LÀ CHAIRE DES ARTS APRES SCALIGER : ALEXANDRE RRISSON
ner le coup qui menaçait son collègue. Le Conseil prononça contre lui et la célébration du mariage annoncé lut interdite.
Le malheureux professeur de philosophie, troublé au plus profond de son âme, prit congé de Messieurs, et de Genève, dans les termes qu’on va lire. Nous u avons dès lors pu retrouver sa trace.
«j M' Alexandre Brisson, Escossois, professeur en philosophie, a présenté requeste remonstrant comme ainsy soit que ayant obéy à Messieurs en ce qu’ilz luy ont défendu de poursuivre plus oultre aux promesses de mariage lâictes entre luy et Catherine Estienne et de converser aultrement avec icelle, il cognoit qu’ayant ordinairement ce regret et cest object devant ses yeux, il lui serovt impossible avoir la tranquillité d’esprit requise en ceste charge, dont il adviendroit qu’il ne feroit ni le profit de l’escole ni le sien. Ce qu’ayant communiqué à la Compagnie des pasteurs et professeurs, lui a esté dict qu’encor qu’ils n’approuvent son despart, totesl'ois ils ne l’en voudroient empescher et s’en remettroient à ce qu’il playroit à Messieurs en ordoner. Ce considéré il supplie luy oultroyer sa descharge avec la benigne grâce de Messieurs, prétendant totesfois oublier jamais les biens et faveurs qu’il a receu de Messieurs, offrant plus tost, si la nécessité le requiert, de poursuivre encor quelques temps sa charge. Et parce que, se rendant au partir d’icy en son pays esloigné, il sera nécessairement besoing qu’il face apparoir comment le faict desdites promesses s’est passé, tant pour obvier aux calomnies (pii luy en pourroient advenir qu’aux empeschements qu’on luy pourvoit donner, s’il advenoit qu’il fust constrainct de prendre aultre party, il suplie luy oultroier acte bon et vallable de l’ordre de Messieurs, ainsy qu’iceluy a esté declairé de bouche. A esté arresté qu’on luy oultroie gracieux congé et acte de ladite ordonnance fondée principalement sur le scandale h »
Environ deux ans après, Catherine Estienne épousait un certain « noble Jehan Servin, » dont nous ne savons rien d’autre, si ce n’est qu’il était originaire du Vendômois et notable habitant de Genève. Elle mourut le 29 n o v e m b re 1585 1 2 .
Il est probable que le nom de famille de Brissonius était Bryson 3.
1 Reg. Conseil, 16 mars 1582.
2 Reg. des Morts, XYI. 179.
3 On rencontre dans les Fasti Ecclesiæ Scoticanse. fie Scoll (II, 672), un ecclésiastique écossais, du nom d’Alexander Brysoun. que le roi Jacques VI présente pour être ministre de la paroisse de Durrisdeer dans le Dumfriesshire, en 1576. Trois ans plus tard, en novembre 1579, il reçoit un
THEODORE DE BEZE
Ce départ précipité, en pleine année scolaire, prenait de nouveau la Compagnie au dépourvu. 11 fallut derechef s’adresser à Pacius. Cette fois le Conseil fut consentant. On lui promit que l’enseignement du droit n’aurait pas à souffrir *. Le jurisconsulte se multiplia et jusqu en mars 1583, chaque semaine, fit « cinq leçons en philosophie et en logique oultre trois en droict. » A ce moment un candidat à la chaire vacante se présenta en la personne du savant espagnol Pierre Calez, qui d’emblée fut nommé titulaire.
Calez, ou, comme il signait en latin, Galesius, venait de Rome, où il avait subi la torture pour cause de religion. 11 avait perdu un œil dans les cachots du saint-office et il souffrait des suites de la question, qu’il avait affrontée plus d’une fois. Genève accueillit ce blessé comme elle le devait et fut payée par trois ans de bons services, auxquels la nécessité seule, résultant de la guerre et de l impuissance du trésor public, mit fin, nullement, ainsi qu’on la écrit sans preuves: l’ingratitude2. Comme Galez, ayant quitté son asile, retomba, dit-on. plus tard aux mainsde 1 Inquisition et fut brûlé par ses compatriotes, ( erreur qu’a répandue Bartholmèss doit être relevée.
Le philosophe espagnol était si peu en désaccord avec la Compagnie, dont il était devenu membre, que c’est lin-même qui provoqua son intervention en faveur d’Aristote, contre la tentative ramiste du téméraire Arminius 3. On sait que, pour les années 1579 à 1 584, le registre îles pasteurs présente une grave lacune. Parmi les rares mentions qu’on y rencontre, après cette date, touchant l'enseignement et la personne du lecteur ès arts, aucune ne donne à supposer que Galez ait pu se trouver jamais en lutte de doctrine avec ses collègues. D'autre part, Meursius, auquel nous
successeur en la personne de James Brysoun, sans doute un membre de sa famille, qui acquiert par la suite une assez haute situation dans lEglise d Ecosse. Le rapprochement des dates permettrait de conjecturer que le premier de ces deux pasteurs de Durrisdeer a quitté l’Ecosse pour le continent vers la lin de 1579, et qu’il vint à Genève à point nommé pour y être appelé à la chaire qu’on désirait pourvoir. (Communication de Mr P Hume Brown.)
1 ci Julius Pacius. Et au reste estant proposé que ledit Pacius offre faire cinq leçons en philoso- « phie et logique, oultre trois en droict, s’il plaict à Messieurs le salarier extraordinairement, ce « que messieurs les ministres recommandent parce mesmes que Mr Alexandre Brisson s’en va. « A esté arresté qu’on luy donne trois cens florins oultre son gage ordinaire. » (Reg. Conseil, 26 mars 1582.)
- Bartholmèss, Giordano Bruno. I. 62, note 1.
3 Voir plus haut, p. 159.