III. LA CHAIRE D HÉBREU : DE BERTRAM A JEAN DIODATI
Lorsque la décision du Conseil vint le priver de sa chaire, Corneille Bertram allait compter vingt ans de services comme professeur en titre. Outre les ouvrages déjà mentionnés, il avait publié, en 1577, une édition nouvelle, enrichie des Commentaires de son maître Jean Mercier et de son prédécesseur Antoine Chevalier, du fameux Thésaurus Linguæ sanctu-
1 « Ile rebas nostris utinain possim helioria scribere : quanivis illud verissimurn sil quod ait « apostolus, diligent ibus Doum it y. jt'a a-rjsoyiiv si: ùyotâôv. Duorum annorum slerililas viciai princi- « pis haud sccus huic civitati quam olirn Philippus Græciæ insidianlis severissimis edictis aucta, « nostrum magislralum in cas angustias conjecil, ut publicos professores quinque dimilterc sil « coaclus. Hoc utruinque maluni secuta inox est Scholæ dissipatio, cujus reliqnias Theologiea « professione tuemur, prou! possumus. » [Mss. Bibl. Su‘-Genevièvc, Epist. Ilær.. II, fol. 5811.)
2 « Le vcndredy 14 [octobre] Advisé aussy qu'on baiileroil aux professeurs lesmoignages,
« quand ilz le vouldroyent, et qu’on les prieroil nonobstant le congé que Messieurs leur nvoyent « baillé de se tenir membres de la Compagnie lotit le temps qu’ilz seroyent encor par deçà. »
« Le vendredi 21 [octobre] Advisé aussy qu’on baiileroil lesmoignage aux professeurs en pli i -
« losophie et en langue grecque, pourvoit que premièrement on eust lesmoignage du professeur en « philosophie comment il se porteroit avec sa femme. »
La femme de Galez avait été soupçonnée d’infidélité. La Compagnie, ayant examiné les plaintes du mari, l'invita à tenir son épouse pour femme de bien. —
« Le vendredi 11 [novembre,] Advisé qu’on baiileroil à M1' Galez un lesmoignage de inesmes « qu’à M. Casaubon, attendu qu'il s’esloil accordé avec sa femme. »
(P<eg. Comp., ad annum.)
3 Selon une autre version il aurait été tué, dans les Pyrénées, par des soldats qui eu voulaient à sa bourse.
Nous ne pouvons citer, comme source accessible de renseignements sur Pierre Galez, que la note de Scholl dans la Bibhotheca Ilispunix (p. 612) et 1 article du Dictionnaire de Bayle, article rédigé d’après Meursitis (/. c.) et complété par quelques indications tirées des ouvrages de Casaubon
THEODORE DE B E /, E
de Xantès Pagnini Son nom était honorablement connu dans le monde savant, sa place marquée au premier rang des hébraïsants contemporains. Il tourna ses regards du côté d’I leidclberg et, comptant peut-être sur la haute protection de Jean-Casimir pour y trouver bientôt une nouvelle situation universitaire, accepta provisoirement le poste de pasteur de la colonie Irancaise de Frankenthal, qui lui o lirait une seconde cure de Chancy, à quelques lieues seulement de la bibliothèque palatine. Le In mars I X 8 7 , il prit congé de la Seigneurie, remerciant Messieurs de ce < ) 1 1 ils avaient lait pour lui, pendant les vingt-quatre années de son séjour sur leurs terres, et du support qu on avait eu à I égard de ce qu’il appelle, dans une lettre à Scaliger, son « naturel rustaut. » Le Conseil, en témoignage de satisfaction, lui alloua cinquante florins pour son voyage et lui donna espérance de retrouver quelque jour sa chaire à l’Académie, quand Dieu donnerait «paix solide et bonne récolte'. »
On s’est cru fondé à croire que Bertram avait quitté Genève à la suite de querelles d intérêt avec Bèze. Lst-il besoin de démontrer, après tout ceci, que c’est faire injure à l’un et à l’autre? A plusieurs reprises, il est vrai, l’oncle avait prêté de l’argent au neveu et, plus d une fois également, le neveu avait été embarrassé pour satisfaire à sa promesse de le rendre. La Compagnie, qui évoquait devant elle, les jours de « censures, » les différends particuliers de ses membres, était intervenue. C’est encore vrai1 2 3.
1 "I2T1N C”pri "vi'3 hoc est Thésaurus linguæ Sanctie, siee. I.exicon Hehraicum. ordine et copia deteris anleliac editis anteferendum. authore Sancte Pagmno f.ucensi. ordinis Prxd icatorum Sacræ Theologi.v professore : mine démuni eu ni dociissimis r/uilnist/ue Hehræorum scriptis quant accuvatissune collatum ; in-folio, Lyon, 1577 |Br. M., 1896. a. 1).
2 18 mars 1587. « S[pectal>le\ Corneille Bertrand s’es! icy présenté es t a n I près! de partir pour aller « en Allemaigne, suyvanl, le coing à luy c y devant oullroyé, a remonté Messieurs de 1 honneur el h faveur qu’il a reçu d’eux par l’espace de 24 ans ou environ et de ce qu'on l’a suporlé en ses h inlirmités dont il a esté censuré el qu’il prie eslre ensevelyes. Quant au logis, si Messieurs l’ont « agréable, sa famille le tiendra, sinon se provoirra, offrant de demourer tousjours serviteur et K subject de Messieurs luy el les siens. Sur ce estant délibéré si on le lairra aller ou si on « remettra sus la profession, dont plusieurs sont offensés, a esté arreslé de le laisser aller. El « neanlmoins i|ii on luy donne espcrance que, s il plais! à Dieu nous donner paix solide et bonne h récolte, Messieurs entendent de reslablir les professeurs, qui n’ont esté interrompus que pour « ces occasions, El au reste qu’on l adverlisse de ne partir d Eldeberg (sic) sans les advenir, afin ii qu’on soil en liberté de le rappeller. El au reste arresté de luy donner cinquante florins pour « son voiage et de laisser sa famille au College jusques au bon plaisir de la Seigneurie. Ce que " luy ayant esté dicl présentement, il a remercié Messieurs et promis d’adverlir avant son départ. » (lieg. Conseil, ad dieni.)
3 Keg. Comp.. 4 septembre el 28 octobre 1578, 2 septembre 1575.