CONRAD VORST
« est possible, et que M1' le syndique [ Michel Roset luy en parle 1 . » Cette i ntervention du magistrat le plus considéré de la République doit vraisemblablement être attribuée à l’avantage qu’il avait sur la plupart de ses collègues de posséder la langue allemande, mais elle n’en montre pas moins tant l’importance attachée par Bèze à la démarche que la froideur qu’il constatait chez les autorités ecclésiastiques, naturellement désignées pour la faire, et dans les délibérations desquelles on ne rencontre, à ce sujet, aucune mention. Vorst ne pouvait, cela va sans dire, accepter longtemps une situation analogue à celle où l’on s’efforcait de retenir son collègue, le jeune hébraïsant Jean Divoy. Il donna connaissance à Messieurs d’un appel honorable que lui adressait son prince, le comte de Bentheim, occupé de fonder une école de théologie à Steinfurt. Sur quoi le Conseil prit l’arrêté suivant :
« S'' Worstius, de Coloigne. D’autant qu’on entend qu’on demande ledicl sr W orstius pour aller I ire ail leu rs en Théologie, a esté a r res lé su y va n t le precedent arrest (pi on prie Monsieur de Bèze de l’induire et exhorter a servir icv deux ans soubs les gages ordinaires des professeurs2. »
C’était un engagement temporaire, non pas une nomination. On peut conjecturer, d’après ce qu’on relève au registre de la Compagnie, que Vorst se serait volontiers fixé à Genève, si la position offerte eût été plus en rapport avec scs titres scientifiques, et aussi, sans doute, plus égale à celle qu'on le pressait d occuper à Steinfurt. Malheureusement les auto ri tes genevoises ne se sentaient pas assez unani mes pour la créer telle. 1 1 retourna en Allemagne, (*n promettant toutefois de faire son possible pour revenir3.
On n'est pas étonné de trouver, dans une lettre de Bèze, qu’il déplora ce départ4. Mais il n’avait pas encore accepté, ou (ait accepter, le principe de
1 Reg. Conseil, ad dicm.
3 Ibid., 'i février 1596.
3 Reg. Comp. , mars 1596 : « Le 12e, fui rapporté par M. de Bèze que Mr Vorslius esloil rappelle « par ses gens, et nommément par le Comte de Bentheim, qui dressoil une Academie. Que Messieurs « avoyent parlé à luy pour sonder sa volonté, pour voir s’il pourroit servir ici, et qu'il n’esloit pas « cslongné de volonté : mais que scs alfaires ne pennettoyenl pas que pour le présent il peusl sert journer plus longtemps. Que si neantrnoins ledit Comte vouloit 1 < • licencier, il seroil prest de venir, « ou pour le moins, si il ne pouvoil plus, tascheroit de obtenir deux ans, pendant qu’on en trouveroil « quelque aullre qui vaquasl a la profession de Théologie. Tut prié mous1' de Bèze de le remercier « au nom de la Compagnie du bien et de I honneur qu il avoil fait à Teschole, et aussi charge donnée « au Recteur de le convier à quelque jour avec quelques-uns de la Compagnie. »
« Le 19e de Mars . . . » Su i t une lacune de six mois , qui 1 est d i Kicile de ne pas su p poser voit I ne de q uelq u n n •
4 « Redit ad suos D. Vorslius noster eujus præsentia mi h i quidem et collegis mois perjucunda loti « autein nostræ Scolæ et honorilica fuit et beneüca : et ulinam hoc lanlo bencficio ad banc recreandam
THEODORE DE BE/.E
la création cl une chaire. C était cependant la seule issue a la crise clans lacjuelle l’Ecole était entrée et dont le rétablissement du « saint vieillard » ne faisait que dissimuler, pour un peu de temps, la gravité.
« Continue, — c’est ainsi qu'il s’exprime a la lin de la lettre ci-dessus a Grvnée, la veille même du jour ou Vorst doit cpiilter la ville, — continue les prières dont j’ai retiré tant de fruit, (pie je puis l’annoncer le raffermissement de ma santé. Si Dieu me I accorde telle cpie je sois capable de faire encore quelque chose pour cette Eglise et pour celte Ecole, je ne m’exposerai pas au reproche de paraître avoir pu me livrer au repos, ou avoir manqué à mon devoir. »
Le futur gendre et successeur de Grynée, Arnaud Polanus, dont la prochaine arrivée à Genève était annoncée, concentra un moment les espérances de Bèze. Il y vint en effet, au commencement d’avril 1 596, fit quelques leçons à l'Acaclémie et présida une soutenance de thèse. .Mais, à Bâle, I Eglise et l’Université comptaient sur lui et il était sur le pointd 'être appelé à une chaire de théologie et de se marier dans cette ville. Il partit dès la fin du mois de juin1. Bèze avait repris sa recherche d'un homme et, dans la lettre même que le voyageur apporta de Genève à Grvnée, on trouve cette présentation nouvelle :
« Dieu soit loué (pii a eu pitié de nous et a substitué comme une réserve frai (die à Polanus, (pii nous quitte, Lignaridus, un homme aussi distingué par
« Scolam paitlo sallem diutius notais frui licuissel, aut de ipsius ad nos redilu aliquid constituera, « quod i 1 le nobis pro suo in nos sludio, non difficulté!1 concessisset , nisi inlervenissenl illustris « principis IJ. comil is a Benlheim lileræ, quibns illius opéra ni Ecclesiis et Scolis suis necessariam « efflagilat. Absit autem a notais ut e\ cujusquam dainno commoda noslra captemus. Discedit ergo « nescio an aliquid noslra causa ab illo de redilu ad nos suo impelraturus, tantisperdum alicunde « nobis Dominas in liac tailla necessitate succurrat, el audio quidem D. Polanum nostrum hic brevi « adliilurum, cujus opéra subsidiaria ulinam saltem aliquantulo lempore præslo nobis esse possit. » (Lettre à Grynée, du 15 mars 1596 — Mss. Bibl. de Bâte, A A. C. I. 2.)
1 « Advenir . nosler ille nobis jampridem exoptatissimus D. Polanus, sed ut video, ncque diu, « neque ea quam oplabam conditione apud nos mansurus. » |Bèze à Grynée, 17 mai 1596, vieux st yle. — Mss. , /. c.) « Gras iter ad vos ingredielur amicissiinus ille nosler D. Polanus, quem mihi « religio luit vacuum dimiltere. Gaudeo tibi tolique veslrae Ecclesiæ el Acadcmiæ talem au •jefflov divi- « nitus concessum, quem lumen summoperc- oplassem, si Deo sic visum esset, huic labascenti Scolæ « diutius saltem operam navare, quant oral felicissime auspicatus omni præsertim spe D. Vorslii « ad nos redilùs amissa. » (Bèze à Grvnée, 28 juin 1596. — Mss., I. c.)
Les thèses de théologie soulenues. à Genève, sous la présidence de Polanus, en 1596. présentent un intérêt parliculiei1, tant à cause du sujet traité, la discipline ecclésiastique, que de la nationalité du proposant , un Belge, né en A ngle terre, Jean Le Roy, lils du pasteur de l’Eglise wallonne de Londres : The. s es Théologie.? de disciplina, seu censura ecclesiastica, Quas in celeberriina Genevensium Schola. Dca opt. ma.r Duce, et pr/eside reverendo et clarissinio . D. Aman du Polano S. S. Theologiæ Doctore, Discutiendas propunit Joannes Régi us Londinensis ad diem Sabha thi 13 Cal. Jttlii ; in-8, Genève, — Gabriel Cartier, — 1596. (Bibl. Prot., Paris.)
LIGNARIDUS
la piété que par l’érudition, a bien voulu nous promettre son concours pour aussi longtemps que le Seigneur le laissera auprès de nous »