‹ Histoire de l'Université de Genève (volume 2)Chapitre 44 sur 82 · LÉCOLK PRÉPARATOIRE DE DROIT · texte numérisé non relu

LÉCOLK PRÉPARATOIRE DE DROIT

ses honoraires d'une autorité protestante, avait évidemment choqué certaines susceptibilités très puissantes à la cour. Le crédit voté pour lÉcole de droit n'eut pas exactement le même sort, mais il nedevait jamais peser beaucoup plus lourdement sur le budget municipal. La dépense fut d'abord provisoirement ajournée, comme l'autre, par le conseiller d'État Quinette, directeur de la Comptabilité des communes, « faute de renseignements suffisants». En 1812, ces renseignements ayant été fournis avec abondance, le crédit éventuellement ouvert pour l'entretien de cpiatre professeurs de droit fut admis, sous réserve de la décision de principe de l'autorité compétente. Cette décision, sollicitée par le Conseil académique de Genève, combattue, à Paris, au nom des intérêts de Grenoble, fut soutenue par Fontanes et par Ciivier. Llle finit par être prise, au Conseil de TUniversité. sur un rapport très favorable de Chabot de l'Allier, moyennant l'abandon du titre de Faculté, ainsi que du droit de conférer des grades, et la rétrocession à la Faculté où l'étudiant irait passer ses examens de tous les droits d'inscription qu'il aurait acquittés pour ses études à l'École préparatoire. Le projet de décret fut adopté dans la séance du 13 mars [Hl'.i. Adressé, le 5 avril, par le grand-maître au ministre de l'Intérieur, pour être mis sous les yeux de l'empereur, il fut envoyé au Conseil d'Ltat, dans les bureaux duquel il achevait l'année mémorable, lorsque Cuvier eut l'art de l'en faire sortir au mois de décembre. Mais il était trop tard pour qu'il put recevoir en temps utile la signature de Napoléon'.

' Letlre île Miirif;iiic. inspecteur généi-iil de ILniveisilé Ini|>éi'i^ile. à M, -A. Pirtol. 16. rlée. 1813. (f.. c, .V •>.) Voii-i, d':iprès des extraits contemporains, le procès-verbal de la délibération principale du Conseil acadéiiii([ue do Genève, avec les recommandalions du préfet et du maire et le texte du projet de décret adopté par le Conseil de l'Université Impériale : u Extrait des registres du Conseil a ucadémitjue de Genève, séance du T3 octobre 1813. .Monsieur le professeur Le Fort rapporte que « plusieurs jeunes gens sont venus lui demander, s'il fallait perdre tout espoir que les études de 0 jurisprudence faites à Genève soient valables pour obtenir des grades dans les Facultés de droit; « il ajoute que plusieurs élèves de l'Académie ont renoncé à la vocation du barreau i|uils dési- « raient embrasseï-, par l'impossibilité <le supporter les dépenses qn entrainent une transplantation « et une absence de trois ou quatre ans: qu il en est d'autres qui, jouissant d'une fortune aisée « et n'ayant aucun désir de faire de l'étude des lois une spéculation lucrative, consacreraient volon- « tiers quelques années à celte étude, s'ils pouvaient le faire, sans s'éloigner de leurs familles ; Il qu'il est d'autant plus fâcheux que ces jeunes gens y renoncent, qu'ils formeraieut une pépinière de « juges et de magistrats tels que le gouvernement les désire. M. Le Fort regrette que les vœux émis I' à cet égard, tant par le Conseil municipal de Genève que par le Conseil général du Département, n n'aient pu se réaliser : il comprend fort bien les motifs qui s'y sont opposés, et la crainte qu'on Il a pu concevoir que les écoles secondaires ne nuisissent aux écoles spéciales qu il est intéressant Il de favoriser; mais il croit qu'il serait possible de concilier ces divers intérêts, si l'on obtenait

198 l'acaukmik impékialk. - — ISO'i-lSl'i

Dans la volumineuse correspondance à laquelle donna lieu ce laborieux projet, on trouve plus d'un avertissement aux Genevois de ne pas s'entêter dans une entreprise vraisemblablement condamnée à échouer devant un

« que les études de droit laites à Genève et coordonnées à celles des Kcolcs spéciales, comptassent » pour le temps qu'on y aurait consacré, avec les restrictions suivantes :

(c 1° Que les élèves prissent à la vérité leurs inscriptions à Genève, mais qu'ils en versassent le « produit dans la caisse de la Faculté on ils iraient premlre leur f^rade.

n ïo Que le doyen de l'école préparatoire de Genève envoyât, ii chaque trimestre, la note des ins- « criptions prises entre ses mains au recteur de Grenoble, ou à celui île telle autre Académie renie fermant une Ecole spéciale.

« 3° Que les élèves instruits à Genève allassent chaque année subir un examen à Grenoble et y n prendre leur grade.

(( 'i" Que cette facilité ne leur lui accordée que pour le baccalauréat, mais que ceux qui voudraientobte- II nirla licence fussent oblie;os <le faire à IHcole spéciale même Tannée d'études requises pour ce grade.

n M. Le Fort invite le Conseil académique à examiner s'il ne conviendrait point de profiter du sé- II jour de M. Pictet h Paris, pour mettre sous les yeux de S. E. le graud-maitre de l'Université le Il mode d'organisation de l'F^cole préparatoire qu'il vient de présenter, et lui en proposer l'adoption. « M. Pictet pourrait faire valoir tant auprès de Son Excellence que dans le Conseil de IL'niversité <( les raisons qui parlent en faveur de ce projet et qu'il serait trop long de développer par écrit, ré- « pondre aux objections qui pourraient lui être présentées, et fournir les éclaircissements néces- II saires sur les moyens d'exécution. Sur quoi délibéré, le Conseil académique adoptant en entier les Il idées de M. le professeur Le Fort, arrête d'adresser à S. E. le grand-maître de lUniversité, par Il l'entremise de M. le recteur, un extrait des registres de la séance, le(|uel devra contenir l'exposé B du plan de M. Le Fort el les motifs d'après lesquels il l'a proposé. Le dit extrait des registres Il sera préalablement cominnuiiiué à M. le maire de Genève et à M, le préfet du Département avec i( prière de vouloir bien en appuyer les conclusions auprès de S. E. le sénateur grand-maitre de Il l'Université, et une copie en sera envoyée à M. le professeur Pictet, conseiller ordinaire de l'Uni- 11 versilé, [Signé] Pour copie, Genève 27 octobre 1812, Boissier, rerl<'ur. »

n Le maire de la ville de Genève, chevalier de l'Empire et de 1 oi-dre impérial de la Réunion, ac- •I cède avec d'autant plus d'empressement à linvilation que lui fait le Conseil académique d'appuyer Il auprès de S. E. le Sénateur grand-maitre de lUniversité, la demande que ce Conseil à l'honneur Il de lui adresser, relativement à l'école préparatoire de droit, qu il ne fait en cela que remplir les « désirs bien prononcés du Conseil municipal de Genève, lequel n'a perdu aucune occasion de taire n connaître respectueusement à S. M. l'Empereur et Roi. combien il mettait de prix à ce que la sus- II dite École de droit obtint les avantages el les privilèges des Écoles spéciales, ou qu'il lui fut per- II mis du moins de conférer les premiers grades, el qui en conséquence a voté dans son budget de Il 1811 une somme de six mille francs pour le traitement des professeurs qui composeraient cette « école. Le maire croit devoir ajouter que les vœux du Conseil municipal à cet égard ne sont que Il l'expression de ceux de tous les habitants de Genève. Maurice, u

Il Le préfet du département du Léman ue peut que joindre ses vœux et ses instances à ceux de Il M. le maire de Genève et du Conseil académique. Il a déjà eu l'honneur d'exposer à S. E. le grandn maître combien il serait à désirer, combien avantageux que l'élude du droit fût maintenue à Genève ; Il il ose le prier de nouveau de se faire représenter, d'accueillir favorablement et de mettre sous les Il yeux du Conseil de l'Université les motifs qu'il a fait valoir à ce sujet. 11 est digne de M. le comte Il de Foutanes, digne de ses conseillers, d'accorder ce bienfait à une ville qui, comme cité éclairée Il et enseignante, a autant de droits à leur estime. Genève, le 29 octobre 1812. Le baron Capelle. » (Arch.Nat., F" i333.)

Il Projet de décret concernant iécole préparatoire de Droit établie à Uenàve. <> « Le Conseil de l'Université Impériale, sur la proposition de S, E.le grand-maître, — Il Vu la demande du Conseil académique de Genève du 23 octobre 1812, appuyée par le préfet du (I Léman et par le maire de la ville de Genève, vu le statut du 13 janvier 1809, après avoir entendu « le rapport des Sections de l'étal el perfectionnement des études et de ladministration ; — consi-

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parti pris en haut lieu. Fontanes le dit à ses intimes, Cuvier le donne à entendre à Pictet. Avec l'appui de Chabot de l'Allier, complètement revenu de ses préventions de la première heure', ils pensent pouvoir convaincre le Conseil de l'Université, ils croient qu'on peut obtenir l'acquiescement du Conseil d'État. Mais, pour ce qui est de l'instance suprême, ils craignent tout. Si l'on rapproche cela de ce que nous avons rapporté du travail qui se faisait autour de l'empereur pour le détourner d'accorder quoi que ce fût à sa bonne ville de Genève, on ne s'en étonnera nullement. Dans l'une de ses lettres à Fontanes, Boissier croit devoir signaler l'avantage évident qu'il v aurait pour les ressortissants du nouveau département du Simplon, en laveur duquel le délégué du ministre de la Justice est obligé de solliciter l'envoi d'un professeur de droit français en mission, à pouvoir faire, au moins en partie, leurs études juridiques à Genève (10 février 1811). Le grandmaître ne paraît nullement frappé de la découverte. Il accuse réception en trois lignes, sans insister. C'est que c'était là justement l'un des arguments qui pouvaient le mieux servir les défenseurs du monopole de Grenoble-.

u iléranl qiiil esl utile de maintenir lécole préparatoire de droit établie dans la ville de Genève : qu'elle « serait cependant bientôt déserte si les élèves ne pouvaient aucunement profiter du temps d'études (I qu'ils y auraient faites pour obtenir au moins le grade de bachelier dans une Faculté de droit ; que « le Conseil municipal de Genève offre de faire tous les frais nécessaires pour la soutenir; mais, <( d'autre part, que si l'on conférait à cette école le droit de faire subir les examens et de délivrer les « certiliciits d'aptitude sur lesquels sont accordés les diplômes, ce serait l'ériger en Faculté : et que « le nombre des Facultés de droit actuellement existantes dans l'étendue de l'Empire est sufllsant; — « Arrête que le projet de décret suivant sera adressé à S. 1£. le ministre de l'Intérieur pour être <i soumis à S. M. 1 Empereur et Roi.

Projet de décret.

n Napoléon etc.

« Art. 1. Les étudiants en droit, dont les familles seront domiciliées dans le département du I^éman, « pourront, après avoir fait deux années d'études à I école préparatoire de droit établie à Genève, 0 obtenir le grade de bachelier, en subissant, devant une des Facultés de droit de notre Empire, aux n époques (ixées par nos décrets, les deux examens prescrits pour le baccalauréat.

n Art. 2. Ils verseront dans la caisse de la Faculté où ils subiront leurs examens li!s frais d'ins- « cription. d'examen et autres, qui sont déterminés par nos décrets.

n Art. 3. Les traitements des quatre professeurs, et tous les frais de lécole préparatoire établie Il à Genève seront à la charge de cette ville.

« Art. 4. Notre ministre de l'Intérieur est chargé, etc. » (Extrait des registres de l'Université Impériale, séance du 13 mars 1SI3. Papiers de M.-.\. Pictet, /. c, 01/.

' Il a reçu, au mois de novembre 1810, un mémoire historique de Pierre Girod sur l'Ecole de droit de Genève, (Jaques Le Fort à M. -A, Pictet, 1" nov. 1810, / c. Oi.)

- Cf. plus haut, p, 121. Arch. Nat.. F" i333. Cuvier à M. -A. Pictet, fév. 1813. |i. c. 11). .Marignié, Inspecteur général de l'Université Impériale à M. -A. Pictet, l^'avril et 16 dée. 1813. [Ihid.. N 2).

Marignié au même. 24 novembre 1812; 2 janvier 1813: u Mauvaises, très mauvaises nouvelles de « notre aifaire d'école de droit. C est à peu près tout ce que je vous en dirai, ayant pris, avant-

Malgré l'opposition que rencontrait le projet dont nous venons de rappeler les vicissitudes, le professeur Pictet et le docteur Marignié, son collègue à la sixième commission (riiispeclion générale qui, deux fois de suite,

(1 liier, la parole fie M. Ciivier, qui s'en est le plus olliciellemeiil mêlé, comme piésideni de la piT- « mière Section de l élal et perfeclionnemenl des éludes, doni vous êtes aussi membre; ayant pris, (( dis-je. la parole qu'il vous en écrirait pour vous dire comment ils avaient mené cette discussion (I et à quel résultat on en était venu. Kn brol, la commission est restée pétriliée et comme médusée i( par le texte formel du décret qui n'admet aux (grades que les élèves qui ont l'ait leurs cours et toutes « leurs études dans les facultés spécialement insliluées par la loi Elle n'a trouve- aucune moililica- « lion ((ue celle de demander un décret spécial ad hoc et qui fasse exception en faveur de I'ImoIc « préparatoire de Genève : en niéme temps on craint, et je ne sais sur quoi est fondée cette crainte, Il (le faire cette demande à 1 Empereur et de lui remettre Genève sous les yeux. J'ai prié M. (envier <( d'enirer avec vous dans tous les développements et il le fera sans doute. J'avais dem.mdé d'être « appelé à la Commission toutes les fois qu'on y disciih rail celle affaire. On me l'avait promis cl n on s'en est abstenu. » 4 février : « Ils traînent trop en longueur et je n attends plus leur décision « pour vous écrire, mon très cher et bon collègue. Cela veut dire que j'ai différé de jour en jour de (( répoudre à vos deux bonnes lettres dans l'attente de la décision du Conseil de l'Université sur (I ri^cole préparatoire de droit de Genève. Deux fois, au (Conseil de vendredi dernier, et, avant-liier, n mardi, le rapport de M. (^habol était à l'ordre du jour, et deux fois d autres objets en ont pris la Il place. D'après ce (|ue vous avez écrit il d après ce qu'a ajouté, en rendant vos lettres à M.M. ('n- « vier, Cliabol et moi, .M. Pictet-Diodali. il est convenu que. dans le rapport que fera de celte Il affaire au Conseil de I Université M. C;iiabol, ou proposera de demander un décret spécial, el (I c'est sur celle conclusion du lapporl que le Conseil devra arrêter un avis. Je croyais pouvoir i< vous eu donner le ri'snltal et je I allcinlais pour vous l'écrire. Cela n ira pas loin pourtant et peut- « être pas plus loin que dcuiaiti. .le vous écris toujours aujourd'hui sauf à récidiver au premier i< jour. 1) 13 février: a Je vous envoie, en nature, cher collègue, le billet que j'ai reçu, hier au soir, (I de M. Chabot de l'Allier. Je l'avais prié de m'écrire à l'issue du (!onseil oi'i je lavais engagé à aller. (I pour être présent à la discussion de l'aifaii-e de l'Ecole préj)aratoire de droit de Genève. Il y avait « un mois qu'il n'y venait pas. par indisposition. Mais, hier, il s est trouvé assez bien pour y assister (1 et vous voyez, par son billet, le résultat de la délibération. Vous y voyez aussi la répugnance du n giand-niaîlre. Quand il me dit qu'il serait utile que ji- le visse à cel égard, il ignore que je l'avais i< vu et que je l'avais beaucoup entretenu sur cette affaire avant le ('onseil et que je savais, mieux « que lui, à quoi m'en tenir sur ses dispositions. Elles sont toujours pleines de crainte sur les suites « de cette all'aire, et, entre nous, je sortis de son cabinet tout à fait dans le doute s'il la laisserait à Il l'ordre du jour. Il avait commencé par me dire qu'il était toujours persuadé, dans lintérêt de (ie- « nève, qu il ne fallait pas 1 aborder VA quand je lui opposai, dans la discussion que nous eûmes à Il à ce sujet, que nous ue devions pas aller plus loin dans nos craintes que les Genevois eux-mêmes i< à qui nous ne les avions pas dissimulées et qui n en tenaient compte, il me répondit poétiquement. Il par l'application de ce vers : /.'homme est plus cher aux dieux iju'U ue l'est à lui-même. Je ne Il sais pas au juste si c'est qu'il s'exagère les dispositions qu'on vous porte, ou s il a des données Il positives, mais il esl certain que sa répugnance est toujours grande et qu'on pourrait croire Il (]u il a des pressentiments fondés. Quant à moi j ai cru devoir agir jusqu au bout et presser dans Il voire sens, quand j'ai vu que vous y persistiez. Ainsi, après même avoir quitté le grand-maiire. j'ai <i parlé à tous les conseillers, comme si je n'eusse pas mis eu doute que celle affaire serait traitée Il dans le Conseil de ce jour, me gardant de laisser rien percer de l'opinion particulière du grand- II maître. De cette manière je les ai tous favorablement disposés. Mais je dois vous dire, et ceci en- II core entre nous, que Langeac m'a suivi jusqu'à la sortie du secrétariat pour nie dire qu il pouvait <i presque me répondre que le grand-maître écarterait encore cette fois, comme il l'avait déjà fait Il plus d'une, colle affaire de l'ordi'e du joui' el qu'il connaissait sa façon de penser à cet égard. J'ai

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en 1811 et en 1812, fut chargée de visiter rAcadémie de Genève, proposèrent, dans leurs rapports, de donner à l'Ecole préparatoire de médecine des attributions analogues à celles qu'on réclamait pour celle de droit. Mais on n'a pas de peine à comprendre que cette nouvelle cause, n'ayant ni le carac-

« feint d'ignorer tout ce que j'en savais et j'ai combattu auprès de lui-même ces craintes que je lui « ai représentées comme u étant, de la part du grand-maître, qu'une exatjération prise dans l'intérêt « même qu il porte à votre ville. Langeac m'a répondu comme s il savait que l'inconvénient, et le 0 danger même, étaient réels, et il a .ajouté qu'il fallait, en outre, considérer que, dans toutes les n affaires de ce genre, c'était toujours lui, le grand-maitre. qui était à la brèche et qui recevait les n premières et les plus vives ruades, o

Chabot de l'Allier à .Marignié, 6 mars 1813 : u Monsieur et cher collègue, J ai lu hier au Conseil « le projet de décret sur l'Ecole de Genève : on y a trouvé des dillicultés. et. pour réfléchir, on en a <( ordonné l'impression et renvoyé la discussion à vendredi prochaiu. Je vois qu'on persiste toujours « dans cette première idée que le projet peut nuire à la ville de Genève. J'ai l'honneur de vous saluer <( très affectueusement. »

Marignié à Pictet, 13 mars : « L'affaire de votre Faculté de droit ne put pas être mise à l'ordre 0 du jour du Conseil d'hier. Nous ne la perdons pas de vue. » 18 mars : « Enfin le voilà cet arrêté n du Conseil de l'L'niversilé pour 1 Ecole préparatoire de droit de Genève : Les étudiants dont a les familles seront domiciliées dans le département du Léman pourront, etc. Vous recevrez pour 0 copie conforme une e.vpédition de cet arrêté délibéré au Conseil de lUniversité de mardi dernier, (c avant-hier. La rédaction de ce premier article a éprouvé, dans le débat, des modifications d'où il 0 est sorti tel que je viens de vous le mettre sous les yeux. Nous avions proposé : Les étudiants u dont les familles ne seront pas domiciliées dans un autre département que celui du Léman « pourront, etc. C'était un peu entortillé, mais aussi un peu plus vague et laissait une certaine latitude « et une porte plus ouverte aux étrangers, Suisses et autres. Mais au fait les Genevois ne tenaient « à obtenir cette facilité que pour leurs enfants, et n'embrassaient pas même dans leur intention la « vaste étendue du Léman. L'y voilà pourtant tout compris et on doit être content. A présent il n faut arriver au décret conlirmatif de l'arrêté. Nous n y négligerons rien et votre cousin Pictel- (c Diodati, qui a déjà mis à ceci beaucoup d'intérêt et de suite, sera fort utile pour le reste de la 0 besogne. Sa bonne volouté est, ici, secondée de beaucoup de moyens. Il est fort répandu et a « beaucoup de bonnes connaissances. Enfin le premier pas est fait et vous voyez que ce n'a pas été II sans difficulté. Mais on est tout défatigué quand on est arrivé au terme. Ce ne sera pas mal à « vous d'écrire à M. Chabot de 1 Allier qui a fait de la meilleure grâce ibien qu'avec un peu de mala- « dresse, inter nos) office de rapporteur dans cette affaire. 11 y a mis une complaisance parfaite. (1 Quand cela sera eutièrenuMit fini, je m'en réjouirai en bon Genevois et comme un Cramer, ni plus « ni moins. » i""- avril 1813 : «... Pictet-Diodati a une expédition de l'arrêté et projet de décret du n Conseil de l'Université sur laffaire de lÉcole de droit. Je l'ai engagé à vous en envoyer copie par « le courrier d'aujourd'hui. Les bureaux avaient dû l'adresser au recteur. Je me suis du moins assuré « que les expéditions officielles au minisire de l'Intérieur sont parties. C'est de là qu'on ira au Con- « seil d'Etat. Je ne le perds pas de vue. » 16 décembre 1813 : «... Je commencerai, cette fois, pour « ne pas l'oublier comme il m'arriva dans ma dernière lettre de samedi 11, par vous parler de laffaire « de votre Académie, relative aux études de droit. J'avais appris sa réussite inattendue et inespérée. « un peu par hasard, et je m en plaignis à M. Chabol de l'Allier qui ne m'en donna connaissance que i( comme par occasion. J'y avais mis assez d'intérêt pour qu on eut dû, à lUniversité, m'en donner <i avis d une autre manière. Mais voilà comment les choses s'y traitent el s'y font. N'importe : c'est i( une bonne chose de faite, et qui m'a fait plaisir, comme ayant dû vous en faire beaucoup ainsi qu'à « nos amis de Genève. A la suite de ceci, il y aura bien quelques autres opérations à faire et vous B pouvez compter que je m'y emploierai, selon vos directions, avec zèle et avec suite. Je m'en suis déjà « entretenu avec le cousin Pictet-Diodati qui ne le perd pas de vue. Vous savez que c'est M. Cuvier Il qui l'a fait reprendre sous œuvre au Conseil d État ; el voilà commenl il est toujours bon d avoir « des intelligences dans les places, et des gens intelligents. .) (Papiers de M. -A. Pictel, /. c, iV?.)

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tèrc crLiigence de la première, ni le même nombre d'avocats, n'aboutit pas même au résultat théorique qu'on vient de voir si longtemps discuté.

« L'École préparatoire de médecine, — lit-on dans le rapport de 1812, — est, comme la précédente, niainteiuie dans la nouvelle organisation, mais elle n'est (|tic nominale. Les processeurs titulaires, au nondji'e de trois, ne reçoivent aucun trailcincnt, et ne tlonnenl point tie cours. Il est vivement à regretter que des hommes aussi éminents par leur savoir ne soient pas mis à portée de propager des connaissances (pTils ne deniandcnl (|u'à ti-ansmetlre. Lorsque cette école était en activité on en a ('prouvé île très bons résultats. Les chirurgiens des campagnes venaient eux-nu^mes en grand nonijjre recevoir l'instruction préparatoire donnée aux élèves. Il ne s'agirait, pas plus ici que dans la Faculté de droit, de recevoir des inscriptions et de conl'érer des grades. Les professeurs se boriu-raient même à demander que deux ans d'études, laites dans leur école, ne conq)lassent dans l'école spéciale que pour une année. Et, si l'on considère tous les avantages (pii résultcraicuit de la mise en activité de cette école, dont tout le personnel existe, et très bien conqiosé, on doit vivement regretter chac(iie année d'inaction.

Les moindres avantages seraient peut-être ceux cju'en retireraient les élèves commençants. La classe nombreuse des officiers de santé, dont la plupart ont fait (les étutles fori iiu'onqilètes, trouveraient dans un cours particulièrement consacré aux maladies endémiques et locales des secours d'instruction très précieux, et ils y seraient mis au courant de toutes les découvertes utiles dans leur art. Enfin on y formerait des sages-femmes instruites, qu'on ne peut envoyer qu'en petit nombre et à grands frais étudier dans les écoles spéciales. Chacun des professeurs serait tenu de donner, toutes les années, un cours gratuit de leçons élémentaires sur toutes les branches usuelles de la médecine pratique. Les frais se borneraient à un traitement de 1200 francs pour chacun des professeurs titulaires, et de 600 francs pour un adjoint '. »

Nous avons dit que les titulaires en question étaient Odier, pour la Médecine, Gaspard de la Rive, pour la Chimie pharmaceutique, et Jean- Pierre Mauuoir, pour 1 Anatomie, les deux premiers de création genevoise, le troisième nommé, en 1809, par le grand-maître de l'Université-.

Ce troisième, fils aîné du régent de première, était un chirurgien de grand mérite et notamment un oculiste dune habileté consommée. Elève, comme on l'a vu, de Desault, il lui avait rendu, en 1792, un service que ses

' Papiers de M. -A. Piclel, Brouillon du rupparl sur (U'nèfe. tSlQ. I L. c. Ol.l '' Cf., plus hiuil. p. 'i2 ss., 70, 115.

J. p. MAUX O I R,

Lai, J' C^Mt:

L ECOLE PREl>ARATOIKE IIE MEDECINE

camarades de Parijs n'avaient point oublié. Le chirurgien en chef de l'Hôtel- Dieu ayant été arrêté et conduit en prison, sous rincul|)ation absurde d'avoir fait empoisonner les plaies des Marseillais blessés au combat du 10 août, quelques-uns de ses étudiants, parmi lesquels était Maunoir, s'étaient présentés, pour le défendre, devant le redoutable tribunal révolutionnaire. Le jeune Genevois plaida la cause du maître avec tant d'énergie, dit-on, et d'audace qu'il faillit être envoyé lui-même à l'Abbaye, de laquelle le verdict heureusement fit sortir Desault, à la veille des massacres de septembre '. De retour dans sa patrie, Maunoir n'avait cessé d'entretenir ses relations pansiennes et, en 1810, il profita du crédit de Halle, l'un des médecins de l'empereur, pour obtenir de Fontanes la nomination de son frère cadet Charles- Théophile Maunoir, aide-chirurgien de l'hôpital de Genève, comme adjoint à la chaire qu'il n'occupait, à ce qu'on vient de lire, qu'en attendant des élèves^. Cettedémarche, faite au cours d'un séjourà Paris et couronnée de succès, en dépit des protestations tardives du recteur, faillit en faire échouer une autre du même genre, pour laquelle on avait suivi une voie moins rapide, quoique également à l'insu de Boissier. Le professeur et principal De Roches avait sollicité, par une lettre du 8 mars 1810, que son fils Jean-Jacques fût désigné comme adjoint à Odier. La requête était appuyée de cet argument dénué d'artifice : « Il serait doux pour moi, dans l'âge avancé auquel je suis « parvenu, de partager avec Messieurs Boissier, Picot, Le Fort et Necker la « satisfaction qu'ils ont eue de compter leurs fils parmi leurs collègues. » En marge du rapport favorable du chef de division Dumouchel, daté du ■26 mars, on trouve cette annotation du grand-maître : « A/niirnc. J'ai dc/à nomme fro/) d'ad/oinfs à cette Faculté. » H voulait ilire sans doute : à cette Académie. Mais Fontanes ne pouvait refuser longtemps à l'ancien collègue de son oncle, — « l'aimable savant », dit le- solliciteur, « dont Votre Excellence porte le nom, » — ce qu'il avait accordé à tant d'autres. La nomination fut signée l'année suivante^.

• J.-P. Maunoir. Xolice biographique (avec porliail) dans VAlhuin de la .'^uis.sc romane. 6=3111100, Genève, 18i8, p. 61 ss. D"-J. Diipin, le professeur J.-P. Maunoir. |JouinaI de Genève du3 lév. 1861.)

- Arrêté du 27 août 1810. La lettre d'introduction de Halle auprès de Fontanes est annexée à l'original. Elle porte cette apostille du grand-maître, d'où l'on peut conclure qu'il ne connaissait pas le nom de Maunoir : n Faire ce que demande M. Meunier » (sic). (Arch. Nat., F" i33:S.) Correspondance Genève. 1809-1S13. Lettres de Boissier à .\I.-A. Piclel, 6 et 8 septembre 1810. ( /,. c, U 3.)

' Arrêté du 31 mars 1811. Ce fut la deruière uomiuatiou de ce genre. En mai 1812, le pharmacien

204 l'académie iMPiiruALi;. — iso'i-isi'i

Du temps que le litre de professeur bénévole îi l'Académie de Genève comportait des devoirs acceptés, le rapport de IHOS à Fourcrov en témoigne', Odier faisait des cours de médecine aux étudiants et aux ofTiciers de santé, Jurine, prédécesseui- de Maunoir dans la chaire d'Anatomie, donnait des leçons d'ostéologie et de myologie, à la jiortée des élèves des écoles de dessin, et faisait un cours pratique d'accouchements, destiné aux sagesfemmes du Département. Il est instructif de constater, à la lumière du rapport de 1812, que ces enseignements cessèrent lorsque les professeurs furent des officiers sans solde de l'Université Impériale. Devenus fonctionnaires sans initiative et sans charge d'âmes, ils n'eurent plus que l'idée de se faire payer les traitements ([ui leur étaient dus comme à leurs collègues des autres Académies. Kt,jiis(juà ce que le gouvernement, dont ils dépendaient, sans se sentir responsables de son œuvi-e dans l'I-lcole, voulût bien reconnaître leurs services, ils ne se regardaient pas comme tenus de les lui rendre. Le plus consciencieux, Odier, portait scrupuleusement à la boutonnière de ses redingotes la palme d'argent académique. Il ne lui venait pas à l'esprit qu il |)ùt faire autrement son devoir universitaire.

Il eût sufïi pourtant, comme on Fa vu, de bien peu de chose, de l'inscription d'un crédit minuscule au l)udget de l'Université hnpériale, pour faire de cette école de médecine sur le papier un établissement vraiment utile et digne de soutenir la comparaison avec les meilleurs de France. Jamais Genève n'a été mieux placée qu'à cette époque pour voir prospérer une Faculté de cet ordre. Chef-lieu d'un vaste département tributaire de ses services médicaux, de plus admirablement située pour attirer à elle les étudiants de toute la Suisse occidentale, elle possédait un corps de praticiens distingués, les Pierre Butini, les Gaspard Vieusseux, les Pierre Fine, tous ceux que nous avons nommés, qu'on venait consulter de loin et même des palais de la famille impériale. La Bibliothèque britannique , dont la rédaction la tenait en relation constante et directe avec tout un monde, dont la politique de Napoléon empêchait le contact avec le reste de l'empire, la

Jacques Peschier, « élève de Kl;i)ji'oth et d Hermbsladt », solliciUiiil d être iioinnu' adjuint à la chaire de Chimie générale de Tingry, vit sa requête écartée sur un rapport de M. -A. Piclet, exprimant de l'estime pour le requérant, mais blâmant sans réserve la mesure proposée. (Rapport à S. E. le grandmaitre de l'Université, comte de l'Empire, 16 avril 1812, Iliid., l. c.\ • Cf., plus haut, p. 193 s.

l" ÉCOLE PRÉPARATOIRE DE MÉDECINE 205

mettait à cet égard dans une situation vraiment privilégiée. Le chef-lieu du Léman était mis au courant, avant la capitale, des découvertes de la science à l'étranger. Mais voilà, on se vengeait, à Paris, en s'appropriant, ou en attribuant à d'autres, les travaux des Genevois, qu'on se gardait de citer.

C'est ainsi, pour n'en donner qu'un exemple frappant, qu'en 1811, on lit honneur d'avoir introduit l'usage de la vaccine, en France et sur une |)artie du continent, à la ville de Boulogne-sur-mer et au préfet de la Meurthe, alors cpie c'était Odier qui, en 1800, avait fait remettre au ministre de l'Intérieur, aux Consuls et à l'Institut le premier mémoire sur le sujet et rédigé avec ses confrères VAvis aux pères et aux mères de famille dont on s'était servi pour populariser la vaccination. Le nom français du nouveau procédé d'inoculation était lui-même genevois d'origine, ayant été suggéré par le professeur de théologie De Roches à son collègue'.

Outre la vaccine, les préfets du Consulat et de TRmpire devaient à Odier un Manuel de médecine pratique, développement des leçons qu'il avait faites à l'Académie de Genève, de 1801 à 1804, qui servit à compléter l'instruction, si longtemps négligée, des ofHciers de santé de bien des départements-. Le tzar Alexandre, à qui un de ses sujets l'envoya un jour, après la mort de l'auteur, en reconnut le mérite en faisant adresser de sa part une bague enrichie de diamants « à la veuve du docteur Odier ^ ». Du gouvernement de l'empereur Napoléon, le propagateur de la vaccine ne reçut

' Cf. Con-espundance du préfet A. -M. d Ermar Ipubliée par Guslave Revilliod dans Porliiiils et cioffiiis, Genève, 1882 el 1883L leUres des 19. 21 et 24 vendémiaire an IX. Bililiothèqiie hrilannique, Sciences et Arts. XLV (ISlOl, p. 41 ss. — Xole d'Amélie.Odier : a Comment n'ai-je encore rien dit de (( la vaccine dont mon père s'est tant occupé ! Dès Tannée 1798, il publia dans la Sihliothèqiie liri- « tanniqite une traduction libre de l'ouvrage du docteur Jenner. 11 entra en correspondance sur ce « sujet avec les principaux médecins de 1 Europe, tels que le D'' Frank, à Vienne, le D'" Sacco. à « Milan, etc. Il reçut d Angleterre des fils imprégnés du précieu.x venin dont il vaccina tout de suite « deu.t enfants, qui commencèrent la chaîne qui n'a jamais été interrompue. Il eut cependant quel- « ques préjugés à combattre ; ce nom rebutant de petite vérole des vaches pouvait y contribuer. n il sentit qu il fallait le déguiser. Il y rêvait lorsque le professeur De Roches, à qui il en parlait « un jour, lui suggéra le nom si ingénieux de vaccine. Avec quels transports mou père adopta ce (1 nouveau nom, renfermant la même signification en un seul mot, inlelligible dans toutes les langues (1 de l'Europe! Mon père imagina tout de suite de le décliner et prit un singulier plaisir à mettre n en usage les mots : Vaccin, vaccination, vacciner, qui furent adoptés aussitôt qu inventés, u {.Souvenirs. H" cahier, p. 61.)

- Imprimé d'abord dans la Bibliothèque britannique (XX-XXIVl, puis à pari, Genève, 1803 ; 2"! édition augmentée, Paris et Genève, 1811 ; o": édition, Genève, 1821. Editions italiennes : Bergame. 1806, et .Milan, 1813.

' Note d Amélie Odier. (/,. c, l'i'' cahier, p. 27 s.)

206 l'acaukmie impériale. — 1.S04-ISI4

jamais d'aiilre palme que celle (|iie l'on sait. Oïlier mourut, en l<SI7, avec le titre de correspondant de l'Institut. Cette distinction, reçue en 1810, de ses pairs, sur la proposition de ses amis, et (ju il avait longtemps ambitionnée, fut le seul témoignage flatteur accordé, en France, au médecin genevois qui s'était le plus franchement rallié au régime français'.

Le docteur Jurinc, non seulement un chirurgien, mais un naluralistedu |)remier mérite, qui suivit de |)rès dans la tombe son collègue Odier, avec lequel il siégeait au .lury de médecine, chargé d'examiner les ofïiciers de santé, les sages-femmes, les pharmaciens et les herboristes, ne fut guère mieux traité du pouvoir. Il fut, comme lui, correspondant de l'Institut (Classe des sciences), mais le gouvernement n'y était pour rien. Il dut se tenir pour satisfait de toucher, en 1812, à la suite d'un concours disputé, la moitié du grand prix de 12,000 francs quel'empereur avait offert à l'auteur du meilleur ouvrage sur le croup et de même, en I81n, de recevoir la médaille d'or de la Société de médecine de Paris pour son Mémoire sur l'angine de poitrine, maladie dont il allait mourir. VA pourtant le chef-lieu du Léman lui devait l'organisation de son hospice de la maternité, fondé, en 1805, à la rue des Barrières et où, depuis 1808, il donnait les leçons gratuites destinées aux sages-femmes du département-.

.lurine était particulièrement doué pour l'enseignement. Ayant achevé ses études à Paris, en 1775, il était rentré dans sa patrie avec le grade de docteur et l'idée heureuse d y rouvrir le cours libre, en français, inauguré par Tronchin et auquel le départ du célèbre professeur avait mis fin dix ans auparavant^. « Muni des instructions abondantes qu'il venait de recevoir et « qui étaient encore toutes fraîches dans sa tète, — dit M. -A. Pictet dans « son éloge, — il ouvrit des cours d'anatomie qui furent peuplés de curieux a et d'amis, parmi lesquels j eus le bonheur de faire nombre et le plaisir « d'admirer sa clarté dans l'enseignement et l'étendue de ses connaissances « acquises. Sa réputation didactique contribua à lui faire rapidement un nom « dans la pratique de son art, des succès flatteurs, des opérations difficiles et

' Prcvosl. Notice de la vie el des écrits de Louis Odier, Genève. 1818. Bihliothèf/iif (iiiiiersellc Sciences et Arts — IV (1817), p. 317 ss. (Notice nécrologique par M. -A. Piclet.) ' Annuaire du département du Léman pour l'année 181i, Genève, 1814, p. 223 s. '<;/•. 1, 590.

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« heureuses le mirent, encore jeune, au niveau du vieux Cabanis, auquel il « succéda, sans que, malgré le renom de celui-ci, on s'aperçut dun vide. » Jurine était natif, fds d'un simple habitant de Genève. Il obtint l'oubli de cette tache originelle et la bourgeoisie, en 1776, moyennant le prix de faveur de 2500 florins et le don usuel d'un assortiment de grenadier pour l'arsenal et de 100 florins pour la Bibliothèque*. Mais, si c'était indispensable pour exercer l'art de guérir dans la cité, cela ne suffisait pas pour postuler la chaire honoraire de Tronchin. On le lui fit voir sans doute. Car lorsque Louis Odier, membre du Deux Cents, la demanda sans succès, en 1789, il ne paraît pas s'être mis sur les rangs pour partager son échec-. Comme son confrère, il fut député à l'Assemblée nationale genevoise de 1793. Il fit également partie du Conseil législatif de 1796, sans demander du reste à la politique l'entrée de l'Académie. La nomination de 1(S02 le trouva membre associé de l'Institut de France, depuis trois ans. Il eut le titre de correspondant, en 1803, en même temps c{ue M. -A. Pictet. Tout son loisir appartenait à ses recherches scientifiques et au cabinet d'histoire naturelle dont il devait taire une des collections zoologiques les plus riches et les mieux ordonnées d'Europe et qui a été donnée par sa famille au .Musée de Genève^.

Ce jour-là Genève recouvra son indépendance. La veille une armée autrichienne était entrée dans ses murs; le lendemain, 1" janvier 181 V un gouvernement provisoire, reconnu par le général comte de Bubna, annonçait au peuple, par une proclamation, datée du dernier jour de l'année, la résurrection de la patrie genevoise. C'était la fin d'un régime, resté, en dépit des efforts bienveillants de ses représentants les plus autorisés, une domination étrangère, doublementj condamnée et par ses origines à l'époque du Directoire, entachées de fraude et de violence, et par son aboutissement impérial, devenu le despotisme.

' A.-L. Covelle, Livre des Boiiigeois de l'ancienne Genève, p. 457.

* Cf. I, 590 s.

' Sur Louis Jurine consulter Bihliiillii-t/iie universelle — .Sciences el Arts — XII (1819), p. 151, s., et M. -A. Pictet, Discours d'ouverlure de la session de IS'JO de la .Société helvéti</iie des .Sciences naturelles, Genève, 1820.

208 l'académie impériale. — 1804-1814

Avant de poursuivre riiisloire de l'Académie qui, en dépit des formules officielles, n'avait jamais fait partie intégrante de lédifice napoléonien et qui était pour une très large part dans la persistance de l'esprit national, il n'est pas sans intérêt d'examiner d un peu près pourquoi le cerveau de Genève était resté, comme son cœur, léfractaire à l'influence française. Aucun historien ne l'a dit et la question certes vaut la peine d'être élucidée. Les indications cpfon a pu déjà recueillir, au cours de cette étude, résultats qu'il est possible de synthétiser et de compléter à l'aide de constatations nouvelles, permettent d'y répondre avec quelque précision.

Nous avons rappelé comment, après l'annexion, les amis que Genève comptait dans les Conseils de la République française obtinrent pour elle, en invoquant ses titres scientifiques et la mémoire de ses grands hommes, le rang de chef-lieu d'un département créé par l'adjonction à son ancien territoire du pays de Gex, terre française depuis Henri IV, du Ghablais et du Faucigny, provinces savoyardes. Le premier résultat de cette union administrative et de l'entrée en vigueur du régime démocratique de l'an III, dans le nouveau département (hi Léman, fut qu'aux élections de 1 an \'ll, les Savoyards, en majorité dans les assemblées primaires, se donnèrent la satisfaction d'éliminer les Genevois de presque toutes les fonctions publiques. C'était la revanche de 1602. Voici comment s'exprime à ce sujet une note confidentielle, adressée au ministre de l'Intérieur par un Gessien dans le but d'appuyer la candidature du citoyen Girod fils, de Thoiry, au poste, à la nomination du gouvernement, de commissaire près l'Administration centrale :

« Je vous ai prévenu, mon cher compatriote, (pie les quatre députés anciens et nouveaux de ce déparlement étaient Savoyards, tpie la majeure pai'lie des adniinistrateiii's étaient aussi Savovards, qu'il en était également des juges et (proii nous menace encore d'avoir un Sa\oyard pour conimissaire. En sorte que ce ne sera pas la Savoie qui aura été réunie à Genève et au ci-devant pays de Gex, mais elle qui réunira tout, si le commissaire du pouvoir exécutif y est encore pris, comme on le craint ici '. «

' LeIU-e sigiire M. M., datée n Iji'iiian, le 8 floréal au VII » el apostillée : » Ces observations sont (i d'au liomme qui jouit de la couiîauce du gouveriienient. »> Sur le cachet, cette indication: <« Pour « le ministre seul. » (Arcli. Nat., Fl^ II Léman l.\

DéjcT M. -A. Piclet avait, attiit' rattention du ministre, François de Neufchâteau, sur rinjusticc commise et sur la menace qui en résultait pour la paix du département.

« ...Trois peuples différents, iiinintenant réunis, — avait-il écrit — sont représentés par quatre députés appartenant exclusivement à l'une de ces nations. Je me plais à supposer que ces quatre individus sont remplis de mérite personnel, et très dignes de figurer dans la législature. Mais je redoute, plus que je ne puis l'exprimer, les effets de celte première victoire, de celte espèce de conquête de Genève par les Savoisiens.

L'administration centrale, élue aujourd'hui, sur cinq individus en offre quatre non Genevois et le cinquième est un vieux médecin de Genève '. Cependant l'animosité depuis longtemps assoupie entre les deux nations se réveille; le système d'attaques réciproques va suivre. .Je vois chez les Savoisiens l'effet des suggestions de leurs prêtres contre le culte protestant qu'ils ont toujours abhorré. .J'y vois la haine de leurs royalistes contre d'anciens répiddicains que nous sommes. J'y vois la cupidité en mouvement pour assiéger les places admi nistratives ou judiciaires. Je crains d'autre pari, chez mes compatriotes, l'espèce d'aliénation qui est l'effet nécessaire de cette oppression sourde, qui pèse et sur l'orgueil national et sur l'amour-propre individuel, et sur les affaires locales, et sur le développement même de l'industrie^.

Pictet ne demandait pas au ministre la nomination d'un Genevois comme commissaire du gouvernement, mais il était évidemment de bonne politique d'en chercher un pour ce poste. La dilliculté était de le trouver. Benjamin Constant, qui cherchait fortune et qui venait justement, afin d'être admis aux droits contestables d'une bourgeoisie ancienne et discutée, de transiger avec la Société Economique sur un arriéré de taxes impayées, se pré-

Soloiniac, ancien nicnibro îles Iribniianx ri'voliilionnnircs. noiiinié à 1 arlrninislralioii provisoirr par le ijouvernenient. Les quatre aulres élus élaient les citoyens Girod, de l'Iioirv (pays de GexI. Diimont. de Bonneville, Plagnat, de Tlionon, et Bastian, de Frangy.

-' Mnrc-Au«uslr Pictet. professeur de Pliilosopliie. à Genève, au citoyen François de Neufchàleaii, ministre de l Intérieur. 2.5 germinal an VII. (Arch. Nat., Fie /// Unian 1.) Avec cette lettre, Piclet avait envoyé, à Paris, un exemplaire d'une brochure qu'il avait rédigée pour éclairer les électeurs sur la nécessité de l'union entre le département et le chef-lieu sous ce titre : Considération!! soumises aux électeurs du département du Léman. On retrouve deux exemplaires de cette brochure dans la lettre à François de NeuCchàtean, Une note manuscrite est épinglée. Elle est intitulée : Léman. Observations sur l'avantage de choisir un commi.ssaire central genevois, et porte cette apostille du directeur Merlin : « Renvoyé an minisire de l'iiiléricur — [H floréal an VII — Merlin. « Cette note avait été envoyée au Direcloirc avec un exemplaire de la brochure de Pictet. Elle se trouve dans la lettre de Conslaiil an ministre, reproduite plus loin.

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210 l'académie impériale. — 1804-1814

senta'. Il rédigea àe^Ohscrvnlioiifi sur la nécessité de nommer un roniniisstiire central genevois, i\u'\\ adressa au Directoire et au ministre, en s'ol'frant à celui-ci comme riK)mm(' nécessaire. Le gouvernement ne tut pas de l'avis de Benjamin Constant sur ce dernier point, mais il paraît lui avoir donné raison, sur le ])remier, en dil'l'érant de désigner un successeur au commissaire provisoire Philippe, élu au Conseil des Anciens avec lappui des électeurs du chef-lieu, et en réintégrant dans ses fonctions, après une révocation précipitée, le notaire genevois Schmidt-Meyer, installé par Desportes comme commissaire du gouvernement auprès de l'administration de la ville-.

On sait comment le protégé de M'"" de Staël obtint, quelques mois plus tard, du gouvernement consulaire l'emploi que le Directoire n'avait pas cru devoir lui accorder et qu'il Fut nommé tribun pour le département du Léman. 11 est important de noter qu'il se présentait, à cette époque, comme Genevois et que c'est en cette qualité qu'il entra au Tribunat, tandis que

' Roe. Soc. Éc, 6 mars 1797 (Ki vciilose au VH| : « Lo riloycu Xcckcr do Gcrmany dit que le i( citoyeu Benjauiiu Couslaut ayaut éli' reconuu genevois, demaudo à Irailer avec la Sociélé Krono- 0 niiqne pour ses gardes et celles <le son père dés lan 1757. attendu ([u'à cette époque tout fut payé « poui- les comptes antérieurs : son père et hii-mème ont été toujours absents. 11 n'est pas marié : (( sa l'orlune est assez petile. Il est déjà citoyen français d'ailleurs, et s offre comme prêt à traiter n sur cet objet si la Société se montre facile. — Dont opine, la Société, considérant les circous- (( tances particulières dont il est fait mention dans 1 exposé de la demande du citoyen Benjamin Consu tant, la renvoie au citoyen Achard pour informer et rapporter. » 27 mars |7 germinal an V1I|: <i Le président informe que le citoyen Benjamin Constant n a pas commission de payer les gardes c( de son père, actuellement vivant, mais qu il od're 20 louis pour ses propres gardes arriérées. La « Sociélé arrête que cette offre sera acceptée... >. [Cf.. pins liant, p. 65 s.) Le règlement de 1757, auquel il est l'ait allusion, concernait, non le père de Benjamin Constant, mais son oncle. Francois- Marc-Samuel Constant de Rebecque. c natif «. admis à la bourgeoisie, pour le prix de 10,500 florins. » tant à titre de rébabililatiou que de nouvelle réception, o (Covelle, l.i\'ie des bourgeois, ad ami.)

' Arrêtés des 7 brumaire, 22 messidor et 3 fructidor an VIL (Arch. Nat., PlI' II Léman 3.) Lettre de Benjamin Constant au ministre de 1 Intérieur, datée du 28 floréal an VII : « Citoyen ministre, « i ai l'honneur de vous adresser quelques réflexions sur la nécessité de nommer un Genevois pour « commissaire près l'Adminislralion centrale du Léman. L intérêt que vous prenez à celte com- « mune et qu'elle mérite me fait espérer que vous voudrez bien les lire. L on m'a fait, relativement « au domicile, une objection qui, je 1 avoue, ne me parait pas fondée. Le traité de réunion donne « tous les droits de Français nés aux Genevois. Aucun ne peut avoir un an de domicile, puisqu'il (( n'y a pas un an que Genève est réunie : et parce que je me suis fait Français individuellemonl u avant ma patrie, je n'ai pas pu perdre, par cet acte d'attachement à la République, les avantages « accordés depuis à mes concitoyens. J'ajouterai qu'à Genève l'on m'a toujours regardé comme telleu ment domicilié, bien qu'exerçant mes droits politiques ailleurs, que j'ai payé jusqu'à ce jour les « impôts d'habitation à Geuêve. Les circonstances ajoutent, citoyen ministre, à mon désir d'être n appelé à consacrer tous mes moyens à la République. Si elle était tranquille et triomphante de (( ses ennemis, je trouverais assez de bonheur dans l'indépendance et dans le spectacle de sa liberlé. n Mais aujourd'hui qu'elle est menacée, j'ai besoin de la servir. — Salut et respect. — lienjumm (( Constant. i> (Aich. Nat., F''' /// Uman 2.)

LK 31 DKCEMBHK 1813 211

Pictet-Diodati était choisi, sur la recommandation des mêmes personnes, pour être luii des deux représentants du département au Corps législatif. Le gouvernement de Bonaparte afUrmait ainsi son intention de rendre au chef-lieu la part d'influence que l'histoire lui assignait et dont les assemblées primaires de l'an Vil l'avaient démocratiquement privé, par leurs votes majoritaires, au profit des Savoyards. La joie fut grande, non seulement à Genève, mais dans les nombreuses colonies de Genevois fixés à létranger et 1 on crut un moment qu'on pourrait obtenir du premier consul, très informé des particularités de l'annexion, la justice tout entière : la restauration de l'indépendance. L'idée prit corps et, dans le courant de 1801 et de 1802. à l'occasion des négociations engagées avec 1 Allemagne, puis avec lAngleterre, pour la paix générale, dans une série de démarches dont l'histoire devrait être écrite, tour à tour l'ancien procureur général Du lioveray, réfugié à Copenhague, les ministres David Chauvet et Etienne Dumont et l'avocat d'Yvernois, à Londres, tentèrent d'intéresser à la cause de leur patrie les diplomates qu'on croyait en mesure de la servir.

L'idée première était de faire signer, par les Genevois restés à Genève, une pétition à Bonaparte et de la lui présenter sans intermédiaire. Ce plan se heurta à la dilliculté de récolter les signatures nécessaires, à l'insu des autorités locales, fut modifié, transformé, et finalement aboutit à une démarche qui devait aller à fin contraire : la signature d'une pétition de cin- (|uante Genevois établis à Londres, adressée, non plus à Bonaparte, mais au cabinet de Saint-James, pour obtenir son intervention au moment de la conclusion du traité d'Amiens. La pétition fut d'abord couronnée de succès. Lord Hawkesbury reçut des instructions conformes, mais le premier consul trouva que le gouvernement anglais se mêlait de ce qui ne le regardait pas et ne voulut rien entendre sur le sujet. On sait à quel point il rendait hommage à la grandeur morale et intellectuelle de Genève par la place qu il lui fit au moment de la conclusion du Concordat ecclésiastique et de l'adoption des lois relatives au culte protestant. Il ne pouvait pas s'exposer au reproche des Français de vouloir la retrancher de la France, mais il semblait résolu à gagner ses suffrages, et 1 on doit constater qu il les eut à deux reprises, lors des plébiscites sur le consulat à vie et sur la dignité impériale.

On a vu comment la grande colère du maître contre Benjamin Constant

212 l'aCADÉMIK IMl'ÉHIALE. — 1804-1814

était letombét', à la faveur de la double bourgeoisie du fougueux tribun, sur le chef-lieu du canton helvétique et non sur celui du dé])artemcnt français du Léman. « Il est de Lausanne, il n'est pas Français! » En répétant la phrase qu'il lui convenait de répandre, Bonaparte savait aussi bien que de Candolle, qui l'a rapportée et contredite, ce qu il en fallait penser.

Le premier Genevois appelé à siéger dans une assemblée consulaire ayant pris son rôle de tribun du peuple trop à la lettre, le Sénat conservateur, — on pourrait presque dire l'Institut, — pour occuper sa place, fit appel à un autre : M. -A. Pictet. Au publiciste succédait le savant, non moins ami de M"'° de Staël, mais ami plus lointain et surtout plus émancipé, plus avisé. Admirateur, convaincu par l'expérience, du cerveau surhumain de Napoléon, le professeur tribun aidé par son cousin, puis par son collègue à l'Académie, Jacques Le Fort, qui devait obtenir le siège de Pictet-Diodati au Corps législatif, au premier renouvellement de la députation du Léman, pour le lui céder à son tour au second, tenta, avec l'habileté et la persévérance que l'on connaît, de détruire les préventions qui pouvaient naître dans l'esprit du chef de l'Etat contre les Genevois, de leur concilier ses bonnes grâces et d'attirer sur sa patrie la faveur de celui qui pouvait tant pour elle. Sait-on que ce fut lui <|ui proposa au Tribunal, le 2 mars 1806, l'érection de l'arc de triomphe dont Pradier devait un jour sculpter les Renommées?

Deux Genevoises, disposant l'une et l'autre, à Paris, de l'inlluence que donnent des salons fréquentés et de hautes relations dans le monde officiel, pouvaient aider dans leur mission difficile les représentants de la cité annexée. C'étaient M'"" de Staël et M'"" Gautier-Delessert. La première l'eût voulu et il faut rectifier ici une opinion trop accréditée par certains bons mots, qu'elle s'est permis, ou qu'on lui prête, au sujet de ses compatriotes. Elle était sincèrement dévouée à la cause de Genève. 11 y en a plus d'une preuve dans sa correspondance. La meilleure est malheureusement restée inédite. C'est une longue lettre qu'elle écrivit à M. -A. Pictet, en 1797, en lui envoyant une série de corrections judicieuses, renseignées, inspirées par l'intérêt le plus vil, à un mémoire personnel que le professeur patriote allait envoyer à Barras, alors président du Directoire, pour le supplier de s'opposer généreusement à l'annexion. « Je souflre horriblement d une « rage de dents, — écrit, de Coppet, M"'" de Staël — excusez le désordre

LE 31 DKCEMHRb; 1813 213

« de cette lettre. Vous savez, j'espère, sans que j'aie besoin de l'exprimer, « combien je m intéresse à vous, à notre ville, dont vous êtes le premier « citoyen ' . »

Nous n'avons pas besoin, après le beau livre de M. Paul Gautier, de montrer comment le salon de Delphine fut fermé à Paris, dès 1802, et ne se rouvrit qu'à Coppet ou à Genève. Restait celui de .M""' Gautier-Delessert, à Passy, qui moins illustre, de nos jours presque inconnu, mériterait cependant à son tour d'avoir son historien. Fréquenté par une société choisie et grave de savants de l'Institut, de membres des Assemblées, du Conseil d'Rtat, des ministères, de représentants de la grande industrie, du haut commerce et de la banque, on y voyait, cela va sans dire, tous les Genevois distingués et souvent, apprenant à les mieux connaître, iSuard, Cuvier, Boissy d'Anglas, Portalis, Rœderer, Maret, de Gerando et tant il autres qui tous ont. quelque jour, à quelque titre, influé sur les afVaires de Genève. A lépoque de la mise en vigueur du Concordat, de la rédaction et de l'application des lois sur le culte protestant, on peut dire que M"" Gautier Delessert, tenue au courant de ce qui se préparait par Portalis lui-même, fut la providence visible de 1 Eglise de Calvin. On peut affirmer aussi que cette influence bienfaisante, et trop oubliée, s'exerça en faveur de l'Académie menacée tant de fois. Nous avons eu l'occasion de rappeler comment la Compagnie des pasteurs et le Consistoire témoignèrent leur reconnaissance au premier consul et au conseiller d'Ktat chargé de toutes les afïaires des cultes. On dut à l'esprit de tolérance et d'équité, au désir de pacification religieuse qu'on eut manifestement en haut lieu à cette époque, certaines nominations ecclésiastiques qui, dans le département du Léman, favorisèrent, pour quelques années, l'entente entre protestants et catholiques. L'évêque de Chambéry, René Desmoutiers de Mérinville, installé au mois de janvier 180.'} et son subordonné le curé de Genève, Philibert-Augustin Lacoste, un théologien connu et un prédicateur de mérite, nommé la même année, entretinrent de bons rapports avec les autorités locales du chef-lieu. Nous avons trouvé dans les papiers de Pictet-Diodati un billet de quelques lignes, datées de 1804, qui en est un témoignage frappant. C'est

' Papiers de M. -A. Piclet. (/.. c, PO.)

214 l'aCALIKMIK IMl'ÉHIALK. I KO^i- 1 S l 'i

une invitation à dinei' « avec notre bon curé Lacoste » en compagnie d'Isaac Vernet-Pictet et du maire Maurice. « Il viendra à I heure, — dit un postce scriptum, — et à 1 h. '/^ nous serons à table, attendu (|ue la Société Ecoce nomique et la Mairie nous enlèvent deux convives à 3 heures. » Ceci est signé : M.- A. PicfctK

Le premier curc' de Genève, venu, comme son évèque, de l'ancien diocèse de Dijon, était, on l'ignore absolument aujourdluii, animé du désir sincère de vivre en paix avec les Genevois. 11 y travaillait île toute son ànic et il trouvait chez les protestants un égal besoin d'apaisement. Les poignantes leçons de la Terreur, rappelant à tous la jilus noble conquête de l'esprit philosophi<|ue, la tolérance, avaient fourni aux rélormés 1 occasion de témoigner aux prêtres fugitifs leur sympathie généreuse et souvent aux pasteurs de leur offrir eux-mêmes l'asile qu ils cherchaient-. Les catholiques de France le savaient et se montraient disposés à le reconnaître. Cet état d'es])rit, |)ar contre, n'était ni partagé, ni couqjris, par le clergé savoyard qui occupait la plupart des |)ostes du diocèse, notamment à Chambéry ceux du grand vicariat et, en la personne de l'abbé Vuarin, le secrétariat de l'évêché. Les chefs de ce clergé, formés par l'épreuve, pendant la crise révolutionnaire, esprits trempés par la persécution, mais non éclairés par elle, embrassant dans une même condamnation tous les adversaires de 1 liglise romaine, voulaient la lutte et entendaient profiter de rhumiliation de Genève pour l'acheminer aux pieds du saint père. Lacoste, on ne l'a jamais dit, redoutant les efTets de cette manière d'envisager le devoir chrétien, alla jusqu'à proposer à Portalis de faire déplacer les vicaires généraux et de renouveler entièrement, en y appelant des prêtres de l'ancienne France, toute l'administration ecclésiastique de la ville et de son territoire.

' CorrespoiiHance de Fictcl-Uiodati.

- n Si. dans les jours de la Terreur, c'est dans la maison même de nos pasieurs rélormés qno les " prèU'es ralholiqiies persécntés en France sont venus chercher un asylc, n eu douiez point. Mon- « seigneur, ce n'est pas seulement au\ préceptes et à lexemple de leurs prédécesseurs que nos « pasteurs actuels doivent cet esprit qui les anime, mais à la nature de l'instruction première qu'ils « ont reçue et aux notions saines, étendues et variées qu'ils ont puisées dans leurs études et dans « leurs niédilalions philosophiques. » (Lettre du recteur Boissier au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, datée du 18 octobre 1813. — Copie de lettres de Boissier (Iragmentairel, appartenant à M. Victor \an licrchcni.)

« C'est avec crainte, — écrivait-il dans un mémoire confidentiel, — « que j ai accepté, dans le princijie, c'est avec répugnance que j ai conservé « jusqu à ce jour le nouveau poste de curé de Genève. Je n ai point les « autorisations qui me seraient nécessaires dans cette ville et j'y rencontre, « pour l'exercice de mon ministère, des entraves qui ne viennent point des « Genevois, ni de leurs ministres '. »

Lacoste échoua. Il avait affaire à trop forte partie. Comme le pape séjournait à Paris, avec les cardinaux qui avaient assisté au sacre, et tandis que Portalis, aidé du cardinal Fesch, s'évertuait à leur trouver des satisfactions sans toucher au texte du Concordat, M. de Mérinville envoya sa démission, qui fut notifiée au chapitre de Chambéry, le 7 février ISO."). 11 fut immédiatement remplacé par l'évêque de Digne, Irénée-Yves de Solle, frère d'un général de Napoléon, qui prit possession de son nouveau siège, le 10 avril, juste à temps pour recevoir, l'un après l'autre, au passage, 1 emjjereur et le saint père en route pour l'Italie. Dès le mois d'août, le curé Lacoste signait à son tour sa lettre de démission et, le 24 février 1806, l'homme qui personnifiait le mieux les tendances dont il avait signalé le danger fut nommé à sa place. L abbé Vuarin, de Collonges, devint curé de Genève"-. Dès lors, c'est la guerre sainte, tantôt sourde, tantôt décdarée, autour et au centre de la cité de Calvin, c'est la croisade dont le but moral est la conversion de l'hérétique, le but visible : la célébration de la messe à Saint-Pierre. L'excellence présumée de la fin poursuivie justifiant, aux yeux du remuant curé et de ses fidèles, l'emploi de tous moyens, ils agissent par toutes les voies, souvent malgré le préfet, comme lois de l'appel des

' Plus loin, le curé de Genève ;ijOute : « Dans le poste délicat et didicultueux que j'occupe, il n'est « guère possible, si l'on me permet une expression proverbiale, de taire flèche a\'ec du huis savoyard. « Les idées du clergé de Savoie sont toutes en charge: ses mœurs ont quelque chose d'agresle. puis Il d outré : elles ne concordent point avec les idées et les mœurs reçues en France; elles sont bien Il autrement encore antipathiques avec le peuple genevois. Il seiait d une politique éclairée de fran- II ciser absolument l'administration ecclésiastique de Genève et même 1 administration supérieure Il et de même genre dont elle dépend, c'est-à-dire le grand vicariat de Chambéri. » (Papiers de M -A. Pictet.l

- L'abbé Martin et l'abbé l'ieury. qui ont écrit la biographie du curé Vuarin, ne présenicnl pas sous ce jour la retraite simultanée de son prédécesseur et de son supérieur, I évèque de (".hambéry. Mais on doit remarquer qu ils ne l'expliquent pas et que. n'ayant pas pu consulter la correspondance du curé Lacoste, ils se basent à cet égard exclusivement sur les papiers soigneusement « recueillis et classés par M. Vuariu » lui-même. [Histoire de M. Vuarin et du rétahlissement du catholicisme a Genève, 2 vol. Genève, 1861, I, p. XIV. 236, 239 ss.)

21 r> i/académie tmpériale. — 180A-1814

frères de la Doctrine chrétienne, en 181.3, et toujours avec la passion que donne la défense d'une cause f[u'on croit sacrée, i^a France du Directoire a annexé Genève en lui laissant son Eglise et son Kcole. Elle a pris le corps. La Savoie, celle du moins qui est entraînée par ce nouveau Pierre l'Ermite, voudrait, sous l'égide de rEm])ire, poursuivre la conquête et subjuguer l'âme. Alors la conscience genevoise est blessée dans ses profondeurs les plus intimes. Alors y prennent naissance ces sentiments « d'antipathie et de haine », cette identification « du catholicisme et de la domination brutale de l'étranger » que les biographes de Vuarin ont constatée, en l'attribuant, par une conjecture que contredisent les faits les plus j)ositils, à une éducation sectaire' .

C'est aussi à ce moment (pic de |)uissant(>s inl(M'venlions se produisent, que des iniluences de cour, de famille, se donnent carrière dans l'entourage de Napoléon, l'empêchent de laire droit aux sollicitations des Genevois et peu à peu l'indisposent irrémédiablement à leur égard. L histoire que nous avons faite des multiples projets formés pour le développement de l'Académie et de la façon dont ils furent successivement réduits à néant en est une preuve qu'il n'est pas possible d'écarter.

Le curé Vuarin est en relations d'amitié avec l'éminent abbé Emery, supérieur du grand séminaire de Saint-Sulpice, un Gessien, qui est l'un des membres les plus influents tlu Conseil de l'Université et le directeur de conscience du cardinal Fesch. Le curé ^'uarin correspond avec M. de Boulogne, chapelain de lempereur en 1806, aumônier de la cour en 1807, évêque de Troyes en 1808, avec M. de Voisin, vicaire-général de la grande aumônerie, évêque de Saint-Flour, avec le propre fds de Portails, qui est secrétaire général du ministère des Cultes, avec le cardinal Fesch, et même avec Madame Laetitia, mère de Sa Majesté-. Toutes ces correspondances arrivent au meilleur moment, celui où l'on s'évertue et où l'on arrive à faire voir à l'empereur que la guerre acharnée qu'il fait à l'hérétique Angle-

' Marlin .-I KliMiry, /. r , I. ;i:i2.

- Cf. Miii-lin et Klcury, /. c. I. 268 : II. 406 ss. En 1814, 1 ;ircliev(>qiie de Tyi-, Annibal dclla Gcnsa. un t'iiliir pape, envoyé par Pie VII en qualiléde nonce extraordinaire auprès de Louis XVIII, s arrêtera ;\ Genève et demandera au curé, non seulement I liospilalilé, mais encore des lellres d'introduction poui- Paris, qui le mellronl en relations d intimité, nous disent les biographes de son hôte, très renseignés sur ce point, <■ avec la famille de Montmorency et quelques ecclésiastiques aussi distin- « gués que pieux. » [Ihid.. 11, 418.)

LE 31 IIKCEMBUE 1813 217

terre est une guerre sainte, dans laquelle la cause de la France est indissolublement unie 'à la cause de la Religion catholique.

Nous ne prétendons pas toutefois attribuer aux sympathies de tant de puissants protecteurs pour la croisade du clergé de Savoie, où à la correspondance secrète que la très pieuse M"" de Genlis, l'ennemie intime de M'"' de Staël, avait le privilège, comme Fiévée, d'adresser à l'empereur, toute la responsabilité du changement manifeste qu'on a pu constater dans les dispositions du chef de l'État. M'"" de Staël elle-même, par la force des circonstances, y était certainement pour sa part. Il est temps de le rappeler.

L'illustre amie de Benjamin Constant se trouvait, au point de vue de sa nationalité, dans une situation, sinon identique, n'ayant pas d'ancêtres français dans son ascendance paternellr. du moins analogue à celle du premier tribun du Léman. C'est comme Genevoise qu'elle pouvait prétendre au titre cpie le traité de 1798 avait attribué aux ressortissants, présents et absents, de la République réunie, en les déclarant « Français nés », et auquel elle devait attacher un prix tout particulier, depuis que son droit de domicile en France fut limité par l'arbitraire du gouvernement, l/année de la mort de son père, suivant l'exemple de Benjamin Constant, elle acquitta auprès de la Société Économique les gardes que Necker avait négligé de payer et dès lors la châtelaine de Coppet fut citoyenne de Genève, par droit de naissance, aussi incontestablement que jadis son maître, Jean-Jacques Rousseau'. Depuis 1805, elle eut à Genève sa résidence d'hiver, son salon et son théâtre, comme autrefois Voltaire, dont elle jouait les tragédies avec ses amis. Les registres de la Société Économique nous apprennent qu'elle avait loué, pour les représentations auxquelles elle conviait sa cour et la ville, un étage de la maison du Molard qui touche à la tour, que la Société, qui en était propriétaire, dut essuyer à ce propos les protestations d'un autre locataire, gêné par cet «établissement », et qu'elle avait probablement négligé de convier, enfin que les barrières de bois, qu'on vit longtemps aux rampes extérieures des escaliers ouverts sur la place, furent placées en 1807, sans doute afin d'éviter des accidents à la foule des invités-. Cette

' Le prix convenu à la suite d'un compromis fut de 125 louis. p;i>Mblcs en 4 ans. (Reg. Soc. Ec, 17 et 24 fructidor an XII, G et 13 frimaire an XIII.) - Ibid.. 2'. déc. 1805, 10 fév. 1807.

USIVEKSITÉ DE GENliVi:. II. ^°

218 l'académie IMl'lililALK. — 180'i-18l4

cour de M"'" de Staël, c'est tout ce que la France compte de talent littéraire rej^imbant sous la férule du maître politique, ces invilés, c'est toute l'Europe en voyage, qui ne sait |)as entrer en France, ni en sortir, sans s'arrêter à Genève ou à Coppet dont les noms sont tout naturellement unis, quant on y pense, comme ceux de Paris et de Saint-Cloud ou de Fontainebleau. Bientôt le monde entier aura les yeux fixés sur l'auteur de Coiiuiic et de \ Allemapic. Tout ce qui souffre du despotisme, individus et nations, se tournera vers le lieu de son exil : là se tiendront, comme on l'a dit, les « grandes assises de la pensée européenne' ».

On ignorait, avant (|ue M. Paul Gautier l'eût fait vf)ir, en rapprochant d'une façon si lra|ipante tant de passages connus et de documents d'archives inédits, quelle place considérable a tenu, dans les préoccupations de Napoléon, l'obsession de M"'° de Staël. Delphine exalte le protestantisme et la liberté anglaise, Corinne exalte les Anglais et le libéralisme protestant. L'une et l'autre lui sont odieuses, toujours plus odieuses, à chaque pas qu'il fait sur son chemin de despote, et, dans la conjoncture que nous avons mentionnée, il serait l)ien extraordinaire que quelque chose de cette haine corse n'eût |)as à la fin rejailli sur leur berceau.

Genève enfin, — est-il l)esoin de le dii-e? — la Genève lettrée est de cœur et d'esprit avec M'"" de Staël, en ([ui elle retrouve, à cette heure décisive où la liberté est une fois de plus aux prises avec l'absolutisme, l'esprit indomptable de ses héros du X\T'' siècle et comme l'incarnation de ce génie national dont elle est encore si justement fière. Non seulement Genève, en dépit de son curé et des puissances qui le secondent, est restée tout entière protestante, mais elle est anglaise par sa culture et par son éducation politique, elle est cosmopolite par ses attaches avec tant de pays étrangers, tant de villes lointaines où prospèrent, depuis les révolutions, des colonies genevoises. C'est elle qui, par la lUbliotheque britannique, où l'on pouvait lire, dès 1796, des lettres de Washington au Congrès d'Amérique, tient la France en contact intellectuel avec le monde anglo-saxon, et le gouvernement de l'empereur ne l'admet pas même «au nombre des « villes dans lesquelles la publication d'une feuille d'annonces [politiques] « est autorisée ». La feuille d'avis du chef-lieu du Léman, l'unique feuille

' Cf Gautier, / c. 1Î23.

tolérée dans le département, est sous la surveillance du préfet, qui seul est compétent pour désigner le rédacteur'. Voilà où 1 on en est en 1810, année de l'inauguration des Facultés de l'Académie Impériale. On juge quelle liberté d enseignement peut être laissée aux professeurs dans leurs chaires oiricielles, quel encouragement ils en tirent à manifester leur pensée.

La vie intellectuelle se concentre dans les Sociétés savantes où elle peut s'épanouir, toutes portes closes, devant des invités choisis et sûrs, comme ceu.\ qui assistent aux représentations théâtrales de M'"" de Staël. Les préfets en sont volontiers, mais ils savent vivre et ils y apprennent à respecter Genève. « Société pour l'avancement des arts » avec ses comités de dessin, de mécanique, de chimie, d'agriculture et de commerce, « Société de physique et d histoire naturelle », « Société de médecine », « Société académique », toutes ont des séances régulières, hebdomadaires ou de quinzaine, dont le programme est rempli, varié. A l'ordinaire on lit un mémoire, on le iliscute, [luis on fait un tour d'informations dans lequel chacun des membres présents est invité à communiquer à l'assistance ce qu il croit pouvoir l'intéresser. C'est le résultat d'une recherche personnelle, la critique d'un ouvrage qui vient de paraître, la lecture d'une lettre qu on a reçue d un savant français ou étranger. On se tient de la sorte au courant de ce qui se passe dans la république des Lettres et l'on est bien informé. Les correspondances de l'époque en font foi-.

Les étudiants de l'Académie eux-mêmes ont, depuis 1804, leur « Société pour I avancement des études ». première en date des sociétés d'étudiants de Genève, au XIX" siècle, et dont le principal fondateur est luii de ceux qui ont fait le plus d'honneur à l'Ecole : François Guizot. Le premier

' Le comle PorUilis (lilsl. conseiller d'Elal. Hireoleiir délierai de la presse, à M. -A. Piolet, 31 déc.1810. ^/.. c. M 11.)

* Lettre de Louis Odier à sa lille .^^mélie, du dimanche 15 mais 1812 : « Le vendredi, je fus à une « Société académique, chez M. le professeur Uuby. Il y lut (luestion principalement des lacs, qui, « il ce que prétend M. de Humboldt, contiennent toujours de l'eau salée, lorsqu'ils n'ont aucune « communication avec la mer par des fleuves, comme par exemple la mer Caspienne, et de leau « douce, lorsqu il en sort un fleuve, comme le nôtre. On discuta beaucoup sur la cause de celte difl'éic rence. On nous lut aussi un mémoire de l'Académie de Nismes, où à propos d'un livre de mallié- II matiques. publié par M L'Huillier. et dont on faisait uu grand éloge, on remarquait que Genève Il avait produit plus de savants qu aucune ville de France de la même sjrandenr, ce qu on attribuait « à la liberté, même orageuse, dont on y avait joui, mais qu'actuellement qu elle était réunie à la Il France, elle n en produirait pas plus que les autres villes proportionnellement à leur population. Il Je crains bien que celte prédiction ne s'accomplisse. » [Souvenir, lô" cahier, p. 35.)

220 L ACADÉMIE IMPERIALE. — ISO'i-ISKi

secrétaire porte également un nom (|u'il tanl ra|)|)eler : César Malan. Il n'y a pas de présidence permanente, mais à rexeni|)le de ce cpii se passe à la Com])agnie des j)asteurs, un président liebdomadaiie, désigné pour chaque séance. Cette association, lormée d'élèves des Auditoires de philosophie et de théologie, a un hut littéraire et, elle aussi, veni être cosmopolite. I]lle vise à avoir des correspondants étrangers cl l'on doil présenter aux séances, qui ont lieu chaque semaine à tour de njle chez l'un des membres, non seulement des travaux originaux, mais des traductions. Giiizot a débuté, à la première dont le procès-verbal ait été tenu, par une imitation de l'anglais' .

Le chilire des étudiants réguliers de rAcadémic liilde 12;{en 1809-I8IU, de 12^1 en 1810-181 1, de 1:57 en 1811-1812, de LVicn I8I2-I8I:{2.

Depuis I8IU, le système de la gratuité de l'enseignement, qui était celui de l'Kcole de Calvin, à tous ses degrés, a dû être abandonné et remplacé par celui de l'Université de Napoléon, (pii en est le contre-pied. Les étudiants ont à |)ayer leurs cours; l'école ])nl)li(jue ne doit pas grever le budget de l'Etat, ("e régime, appliqué rigoureusement, ou tempéré dans la mesure que comporte la situation du trésor, peut se défendre, mais à une condition, (pie nul ne saurait contester sans injustice, c'est qu'en aucun cas l'école pul)li([ue ne devienne une source de r(n'enus j)our le fisc, surtout l'école dont le corps enseignant est, ou trop |)(mi, ou pas du tout payé. Or c'est exactement ce qui devait arriver à (îenève.

On a vu que, sur une trentaine de professeurs, huit recevaient de la Société Académique un très modeste traitement annuel de 1200 francs et que les autres, titularisés par l'arrêté de I80i), ne louchèrent jamais un centime d'honoraires. L'unique rémunération de ces derniers provenait du casuel constitué par les droits d'inscription à leurs cours et d'examen. Ce casuel des professeurs, diminué des prélèvements du vingtième et du dixième affectés à la caisse de l'Université, était encore grevé des frais de surveillance, d'entretien et de chauffage des locaux.

' L'élégie lie Gim v sur ks loiiibouiix. Le choix du iiiurctuu est ci-iliqué. mais ou se plail à reronnaîu-e l'élégance du style cl des vers du (laducleur. (Séance du 12 janvier 1805, chez Guizol. qui habitait alors un petit appartement de la rue Verdaine, avec son frère et sa mère, Madame François- André Guizot, née Bonicel. — Le premier registre de la Société pour l'avancement des Etudes, qui va de 1805 à 1807. appai-tient à la Société d'histoire et d'archéologie de Genève. 1

'■' Reg. Soc. Éc, -.idjuin 1810, '25 juin 1811, 18 août 1812, 2;ijuin 181:5.

LE 31 I1ÉCEMBRK 1813 221

L'inspccU'ur recevait, de la caisse de rUniversité, 2000 ira nos par année; le recteur 1000 Francs, pour Irais de bureau, somme qui l'ut portée à :J000 francs, à paitir du T' juillet ISl I. \in l<S|;{, une allocation de 600 francs fut faite au secrétaire. Par contre, en 181 I, le recteur Boissiei- faisait verser à la Recette principale «.lu Département, comme proiUiit de TAcadémie et des divers établissements rattachés à son inspection, près de 27.000 francs. Il s'agissait des premiers exercices écoulés depuis l'entrée en vigueur des décrets de 1808. En 1812, en 1813 et jusqu'en 1814, année où eut lieu le dernier règlement, pour solde de compte, le trésor de l'Université reçut de la sorte des sommes, sinon aussi considéi-ables, puisqu'elles portaient seulement sur les exercices courants, du moins infini ment supéiieures à celles qu'on avait affectées aux seuls frais d'administration, on peut presque dire, de perception '.

L'empire s'est écroulé avanttpie rien n'eût été fait pourdiminuer l'odieux i\'\\n tel état de choses et l'histoire doit constater cpie l'empereur Napoléon préleva un impôt annuel sur le travail cérébral de la bonne ville de Genève. Ajouté à l'impôt écrasant que lui payait sa propriété, dépréciée par l'état de guerre, son commerce et son industrie, presque supprimés ])ar le blocus continental, et dont ce n'est pas le lieu de faire le compte, ajouté enfin à l'impôt du sang, vingt fois, cent fois plus lourd encore, que lui versait, la mort dans l'âme, à la veille des hécatombes lointaines, une population jadis à l'abri de semblables calamités, cela fait une addition terrible. H est vrai que le reste de l'empire était courbé sous le même joug. Mais on y avait, tlu moins en pays français, sa part de gloire, sa part de récompenses et de laveurs et l'on pouvait y garder, au cœur, l'espérance.

Genève protestante, ilepuis la maladie et la mort du ministre des Cultes, éclairé et tolérant, qui a préparé et mis en vigueur le Concordat consulaire, depuis le changement complet des dispositions de l'empereur, n'a rien à attendre du présent et tout à craindre de l'avenir. Les lendemains lie victoires sont parfois singulièrement embarrassants pour le Consistoire, obligé d'ordonner des services d'actions de grâces qui doivent être fréquentés

' LeUre de Boisski- ;'i M. -A. Piclol, du 17 scplembie ISII, à laquelle esl annexée un [Élal rfc.v] sommes versées par l'.icndémic de Genève dans la caisse de l'Universilo depuis le i"'' novenitire ISQS au !"■ juillet ISll. (Papiers de M.-.V. Piclel, /. c.. O o\. Copie de leUies adniinisti-alives du recteur Boissier 1 1809-1813).

222 L'Acvuibirt; impéhialk. — l.S()4-l«l'i

el lie irdiycr des prières de eiiconstance, dont il ai rive qu'on s'n|)|)ii(|ue à dicler les termes. Kn 1807, après la bataille d'l<]ylau et la prise de Dantzig, il reçoit du niinistcie des Cultes, c'est-à-dire <lii secrétariat général, tlonl le directeur est le correspondant du curé Vuaiin, l'ordre insidieux, non seulement d'ordonner les prières d'usage, mais « de prier |)articuliére- « ment pour que le cabinet l)ritaimi(|ue, cel éternel ennemi tic la nation « Iraïu'aise, cesse d'avoii- de l'induence dans les cabinets ilu continent ». Le Consistoire, plutôt (pie de faire violence aux sentiments des Genevois, s'abstint de mentionner le gouvernement anglais dans la prière qu'il fit lire, mais il est permis de conjecturer que sa rédaction èvasive lut soigneusement rapportée à (pii de droit et servit de preuve décisive à une démonstration déjà commencée'.

Dans l'état d'esprit où se trouve .Napoléon, il n'est pas bien dillicile de lui faire tenir |)onr cliose évidente que, les calvinistes genevois étant par définition des amis de r.Vngleterre et des ennemis de la monarchie inujériale, il n'y a ipi Un mo\en île faire de ("icué\e une ville française, c'est de rendre au catholicisme la situation (juil y occupait avant la Rélorme. Les préfets ilu Léman estinu-nl cpie c'est une enlre|)rise prématurée. Le curé de Genève agit par dessus leur tête et ils reçoivent des ordres. C'est ainsi que, de 181)7 à 1811), il poursuit et obtient l'établissement des sœurs de Saint-Vincent-dc-Paid, cpii arrivent à Genève avec une lettre signée : Na/)olcoii. Ouelques mois a|)rès, M. de Barante, qui est décidément en trop bons termes non seulement avec M'"" de Staël, comme on la répété, mais avec Calvin, est remplacé à la préfecture. Incessamment l'infatigable abbé s'occupe d'appeler les Frères de la Doctrine chrétienne. Les commotions qui ébranlent l'Église de France, en 1811, menacent de venir à la traverse de ses plans. Le gouvernement frappe le parti qu'on appelle « ultramontain )i. Le comte Joseph Portalis, entré au Conseil d'Etat après la mort de son père, en est chassé brusquement, comme un conspirateur,

' RcfÇ. CoiisisloiiL', 2.5 juin 1807 : » Dimanche piucluiiii. "J8 juin, apirs avoir piié pour rEiiipi'r-enr. (c on ajoutera ce qui siiil : . // \-fiit i/ii en ce jour, de tous les temples de son vaste empire, il s élève a une voi.r d'actions de grâce pour les victoires dont Tu couronnes ses drapeaux, el i/u un cri de n supplicalion s'cléve aussi vers ton trdne. ti/in que Tu daignes, o Dieu puissant, t/ui fléchis à ton n f(ré le cœur des hommes, incliner celui des ennemis de la France à la paix. Fais du moins f/uc (I toutes suggestions pour la continuation de la guerre cessent d avoir aucune influence, afin qu'une Il ^«(.r solide et durable vienne enfin réjouir les peuples désolés, a

par l'empereur lui-même. L'évêque de Troyes est rayé de la liste des aumôniers de la maison impériale et mis à Vincennes. L'abbé Emery vient de mourir. Mais le curé Vuarin a d'autres correspondants et la nouvelle du grand scandale survenu au Te Deum de l'Académie arrivera aux oreilles de Sa Majesté à point nommé pour l'empêcher, dans la grande colère où elle est contre Rome, de s'adoucir à l'égard de Genève. Mieux encore, la scène violente qui doit s'ensuivre et dont nous avons reproduit plus haut la confidence de Fontanes à Pictet-Diodati, préparera le grand-maître à recevoir une sup])lique concluant à ce que l'établissement projeté des frères Ignorantins, indispensable pour l'éducation des générations nouvelles, soit entretenu sur les fonds de l'Université. Et enfin, au commencement de 1812, une pétition dûment signée, à l'insu du préfet, et vraisemblablement transmise à Paris par la même voie que la dénonciation mystérieuse, demandera, pour les catholiques de Genève, l'usage de Saint-Pierre'.

Le temple de Saint-Pierre étant, en vertu du traité de 1798, propriété des anciens Genevois, c'est-à-dire de la Société Économique, le gouvernement devait écarter la pétition. Mais on s'occupa de faire supprimer l'obstacle. L'occasion s'offrit, magnifique, en 1813.

Après le désastre de Russie, l'empereur, ayant besoin d'argent pour faire face à l'Europe, décida de demander l'énorme somme qui manquait au Trésor à une mesure violente, l'aliénation forcée d'une partie des propriétés des communes, à savoir les immeubles loués ou affermés par elles. Les municipalités devaient recevoir en échange des titres de rente sur l'État. Tel fut l'objet du décret du 20 mars ISl,'}. Lorsqu'il s'agit de l'appliquer à Genève, on se demanda si les biens administrés par la Société Economique, bien déclarés « communaux», par le traité de réunion, faute d'un terme français plus exact, tombaient sous le coup de la loi. Le baron Capelle, auquel ses administrés firent comprendre qu'il s'agissait de biens analogues à ceux des bourgeoisies suisses, remontant à l'époque où Genève était à la fois une République indépendante et une communauté religieuse protestante, d'une fortune si peu communale que la Société qui en avait la gestion avait à diverses reprises consenti des emprunts sollicités par la

' Reg. Comp. 29 mars IH12. Cf. lellip ,\u baron Capelle au due de Rovigo publiée plus haut, p. 187 s., noie o.

224 l'acadkmie impériale. — 180'i-1814

mairie, le baron Capelle prit un arrêté qui exceptait de l'aliénation projetée les immeubles menacés. Mais le Conseil (Fh^tat fut aussitôt nanti de la question et un décret impérial du 5 août, rendu en conformité de sa délibération, annula l'arrêté préfectoral du 27 avril. l)e|)uis la |)ublication des lettres inédites de Napoléon l", le doute n'est plus possible sur les considérations qui, à cette époque, dictaient sa conduite à l'égard de Genève. Au reçu de la lettre de Cambacérès lui faisant connaître, à l'armée, la décision du Conseil d'État, il avait répondu à l'archichancelier :

« Je reçois votre lettre du 7 juillet. Le Conseil d'État a très bien fait « de faire vendre les biens dits de la Société Économique de Genève. Non « seulement c'est une bonne mesure financière, mais c'est aussi une bonne « mesure politique. Gela efiacera des traces d'indépendance et d'État à « part qui existaient encore dans ce coin de la France '. »

La Société Economique résolut de tout tenter pour diminuer la j)ortée de la mesure qui la frappait. Elle envoya en mission <à F^iris deux de ses membres, MM. Achard et Saladin, assistés du jurisconsulte Hellol et |)ilotés par le professeur Pictet. Celte mission, dont le journal, de la main même de Bellot, a été heureusement conservé, lit le siège des ministres et des conseillers tl'Etat et y fut aidée de la façon la plus bienveillante par l'impératrice Joséphine. La châtelaine de la Malmaison dit à cette occasion, — le journal de la mission nous l'apprend — à .M. -A. Pictet : « Je regarde Genève comme une seconde patrie. » Elle ne se borna point à des paroles. Elle parla chaudement au ministre de l'Intérieur en faveur de Genève et, grâce à cette haute intervention, les commissaires de la Société Economique trouvèrent le comte de Montalivet bien disposé à leur égard-. Mais le décret de l'empereur était signé, les intentions qu'il avait manifestées étaient connues de son gouvernement et la Société Economique, bien que maintenue, pour tenir compte des protestations de ses défenseurs, fut incorporée à l'administration de l'empire. Un arrêté du ministre de l'Intérieur, daté du 28 septembre 18 Li, prévoit que son budget annuel sera désormais

• Lettre datée de Witleraberg, le 11 juillet 1813. {Lettres inédites de Napoléun /•"". publiées par Léon Lecestre. H, 263.)

- Joiinint des députés en missiun it Paris du io' auiit du 11 septembre [IS13\ : Reg. Soc. Ec, Annexes, IV, A. n" 1.)

LE 31 DKCEMBIIE l<Slo 225

« vérifié parle préfet, examiné par le directeur général de la comptabilité (c des communes et des hospices et présenté à la sanction de Sa Majesté « l'Empereur et Roi. » Les capitaux de la Société seront placés en rentes sur l'État et ses membres nommés, à partir de 1814, sur une liste de double présentation, parle ministre'.

Quant aux Frères de la Doctrine chrétienne, Fontanes dut leur accorder son patronage et. « sur la demande de M"' l'évêque de Chambéry et du curé de Genève ». donner l'autorisation nécessaire à leur établissement dans la ville, autorisation (pii tut transmise, par une lettre du 30 octobre 1813, au recteur de l'Académie. Le baron Capelle, prévenu par Boissier, s'interposa encore, fit observer à Fontanes cpi'il n'avait pas été consulté, que la mesure « ne pouvait être exécutée sans de graves inconvénients, en ce « qu'elle éprouverait une opposition invincible et de la part de la popu- « lation et de la part des autorités locales », et il obtint du grand-maître la révocation de la décision prise. L'ajournement de l'établissement projeté était d'autant plus commandé par les circonstances que le zèle « ardent et irréfléchi » du curé, c'est la formule ollicielle, l'avait entraîné à devancer les temps. Assuré d'être soutenu en très haut lieu, il avait imaginé de faire venir les Ignorantins, non comme religieux mais comme citoyens français, usant de leur droit de libre établissement dans le territoire de l'empire. Ils étaient arrivés de la sorte dès le 31 octobre. Mais déjà il était trop tard. On avait la nouvelle du désastre de Leipzig et le maire avait dû attirer l'attention du préfet sur l'imminence de désordres populaires, si les Frères restaient dans la ville. Après avoir passé à Genève le jour île la Toussaint, ils avaient dû reprendre le chemin de Lyon d'où ils étaient venus-.

' ArriHé du 28 seplembre 18i:i. (Arcli. d'État de Genève, Pièces hislnriques. 5631.) ' Cf. Histoire de M. Vuarin. I. 291 ss. Le récit des abbés Martin et Kleury <li)it être enliorenieiil reclilié à l'aide de documents d'archives dont ils n'ont pas eu connaissance, notamnient de la lettre conUdentielle de Capelle à Fontanes, du 15 novembre 1813, publiée par Galiffe (n'tin siècle à l'antre. II, 360 s), étudiée, accompagnée de pièces nouvelles, par M. Henri Fazy (L'instruction primaire à Genèi'e. Notice historique. Genève 1896, p. 57 ss., 7" ss.| et de la lettre suivante de Fontanes à Boissier. du 16 décembre 1813 : « le Sénateur grand-mailre de l'Université Impériale « à M. le Recteur de l Académie de Genève. .Monsieur le Recteur, des ronsidéralious pressantes me « déterminent à ne donner provisoirement aucune suite à la demande que je vous ai transmise, le ic 30 octobre, pour l'établissement à Genève d'une École qui serait dirigée par des Frères des B Écoles chrétiennes. L'établissement de cette École est ajourné. J'ai fait part de ces nouvelles " dispositions à M. l'Évèque de Chambéry. Recevez, Monsieur le Recteur, l'assurance de ma « considération distinguée. — Fontanes ». Cette lettre, préparée à la Division du personnel (Bureau

22C> l'académie impériale. — 1804-1814

On peut aujoiirclhui afïiniier que, lorsf|ue Napoléon I"^ tomba, devant un plus puissant que lui, il était en train, non seulement d'opprimer les Genevois comme tous ses sujets, mais, sous la poussée des influences dont nous avons essayé de marquer le progrès, de les chasser de leur propre maison, celle de leurs ancêtres, venus de tous les points du vieux monde où l'on souffrait pour la foi réformée, maison bâtie au prix de tant de sacrifices, de tant d'héroïques dévouements, maison de refuge dont ils avaient fait, à travers les siècles, une citadelle de la liberté. Et l'on comprend ainsi toute la portée de ce mot, si souvent rappelé, à Genève, du caporal Massé, qui, ayant accompagné les deux derniers soldats de la garnison impériale à la Porte Neuve et baissé derrière eux le râteau de l'avancée, s'écria, en posant la clef de la ville sur la table du poste : « Cette fois, nous voilà chez nous! » L'an d'après, comme on illuminait pour célébrer le premier anniversaire du 31 décembre 18 13, le lieutenant-général marquis de Huntley, un hôle assidu de la cité, (jui venait de recevoir une des premières bourgeoisies d'honneur décernées par les Syndics et Conseil restaurés, fit briller sur sa résidence les armoiries a<'colées de l'Angleterre et de Genève avec celte devise : Tous les peuples libres saut frères, tandis qu'un brave citoyen hissait au-dessus tle sa b()uti([iie un transparent superbe, aux armes de la République retrouvée, sur lequel on lisait, écrit de tout son cœur de Genevois délivré : Dieu rue/ci^.

(les Collèges), porte le n" 3692 au dépiirt el, sous la rubrii|ue Ol/jet de la lettre, lludioalion : <c Avis relatif aux frères des Ecoles chrétiennes qui devraient être établies à Genève. » (Papiers de Boissier, relatifs aux aflairos académiques, appartenant à M. Victor van Berchem.)

' Cf. Pictet de Scrgy, Genève ressitscitée. le 31 décembre 1S13, Genève et Bàle, 1860, p. 116, et Galitfo, /. r. II, 'il8.

ANNEXES

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