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ALEXANDRE MORUS ET LES IDEES DE SAUMUR

« trer résolument mais sans témérité dans la voie du progrès, élargir le dote maine de la pensée religieuse et assurer le développement continu de la « science sans ébranler les fondements de la loi, telle fut l’œuvre qui échut « à Saumur 1. »

Sedan, cela va sans dire, s’appuyait sur Genève. Lorsque Moïse Amyraut essaya de trouver, en ce qu’on a appelé depuis «l’universalisme hypothétique, » un moyen terme entre la doctrine arminienne delà grâce universelle et l’électionisme cruel de Calvin et que son Traite’ de la Prédestination ( 1634) agitale monde réformé, l’intervention de la Compagnie des pasteurs fut sollicitée. Sans peine, on obtint d’elle une lettre de condamnation. Genève ne perdait pas uneoccasion de manifester son éloignement, son horreur des nouvelles doctrines2.

C’est à ce moment que l’Ecossais Morus, à la suite d’un lui liant concours, obtint la chaire de Grec à l’Académie. Né à Castres, en 16 16, il venai t d’Orange, où son pères’était faitconnaître comme principal d u Collège protestant, fondé par Ludovic de Nassau, et il était ancien étudiant de Montauban. Les talents dont il avait fait preuve dans le concours, où il l’avait emporté sur un rival de grand mérite, Etienne Le Clerc, le don de l’éloquence, qu’il possédait à un haut degré, concilièrent rapidement au nouveau venu la faveur du Conseil. La protection de la Seigneurie le lit agréer comme pasteur en octobre 164 1 et, l’année suivante, comme il était demandé avec insistance par l’église française de Londres, on le nommait, toujours sur les instances de Messieurs, professeur de Théologie en la chaire que venait de quitter Frédéric Spanheim3.

Le peu d’empressement de la Compagnie en ce qui concerne ces nominations, plus ou moins imposées par le Conseil, réluctance dont on retrouve la trace non équivoque dans les registres de l’un et de l’autre corps, avait pour cause les opinions, réelles ou supposées, de Morus. D’emblée on l’avait suspecté de professer les doctrines de Saumur, qui commençaient alors à prendre pied à Montauban4, et toutes ses protestations d’orthodoxie n’avaient pas désarmé et ne désarmèrent jamais ses adversaires5. Son professorat,

1 Etude sur les Académies protestantes , p. 398 s.

2 Lettres de la Compagnie à Amyraul, à Vignier, ministre de Blois, au synode national d’Alençon. (Reg. Comp., 13 nov. 1635 et 14 avril 1637.)

3 Reg. Conseil, 28 septembre, 8 et 10 octobre 1642.

4 Voir Nicolas, Histoire de l’ancienne Académie protestante de Montauban: Montauban . 1885, p. 59 s s .

6 Reg. Conseil, 10 juillet et 5 octobre 1641.

1,’ÈRE DE DORDRECHT

qui dura jusqu’en 1649, lut une lutte, semée de succès académiques et de triomphes oratoires, mais inégale et terminée par une retraite. Le récit de cette lutte, premier choc entre l’esprit nouveau et l’esprit ancien, dans le sanctuaire du calvinisme, appartientà l’histoire ecclésiastique. Nous ne pouvons, malgré l’intérêt qu’il présente, nous y attarder ici. Rappelons seulement, pour la lumière que cela jette sur le groupement des opinions et des tendances, que Morus fut soutenu jusqu’au bout par le Conseil contre la Compagnie et que l’autorité civile finit par lui délivrer elle-même, chose curieuse et bien caractéristique d uneépoque où la confusion des pouvoirs était complète, un témoignage écrit d’orthodoxie. Dans le plaidoyerqu i I prononça, en 1646, à cette occasion, le successeur de Spanheim ne craignit pas de revendiquer, en une certaine mesure, la liberté de l’enseignement supérieur. A près avoir reconnu qu i 1 avait distingué à son cou rs certaines questions qu’il fallait « supprimer par le silence, » comme n’étant point essentielles et pouvant donner lieu à des dissensions regrettables, il ajouta qu’il n’avait pas «étudié pour copier des commentaires, mais pour produire ses conceptions «comme d’autres docteurs orthodoxes1. »

Morus était alors le recteur de l’Académie. Aux promotions de 1 6 4 <S , il prit pour sujet de son discours l’apologie de Calvin et recueillit tous les suffrages d’une assemblée où se trouvait, parmi de nombreux seigneurs étrangers,un jeune Ecossais, destiné à jouer un rôle important dans I histoire des trois royaumes : le noble comte de borne, fils aîné du marquis d’A rgyll 2. Ce fut le dernier succès de sa carrière professorale, à Genève. Tou jours en butte aux attaques de scs adversaires, attaques auxquelles, il faut le dire, certaines rumeurs qui avaient cours touchant sa vie privée étaient venues donner une force nouvelle, il avait reconnu que la place n’était plus tenable pour lui et venait d accepter un appel de l’église wallonne de Middelbourg, dont il devint le pasteur l’année suivante3.

Dès 1647, la Compagnie avait fait un règlement sur l’admission au saint ministère, imposant au candidat la promesse formelle « qu il enseigneroit

1 Iteg. Conseil, 19 janvier 1646.

2 Ce discours fui imprimé simultanément en latin, avec une dédicace à l’archevêque d’Armagh , Jacques Uslier, cl en français par Philippe Gamonet. (Ale.i andri Mori Calvinus. . . Harangue pour Calvin; in-4, Genève, 1648.) La traduction française était dédiée à l’infortunée sœur de Charles Ier.

8 Ou sait que Morus fut engagé plus tard dans une violente polémique avec Millon, au sujet de l'exécution de Charles Ier. Les relations que le poète puritain avait conservées avec les Genevois, depuis

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