‹ Histoire de l'Université de GenèveChapitre 93 sur 213 · CONRAD VORST · texte numérisé non relu

CONRAD VORST

certaines relations rie parenté, cpii en avaient fait le familier rie la maison de Bèze, étaient sans doute ce qui le désignait au suffrage de ses collègues, puisque aucun des ministres delà ville ne voulut « proposer » comme lui. L’attitude du Conseil montre suffisamment qu’il ne s’agissait du reste que d’une suffragance provisoire. Bèze, ainsi qu’on l’a vu, avait écrit à Botan, pour qu'il revînt à Genève : le recteur devait donner ses leçons par intérim ’. Mais lui-même savait assez à quoi s’en tenir sur les raisons du départ de Botan pour ne pas trop compter sur le succès de sa démarche. Et, à défaut de ce maître, il en attendait anxieusement un autre, beaucoup plus jeune, mais comme lui honoré du plus haut grade de l’Université palatine. C'était Conrad Vorst, deCologne, connu déjà sous ce nom de Vorstius, qu’il devait illustrer, plus tard, à l’époque du synode de Dordrecht, comme chef des arminiens remontrants. Les thèses de théologie qu il avait récemment publiées avaient excité l’admiration enthousiaste de Bèze et, dans la détresse où il voyait l’Ecole, celui-ci songeait évidemment à faire du jeune docteur d I leidelbcrg le soutien rie l’édifice chancelant. L’heure douloureuse était venue où, se sentant près de laisser tomber le flambeau dans le stade, il constatait que nul n’était plus à son côté, qui put le recevoir tic sa main fatiguée. La Paye, sur le point de voir se réaliser son rêve ambitieux, tenait plus que jamais à la place qu'il s’était conquise et celui qui la lui avait laissé occuper regrettait amèrement les pertes qui en étaient résultées. « Si Dieu ne nous secourt « de sa propre main, — écrit-il à Jean-Jacques Grynée, - — il ne paraît pas a humainement possible que cette école se maintienne plus longtemps2. » Heureusement Conrad V orst, auquel Bèze avait écrit, sans doute au reçu de ses thèses, arriva et voulut bien se charger du cours de dogmatique.

1 « Professeur en théologie . Mess1 * *’® de Bèze el Grenel sont comparus céans de la part du Consis- « loire el de la Compagnie des ministres pour renionslrer que la profession de Théologie manque, « luy sr de Bèze n’y pouvant plus vacquer, obslanl la débilité de sa mémoire et intelligence plus- « losl que faute de bonne volonté, n ayans sceu trouver de plus propre que M1' David qui s'y est « submis soubz le bon vouloir de nos seigneurs, s’estans excusés M1'8 Perrot et Grenel. A esté « arresté qu'on en communique encor avec le dit sr de Bèze et qu’on lasehe de 1 induire à continuer « luy mesme deux fois la semaine el au reste qu’on reappelle Mr Kola par lettres de Messieurs et « desdits srs ministres. » (Rcg. Conseil, 15 sept. 1595.)

2 4 septembre 1595 : «....Nisi Doits quasi sua ipsius manu nos sublevcl, vix hier Scliola diulius

« s lare posse bu ma ni I us videalur. D. Vorst i uni cupidissi me expecto eu jus thèses t licol ogi cas sir probo.

n ut de tantis islis rebus vix quidquam vérins et reclius scriptum milii visum metnineritn. »

A quelques mois de la, en lévrier 1596, parlant de Daneau dont la mort a été annoncée, Bèze écrira

au même Grynée, professeur à Bàle et petit neveu de Simon Grytueus 1 ancien : « Danæutn noslrum

THEODORE DE BEZE

« Le 28 [novembre]. Mons1 de Bèze recommenda un personnage (jui estoiL en eeste ville, nommé Gonradus Vorstius, lequel seroit content, s’il estoit requis, de donner quebjucs leçons en Théologie. Fut prié M. de Bèze de parler à luy et l’accouragerà nous donner quelques leçons. »

« Le 5 [décembre]. Fut rapporté parM. de Bèze que M. Vorstius avoit accepté de lire les Lieux communs en l’eschole. Et lui advisé de le prier de lire les jours de Jeudi et Vendredi, toutes les sepmaines. Ce qu’il accepta, et commença dès le I Ie du mois b »

Conrad Vorst n’avait point encore été suspecté, comme il le fut deux ans plus tard, de socinianisme. Son cours de dogmatique fut très apprécié. Mais il ne paraît pas avoir rencontré, dans l'entourage de son protecteur, le bon vouloir auquel d eut pu s'attendre. Le recteur, dépossédé d’un cours qui Battait son amour-propre, prit sa revanche en lui faisant inscrire son nom dans le registre destiné aux étudiants, pour que nul n ignorât qu’il n’avait, pas rang de professeur2. Le procédé se justifiait à la rigueur par le lait que 1 immatriculation dispensait les étrangers de recourir à Messieurs pour obtenir leurs lettres d habitation. Mais on savait fort bien exempter de la formalité de la signature ceux qu’on désirait y soustraire. Pour détruire l’effet de cette réception peu encourageante, Bèze s’adressa au Conseil. Le 12 janvier I .V.K>, on le trouve remontrant à la Seigneurie que, tandis que lui-même « se veoit aagé comme semblablement M1 Trembley3, duquel la

« mémoire et parole défaillent, n’estans les charges diminuées, Dieu a

« envoyé icy le sr\\ orstius, allemand, personage de grande science, lequel « s'est employé cy-devant à faire des leçons avec grande érudition et contenue tentent des auditeurs » et « qu’un petit recueil et remerciement viendrait « bien à propos pour le retenir. » Le Conseil arrête « qu'on le retienne, s’il

« niiigno cura gallicarum Ecelesiartim damno amîsinius, quem vereor ne mox D. Peucerus ille noster ci subsequatur. Dei manus juslissime irati undiqne ad se veleranos illos evocant, quibus uliuam non « succédant quales Enniani illl versus describunt :

« Ccdo rempublicam quinam amisimus tain cilo »

« Provehebantur ad rcs novi stulti adolescent uli. . . »*

« Servel potins Dominus suoruni reliquias et àdversus lot lanlaque oHendicula propter sanctum « nomen suum lutelur Itaque le reverende virel lide serve Dei una eu in venerando loto vestro collegio « quuni diulissime conservet. » (J/iv.v. Bibl. de Bàle, A A. C. I, 2.)

* C,cs deux vers (te Nievius, qu’on trouve dans le Oc scncctutc cle Cicéron, sont cités par Bèze de mémoire et d'après une ancienne leçon qui les attribuait en etïèt. à Ennius.

1 Reg. Comp., ad ann.

2 Livre du Recteur, |>. i8. « Gonradus Vorst Agrippiueusis. » (Signature donnée entre le 8 et le 12 décembre 1595.)

3 Successeur de Nicolas Colladoii au rectoral, en 1566.

Page 1