‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 71 sur 213 · LA CHAIRE D HEBREU : DE BERTRAM A JEAN D10DATI · texte numérisé non relu

LA CHAIRE D HEBREU : DE BERTRAM A JEAN D10DATI

Mais jamais, à aucune époque, Bèze n’eùt permis (pie la difficulté d’un règlement particulier lût cause que l’Ecole, à laquelle il tenait plus qu'à sa propre maison, perdît un maître qui lui faisait honneur. La réputation de Bertram a souffert de ses démêlés avec Joseph Scaliger, son illustre collègue, dont les lettres ont couru le monde et qui ne se gênait pas assez pour vilipender ceux qui lui portaient ombrage. L’éloignement qu ils éprouvaient I un pour l’autre remontait au partage forcé, sur lequel ils n’avaient jadis pu s’entendre, de leur commun logement au Collège île Genève. Il dégénéra, par la faute peut-être de Bertram et de son « naturel rustaut, » en animosité réciproque et devint, à la suite de la publication du célèbre ouvrage île chronologie de Scaliger, Dr eniendationr temporum , ouvrage attaqué par le professeur il hébreu, une véritable haine de savants, également irascibles et têtus. Scaliger avait coutume de dire, il l’écrit lui-même à Casaubon avec une candeur qui déconcerte : « Nul, jusqu’à ce a jour, n'a écrit contre moi, qui ne lût dément, ignare ou criminel, ou tous « les trois ensemble h »

La meilleure preuve des sentiments de Bèze et de ses collègues à l’égard de Bertram c’est que, dès que les circonstances permirent d’espérer la réouverture progressive des cours supprimés, son nom fut le premier proposé à Messieurs par la Compagnie2. Le 8 mai 1587, le Conseil ayant décidé le rétablissement de la chaire d Hébreu, comme le pasteur de Céligny, qui n’était autre que Pierre Chevalier, frère du conseiller de ce nom, pouvait y prétendre, on demanda aux ministres d’examiner scs titres. L’épreuve lut favorable. Mais la Compagnie n’en persista pas moins à demander le rappel de Bertram. Ce ne fut que lorsque la démarche eut été laite et eut échoué, apparemment par le fait de ce dernier lui-même, que Pierre Chevalier fut élu et confirmé par Messieurs

1 Lettre à Casaubon du dl août 159'i. (J, Scaligeri Enistolie : Leyde, 1627, |>. 149.) On trouvera toul au long, avec pièces à l’appui, l’histoire de la querelle entre Scaliger el Bertram dans l’étude, déjà citée, de AI. Charles Seitz, Scaliger cl Genève.

2 Reg. Comp., 5 mai 1587.

s Reg. Conseil, 8 mai 1587. « Professeurs . Estans iey comparus Alls de Bèze, Perrot et Jaquemol, « de la part de leur Compagnie . ils ont prié Messieurs de provenir au restablissemenl des professeurs « publicqs, entre attitrés de l hebrieu, assavoir de AI1' Corneille qui leur a cscril qu encor qu’on » luyayt présenté trois partis, lotesfois il ne s’est voulu obligerel attend response dans uug inoys. « Quant à la lecture en grec Al1' Rot an a promis y suppléer sans laisser de prescher les dimenches « et jeudys. Ils esperent attssy qu’on pourroit encor recouvrer AP Galesius, professeur en

euror

Page 1