‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 6 sur 213 · LA CHARTE UE L EM PE RE U R CHARLES IV · texte numérisé non relu

LA CHARTE UE L EM PE RE U R CHARLES IV

attention suffisante ait été accordée aux circonstances dans lesquelles elle vit le jour, il n’est pas superllu de les rappeler. Ces circonstances ne sont point seulement locales; elles se rattachent à la politique générale de l’empire et du saint-siège.

En 1365, un des plus graves soucis de l’empereur et du pape, c’était encore, et déjà, la question d Orient. L’agonie de Byzance commençait. Jean Paléologue, dépouillé de ses provinces de terre ferme, était prisonnier du sultan Amurat et du roi des Bulgares. Constantinople, menacée, semblait sur le point de tomber aux mains des Turcs. Le roi de Hongrie combattait presque seul sur la brèche. Il était grand temps d’envoyer quelqu’un à la croisade. Or ce quelqu’un ne pouvait être qu’Amé de Savoie, le fameux Comte Vert. Non seulement c’était le plus vaillant des princes chrétiens, mais c’était le seul qui eût alors assez de loisir et d'entreprise pour courir pareille aventure. Charles IV traversa l’Allemagne, s’en fut à Chambéry, par Genève, trouver le comte, puis, accompagné de son hôte cl du roi de France, qui les rejoignit à Grenoble, se rendit à Avignon auprès d’Urbain V. La question du jour, on a bientôt fait de Je conjecturer, lut l’objet de conférences à quatre et celui qu’on souhaitait d’envoyer conl re les Turcs accepta la périlleuse mission. L’an d’après, il se mit en campagne avec ses chevaliers.

L historiographe de la maison de Savoie, Guichenon, nous dit qu’Amé VI consentit parce qu il était proche parent de Jean Paléologue et qu’il y allait de l'honneur de la chrétienté. Il est probable qu’à ces très chevaleresques considérations s’en joignit une autre, non moins puissante, et dont nous retrouvons l’indice dans une pièce authentique. Le 22 mai 1365, Charles IV, avant de quitter Chambéry, avait signé une bulle conférant au comte le vicariat de l’empire sur les évêchés de Sion, de Lausanne, de Genève, d’Aoste, d'Ivrée, de Turin, de Maurienne, de Tarentaise et de Bellcy, ainsi que sur l’archevêché de Lyon et les évêchés de Mâcon et de Grenoble1.

1 Gotllob prétend que Chartes IV donna te vicariat impérial de Genève et autres lieux à Aîné VI en 1356 d’abord, puis continua celte cession en 1365. ( Karl's IV. privatc and polit isclie Beziehungen zu Frankreich : Innsbruck , 1883, p. 91 s.). Il suit en cela Ficker ( Vu ni Reichsfùi siens lande : Innsbruck, 1861, p. 294), qui renvoie à L fini g (Codex Iialiæ diplomaticus : Francfort et Leipzig, 1725, I, 662). Or Liinig’ contient tout simplement une faute d impression. La bulle, qui est bien datée dans le texte : MCCCLXV, est dite, dans le titre, de 1356. C’est une transposition de chiffres.

INTRODUCTION

En ce qui concerne Genève, la concession était laite au mépris des droits du prince-évêque, lequel ne manqua pas de protester bien haut. On n’en eut cure. Les comtes de Savoie étaient accoutumés aux démêlés de cette sorte avec le souverain ecclésiastique de la cité si ardemment convoitée par leur maison. Ils savaient attendre. La crosse changeait de mains, la politique de Savoie ne changeait pas. Son objectif était de se créer, quelque jour, une majorité au sein du chapitre de la cathédrale, à la fois conseil du gouvernement épiscopal et collège électoral de l’évêque. Comme la poursuite des grades universitaires, surtout du doctorat en droit canon, était alors le grand moyen d’arriver aux honneurs ecclésiastiques, les hautes écoles que l’empereur lui-même avait mises à la mode pouvaient devenir, avec le temps, de précieuses pépinières de chanoines. C’est sans doute, et pour une part, une considération de ce genre qui fit demander 1 adjonction à la bulle du 22 mai de celle du 2 juin, sur l’établissement d’une université à Genève, sous la haute protection d’Amé VI et cle ses descendants. En outre, il y a des raisons d'en faire également la conjecture, le puissant comte, (jui, au moment où son cousin le roi de France montait sur un trône chancelant, pouvait rêver d’un royaume d’Arles ou de Bourgogne, reconstitué par l’emjiereur sous son see|>tre de grand vassal, avait compris le jirestige que pouvait donner à son règne la création d’un lover de culture internationale dans la future cajntale de ses états. A mi-chemin entre les écoles les plus renommées, Paris, au nord, Montpellier, Bologne, Salerne, au sud, Prague et bientôt Vienne, à I est du continent, Genève était |)lacéc pour devenir l’université du centre et le protectorat d’une telle institution devait montrer au monde <pie le eham|)ion de la chrétienté, sous les murs de Constantinojde, n’était pas seulement un chevalier sans peur, mais un jmnee éclairé, capable de fonder autrement qu’avec la lance et l épée.

Malheureusement j)our le Comte Vert., les protestations ecclésiastiques, qui avaient jiaru devoir rester sans écho dans les cours, tant qu il avait encore lui-même à s’acquitter de sa ju'omesse, en eurent lorsqu’il lut à la croisade. Le pajie intervint en faveur de l’évêque et, en Bltiti et B>()7, Charles IV, mieux informé, révoqua par lettres patentes, et à plusieurs reprises, son cadeau de Chambéry en tout ce qui concernait Genève. La charte universitaire ne fut pas mentionnée expressément ; mais les termes

Page 1