‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 169 sur 213 · LES PROFESSE U HS NOMMES PAH LE DEUX-CENTS · texte numérisé non relu

LES PROFESSE U HS NOMMES PAH LE DEUX-CENTS

gneurie donnait le titre de professeur honoraire d histoire civile à Jean-Pierre Cromelin, fils du défunt professeur de Belles-lettres. La Compagnie, tout en s inclinant devant les faits accomplis, jugea le moment venu d’affirmer ses droits à la haute direction de l’Ecole, lesquels entraînaient selon elle celui de pourvoir aux charges académiques, quel qu’en fût le caractère. Un volumineux mémoire, fortement documenté, fut présenté au Conseil. I! n’eut pas le succès qu’on en attendait. Mais, comme il est resté inédit et qu’il peut servir à constater une foisde plus l’étatdechoses compliqué, bizarre, inextricable, auquel les prétentions rivales et l’enchevêtrement des divers pouvoirs avaient conduit, dans ce domaine comme en beaucoup d’autres, le gouvernement de l’ancienne République, il n’est pas superflu d’en citer quelque chose.

La Compagnie énumère d’abord les « raisons de droit » qu elle peut invoquer à l’appui de sa manière de voir et, parmi celles-ci, le fait qu’en I (>()!) la troisième édition qu’on a faite des Lois de l’Ecole remplace la mention limitative des trois « lecteurs publics » de l’Académie ealvinienne par cette disposition générale et compréhensive : Qu'il y ait nombre suffisant de doctes Professeurs publics tant es langues qu 'es sciences , lesquels soient aussi élus et confirmés ainsi qu'il a été dit du Principal et des Régents. Elle ajoute ensuite les « raisons de convenance » en ces termes :

« Quand Nos Seigneurs se portèrent à établir l’Académie et le Collège, et s’affermirent encor longtems après à les laisser sur le pied qu’ils les avaient mis d’abord, ils y furent déterminés sans doute par des raisons très dignes de leur prudence; raisons qui n’étaient pas seulement tirées de la conjoncture des tems, mais de la nature même de la chose, et du bien réel et perpétuel de l’établissement en lui-même, vérifié et reconnu par une longue expérience. Ces raisons de convenance ne sont pas difficiles à pénétrer, elles se présentent naturellement à l’esprit, et elles subsistent encor aujourdhui dans toute leur force. »

« l. Puisque notre Compagnie porte dès son origine le litre de Compagnie des Ministres et Professeurs, et que ces deux sortes de personnes sont toujours désignées comme ne faisans qu’un même corps, l’analogie veut que l’on procède de la même manière à l’élection des uns etdesautres, et (pie ce soit le même corps qui la fasse en réservant toujours l’approbation de Nos Seigneurs. Le Livre des Ecoles enjoint aux Professeurs de se trouver, le vendredi a la Congrégation , et en l’assemblée des Ministres ; il y est statué, que le Recteur, (pii est le chef del’Académie, soit pris et choisi dans la Compagnie des Ministres et Professeurs, et élu par toute la dite Compagnie. »

(il)

LE SIECLE H ES PHILOSOPHES

« C’est encor cette même Compagnie <|iii est appelée a aviser tous les ans sur le gouvernement tant du Collège en général qu’en particulier d'un chacun, du Principal et des Régens . C’est en conséquence de cette jonction si intime que l’Ordonnance fait des Pasteurs et des Professeurs, comme membres d’un mêmecorps, que la Vénérable Compagnie, ainsi composée, a fait pendant plus d’un siècle le seul Corps Académique, dans lequel les Seigneurs Scholarques se rendaient, lorsqu'ils voulaient conférer sur quelques affaires concernant l’Académie et le Collège. Mais, s’il n’y a aucun corps dans l’Etat dont les membres s’élisent d’une manière différente les uns des autres, pourquoi notre Compagnie ne jouirait-elle pas de la même uniformité ? »

« 11. L’uniformité est encor plus entière, si l’on y joint les ofïices du Recteur, du Principal et des Régens, dont nous avons vu que l’élection est réglée précisément de même. Moyennant quoi toutes les charges, tant de l’Eglise que de l’Académie, se trouvent être sur le même pied quant à la manière d’v pourvoir. C’est toujours la Compagnie qui examine, et qui élit. C’est le Magnifique Conseil qui approuve, qui installe, et qui fait prêter serment. La même marche, la même procédure, a lieu pour tous ces diffère ns emplois. Il faut avouer qu’une telle uniformité donne à notre Gouvernement ecclésiastique et académique un degré de perfection qu'il n'aurait pas à beaucoup près, si la règle n'était pas égale et unique comme nous le disons. »

« III. Une autre chose que Nos Seigneurs ont sans doute considérée, c’est que, s’ils s’appropriaient à eux seids de telles élections, dès lors les Pasteurs, le Recteur et les Professeurs, tant laïques qu’ecclésiastiques, n’y pourraient point intervenir, et ils n’y auraient pas la moindre part, au lieu que, s’ilsy interviennent, le Magnifique Conseil n'y perd rien parce que son droit supérieur est toujours réservé et s’exerce également. Par ce moyen divers ordres de personnes ont la satisfaction d’avoir part à une telle affaire. Les Pasteurs et les Professeurs, tant ecclésiastiques que laïques, ont le premier jugement et le premier choix. Ensuite vient un second jugement qui est l’approbation de Nos Seigneurs. Cette gradation et ce concours sagement ménagés ne servent pas seulement à partager entre divers corps l’honneur de contribuer à une élection, ce (pii a pourtant son utilité dans un gouvernement comme le nôtre, mais de plus cette gradation et ce concours vont an bien même de la chose, en assurant d’autant mieux la bonté et la maturité du choix, et en donnant par là pl us de gravité et de relief aux charges académiques. »

» IV. Il est certain encor que la réputation de l’Académie, l’émulation si nécessaire à entretenir parmi les gens de lettres, la confiance que les Docteurs publics doivent s’attirer de ceux qui étudient sous eux, et enfin 1 importance de ces emplois, tout cela demande (pie ceux qui y aspirent, ou soient déjà connus par une grande réputation, ou fassent épreuve de leur capacité par des examens ; mais, si cela est nécessaire, il faut aussi qu il y ait des juges experts (pii soient consultés ou employés dans l’élection. Ces juges doivent être des gens de lettres connus

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