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LA CHAIRE DES ARTS APRES SCAL1GER : ALEXANDRE BRISSON

coûter sa chaire, et, à si bref délai que cela nous coûte à nous-mêmes de ne rien savoir de plus sur son enseignement. Voici lhistoire, telle qu’on la retrouve avec un peu de persévérance, bien fanée, il est vrai, bien jaunie sous la poudre des archives, mais qui n’en eut pas moins son heure de brûlante actualité, de poignant intérêt pour la société lettrée de la ville huguenote, en 1582.

En ce temps-là, qui est celui oû l’action des laïques commence à se faire sentir dans l’école de Calvin, cette société compte, parmi ses représentants les plus distingués, des hommes d’Etat, des juristes, des médecins, des philologues, dont la plupart s honorent de l’amitié de Théodore de Bèze, mais dont l’humanisme, tout calvinien qu il est, demeure indépendant des influences théologiques. C’est dans ce groupe brillant, dont les membres font quelquefois un peu trop bon marché des foudres du Consistoire, et souvent s’en trouvent mal, (pie fréquentent tout naturellement les étrangers, les nouveaux venus. La maison oû, pendant nombre d’années, ces hommes se sont rencontrés, est celle d’Henry Estienne, le prince de la librairie genevoise, dont les relations s’étendent sur l’Europe entière et qui, fidèle aux traditions paternelles, tant que la fortune lui a été fidèle, recevait volontiers à sa table les savants et les gens de lettres. Comme la maîtresse de cette maison hospitalière était alors une Ecossaise, la seconde femme du grand helléniste, il est vraisemblable que sou jeune compatriote y fut introduit par elle. Peut-être même eut-il de l’occupation, comme correcteur, dans l’une des imprimeries des Estienne? Nous le trouvons très vite en effet fort avant dans l’intimité de la famille, si avant qu’il est sur le point d’en devenir membre, obtenant aussitôt sa position assurée la main d’une des nièces d'Henry II, Marie Anastaize.

Spectable professeur, fiancé d’une promise de dix-neuf ans ainsi apparentée, et qu’aucun document poudreux n’autorise à supposer mal laite ou mal gracieuse, ne semble-t-il pas que l’Ecossais, sur le point de devenir Genevois, entrait dans la carrière avec le bonheur en croupe?

Comme le mariage était annoncé, au printemps de 1581, la promise mourut. Elle ôtait fille de défunt Etienne Anastaize, maître imprimeur, et de Catherine Estienne. H est à présumer, — ici nous devons suppléer par quelque effort d’imagination à la sécheresse des textes, — que,

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THEODORE DE BEZE

pendant la maladie qui fut fatale à la jeune fille, le professeur Brissonius eut l'occasion de voir journellement sa mère, dont l’habitation se trouvait rue des Chanoines, à deux pas de la chapelle du Cardinal où il donnait ses cours, et que I été suivant vit naître une affection nouvelle entre les deux affligés. C’est, ainsi seulement qu’on peut s’expliquer pourquoi l’an d’après apparaît soudain, à l’occasion d’un grave débat juridique, la mention du mariage projeté d’Alexandre Brisson et de la veuve d’Etienne Anastaize.

La sœur d’Henry Estienne avait alors environ quarante ans. Elevée à Paris, dans cette docte maison de Robert J où l oti parlait latin aux enfants et aux serviteurs, elle était si cultivée que son frère lui en a rendu un témoignage public dans la lettre qui sert de préface à son Aulu Celle. Nous savons qu elle pouvait, sans être embarrassée, soutenir une conversation dans la langue de I école et répondre à un compliment dans celle des Muses. Quoi d étonnant à ce que le jeune professeur, qui parlait sans doute plus volontiers l une et l’autre que le français, ait eu I idée de proposer à Catherine Estienne de faire durer à toujours une intimité charmante, et ce sans assez réfléchir à la cause occasionnelle. Ce mariage humaniste eut l’approbation du recteur, Antoine Chauve, puis de Théodore de Bèze, auxquels le projet en fut dûment soumis. Malheureusement il lit causer et par suite fut signalé au Consistoire. Deux fois déjà les annonces avaient été lues en chaire, lorsque les futurs époux se virent soudainement dénoncés par le redoutable tribunal. On les accusait d’être en scandale à l’Eglise. H ne devait pas être permis à un de ses membres d’épouser de la sorte la mère de sa défunte promise.

L’affaire arriva devant le Conseil, introduite par un advis des ministres, un advis des jurisconsultes, fondé sur les lois romaines, et une réquisition du Consistoire tendant à faire déclarer «les promesses de mariage « entre celuy et celle qui se seroient trouvés gendre et belle-mère estre « nulles et non recevables comme contraires à I honnesteté commune et « édification de l’Eglise h » M. de Bèze prit la peine de soutenir dans une consultation écrite sa manière de voir, plus indulgente. Il ne put détour-

1 Heg. Conseil, 6 et 7 mars 1582.

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