LE PRIMARIAT I) ANTOINE DE LA PAYE
de la part du magistrat ou du peuple et les exhortas! de s’y opposer, au lieu que, par ladite clause, ledit sr de Bèze se plaint de quelques esprits remuants de leur Compagnie qui ne se contentent d’estre imitateurs de feu Mr Calvin en ce qui est de la doctrine et discipline, exhortant le magistrat d’y tenir la main? — Dit qu’il n’y a rien de tout cela, bien qu’il exhorte ses freres de ne changer rien à la doctrine, que si on le prend autrement on le peut faire. »
« S’il recognoist pas avoir en cela grandement failli, tant par ladite désobéissance qu’en exposant à mauvaise odeur la réputation de ceste ville et Eglise, tant envers ceux de l’une que de l’autre religion ? — Dit qu’il n’y a chose si bien dite qu’on ne la detorque, que si on la veult lire sans préoccupation, on ne trouvera l ien de tel, et n'a point désobéi à la Seigneurie, qu’on ne luy a point fait telles defenses expresses, bien qu’il fut dit au logis de M‘ Lect qu’il faloil oster ce qui regardoit le testament, et neantmoins despuis il l’a mis, estimant que c’estoit la partie principale de son livre. »
« Luy a esté dit qu’on n’est content de ses responses qu’on ne trouve synceres, comme on eust désiré, et trouve mauvais qu’il ne recognoist avoir failli, et qu’il se submettra de se représenter toutesfois et qualités1.— A cl i t qu’il trouve mauvais de ce qu’on a usé de ce tenue que ses responses ne sont synceres, car il vouldroit avoir la langue coupée plus tost que son cœur demenlist sa parole. Et si cela esloit, jamais il ne monteroit en chaire... Il prie de croire qu’il n’a voulu désobéir à Messieurs et qu’il a estimé honorer M1' de Bèze en tant que le miroir de la vie d’une personne est son testament, et prie de ne le mettre pas en peyne, que, si cela est, il ne peut jamais monter en chaire. — A esté arresté de luy dire qu’on trouve derechef mauvais de ce qu’il fait difficulté de recognoistre avoir failli, par ainsy demeurant à ce qui a esté dit que, s’il veut recognoistre sa faute, on lèvera la submission qu’on demande de luy... — A dit qu’il est desplaisant de ce qu’on s’offense, qu’il n’a voulu désobéir à Messieurs, auxquels il doibt tout honneur et tout respect et desire se rendre capable de leur faire service, mais prie qu’on lève ceste offense, marri qu’il est (pie cela soit advenu, et puis qu’on y voit de la faute, il la recognoist et est content de dire qu’il est aveugle, et que Messieurs voient plus clair que luy. »
L’ancien syndic et professeur Jacques Lect, dont on trouvera plus loin les états de service, semble avoir éprouvé, il faut le dire, une aversion personnelle profonde pour Antoine de la Faye et conduit une véritable campagne contre lui. C’était un fin lettré, un humaniste, dont le dévouement à l’Ecole
1 C’est-à-dire: se tiendra à la disposition de l’autorité.
THEODORE DE BEZE
genevoise ne pardonnait pas à l’homme qui pesait sur elle. La postérité ne saurait lui en faire un crime.
La décision du Conseil, touchant la publication de la notice biographique sur Bèze, était un échec terrible à 1 autorité du premier personnage de la Compagnie. Il ne pouvait pas rester sous le coup de cette interdiction. Deux jours après, on apprend en effet qu’il a trouvé le moyen de fléchir Jacques Leet et que, suri intervention de ce dernier, le livre pourra paraître, moyennant un certain nombre de corrections. L imprimeur, Jacques Chouet, qui au cours de son interrogatoire, s’était laissé aller à quelque violence de langage contre le magistrat, en lui quitte pour huit jours de détention et vingtcinq écus d’amende.
« Sp. La Faye a fait prier par Mr Leet d’avoir esgard à son honneur, à cause de la suppression de son livre de la \ ie de M‘ de Bèze, et que on corrige ce que bon semblera d’ieeluy, principalement ce qui concerne son testament ; l’ayant pris à ses frais d’en retrancher ou adjouster ce qu’il trouvera bon. El que suivant ce il a mis la main à la plume et faict lecture de ce qu'il a corrigé, offrant ledit spectable La Faye refaire une feuille nouvelle. Arresté qu’il le fasse corriger, selon la correction faite par ledit conseiller Leet, et qu’il donne ordre qu’il ne s’en vende, ici ou ailleurs, selon la première impression, et autrement qu’il n’est corrigé, à peine qu’on s’en prendra à 1 u y 1 . »
La feuille nouvelle, dont 1 auteur fit les frais, est la dernière de son livre. Le texte primitif y est modifié sur les quelques points qu’on a vu relever dans 1 interrogatoire ci-dessus. Est-ce à dire qu'aprèsceremaniementletravail satisfit j > lei ne ment Jacques Leet ? C’est peu probable. Maisd i m portantes raisons politiques l’engageaient à ne pas se montrer par trop difficile. Et il est vraisemblable qu’ayant obtenu la rectification de ce qu’il estimait être des fautes de commission, il laissa courir les fautes d’omission. Elles sont nombreuses cependant, dans l’œuvre de La Faye, et d’autant plus graves que c’est dans cette première biographie de Bèze qu’on a puisé jusqu’ici, en l'absence d’autres sources accessibles à chacun, quand on avoulu écrire I histoire ecclésiastique de l’époque troublée sur laquelle nous venons de chercher à faire quelque lumière. Qu’on parcoure ce livre, on n’aura pas de peine à comprendre pourquoi des hommes comme Daneau, comme Perrot, comme Botan, comme Li-
1 Reg. Conseil, 24 mars 1606. Cf , pour ce qui concerne l’imprimeur, les procès-verbaux du 28 mars.