LE COLLEGE DE RIVE
On le voit, la division de l’enseignement est encore basée sur le trivium du moyen âge. Mais ce n’est plus ici qu’une forme, le contour extérieur, en quelque sorte, du plan d’études. L’esprit a changé.
Le programme de 1538 nous apprend que la grammaire qu’on enseigne ne porte plus seulement sur une seule langue. A côté du latin prennent rang la langue française, « laquelle (selon le jugement des gens scavans) n’est pas du tout à mespriser, » et les éléments du grec et de l’hébreu.
Au-dessus de cet enseignement, réservé aux élèves du collège, le même programme mentionne des cours publics et quotidiens d’interprétation des Écritures, donnés par Farel et Calvin, dans le temple de Saint- Pierre, et des soutenances de thèses destinées à servir d’épreuves aux futurs pasteurs et à ceux qui veulent gouverner une école.
« Oultre toutes les choses dessusdictes qu’on enseigne au college il y a au grand temple de la ville tous les jours deux leceons. L’une d’icelles en Ebrieu du vieil testament, et dure depuis neuf heures jusques à dix. Ceste charge icy partissent entre enlx le lecteur de ladicte langue et Guillaume Farel. Le lecteur a l’office d’exposer littéralement ung chacun mot, une chacune locution, et la propriété du langage: et ledict Farel s’applique du tout à declairer le vray sens et doctrine spirituelle qui s’en peut tirer. Et quant à l’autre leceon qui est en Grec du nouveau testament, Jehan Caulvin la fait à deux heures apres mydi.
« II y a souventesfoys aussi au temple dessusdict disputations publiques touchant la Foy et religion Chrestienne, non pas de ces disputations qui se font à crier en sophisterie et en débat, mais avec toute modération de parolles et tranquillité cl’esprit. Or en icelles assemblées il est permis de disputer tant pour l’une partie que pour l’autre sur cela que quelcun a proposé et mis en termes : et cependant qu’il soustient la matière proposée, les autres luy font des objections, chacun selon son jugemeiit : mais toutesfoys de telle sorte que pour confermer ou reprouver on n’allegue rien qui ne soit fondé en auctorité de la saincte escripture. Et quant à ceste maniéré de disputer et conférer ensemble, on la traiete principalement à celle fin qu’on esprouve si quelcun est suffisant pour luy bailler la charge d’enseigner le peuple, apres toutesfoys avoir diligemment congneu et esprouvé ses meurs et sa maniéré de vivre. Mais si c’est quelcun qui doive estre ordonné pour gouverner une escole : non seulement on I examine de la Foy, mais aussi des sciences humaines : pourtant qu’il doit estre instruict en tous les deux, à tout le moins aucunement. »
INTRODUCTION
Outre Sonier, le réformateur dauphinois, qui en fut l’organisateur, le Collège de Rive, durant sa courte existence, a eu l’honneur de compter parmi ses maîtres Mathurin Cordier (15)17-1539) et Sébastien Castellion (1541-1544).
Dès 1541, l'attention de Calvin se porta constamment sur le recrutement du corps enseignant, la discipline scolaire et l’état des études. Mais cette école, à son gré trop indépendante de lEglise, ne répondait pas au but qu il se proposait. Il voulait un collège plus systématiquement progressif et aboutissant à un ensemble de cours académiques ou « publics,» destinés, tant à maintenir et à élever, dans Genève, le niveau de la culture à laquelle l'humanisme protestant devait donner son caractère et son essor, qu’à préparer les nouveaux ministres dont 1 Eglise réformée avait chaque jour plus grand besoin. Il voulait aussi une institution sur laquelle l'influence de la Compagnie des pasteurs, dont il était I âme, pût s’exercer directement et sans conteste possible.
De ces préoccupations du réformateur naquit 1 école de 1559, à la lois «université» et «collège.» Le secrétaire du Conseil lui donne ce double titre dans le compte rendu officiel de la cérémonie inaugurale.
L’ŒUVRE DE CALVIN