) Acta Reot n. 8195 et 3197.

rigueurs, au cours du XVI-e siècle Tuniversité délaissa les anciens costumes ecclésiastiques comme tenue quotidienne; les élèves tout au moins obtinrent une certaine latitude dans le choix de leurs habits^).

Tout semblait donc contribuer à imposer ^ux esprits turbulents le joug d'une organisation régulière, tout, môme le costume. Nous avons vu comment les écoliers tentèrent en mainte circonstance de s'arracher à cette contrainte. Les maîtres, eux aussi, troublèrent plus d'une fois le bon ordre. Quand on parcourt les Âcta Rectoralia on est frappé, ainsi que nous avons eu lieu de l'observer déjà, par la rareté relative des attentats contre les bonnes moeurs; çà et là seulement on trouve mentionnés des procès dont des cuisinières sont les héroïnes habituelles. Par contre, ils signalent une foule de violences, de voies de fait, de rixes, d'échanges de coups et horions nécessitant l'intervention du chirurgien en même temps que celle de la justice*). C'est surtout parmi les jeunes confrères du corps enseignant, non moins que parmi les écoliers que se multiplient ces brutalités. Les Gollegiati minores ont un penchant prononcé à éluder les règlements et les prescriptions: ils aiment, entre autres, à habiter dans les hospitia, pour se dispenser ainsi de la vie collégiale'). La décision prise en 1534 jette un jour singulier sur les faits et gestes de ces jeunes gens, à table et chez eux. «Puisqu'il arrive souvent, lisonsnous dans cette pièce*), qu'après une altercation on en vient aux coups et à l'usage des armes, pour mettre un frein à l'irascibilité et l'humeur agressive de ces personnes, nous instituons des châtiments sévères. Si, pendant le repas, quelqu'un ose frapper un de ses voisins avec un plat, une assiette, un couteau ou tout autre ustensile qui

*) Karbowiak 1. c. p. 18. Voir aussi Thorbecke, Geschichte der Univ. Heidelberg, 60/61.

») Voir Acta Rect. n. 827 (1480).

») Acta rect. n. 522, 2889.

*) Archives d'hist. lit. T. I, 113.

lui tombera sous la main, il sera passible d'une amende pécuniaire et devra en outre une indemnité à sa victime».

Il ne faut pas sans doute se hâter de généraliser, en s'appuyant sur des documents comme celui que nous citons, documents qui ne sauraient être considérés comme des sources historiques de premier ordre; toutefois il n'en est pas moins évident que ces ordonnances répondaient à un besoin, qu'elles attestent un mal à déraciner, un mal à prévenir.

Si les jugements rectoraux nous dévoilent quelque» abus criants de la vie contemporaine, ils sont muets sur ces maîtres innombrables qui, dans le silence et le travail, accomplissaient consciencieusement leurs devoirs et contribuaient au progrès de l'institution à laquelle ils avaient voué leur vie. Nous avons apprécié leurs mérites: leur histoire est l'histoire de l'université. Si nous y ajoutons maintenant quelques historiettes tirées du greffe des actes judiciaires, c'est pour être complet, pour qu'on ne nous accuse pas de laisser dans l'ombre le revers de la médaille.

Le recteur eut bien des fois à réprimander des maîtres s'attardant à des promenades nocturnes dans la ville. En 1520, par exemple, Martin de Szamotuly, coUegiatus maior, est censuré, occasione nocturnae vagationis ac inquietationis hominum*). Nous lisons dans ces actes le nom de quelques personnages et le récit de quelques méfaits sur lequel nous nous arrêterons un instant

Michel de Bystrzykow, malgré sa philosophie, malgré son éducation parisienne et ses titres scientifiques, fut un ferment d'agitation au sein de l'université. Chicanier, taquin et agressif, il cherche continuellement noise aux habitants de la bourse de Jérusalem dont il est le senior en 1489 90. Un beau jour même on l'assaille et le blesse. On lui reproche d'abuser de son autorité, de ne pas prendre

') Acta Hect 2488.

part aux repas en commun, de festoyer en particulier et d'entretenir aux dépens de la bourse des serviteurs n'appartenant pas à la maison^). En 1500, il eut un sérieux conflit avec le recteur; ayant comparu devant ce dernier, il rinvectiva et refusa de reconnaître sa juridiction: on l'incrimina aussitôt d'offense grave au recteur, au sénat et à l'université entière. Michel de Bystrzykow revint alors à de plus doux sentiments; sa colère se calma, et, rétractant ses injures, il implora le pardon de ceux qu'il avait outragés^). Il eut aussi plusieurs affaires d'argent avec des écoliers qu'il traduisit en justice pour obtenir le payement de ses résomptions. En 1497, un curieux différend le met aux prises avec un autre maître, Paul de Zakliczew. Michel accuse ce dernier de diffamation: Paul, prétend-il, a raconté publiquement que Michel de Paris a soustrait à la caisse des artistes quelques florins de bon aloi qu'il y a remplacés par de fausses pièces de monnaie'^). Ce bruit était peut-être calomnieux, mais il n'en est pas moins caractéristique: il témoigne des haines que Michel, par son âpreté au gain, s'était attirées; des documents contemporains nous apprennent qu'il possédait une maison avec un jardin dans le voisinage de l'église S. Pierre et S. Paul*). Martin Kulap de Tarnowiec, fut un tout autre homme, un vrai produit du terroir cracovien. Inscrit à l'université en 1477, il devint maître en 1490, et dès lors professa aux artistes jusqu'en 1524; étant ensuite passé à la théologie, il obtient le baccalauréat de cette faculté et y enseigne à titre de lector ordinarius, en 1528^). 11 parvint à un âge fort avancé, car il ne quitta ce monde qu'au mois de février 1538. Un contemporain écrit à son sujet dans le livre des

') Acta Rect. 1221. 1223, 1232, 1325.

») Ibid. 1874- et 1876.

') Acta Rect. 1815 et 1835.

*) Archives de l'université, parchemin n. 681. *) Acta Rect. n. 294-0. Il ligure à ce titre et à celui de Cancellarius posnanicnsis dans les conclusiones D. M. de l'année 1530.

promotions^): »D*une grande aménité de relations, fort pauvre, il s'éteignit de la douce mort des vieillards; il était aimé de ses collègues à cause de son esprit caustique et gaillarda. Cette causticité lui attira pourtant des procès pour médisance, et il comparaît, en 1504 et en 1528, devant le tribunal rectoral, pour répondre à cette accusation. C'est le type du professeur jovial et facétieux. Malheureusement il ne puisait pas toujours à des sources irréprochables l'inspiration pour sa verve railleuse. Il avait en

outre un penchant prononcé pour la dive bouteille de-

testabile vitium ebrietatis. Admonesté à plusieurs reprises à propos de ce péché favori, il fut enfin en 1512, sommé de comparoir devant le recteur Mathias de Miechow qui le condamna à une amende. Contrit et repentant, il avoua avoir fêté trop copieusement la dernière fête, et — humiliter et cum frequenti incurvatione — il demanda pardon, renonçant pour l'avenir à Bacchus et à ses pompes'). Ce hardi et bon compagnon, iucundus in vita, par sa jovialité, sut trouver grâce auprès des autorités et de ses confrères qui fermèrent les yeux sur ses faiblesses et ses chûtes.

Ce ne fut pas, hélas! un cas isolé d'ivrognerie parmi les maîtres. En 1483, près de la bourse de Jérusalem, on roua de coups Vincent de Léopol, doyen des artistes, à tel point que le malheureux fut trouvé gisant ensanglanté dans le ruisseau, et qu'on dût le transporter inanimé à son domicile. Dans l'instruction qui fut ouverte au sujet de cet attentat, on insinue que la victime de l'agression susdite pouvait bien avoir été prise de vin"). Ce ne sont plus des insinuations, des soupçons, mais des accusations formelles que l'on porte sur Martin Garbarz (en latin Cerdo), originaire de Garbary, à Cracovie. Il travailla fort longtemps

») Liber F^romot. 133.

■•) Acta lîpctor. 2175.

'') Ibid. 890.

à Tunlversité, de 1511 à 1552, travail sans exeès toutefois, car dans le registre des cours nous voyons fort souvent qu'il a manqué les leçons, les disputes, ou bien qu'il les a abrégées 1). Perpétuellement tourmenté par des embarras d'argent, il est sans cesse détourné de ses obligations par la chasse aux subsides. Les Acta Rectoralia nous révèlent que Ton a frappé de saisie ses revenus, en 1530, 1532, 1535*). Pour endormir ces chagrins, fruits d'une mauvaise conduite, il ne trouvait rien de mieux que de les noyer dans la boisson. Il en vint à un tel degré d'oubli de sa dignité que l'on fut sur le point de le chasser du Collegium maius qu'il troublait, qu'il avilissait par sa présence et son intempérance ^). On s'en tint, semble-t-il, à des menaces: on a toujours eu de la répugnance pour les mesures rigoureuses en Pologne.

Mais la figure la plus hideuse de ce groupe de bons vivants est celle de Mathias de Przedborz, maître en 1513. A partir de 1520, il est porté dans les actes avec la dénomination de senior bursae pauperum, et comme membre • du Collegium minus. Il avait la meilleure collégiature, celle de Szydzin, et, pour ce motif, était en rapports continuels avec les pajsans qu'il ne surpassait guère d'ailleurs en culture intellectuelle. Il faisait ses cours d'une manière fort superficielle, fort nonchalante; parfois même il ne les faisait pas du tout, et fuyait l'université pour les cabarets cracoviens où il passait son temps à jouer, à boire et à se livrer à la débauche avec des rustres, si bien qu'il était presque continuellement en état d'ivresse*). De plus, en qualité de tenutor ou possesseur de Szydzin ^), il commit une foule de prévarications. 11 avait là comme favori un certain Modziel, et à l'instigation de ce madré

») Voir Liber dilig. p. 203.

») Acta Rect. 3028, 3170, H.^30.

*) Acta Tomiciana 1632—1533. MS.

*) Acta Hector. 2914 (année 1527i.

*) Voir sur Szydzin, Cod. Arch. univ. n. 77, p. ôi.

villageois, il persécutait les autres tenanciers du domaine, et particulièrement un nommé Goworek. Les dimanches et jours de fête, maître Mathias habituellement se rendait dans ses terres, et, dans Tauberge du village, s'enivrait, scandalisait, épouvantait par ses propos dissolus et ses actes immoraux les simples populations rurales de la contrée; après ces exploits, il allait passer la nuit chez son digne ami Modziel. Les infortunés paysans, persécutés à chaque instant, portaient plainte au recteur; la mesure déborda enfin en 1527, et le coupable fut cité au tribunal universitaire: on menaça de lui enlever sa collégiature, et, s'il ne s'inclinait pas devant la sentence rectorale, de porter l'affaire devant le chancelier qui, en vertu de ses pouvoirs, le châtierait, le condamnerait môme à la prison. S'il continuait à boire, il serait tenu de payer une amende pour chaque cas d'ivresse constatée.

Les fautes plus graves, comme les révoltes, l'insubordination, entraînaient l'exclusion ou excommunication du collegium ou de l'université. Parfois le délinquant était privé pendant un certain temps de ses émoluments, du droit d'enseignement et d'avancement (ascensus). C'est ainsi qu'en 1465, le maître Simon de Srem, pour cause de rébellion, fut exclu des cours et vit son traitement supprimé pour une année (suspenditur a salario et lectura)^). Cependant, si la peine devait être plus grave, si l'excommunication devait se prolonger ou être définitive, il est vraisemblable qu'une telle mesure n'était prise qu'avec l'assentiment du chancelier qui, en ces circonstances, déléguait sa pleine autorité au recteur (auctoritas coercitionis), et ce dernier, muni de ces pouvoirs, jugeait alors l'affaire, et prononçait la sentence*).

*) Conclusiones univ. 1465.

') Acta Rect. 2252. Cod. univ. IV, 40.

-^ÎK>-

Conclusion.

Nous venons de parcourir la première et la plus brillante période des annales de l'université jagellonienne; nous avons exposé les grandes idées qui guidèrent le studium, et présenté les grands hommes qui en firent un centre de progrès. De Pierre Wysz, Mathias de Cracovie et Paul Vladimiri jusqu'à Miechowita, leur phalange nombreuse combat pour la grandeur de la vieille école dont les destinées vont maintenant se modifier et qui va entrer dans une nouvelle phase de son existence. Tous ces ouvriers de la première heure ont un caractère commun: l'amour de la science, de l'institution et du pays. Ils ont tous conscience de la grande mission éducatrice et civilisatrice qui leur incombe et dont le rayonnement doit s'étendre largement au delà des murs du collegium; ils comprennent tous que ceux-là seuls ont droit à une mentioa dans l'histoire de l'humanité, qui ont eu souci de Tamélioration des hommes et ont su marcher à lavant-garde de leur siècle. Les palpitations précipitées des coeurs de ce temps-là trouvèrent en eux de bienveillants échos, et rien ne leur fut étranger du grand mouvement des âmes. Ces semeurs se succédèrent en chaîne ininterrompue dans les chaires de Cracovie, transmettant de génération en génération wvitae lampadacc, auxquels leur peuple vint emprunter la lumière et la force.

Cet éclat cette énergie, se manifestent encore brillamment au XVI-e siècle; mais ils pâlissent au XVII-e,

Morawski. 01. 21

malgré quelques remarquables personnages, comme Petricius et Broi;ek: ils s'éteignent en des luttes stériles contre un ordre alors tout puissant. Le XVIII-e siècle ne parvint pas à enrayer cette décadence. Cette dernière époque est remplie tout entière par le culte reconnaissant envers Jean Kanty; les esprits tournent tous les efforts à obtenir sa canonisation, et cette préoccupation rejette dans l'ombre tous les autres travaux universitaires. En 1775, malgré les deuils, à la veille du grand naufrage national, on célèbre avec solennité l'anniversaire de cette canonisation. Parmi les inscriptions sur les emblèmes de circonstance, il y en avait une qui frappait par ses dimensions énormes: Reipublicae aeternitas!

Ceux qui devaient entretenir et propager le feu sacré dans cette République, à peine avaient pu parvenir à en conserver une étincelle jusqu'au bord de Tabîme creusé par les fautes de la nation, par les crimes de l'étranger, par le malheur du pays. Mais le fleuve d'oubli n'inonda pas tout de ses ondes. Les débiles héritiers de la pensée d'Hedvige purent encore d'une main mourante lancer au delà du gouffre la «torche vivifiante» que recueillirent des hommes nouveaux et qu'ils firent planer quand môme au-dessus de la Pologne. Les temps étaient bien changés pourtant, les conditions bien difficiles; ce n'était plus dans la joie qu'on jetait au sol les semences des futures moissons; il n'était plus permis d'être insouciant de ses lourds devoirs, de ne plus sentir la lourde responsabilité pour les pertes irréparables. Elle brille aujourd'hui, cette torche ramassée dans le désastre, elle brille de toute sa clarté, elle projette sa lueur sur le passé de la patrie, éclaire ses grandeurs comme aussi ses faiblesses, montre au présent la route à suivre dans l'avenir. Jadis l'université fut créée pour conquérir des âmes, répandre en Orient la foi et la science de l'Occident. Tout autre aujourd'hui est sa tâche. Ses conquêtes scientifiques n'ont d'autre but que le bien de l'humanité, et, pour y réussir, ellé^doit pénétrer à la moelle, à l'essence même

<[e Tâme du peuple, l'améliorer, cette âme, la purifier de «es souillures, la renouveler. Si Técolier médiéval à son -entrée au coUegium, se soumettait à la cérémonie de sla secousse», plus tard cette secousse sans marques extérieures burlesques, conserva pour les générations suivantes une signification symbolique, d'une portée tout aussi grande. »Plus vous élargirez, vous améliorerez vos âmes, — a écrit notre immortel poète national — plus vous élargirez vos droits et vos frontières«. Cet élargissement, cette amélioration des âmes dans le travail et par le travail peuvent s'obtenir. Nous avons eu des poètes qui, à l'exemple de TAmphion Thébain, ont tenté de réédifier avec leur lyre les murs de leurs cités. Nous avons eu des prédicateurs et des maîtres qui, comme ces devins dont parle Dante, avaient le visage toujours tourné derrière eux, non par châtiment, mais par amour, par regret Bénissons leur mémoire et reconnaissons leurs mérites. Aujourd'hui les difficultés croissantes exigent de viriles résolutions et des volontés viriles. Il faut contempler en face la duré réalité ^t marcher fermement vers les temps futurs. Et la devise du César romain mourant: Laboremus — devrait désormait être celle de notre université, celle de notre corps social tout entier.

Thou art a scholar, speak to it Toi qui es écolier, parle-lui donc,

•dit Marcellus à l'ami d'Hamlet, Horatio, quand leur apparaît tout à coup le spectre du roi assassiné. A nous aussi, membres de l'école cracovienne, a été confiée la tâche de parler aux ombres, de les faire sortir de la nuit du passé, de les ressusciter, de leur demander le récit de leurs actions, et d'offrir ce récit en présent à l'université, à l'occasion du cinqcentième anniversaire de sa fondation. C'est -à nous qu'incombe l'honneur de tirer la leçon toujours

enfermée dans le passé, de montrer que quoique la vieseule perpétue la vie, la voix des morts n'est pas sans force, sans vertu vivifiante, et qu'on peut lui appliquer ce qui est dit dans les Actes des Apôtres de Tapparition de Saint Pierre: »ut veniente Petro saltem umbra illius obumbraret quemquam illorum, ut liberarentur ab infirmitatibus suis«. Et d'ailleurs c'est bien là le plus beau rôle, la vraie mission de l'histoire.

En écrivant ce livre, nous avons toujours eu sous les yeux le présent et, en même temps, les époques écoulées;. nous nous sommes laissé guider par l'amour de ceux qui nous ont précédés, de ces grands travailleurs qui ont jeté tant de germes civilisateurs dans le monde, qui ont formé Tessentiei de notre âme; par l'amour de nos contemporains aussi, héritiers de ces brillants aïeux, qui, dans les circonstances les plus difficiles, ont le lourd devoir de continuer la glorieuse et lointaine tradition que leur ont léguée les siècles; par notre attachement enfin pour notre chère institution uù depuis si longtemps bat le coeur de la Pologne intellectuelle, où la langue nationale retentit sans trêve, pour la plus grande gloire du pays et pour son réconforL Tantôt, il est vrai, elle prend les accerits de Cassandre, tantôt ceux de Wajdelota^); mais elle enchante toujours et réjouit, mais elle verse aux générations le courage et l'espérance, mais elle les nourrit d'un pain pur et sacré, comme la foi et la vertu elle-même.

Nous ne nous sommes pourtant pas laissé aveugler par ces sentiments affectueux et n'avons pas dissimulé les côtés sombres de notre tableau. Toutefois ils sont nécessaires à l'historien ces sentiments. Lorsque Ulysse descendit aux enfers, les ombres ne lui parlèrent qu'après avoir goûté du sang du sacrifice qu'il venait d'offrir. De même Thistorien qui écrit avec le sang de son coeur et, dans notre malheureuse patrie, avec ses larmes, ne parvient qu'à ce

') \Vajdt4ota, aède lithuanien, célébré par Mickiewicz. N. D. T.

prix, à ranimer les âmes d'autrefois, à leur prêter une voix •que comprennent ceux qui sont la chair de leur chair, les os de leurs os.

Notre récit embrasse à peine deux cent ans, depuis la fondation de Casimir-le-Grand jusque vers le milieu du XVI-e siècle. Nous ne Tavons pas poussé plus loin, parcequ'à partir de cette dernière époque l'université, sortant de la route qu'elle avait suivie, court à une rapide décadence. Nous n'avons pas non plus parlé de la Réforme; ce n'est guère qu'après 1550 que ses efTets se firent spécialement sentir. Notre travail ne comprend donc qu'une période relativement courte; il n'en est pas moins encore fort volumineux. Nous n'aurions d'ailleurs pu l'abréger qu'en méconnaissant l'importance de l'université de Cracovie à cette époque, et en négligeant de présenter au lecteur des personnages qu'il doit connaître. Car, il faut, lorsqu'on retrace l'histoire d'une grande institution, s'occuper d'une multitude de détails et d'acteurs presque insignifiants par eux-mêmes, mais dont l'action simultanée a eu de larges conséquences. La liste de ces maîtres, comme Tarmée de Xerxés, est fort nombreuse, mais ne compte que peu d'hommes. Cependant le dernier d'entre ces professeurs, pourvu qu'il fût consciencieux, put susciter par ses paroles, des actes et des pensées admirées par les siècles. Aussi la responsabilité de celui qui enseigne -est-elle énorme; il renouvelle tous les jours le miracle de la multiplication des pains, en parlant du haut de sa -chaire à ses élèves. C'est pourquoi, dans notre galerie de -ces aïeux de nos esprits, plus nobles que beaucoup de fondateurs de grandes familles, nous avons, à côté des superbes, dessiné aussi les humbles.

Pour remonter à ces âges disparus, les guides ne nous ont pas manqué, quoique personne n'eût encore tenté ■de faire une histoire générale de l'université. Aux pre» miers siècles de son existence, cette institution tient une Jarge place dans les annales nationales; elle n'inspira pour-

tant alors aucun historiographe. Ce n'est qu'au XVII-e^ siècle qu'on eut la première idée d'une étude de ce genre^ Martin RadyiniAski, né en 1610, auteur de Fastes, rédigé» en 1658, et d'wAnnalesa, continués jusqu'à Tannée 1660, tenta de nous donner la biographie des anciens maîtres^ et de retracer le développement de la grande école, à partir de son origine. Ce travail resté manuscrit *), est plutôt un recueil de matériaux qu'une oeuvre achevée et ne se distingue, ni par la sûreté des informations, ni par une critique sévère. 11 n'en est pas moins précieux et estimable^ car, sous le fatras des puérilités, on découvre parfois des faits sur lesquels les documents que nous possédons sont absolument muets. Nous avons encore une histoire succincte de l'université, ouvrage anonyme écrit au XVII-esiècle et qui n'est pas sans valeur^). Un long silence succède à ces deux essais. Les historiographes, il est vrai^ d'après la fondation de Sébastien Petricius (1621) doivent, en racontant les événements contemporains, tenir compte de l'histoire particulière de l'université; mais, pour nous,, leur recueil ne présente aucun intérêt: on sait d'ailleurs qu'une grande partie en a été égarée.

Dans la seconde moitié du XYIlI-e siècle, après lepremier partage de la Pologne, l'abbé Joseph Putanowicz, professeur de l'université, écrivit une monographie intitulée: Etat intérieur et extérieur (Stan wewn^trzny i zewn^trzny)- Studii generalis universitatis Cracoviensis (1774). C'est une sorte de courte statistique de l'organisation de l'école, de ses dotations, de sa situation, en d'autres termes une esquissequi, par la sobriété de ses renseignements puisés à la source vivante, mérite d'être consultée. Au seuil même du XlX-e siècle, Soltykowicz publia, en 1810: «L'université de Cracovie, depuis sa fondation, en 1347, jusqu'à nos jours«. Cet ouvrage est dédié au grand-duc de Varsovie, Frédéric-

») Cod. Jag. 225 et 226.

•) Cod. Jag. 59, K. 58.

Auguste. L'auteur déclare qu'il n'a pas eu de prédécesseur et qu'il a dû ^recueillir çà et là, dans des manuscrits ou des imprinnés, dispersés dans les bibliothèques, les documents concernant l'histoire quatre fois centenaire de l'université«. Comment s'estil acquitté de la tâche qu'il avait assumée? Ce tableau, sous forme de discours adressé au prince, par conséquent trop bref, est aussi trop pompeux. Il ne contient rien, il ne nous apprend rien d'intéressant. En revanche, les notes qui l'accompagnent sont riches en indications sur les événements et les hommes. Elles ont servi sans aucun doute de point de départ à bien des monographies ultérieures.

En 1840, parut le premier volume de la grande «Histoire de la littérature polonaise» par Michel Wiszniewski. Dans ce travail si remarquable Tauteur s'arrête spécialement à ce qui a trait à la civilisation, à la science, à l'enseignement dans notre pays; il a en outre consacré tout un chapitre de son quatrième volume (1842) à l'histoire de l'université, de l'année 1400 au règne de Sigismond-le- Vieux. Wiszniewski était un savant de premier ordre; malgré des défectuosités, malgré l'insuffisance de ses connaissances paléographiques, cause de nombreuses erreurs dans l'interprétation des manuscrits, il a laissé une oeuvre de large portée, vraiment supérieure à tout ce qu'on avait fait avant lui. En cette môme année 1842 vit le jour le petit volume de Joseph Muczkowski: «Logements et moeurs des étudiants cracoviens«. Bibliothécaire de la collection jagellonienne, ce laborieux érudit conçut dès lors le dessein d'écrire une histoire complète de l'université et fut surpris par la mort avant d'avoir fini d'en recueillir tous les matériaux. Entre-temps il livra au public: «Notice sur la fondation de l'université de Cracovie« (1859), et, la même année, «Statuta nec non liber promotionum« i). Il avait en

*) Muczkowski travailla dès 1830 sur Thistoire de notre civilisation; il débuta en 1840 par un article sur les manuscrits de Martin Hadyminski.

outre réuni une foule de notes qui sont aujourd'hui conservées dans les cartons de la Bibliothèque. D'un savoir peu commun, Muczkowski mit la plus infatiyrable ardeur à la recherche de la vérité qu'il poursuivit sans cesse et à travers toutes les difficultés. Doué du sens critique le plus fin et le plus habile, il compulsa patiemment les bibliothèques et les archives pour en tirer les éléments de l'oeuvre à venir. Amoureux de l'ordre, il était systématique en tout: aussi peut-on accueillir avec pleine confiance les indications qu'il a sévèrement contrôlées, solides assises d'un monument qu'il n'a pu construire: quae alteri saeculo prosint^).

Le regretté Joseph Szujski voulut reprendre la plume arrachée aux mains de Muc/Aowski et mener à bien l'histoire projetée; une fin prématurée vint briser ces espérances et ces rêves. Nous employons cette dernière expression ))rèves«, parce que Szujski mettait tout son coeur dans ce qu'il entreprenait et, unissant au culte du vrai celui du beau, cherchait à donner à sa chère patrie un noble aliment spirituel. Les dernières années de cette existence si brève et si bien remplie furent tout entières absorbées par la préparation de cette vaste histoire de l'université cracovienne et de la science polonaise. Nous n'en connaissons que quelques pages détachées, des fragments qu'il lut dans ses conférences de 1880 — 81, sur la Renaissance et la Réforme en Pologne. Ces conférences élargirent soudain la question et montrèrent de nouveaux horizons à leurs studieux auditeurs; elles étaient d'ailleurs tout animées du souffle enflammé de cette âme brûlante de tendresse et saignant de toutes les douleurs de son pays, de cette âme qu'il eût voulu faire passer dans ceux qui l'écoutaient, tâche héroïque et sublime dans laquelle

*) Lukaszewicz dans son iHistoire des écoles dans le Royaume l't dans le Grand-Duché de Lithuanie« (Posen 1849—61) parle abondamment de l'université dans le premier et le troisième volume, en général d'après les travaux de Wiszniewsici et de Muczkowski.

il s épuisa et se consuma. Nous avons toujours eu présente à notre esprit la mémoire de ce grand écrivain, dont nous avons osé recueillir l'héritage; môme en présence de ce cinquième centenaire, elle n'a jamais pâli à nos regards cette glorieuse figure de l'instituteur de notre peuple, qui dans une vie si courte sut faire tenir tant d'époques et inspirer tant de pensées et tant d'actions.

Bientôt on se mit à publier les sources où avaient puisé Muczkowski et Szujski. De 1870 à 1884, quatre volumes du »Codex diplomaticus« de l'université furent imprimés, par les soins et sous la direction de l'infatigable fouilleur du passé polonais, Zegota Pauli. Cette publication se continue.

Pour s'acquitter de cette lourde obligation, l'université a eu le rare bonheur de rencontrer le plus actif et le plus consciencieux des travailleurs, M. Ladislas Wisîocki. On lui doit le wLiber diligentiarum« (1886) et les »Acta Roctoralia« (deux volumes 1893 et i897), modèles du genre, par lesquels toutes les recherches sur l'histoire de l'université sont singulièrement facilitées. Les notices du même écrivain, et en première ligne celle qu'il donna à propos de l'édition du »Liber dilif^œntiarum«, témoignent d'une étude approfondie de> archives.

Ces ouvrages en firent bientôt naître une foule d'autres. Signalons ceux de MM. Karbowiak et Birkenmajer que nous avons mis à profit, et surtout les excellents mémoires de M. l'ahbé Fijatek, composés au moment même où nous écrivions ce livre. Nous avons été heureux de pouvoir tenir compte dans notre ouvrage de ces remarquables travaux, si richement documentés: nous avions déjà sous la main les «Etudes» (1898) et nous devons à l'obligeance de l'auteur la communication des bonnes feuilles de la monographie de Jacques de Paradis.

Ce livre a donc été écrit au milieu du mouvement d'intérêt pour tout ce qui touche à l'université, suscité par l'approche des solennités Jubilaires. Ce mouvement n'a pas

laissé de nous inquiéter et, tout à la fois, de nous tenir en éveil. Notre livre a des défauts, nous le savons mieux que personne; à mesure qu*on examine mieux les choses et qu'on pénètre plus avant dans les événements, les lacunes à combler se montrent de plus en plus nombreuses. Nous ne doutons pas que maint personnage à peine esquissé dans notre histoire ne soit bientôt présenté sous un jour plus éclatant; la s>Polonia apud Italos scholasticaa de M. Tabbé Fijatek a contribué largement à ces suppléments d'informations. Il faut aussi s'attendre à ce que l'organisation de l'université dont nous ne nous sommes occupé qu'en passant, dans quelques chapitres où il est question d'améliorations qui y furent apportées, et dont nous n'avons exposé quelques détails que dans la dernière partie de notre oeuvre, fasse naître des monographies spéciales et complètes. Nous l'avons à dessein exclue de notre livre, parce qu'elle fut d'ailleurs semblable à celle des autres universités du moyen âge et qu'elle eût excédé de beaucoup les limites que nous nous étions imposées.

Nous avons eu surtout en vue de faire ressortir les idées directrices qui ont présidé à chaque étape du développement de l'université. Nous espérons qu'en général nous n'avons trahi ni la vérité ni la réalité des choses. Il nous a été permis de découvrir plus d'un fait inconnu, plus d'une particularité ignorée; nous le devons surtout aux énormes matériaux accumulés par les recherches auxquelles les universités au moyen âge ont donné lieu dans ces dernières années, et à nos propres investigations dans les archives et bibliothèques. Les )>Conclusiones« de notre université, tout aussi bien les )>Conclusiones universitatiscc, à partir de 1441, que les «Conclusiones domus maioris», depuis 1432, nous ont été de la plus grande utilité. La bibliothèque jagellonienne, celles des Czartoryski, des OssoliAski, de Dzikôw, de l'université de Breslau, enfin les opulentes archives de notre université ont mis à notre disposition une foule de manuscrits. L'admirable catalogue

des manuscrits de la bibliothèque jagellonienne, par M. WisJocki (1877 — 1881) nous a été d'un grand secours. Nous^ n'ignorons pas néanmoins que bien des documents, et à Cracovie môme, nous ont échappé et qu'ils nous réservent des additions et des corrections à faire.

Des conseils fort précieux et des encouragements dévoués sont venus nous soutenir et nous éclairer dans notre travail. Nous adressons ici nos plus chaleureux remerciements à M. le Dr. Wistocki; à M. Ulanowski, professeur à l'université, maître incomparable, pour qui le déchiffrement des vieilles chartes n'a pas de secret, ami vigilant,, toujours prêt à prodiguer ses services, serviteur zélé de la science; à M. l'abbé Fijalek, qui nous a ouvert avec largesse les trésors amassés par sa persévérance de bénédictin; à M. Birkenmajer, une autorité en mathématiques et en astronomie qui a bien voulu nous guider lorsque nous avons eu à traiter ces matières hérissées de difficultés. Nous lui devons une grande partie du chapitre concernant les mathématiques. Nous n'avons ajouté à ses indications que ce que d'autres ouvrages cités nous ont fourni, ou encore ce que nous a suggéré le cours de notre récit Nous exprimons aussi notre reconnaissance à tous nos collègues, à tous les amis qui nous ont aidé de leur savoir ou stimulé de leur sympathie, à MM. Marian Sokolowski, Creizenach, MiodoAski, Luszczkiewicz, Tomkowicz, Potkanski, Kutrzeba, Winiarz, enfin à M. Abraham dont les découvertes dans les archives romaines ont jeté un nouveau jour sur la période initiale de notre université. Nous devons aussi la plus vive gratitude à M. le Directeur et aux employés de la bibliothèque jagellonienne. qui ont apporté à nous obliger la meilleure volonté et l'amabilité la plus rare.

Mais en dehors de ces sympathies, nous avions encore pour exciter notre zèle les exhortations que nous criait notre antique cité, par les mille voix de ses monuments, de ses souvenirs historiques, glorieux témoins de son magni-

fique passé. Elle est si éloquente pour nos coeurs, la vieille ville, avec ses grands morts dont les traits sculptés dans la pierre semblent contempler rêveurs la trÎBtesse actuelle qui les entoure, et nous bénir avec tout cet amour qu'ils nous ont appris et qui nous ramène pleins de vénération devant leurs images Casimir-le-Grand et Jagellon reposent au Wawel; les cendres sacrées de la reine Hedvige, au pied du grand autel, paraissent invoquer: Exoriare aliquis...! Et que reste- t-il aujourd'hui de la grande oeuvre qu'ils accomplirent? Il reste leur foi, leur espérance, leur charité; elle reste, cette université créée pour répandre le savoir sur toutes les contrées de l'ancienne Pologne, elle reste et réchaufie les âmes et ennoblit les esprits. On peut lui appliquer les paroles que Laurent de Medicis adressait, en 1472, a l'université de Pise restaurée: »Solatium veteris amissae libertatiscf — oui, consolation dans la détresse, mais gage aussi de résurrection.

Index des noms propres.

REMARQUE. Los pages sans chiffres romains se rapportent aa premier volume. — Lalettre n. désigne une note.

Aesticainpianus (Sommerfeld) Jean, le joune: III, 81, 8ô.

Aesticainpianus (Sommerfeld) Jean, le vieux: III, 81.

Agricoia Rodolphe, le jeune; III, 1(.7, 109, 115, 130, 140.

Agricoia Rodolphe, le vieux: III,

d'Ailly Pierre: 121.

Alanus (Alain de Lille): 2H1; II,

Albert, bourgmestre de Cracovie: 29.

Albert-le-Grand: II, 256.

Aide Manuce: III, 122, 127.

Alexandre, duc de Mazovie: 111, 242J; II, 61. 76.

Alexandre, duc de Ruthénie: II,

Alexandre Jagello», grand-duc de Lithuanie: II, 2é3.

Alexandre Jagellon, roi: III, 6, 94, 164.

Alexandre V, pape: 127.

Alexandre VI, pape: II, 246, 2i8.

Alexandrine, princesse de Mazovie, soeur de Ladislas Jagellon: 111.

AlphonseVIII, roi de Castille: 22.

Alsace: voir Table analytique des matières.

Amatus, anatomiste juif: II, 296.

Amatus Jean, Sicilien: II. 269; m, 109, 125.

Amboido lohannis de Campino:

Amédée de Savoie (Félix V) : II,

Amicinus Jean: III, 113.

André Syetkonis, duc de Ruthénie: II, 239.

Anianus, poêle: III, 120, 156.

Anne de Cilli: 182.

Anne, fille do Gédymin: 11.

Anne, princesse de Mazovie: 111.

Annono Isidorus: 206.

d'Arciszew Jacques: III, 249.

Aristole: 221; III. 194.

Auguslins: 8, 14.

Augustiiis do poenitentia: 114.

Augustin Saint: 8.

Avontiims Jean: lll, 192.

Avignon, université: 24.

Bacon Roger: 275.

Badtoli Léonard: 199.

Baldo Quirini: II. 10.

de Bâle .lean: II, 288.

Balifiski de Balin: II, 278.

Balma Guillaume: II, 59.

de Bainberg Jean: 167.

de Bandkow Adam: 267.

Barbo Pierre (Paul II): III, 185.

Baruchowski Jean: III, 78, 83.

Barvczka Martin: 11.

Basilios Chalcondylas: III, 122.

Batory Etienne: III, Ift*.

Bawo}. village: 29.

de Baysio Guido: 264.

<le Beau fort Henri: 187.

Bebel Henry: lU. 89.

Beber Jean: II, 260.

Beck Erasme: III, 86.

Behem Balthasar: III, 25.

Bellini Giovanni: 111, 15.

Belonka (Bielonka) Nicolas: m,

Belsz Martin: III. 131.

Beiza Martin: 237.

Bencio François: II, 289.

Bénédictins: voir Table analytique des matières.

Benoit Xn, pape: 24

Benoit XIU, pape: Và^, 125, 153.

Ber (Ursinus) Jean: II, 269, 288; m, 53, 60, 100.

Bernardins: voir Table analytique des matières.

Bernharth (Jocklin): III, 109.

Beroaldus: III. 151.

de Besuntiis Antoine: II, 40.

Berquin: III, 170.

Bessarion, cardinal: III, 186.

Bethman Jean: III, 115.

de Béthune Evrard: 224.

les Betman: III, 108.

Biedrzych: 288.

Biel Stanislas: II, 294, III, 44, 101, 249.

Biem d'Olkusz Martin: m. 178,

de Biskupie Bernard : III, 73, 193.

BlanchinI Jean: III, 185.

Blesensis Petrus: 135, 254.

de Blonie Nicolas: 262, 306; H,

Bninski André: II, 159.

Bninskî Pierre: III, 17.

de Bochyn (de Lowioz) Adam:

Bodman: III, 109.

de Bodma Wôlfflin Jean: III, 82. 110.

Boëce, traducteur d'Aristote:

Boleslas-le-Pieux: 30.

Boiesta Pierre: 184.

Bone Sforza: II, 270; lU, 171.

Boner: III, 24.

Bonfili Marco: II, 60, 73.

Bonfini Antonio: III, 199.

Boniface VIII, pape: 37.

Boniface IX, pape: 57, 67, 75»

Boryszewski Rose André: IU«

de Borzynow Derslaw: 262; H,

de Bossis Gabriel Antoine : 206.

Boszczyn, village: 213; IH, 301, de Boturzyn Jacques: 215.

de Boxioe Jacques: n, 284; III,

Bôschcnstein, maître d'hébreu:

Branda Castiglione: n, 48.

Brandys Pierre: 93.

Brassicanus: ni, 96.

de Brega Henry: 293; n, 161.

de Breslau (Vratislavia) Michel:

U, 256; III, 25, 34, 19ô.

de Breslau (Fusilius) Sigismond :

Brudzewski Adalbert: U, 244;

Bruni Léonard: II, 140; III, 144.

de Brzeg Clément: 227.

de Brzezie Adam: m, 267.

de Brzezie (Jean) Lutek: n, 42,

de Brzezie Mathias: III. 144.

de Brzeinica Nicolas: II, 142.

de Budziszyn Nicolas: 243.

Burchard Jean: m, 151.

Burgauer Benoit: m, 110.

Buridan: 276.

de Busk Jean: 24 Buthko Pierre: II, 281.

de Bydgoszcz Jacques: III, 215.

Bylica Martin: m, 184, 193.

Bylica et Heglomontanus: 10,186.

Bylica Stanislas: m, 193.

Byrowo de Przybynioe Martin:

de Bystrzykow Michel: II, 258;

de Caccia Etienne de Novare:

Cahors, université: 23.

Caiderini: 264.

Callimaque Buonaccorsi Philippe, — son arrivée en Pologne: m, 8.

— auprès de Grégoire de Sa- Dok: m, 10.

— à Cracovie: IIl, 11.

— précepteur des fils de Casimir Jagellon: III, ô.

— ses talents diplomatiques: m, 11.

— soD rôle social et son caractère: m. 16.

— et les juifs de Cracovie: III,

— son importance civilisatrice:

— sa mort et ses funérailles:

— son testament: III, 80.

— biographe de Grégoire de Sanok: II, 17.

Callimaque et Pierre de Bnin:

•Cambiale Grégoire: 173.

Campensis (van den Campen) Jean: II, 262; m, 136.

de Cancina (Caucina) Arnold:

Cantalicius: m, 22.

Capistran Jean: II, 114. 192, 197, 198, 200.

Capra Barthélémy: 200.

Cardinalis Jean: 284.

-Casimir-le-Grand, traits caractéristiques: 10.

— - ses relations avec Avignon:

— et les bourgeois de Cracovie: 29.

Casimir Jagellon, avènement au trône: II, 81.

— à l'égard du schisme papal:

— son opiniâtreté à l'égard de l'Eglise polonaise: II, 186.

— son esprit de conciliation et sa vie de famille: II, 222.

— sa politique dynastique : III, 2.

— sa mort: III, 74.

Casimir Saint, prince: II, 208.

Catherine, princesse de Mazo-

vie: II, 224.

Celtes (Celtis) Conrad : III, 21, 47. 51, 192.

— ses partisans à Cracovie : III,

— ses adversaires: III, 53.

— ses rapports avec l'université jagell., m, 54.

— champion du germanisme en Orient: III, 57.

— groupe de ses affiliés: m,

— son intrigue amoureuse àCracovie: III, 60.

— ses leçons à Cracovie: m, 6k

— . son départ de Cracovie: III,

Celtes et Callimaque: III, 52, 54.

Cesarini Julien: II, 37, 76.

Cettiçne: H, 2*3.

Charles IV, empereur: 8, 34, 38, Charles VII, roi de France: II,

Charles d'Anjou: 56.

Charles Robert, roi de Hongrie :

Chclmno (Kulm), université teu-

tonique avortée: 51, 115.

de Chelm Pierre: II, 41.

Chojenski Jean: III, 249.

Chojnice: II, 209.

de Chroberz Thomas: 267.

Chrysoloras Manuel: 188; n,

Cicéron, orateur: III, 105.

Cigala Jean: 266.

Ciolek Erasme: II, 246; III. 94,

Ciolek Stanislas: 205, 263; II,

Cisterciens: voir Table analytique des matières.

Claretti (Clariti) de'Cancellieri

Constanzo: II, 297; III, 109,

Clément V, pape: 37.

Clément VI, pape: 19, 24.

Clément VII, pape: 124.

Cola di Uienzi: 8.

Cologne, université: 51. de Cologne Henry: 47.

Coluccio dei Salutati: 9.

Colonna Otto (Martin V): 172.

Conrad, duc de Varsovie: II,

Conrad, évoque de Breslau: II,

Conrad-le-Roux, duc de Mazo-

vie: m, 24.

Constance, ville: 130.

de Conatantinople Théodore:

Copernic Nicolas: III. 89, 192,

Corvinus Mathias: II, 21; III, 2.

Corvinus (Habe) Laurent: III,

Cospius Angélus: III. 129.

Cossa Balthazar (Jean XXIII):

Coxus (Coxe) Léonard: III, 119.

Cracovie: voir Table analytique

des matières, de Cracovie Jacques: II, 90.

de Cracovie Mathieu : 64, 69,

71, 76, l:-î9; II, 114.

de Cracovie Thomas: 60.

Croisewitz de Brieg François:

92, 213. 243. 299. de Crète Jérôme: II, 27t.

de Crivellis François: 206.

de Crivellis Pierre: 206.

Cro de Cottbus Jean: 246.

Crocus Richard: III, 124, 134.

de Cusa Nicolas: II, 20. 184.

Cuspinianus: III, 49.

Cymbarke, princesse de Mazo-

vie: 111.

Czechel Sendziwoj : 272; II, 10,

Czepiel Nicolas: III, 152.

Dante: 56.

Dantiscus: III, 116, 166.

de Dantzig Marc: III, 200.

Datus Augustin: III, 99.

David, rabin: II, 257.

David Léonard: II, 262.

Debriiigor Georgius: III, 248.

Décius Jus tus: III, 108, 111.

Delfin, évéque de Parme: 11,40.

Démétrius de Constantinople:

de Dinkelsbuhl Nicolas: 166.

Dïugosz Jean, à l'univ. jagiell.,

— à la conclusion de paix de Thorn : II, 225.

— précepteur des fils de Casimir Jagellon: III, 4.

— fondateur de la bourse: III, 222, 225.

— en société de Zbigniew Oleénicki: 11, 9.

— SOS oeuvres, comme témoi-

fna^e de la brillante activité e Fépoque et des familiers d'Olesnicki: II, 34; III, 163.

Dlugosz Jean et Callimaqne:

Dlugosz Jean (le jeune): III.

de Dobczyce Léonard: III, 193.

de Dobra Jean: 246; II. 103.

Dombrowka Jean: 227; II, 130.

Dominicains: voir Table analytique des matières.

Donatus, auteur d'un manuel de grammaire: 222.

Dorstin Catherine: III, 248, n.

de Drohobvcz Georges: IIL 273.

Drzewicki Mathias: II, 196; III, 19, 80. 117.

de Dukla Jean: II, 203.

Dunajôw, résidence de Grégoire de Sanok: II, 22.

Duszan Etienne: 61.

de Dziaïoszyn Nicolas: II, 90.

Eck André: III, 115.

Eck Valentin: UI, 111, 266.

Elgot Jean: 261; U, 9, 75, 113.

Elisabeth, épouse de Casimir

Jaeellon: III, 2, 4. 76.

Elisabeth, soeur de Casimir-le-

Grand: 13.

Elisabeth Bonifacia, fille de La-

dislas Jagellon et de Hedvige :

Emaus, couvent à Prague: 61.

Enéas Silvius Piccolomini (Pie

IIi: 6H; II, 25, 26, 27, 29. 189.

Enoche da Ascoli: II. 33.

Enrici Jean Baptiste: II, 88.

Erfurt, université, 51.

Eugène IV. pape: II, 19.

Factinante Eryk: 62. n.

Falkenberg Jean: 159, 165. 207.

Falkowski Jean: 93.

Falkowski Pierre: 24.

Faust: m, 201.

Félix V, pape: U, 58, 92.

de Felkre Vittorino: H, 12.

Feyge (Caricinus) Bernard: 111^

dé Fiana François: n, 138.

Fibonacci: m. 174. Fillaatre, cardinal: lé5.

Fink Henry: ffl. 91, n.

Fogelwager Michel: m. 109.

Franchinus de Castillione: 203.

François I, roi de France: III,

Frédéric II, empereur: 6, 22,

Frédéric de Brandebourg: 800;

Frédéric Jagellon, cardinal: m,

les Fugger : III, 24.

Fulgosus Raphaël: 204.

Gadius Adam: III, 152.

Galeazzo di S. Sofia: 249.

Galeotti: III, 187.

Galfrid (Ganifredus) de Vine-

sauf: 224; n, 136.

Galien: 250.

Galka de Dobczyn André: II,

Saint-Gall: UI, 108.

Gallo Bernardino: III, 20, 78.

Galvanus de Bologne: 56.

Garbarz Martin: III, 318.

Garcias, Espagnol: II, 270; m,

de Garlande Jean: II, 136.

Gaszowiec de Locmierz Pierre:

Gasztold Janusius: II, 238, 239.

Gasztold Jean: U, 238; III, 32.

Gasztold Martin: II, 241.

Gattinara, chancelier impérial:

de Gdana Gaspard : III, 200.

Gedrojc Adalbert: II, 239.

Gedrojc Gabriel: II, 239.

Gedrojc Georges: II, 239.

Gedrojc Herman: II. 239.

Gedrojc Michel : II, 203.

Gedrojc Stanislas: II, 239.

y. Gefnhausen Conrad : 78, 122,

Morawski. III.

Gemistos Pléthon: II, 96.

Georgius, auteur d'une rhétorique: 232.

Gerhard de Crémone: III, 186.

Gerhard de Sabbionetto: 228,

Gerhardsdorf Pierre: 79.

Gerson Jean: 174; II. 114.

de Gielniow Ladislas: II, 203.

Gilles, évêque iRosnensisc: II,

Gleywicz Nicolas: 49.

Glinski Michel: II, 253.

de Glogau (Glogow) Jean: II,

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