LES « LEGES AC AD EMUE GENEVENSJS
Le procès-verbal de la séance où communication en fut donnée est ainsi rédigé :
« Editz du College, fcy a esté faite lecture des loix et éditz faitz sus le « College, qui se debvront à l’advenir observer, pour commencer des « aujourd’hui à disposer selon ledict ordre. Estant icy leues ont esté « trouvées bonnes '. »
Ces statuts, qui étaient intitulés: Leges Academiæ Genevensis, reçurent, dans la version française, ce titre: L'Ordre du College de Geneve.
Le mot Academia et le mot College n’avaient pas, on le voit clairement ici, sons la plume du rédacteur de 1559, le sens restreint qu’ils ont pris, l’un et l’autre, dans la suite. Tous deux s’appliquent à une seule et même institution. C’est pour avoir méconnu ce fait que Gaberel, dans son Histoire de l'Eglise de Genève, attribue à Calvin cette double initiative d’avoir « relevé la fondation de Versonnay,» et établi d’autre part «l’Académie genevoise, » afin de « compléter son œuvre en donnant aux jeunes hommes un développement intellectuel suffisant pour faire avancer l’esprit du siècle'. »
La progressivité obligatoire des études et par suite la coordination de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur, nettement différenciés, mais reliés l’un à l’autre dans un établissement unique, tel était le principe fondamental de la réforme scolaire dont nous avons rappelé les origines. L’auteur des Leges Academiie Genevensis s’en est tout particulièrement inspiré. L’école est divisée en deux sections : la Scho/a privata appelée aussi gijmnasium, dont les régents sont qualifiés præceptorcs et hypodidascali, et la Schola public a, dont les maîtres ont le titre de publiai professores.
La Schola privata comprend sept classes, aux programmes strictement déterminés, conformément au degré de préparation des élèves. De la septième où l’enfant apprend à lire, en français et en latin, et à écrire, il est conduit par échelons successifs, à la quatrième, où l’on aborde le grec, à la troisième, où l’on commente Cicéron, Virgile, César, à la seconde, où on lit Homère, Xénophon, Polybe, et à la première, où l’on se perfectionne
1 Reg. Conseil, 29 mai 1559. (Extraits publiés à la suite de la réimpression des Leges faite en 1859.)
L ŒUVRE IJE CALVIN
en dialectique et en rhétorique, en étudiant les harangues de Cicéron et de Démosthène. Les écoliers sont répartis dans les classes par décuries, ou groupes de dix, « sans avoir esgard à l’aage, ni à la maison, » comme dit le texte français, mais uniquement selon que chacun a profité. Le premier du groupe est assis en tête et remplit les fonctions de moniteur. Les régents du collège sont soumis à un principal, ludimagister , qui lui-même est subordonné au recteur, chef suprême de toute l’école, rector totius sc/iolæ, élu au sein de la Compagnie des ministres et professeurs.
La Scholn publica est caractérisée par l’absence des classes, renseignement supérieur qui y est donné, le rang des titulaires de ses chaires, qui siègent au cloître à côté des pasteurs de la ville, et le fait que les étudiants ne sont plus astreints à la discipline gymnasiale et qu’on ne leur impose plus d’autre obligation extérieure que de donner leur nom au recteur et de signer une profession de loi.
Le lien qui relieentre elles les deux sections tic l'école est l’avancement progressif, méthodique, des écoliers, qui montent de classe en classe, à la suite d’épreuves annuelles, jusqu’à l auditoire supérieur. Les professeurs publics, sous la présidence du recteur, auront à opérer eux-mêmes ce classement, proposant, corrigeant les compositions d’examen, et décidant du succès ou de l’échec des candidats, après les avoir personnellement interrogés en présence de leur régent. Le Ier mai, toute l’école doit se réunir au temple de Saint-Pierre, « tôt a scholn in S. Pétri fanum convenito. » Et après que le recteur, entouré du corps des ministres et des professeurs, du principal et des régents, aura fait donner lecture des Leges Academiæ et en aura brièvement recommandé l’observance, les deux plus méritants de chaque classe seront présentés au seigneur syndic ou conseiller présent et en recevront « quelque petite estreine, » præmiolum.
Cette cérémonie solennelle des Promotions, à la fois académique et religieuse, qui va se répéter d’année en année, pendant trois siècles, et (pii survivra même à l'œuvre scolaire de Calvin, était le signe extérieur le plus propre à en rendre visibles, à en rappeler, à tous, les caractères essentiels.
Si l’homme qui a édifié l'école de Genève a eu devant les yeux le plan de celle de Strasbourg, tel qu’on peut le retrouver, soit dans ses divers