‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 100 sur 213 · LE P RIMA RI AT D ANTOINE DE LA PAYE · texte numérisé non relu

LE P RIMA RI AT D ANTOINE DE LA PAYE

Si l’on veut une dernière preuve de la réprobation que soulevaient au sein du Conseil les procédés de ce personnage de second rang, qui se faufila au premier, grâce à la faveur d’abord, puis à la vieillesse de Bèze, et qui s’y est maintenu, pour la postérité, dans la pénombre d’une époque encore imparfaitement connue, qu’on lise les notes suivantes empruntées aux registres d’Etat de cette même année 1606, où il eut l’habileté de profiter de sa haute situation pour se confier à lui-même la tâche importante de publier une biographie de son défunt bienfaiteur.

21 février 1606. « Vie de M. de Bèze. Ayant esté rapporté que M1 de la Paye fait la vie de M1 de Bèze, où il y a des poincts deshonorables et au defunct et à l’Estat, et eu stile bien plat, arresté (pie ledict spectable de la Pave, rapporte ce qu’il en a faict céans, pour estre veu par qui apartiendra avant l’impression. »

24 février. « ST de Bèze. Sp. Antoine de la Paye. Estant veu le livre composé par spectable Antoine de la Paye, contenant la vie de feu spectable Théodore de Bèze, dans laquelle il touche plusieurs poi nets qui sont contre l’heureuse mémoire du defunct, a esté arresté que ledit livre soit supprimé. »

« tenu propos des moyens que nous pourrions trouver pour en recouvrer, et rendre l’escole la plus « complette qu’il nous seroit possible. Que mes me s on a voit pa rlé de nions1' Charnier, personnage doué « de très beaux dons de Dieu, et de grande probité. Mais ce qu’on a redemandé nos Ire frère mon sr Chauve a nous donne fort peu d’esperance de pouvoir obtenir le susdit personnage, i)e scavons si Messieurs en « auront quelque moyen pl us facile : que, si ainsi est, nous en louerons Dieu et y aiderons de tout nos Ire « pouvoir... » — - L’ancien recteur Antoine Chauve avait été accordé à l’Eglise de Sommières. Sur b* « désir du Conseil, on lui avait écrit de revenir.

19sepl. (Relation d’un discours de La Paye à Messieurs au nom delà Compagnie): «... Pour le regard « de mous1' Charnier, trouvons très bon (selon qu’il fut déclaré dernièrement aux seigneurs députez) de « l’a voir et pour l’Escole et pour le ministère, si faire se peut : mais comme nous prévoyons de I res grandes « dilficullez pour l’obtenir, aussi estimons nous ne le pouvoir demander sans faire tort aux Eglises de « France, et spécialement du Dauphiné, où ce personnage est très utile, veu surtout l’escole de Die, où « le nouveau professeur théologien est décédé. D’au lire part , Dieu nous ayant faict la grâce de nous don- « ner des personnes, soit d’entre les ministres, soi t aussi des professeurs, dont nous avons beaucoup d’es- « pe ran ce pour l’advenir, semble n’est re necessaire de cercher plus loing ce qui est assez près de nous. »

24 septembre (Extrait de la réponse de la Seigneurie, présentée aux ministres par les seigneurs défi pu lés Lee t, Sarrasin et Rosel) : « ... Ecclesiastica ecclesiastice. pot it ica poli lice. Ce qui par nous [mi nis- « très] est très mal entendu et appliequé, et faict qu’on appereoit un manifeste mespris de tout ce qui nous « est proposé par Messieurs, desquels l’intention n’a point esté de donner lieu à aucunes brigues, nire- « commendations particulières, quand il est question des charges ecclesiasticques : mais aussi sem- « ble que, quand ilz ont indicqué quelqu’un lequel ilz jugent propre à telle vocation, cela ne doibt estre « par nous mesprisé. .. »

3 octobre : « Estant question de resouldre ce qui fut proposé à la Compagnie par les députez de Mes- « sieurs, le mercredi 24e de Septembre dernier passé, tant à l’esgard de la profession de Théologie et « de la personne de nions1' Charnier que de la provision de ce qui est au default de deffunct nostre frère « mons1' Pinault. A esté trouvé bon que Lundi prochain les troys ci-devant députez par la Compagnie « se présentent devant Messieurs, pour leur déclarer que plusieurs de la Compagnie ont heu advis « que ledit s1' Charnier estoit arresté pour l’escole de Die, succédant au s1' Rhotier nagueres décédé « audit lieu : ne sorte que, n’y ayant apparence qu’on le puisse obtenir, a semblé expédient d’en adver- « tir Messieurs. » — On sait que Charnier resta à Montélimar.

THEODORE DE BE/.E

Les ministres de la ville, justement émus de l’incident, envoyèrent une députation à Messieurs afin de « remonstrer » sans doute la gravité de la mesure, le scandale qui allait en résulter, lorsqu'elle serait rendue publique, et de proposer la constitution d'une commission mixte qui s’occuperait de la biographie en question. Le Conseil se laissa convaincre 1. La commission fut formée. S’étant réunie, au domicile du conseiller Lect, elle décida que l’œuvre de la Paye pourrait paraître moyennant certaines corrections. Mais l’auteur ne l’entendait pas ainsi. Il ne tint nul compte des observations rie la commission et, soit qu’il voulût mettre le Conseil en face d'un fait accompli, soit qu’il songeât à publier son livre à l’étranger, il en poursuivit, telle quelle, 1 impression chez Jacques Chouet.

22 mars. « S/j. Antoine de la Paye. Jaques Chouet. Et parce qu’on rapporte (pie le s1' de la Paye a fait imprimer la vie de M1 de Bèze, laquelle il n’a corrigée suyvant l’intention delà Seigneurie, a esté arresté que ledit livre soit supprimé, et commandement a esté fait à Jaques Chouet, qui l’a imprimé sans congé, de rapporter tous ceux qu’il a et ne permettre q u il en soit vendu icy ni ailleurs à peyne de deux cents escus. »

« A esté aussi arresté d’appeller ledit spectable de la Fave, et de l’en faire respondre, ce qu’il a l'ail en la forme suvvante : - —

« S’il luy a pas esté défendu de la part de la Seigneurie d’inscrire en la vie de Mr de Bèze aucune clause du Testament d’iceluy? — A respondu qu'il ne luy a pas esté autrement defifendu, et a considéré que le testament d’un tel personnage esloit une partie de ce qu'il estoit de sa vie et de sa mort, et confesse qu’il fut dit qu’il n’en parleroit point. »

« Interrogé si particulièrement il luy a pas esté deffendu de faire mention des calumnies prétendues avoir esté proférées à Lausanne contre ledit s1' de Bèze ? — Dit qu’il n’y en a pas aussi un seul mot, sinon en ce (pie par son testament il rend o-paces a Dieu des calumnies dont il a esté deschargé en France et à Lausanne2. »

« Interrogé pourquoi il a falsifié la clause dudit testament contenant l’exhortation et remonstrances à leur Compagnie, detorquant ladite clause en tel sens, comme si ledit s1' de Bèze aprehendoit quelque changement de religion

1 Reg. Conseil, 25 février lüûG : « Vie de M. de Bèze. Sur la remonstrance faite par les eonseil- « lers [.vif | Perrot et Jaquemot, le jour d’hier, (le commettre quelques ungs de céans pour, avec quelle ques ungs de leur Compagnie, dresser la vie de Mr de Bèze, arresté qu on commet les sls Lect « et Colladon pour aviser avec lesdils ministres sur ladite vie. »

* On sait que Bèze, en 1556. avait eu à se défendre contre les attaques de ceu\ qui lui reprochaient ses Juvenilia.

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