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debvront proveoir d’ttng aultre. Et, au regard du gage, que Messieurs en payent la moytié et l’eglise Italienne l’aultre moytié. Pareillement qu’on retienne ledit Gasaubon. Et au reste qu’on leur demande advis si on pourroit retrancher le sermon de Saint-Germain, auquel peu de gens assistent, veu que Mr Rota n’y peut satisfaire »
Les termes employés par Bèze, pour caractériser la création demandée au Conseil, montrent qu’il s’agit toujours, dans son esprit, d’un enseignement rattaché, au même titre que celu i de La Paye, à « la profession en rhéologie » qu’il ne divise pas encore. Il ne devait plus y avoir, comme il était dit dans les Loges . I cadcmiæ de Calvin, deux professeurs. Il y en aurait trois, « comme aulx aultres villes fameuses. » Mais il n’y aurait bien toujours, au sens Calvin i en du mot, qu’une seule chaire.
Jean-Baptiste Rota, plus connu sous le nom de Rotan, lorme francisée de son nom latin [Rota/ius], était fils < I un patricien de Padoue. On l’a cru originaire des Grisons. L’erreur est venue, selon toute vraisemblance, de ce fait qu’il avait probablement, à 1 exemple de plus d’un religion n aire italien , acquis la bourgeoisie de Coire ou de Chiavcnna, afin de jouir dans ses voyages delà protection des Ligues et notamment du droit de circuler librement dans sa propre patrie, la République de Venise. 1 1 avait lait de fortes études à I leidelberg sous Tremellius, Pierre Boquin et Zanchius. On l’y trouve immatriculé en cette même année 1570, où on rencon Ire à l’université palatine une véritable « volée » de Genevois, et quatre ans plus tard , le 5 avril I 575 , on I y voit promu au grade très honorable et très recherché de docteur en théologie2. Il revint à Genève, où habitait sa mère — une Pellissari, — peu après cette promotion. Zanchius, avons-nous dit, était venu au printemps tle 1567 et avait enseigné à l’Académie. On peut présumer que le jeune homme lui avait été pré-
1 Reg. Conseil, ad diem. — Le compte rendu de lu séance de la Compagnie où la question avait été examinée et celui de la séance où la décision de Messieurs fut communiquée ne portent à ce sujet que ce qui suit : « Le Vendredi L 1 [septembre]. D’autant que M. Rothau pressoil qu’on le mist en liberté n et que la Compagnie ne s’y pou voit accorder, on prit advis que Messieurs seroyent advertis des d if — « limités où nous estions et seroyent priés d’accorder à M. Rolhan une partie du gage. encor qu’il « servis! à l’Eglise Italienne, a (lin que par ce moyen il nous demeurast obligé, et cependant on lem- « ploycroil à quelque chose pour l’escholc. Mrs de Bèze et Jacquemot furent devant Messieurs pour « leur proposer le tout. »
« Le Lundi \ septembre. On fut devant Messieurs, suivant l’advis qui avoil esté pris le Vendredi n precedent, lesquels arreslerent qu'on reliendroil du tout M. Rolhan et qu’il auroil le gage entier et <i excuseroit l’Eglise italienne. Le tout suivant l’advis de la Compagnie. M. Casabon [,v/c] fut aussi « recou pour est re professeur en la langue grecque. » Cf. Reg. Comp. , 28 juillet, 2 1 , 25 et 26 août.
2 i’opke, /. c . . 11. 56, 601.
sente dès celte époque, puisqu’on le trouve son commensal à Heidelberg, en 157 I \ et aussi qu’il l’avait dirigé dans ses études. Quoi qu’il en soit, à son retour, Kotan fut admis d’emblée à faire quelques leçons de théologie en l’Ecole. Ces leçons lurent continuées assez longtemps, avec assez de succès, pour qu’on eût l’idée de lui allouer une légère rétribution2. Et dès le printemps de l’année 1575, il entrait formellement au service de la Seigneurie, comme l’établit 1 engagement ci-après.
« Jean Baptiste , fils de feu Jean Marie , Rotan, de Padoue. Ayant entendu la bonne volonté de Messieurs envers luy, sur le rapport des spectables ministres, mesmes de son désir de servir en reste eglise, remerciant mesdits Seigneurs, a volontairement acceplé el promis comme il promet sur les saintes escriptures de servira Dieu en ceste eglise, tant qu’il plaira a la Seigneurie l’y employer, et jamais ne l’abandonner sans licence et congé de mesdits Seigneurs. »
«Ainsi je l'a y promis
Jean Baptiste Rotan 3. »
Ce texte ne dit pas expressément que le signataire servira en l'Ecole, parce qu’on entend qu’il serve l’Eglise en général . quelle que soit la fonction à laquelle on voudra l’appeler. Mais tou l porte à croire qu'il continua ses leçons de théologie pendant l’année scolaire 1575-76, suppléant Dan eau, fatigué et souffrant, comme on sait, à cette époque, et auquel d succéda en sa cure de Vandœuvres, au mois de juillet 1576 b En 1578, nous le voyons de nouveau chargé de cours, remplaçant Daneau pendant un voyage d’affaires que celuici fait en France, et de même, dans la chaire de Grec, François Port us".
1 « Salulem libi revorentor dicil qui apud mu habitai Jo. Baptista lîotanus. » (Lettre de Zanchius à Bèze, du 26 juin 1571 — Ms s. B i b 1 . de Gotha.)
2 Reg. Conseil, 28 mars 1575 : « Rotan. Estant proposé que ledit Rotan a leu jusques icy en Theo- « logie au grand contentement des ministres, a esté arresté qu’on luy fournisse trente florins pour « quartier comme on avoit arresté cy devant. »
3 Reg. Conseil, .‘11 mars 1575. — Dans le premier mandai délivré par les syndics pour le paiement de son « quartier, » le bénéficiaire est qualifié : « Spectablc Jean Baptiste Rotan » (I avril 1575). Plus courtoisement encore, dans le second, est ajouté le titre de « professeur en théologie » (1 juillet). Il est probable toutefois que ceci donna lieu à quelque observation, car, le Ie1' octobre, on ne trouve plus que « Jean Baptiste Rotan, » tout court. Enfin, l’année suivante, le maître padouan toucha son dernier trimestre de trente florins, à titre de « pension » et comme « escollier » delà Seigneurie (1 avril 1576. — Comptes, mandats et quittances. XIII cl XIY. — Arch. d’Etat de Genève).
4 Reg. Conseil, 20 juillet 1576 : « Jean Baptiste Rotan. Ont esté commis les srs Chabrcy el Yarro, « conseillers, pour l’aller présenter dimanche prochain à Vandœuvres, après qu il a esté ouy. »
« Le lundy suivant ledit Rotan a preste serment jouxte les editz. Au reste arresté de faire en son « logis quelque petite réparation qu’il requiert. »
’’ Reg. Comp., avril 1578 : « Le 23e, M. Daneau, avec congé de noz Seigneurs el des frères, partit « pour aller en France faire quelques siennes affaires necessaires, pour estre de retour, avec la grâce
THEODORE DE li E 7, E
Rotan fut nommé pasteur en ville, en 1579. Au point de vue doctrinal, il se rapprochait de Charles Perrot. C’était, comme lui, un modéré et un tolérant. L’année où Bèze et La Paye s’en allèrent au colloque de Montbéliard (mars 1586), Perrot n’accepta de les remplacer à l’Ecole, pendant la durée de leur commune absence, qu’à la condition que Rotan l’aiderait dans cette tâche1. Lorsque ce dernier fu t désigné, l’année suivante, par Messieurs, pour faire u n cours de dogmatique, on éleva des objections au sei n delà Com pagnie, qui évidemmen t n’avait pas « ad visé » en faveur de cette nomination aussi formellement que le secrétaire du Conseil le donne à entendre dans le procèsverbal qu’on a lu. Il se trouva en effet, au cloître, une majorité pour décider que Rotan tiendrait la place de pasteur de I Eglise italienne, « tant que faire se pourroit, » et, quant à la nature de la charge qui devait lui donner séance en la Compagnie, on ne s’en put « encor alors bonnement asseurer2. »
Les registres sont muets sur la façon dont I enseignement de Rotan fut définitivement organisé. Il est probable qu’il ne fut jamais consacré par une décision formelle et explicite du collège des ministres, car, deux ans plus tard, un pasteur ayant été trouvé pour la communauté italienne, en la personne de Jean-Bernard Lasso, nous voyons le successeur de Balbani quitter Genève, après avoir reçu la bourgeoisie, et suivre en France, en qualité d’aumônier, l’ambassadeur du roi, Ilarlay de Sancy3. Apparenté par sa femme, Marie d’Alamant, à la noblesse du duché de Bar et, dans le royaume, aux Saint-Simon et aux Montmorency, disposant d une fortune et de relations, dans le monde des banquiers lombards, qui lui avaient permis, en 1588, d’être le négociateur d’un emprunt contracté parle Béarnais, il entretenait des relations personnelles avec ce prince et pouvait servir la République à la cour. Il fut un des premiers, semble-t-il, parmi les ecclésiastiques de la religion réformée, à favoriser le fameux projet d’accord entre les deux eom-
« de Dieu, dedans six semaines. M. Rotan a esté prié par la Compagnie de faire ses leçons on son « absence, ce qu’il a accepté... » D'une autre main : « El accompli et mesmes aussi excusé M. Porlus,
« quelques jours, faisant une leçon grecque certains jours de la semeine. «
1 e Les malins s’amusaient à confondre les deux hommes en une seule unité. Ils réunissaient pour cela leurs deux noms dans une désignation commune : Perrotanus. » (Cellérier, Charles Perrot. Mémoires et documents publiés par la Société d’histoire et d’archéologie de Genève, XI (18Ô9), p. 34, note 1.)
2 Reg. Comp., septembre 1587 : « Le vendredi 8e. Advisé que M. Rothan excusoroit tant que « faire se pourroit L église Italienne. On ne se peut encor alors bonnement [asseurer] de la cha rge qu i I « pourroit avoir en la Compagnie. »
8 Reg. Comp., 13 mai et Reg. Conseil, 14 mai 1589.
J E AN -BAPTISTE ROTAN
munions, cher aux politiques et auquel est attaché le nom de Jean de Serres Ceci fut cause que la Compagnie demanda à Messieurs de le rappeler. Un arrêté fut pris dans ce sens, mais pour la forme seulement. Le Conseil n'eut garde d’insister. C eût été faire trop bon marché d’un précieux au xi liai re dans les négociations alors en cours avec Henri IV3. Dès lors Hotan, reprenant son nom patronymique et même, pour se mettre à la mode française, y ajoutant la particule et s’appelant M. de Rota, demeura dans le royaume. On le trouve, en 1590, organisant l’Eglise réformée de Prcuillv, en Touraine, dont il est le pasteur. Il fut ensuite ministre et professeur à La Rochelle, puis à Castres où il fut appelé, après le décès de Daneau, et où il mourut en 1598.
Il est infiniment probable que la même difficulté de situation, qui avait fini par engager son prédécesseur en tant de postes divers à partir pour Leyde, a décidé Rot an à sortir de Genève . C omme Daneau, il avait dù donner ombrage à l’ambition grandissante d’Antoine ch' la Faye et, comme Daneau, avait saisi une occasion de quitter la place. On a la preuve que Bèze, qui évidemment avait voulu assurer ses services à l’Académie, n’était, pour ri en dans ce nouveau départ et fit ce qu’il put pour ramener en F Ecole le théologien distingué qui 1 regrettait. Il se heurta aux scrupules bien naturels d’un homme de valeur, lequel n’entendait pas revenir occuper un poste que quelqu’un pùt estimer suffisamment pourvu 3.
Dans son étude, souvent citée, le professeur Bernus émet la conjecture que Ghandieu, déjà collaborateur de Bèze, partageant le souci de sa vaste correspondance ecclésiastique, et en qui ce dernier avait mis tant d’espéran-
1 Sur ce projet d’accord, consulter Charles Dardier, leuu de Serres (Extrait de la Revue histoloriqne) ; Paris, 1883, p. 40 ss.
2 Reg. Comp., 29 novembre et Reg. Conseil, 3 et 29 décembre 1589
3 Reg. Conseil, 29 nov. 1595 : « Sr Bota. ministre à lu Rochelle. Ont esté voues lettres dudict « s1' Rota, par lesquelles il prie Mr de Bèze d’advouer sa demeure et son service à la Rochelle, où il n sert avec quelque édification, veu aussi que cesle Eglise est suffisamment pour voue de pasteurs. « Estant rapporté que tant ledict sr de Bèze que les nultres ministres ne trouvent pas bon de luy « accorder sa requeste, a esté a r resté qu’on la luy refuse. »
Notons ici que, durant les années 1579 à 1584, auxquelles correspond la grave lacune signalée dans les registres delà Compagnie, Rotan avait eu la charge du mémorial. Il n’est guère admissible qu’il ail négligé de rédiger ses notes, ou qu’il les ait emportées avec lui. Car on ne rencontre ni dans les lettres qui lui furent adressées au nom de la Compagnie, ni dans les notes de son successeur, aucune trace de réclamations relatives à la façon dont il s’est acquitté de ses fonctions de secrétaire.
Sur Rotan, consulter la première édition de la France protestante. Camille Rabaud, Histoire du Protestantisme dans l’ Albigeois et le I.auraguais : Paris, 1873, p. 194, et le Bulletin historique I, 330 s., XVII, 540 ss. , XL. 23 ss. Les quelques indications que nous avons pu donner sur sa famille proviennent des minutes de notaires déposées aux Archives d’Etat de Genève.
THEODOHE DE B E /, E
ces, fit. quelques leçons de théologie en l'Ecole, pendant les années 1589 et 1590. 1 ^e docte Scideel était en ellet I homme dont l’Académie avait besoin à cette heure difficile. Malheureusement elle eut à porter le deuil de Chandieu avant d’avoir pu le compter parmi ses membres. Il mourut subitement au commencement de 1591.