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LE COLLEGE DE VERSONNEX

Son caractère essentiel était de conduire aux diplômes conférant la licencia docencli.

On a vu ce qu’était, à l’époque, la charte fondamentale d’un studium in artibus. L’acte de dotation du collège de Versonnex, que Jules Vuy a publié sous le nom de charte, ne peut prétendre à ce titre. De ce qu’on y trouve que la maison dont la construction est prévue réunira, pour l’exercice de leurs disciplines, les maîtres « de grammaire, de logique et des autres arts libéraux, » jusqu’alors disséminés dans la cité, on ne peut pas conclure que Versonnex a voulu provoquer l’établissement de cours supérieurs. La portée des termes employés par le notaire était si peu calculée qu’on voit, plus loin, le donateur stipuler expressément « (pie la maison susdite ne « pourra jamais être consacrée à d’autres usages que la tenue des classes de « grammaire1. » L’institution qui porte son nom est appelée, dans les textes du temps, « la grande eschole, » c’est-à-dire, selon une formule qu’on rencontre ailleurs, l’école publique, l’école officielle, par opposition à de petites classes particulières, qui avaient subsisté et où l’on apprenait à lire et à écrire. Il faut un effort évident pour retrouver, avec Galiffe, dans cette expression, le sens de l’allemand Hochschule (université). On reconnaît du reste, à l’examen des pièces qui nous ont été conservées, relativement aux leçons données dans le collège de Versonnex, que ces leçons correspondaient à peu près à ce que nous appellerions de nos jours un programme d’enseignement primaire et secondaire. C’est ce qu’a relevé récemment, avec netteté et autorité, M. le professeur Henri Fazy, dans son étude sur V Instruction primaire à Genève 2.

On trouve dans les statuts et ordonnances de l’école, du 8 avril 1502, que le recteur est tenu de lire, les jours de fête, une leçon dans les Evangiles, les Epîtres et la Vie des Saints. A cette leçon publique, tous les maîtres, quelle que fût leur situation, étaient tenus de conduire ceux de leurs élèves qui étaient en âge d’entendre la lecture. Les dimanches, ils devaient amener tous leurs écoliers à ce même recteur pour qu’il les

1 « Item quod dormis supra dicta impperpetuum non possil ad alios usus converti nisi ad lenendum scolas gramatices. » (Jules Vuy, Notes historiques. 35.)

2 Notice publiée sous les auspices du Département de l’Instruction publique; Genève, 1896, p. 3.

En Ecosse, le terme High scliool signifie, non pas une université, mais au contraire un établissement d’instruction secondaire.

INTRODUCTION

conduisît, sous leur surveillance, au sermon de midi. Les registres du Conseil relatent mainte condamnation pour manquement à l’une ou à l’autre de ces obligations.

bn 1506, il est exposé, relève-t-on dans ces mêmes registres, que le révérend frère Marchepalu, professeur en théologie, doctor in sacra pagina, veut lire publiquement, tant en théologie qu’en philosophie morale et en poésie, et il est ordonné qu’on lui baillera des gages raisonnables. Cette mention remarquable d’un essai de ce genre, à cette époque, permet de conjecturer, au cas qu’on y tienne, que les magistrats genevois du XVIe siècle, désireux de s’émanciper, à cet égard aussi, de la tutelle de l’Eglise, eussent peut-être organisé d’eux-mêmes un enseignement supérieur, si Calvin et Bèze ne fussent venus dans leur ville et n’eussent pris l'initiative d’une telle création. Il serait prématuré d’en conclure que cette tentative a eu des suites dont les registres du Conseil ne nous ont pas conservé la mémoire et que le dit enseignement a été organisé, à Genève, avant Calvin et avant Bèze.

Le collège de Versonnex disparut pendant les troubles qui précédèrent l’adoption de la Réforme par le Conseil général des citoyens (1536). Au lendemain de l’établissement du nouvel ordre de choses, il fut remplacé par le College de Rive, qui dura, organisme de transition, jusqu’à la fondation de 1559.

Le collège de Rive, ainsi nommé du quartier où il se trouvait, fut appelé lui aussi « la grande eschole1. » Il ne comprenait cependant pas autre chose que les classes de grammaire. On lit dans une brochure programme, datée de janvier 1538 et qui est attribuée à Antoine Sonier, le premier directeur : « Aussi nous espérons que le temps viendra, aydant le Seigneur Dieu « que nous enseignerons en Rhétorique et Dialectique : assavoir quand nos « escoliers seront capables d entendre icelles sciences après avoir passé « ces premiers londoniens2. »

1 Voir le procès-verbal du Conseil général des citoyens du 21 mai 1536, dans Amédée Roget, Histoire du peuple de Genève, I, 2 s.

2 L'ordre et la maniéré d’enseigner en la Ville de Geneve au College. Imprimé h Geneve par Jehan Gérard , 1538. Reproduit par E.-A. Bêlant, à la suite de la 2me édition de sa Notice sur le Collège de Rive: Genève, 1866. Cette brochure contient également une Description de la Ville de Geneve. destinée à combattre l’erreur de ceux qui pouvaient s’imaginer que Genève lut quelque bourgade des Alpes « quasi inhabitable, estant entre des rochiers stériles et desers. »

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