‹ Histoire de l'Université de lois d'OrléansChapitre 23 sur 27 · BRETON · texte numérisé non relu

BRETON

Antoine Breton de Montramier, né à Sully-sur-Loire, le 10 septembre 1712, après avoir fait son droit à l'Université d'Orléans, voulut s'adonner à l'enseignement des lois romaines ; mais son père exigea qu'il suivit le barreau ; il entra même dans une élude de procureur au Chàteletde Paris. Ce dernier ne tarda pas à apprécier le mérite de son clerc; il lui proposa de favoriser ses débuts, et lui promit un nombre de causes à plaider suffisant pour le mettre à portée de vivre honorablement. Mais Antoine Breton sentit que son esprit n* était pas fait pour s'occuper en entier des épines disgraciemes qui accompagnentla procédure (1); il résolut alors de cultiver les lettres, se mit en rapport avec les savants et les artistes , apprit l'italien et les mathématiques.

Bientôt après il revint à Orléans, et, cédant sans doute à de nouvelles sollicitations de sa famille, il fit une nouvelle tentative pour devenir avocat ; mais U vit encore mieux que son incUnaUon n'était pas pour ce genre d'étude, et V (abandonna pour toujours.

(1) Dom GÉROU.

DE l'université DE LOIS d'orléans. 387

Ici parait le doeleiir en droit : Antoine Breton ne s'occupa pins que du droit romain; il y voyait un enchalnemefU d'idées qui souriait à son esprit méthodique, et, après avoir lu les Pandectes en entier, il concourut pour obtenir une chaire de docteur agrégé et l'obtint en 1740. En 1747, il devint docteur-régent.

Il eut la gloire d'obtenir le suffrage de Potfaier, chargé spécialement par le maire et les échevins de l'examiner, et de les fixer sur Vavis excitatif qu'ils avaient à donner en faveur de celui qui paraîtrait le plus digne d'obtenir la chaire vacante.

D'abord. institutaire, comme le plus jeune des docteurs-régents, il sut accorder le droit romain dans ses rapports avec le droit naturel , et fit ainsi un double cours.

En l'année 1754, il fut chargé d'expliquer les Pandectes.

Ses leçons eurent le plus grand succès; mais l'importance et surtout la longueur de la tâche qu'il avait entreprise l'effrayèrent ; il s'attacha k une autre branche d'enseignement : U expliqua les règles du droit.

Sa santé ne lui permit pas de continuer ses travaux : une maladie cruelle l'enleva trop tôt à ses utiles occupations; cependant il s'était momentanément rétabli, mais d'une manière si incomplète, qu'il n'eut que la force , et encore &illut-il pour cela tout le courage que donne l'amour delà science et du travail, de faire le catalogue de sa bibliothèque, tâche immense, car elle était composée de plus de 4,000 volumes.

Sa passion pour les livres était poussée à ce point qu'il disait que pour en avoir, il aurait été à Rome, expression qui est restée dans le langage familier pour désigner le dernier terme des pérégrinations, à une 'époque ou les distances ne s'étaient pas encore rapprochée^; et qu'il achetait encore, quelques jours avant sa mort, la bibliothèque d'un savant bibliophile Orléanais « vendue par ses héritiers.

L'activité de son esprit ne se bornait pas à l'étude et à l'enseignement du droit. Il fit partie , non-seulement d'une société de heUeslettres, mais encore d'une société d'agriculture, qui s'établirent au commencement du XVII^ siècle dans la ville d'Orléans.

On le représente comme l'homme le plus aimable dans le commerce

habituel, doaé d'ane mémoire extraordinaire, et d'une facilité d'éiocutioD telle, que ceux avec lesquels il conversait ne pouvaient pas placer un mot; ce défaut, il est vrai, était racheté par les exceUenles choses qu'il disait.

La vivacité dé son imagination le rendait extrêmement impressionnable : il tomba malade à la suite de l'élection d'un docteur-régent qui fut , suivant lui , l'occasion de procédés qu'il ne put approuver.

Sa mort, arrivée le i4 mars i781, fit éclater le profond respect dont il était entouré et les regrets les plus honorables. On lui fit de magnifiques obsèques , auxquelles on chanta une messe Ae Requiem, œuvre d'un célèbre compositeur nommé Guy Gilles; toutes les autorités et tous les corps savants de la ville y assistèrent, prouvant ainsi que le mérite et les talents ont cet avantage at^dessus des richesses et des grandes places , qu'ils se font respecter mène après la mort.

C'est dire assez qu'Antoine Breton mourut pauvre, après une vie aussi modeste que laborieuse.

n laissa peu d'ouvrages; sa vie est surtout celle du professeur. Cependant il défendit les Pandectes de Pothier, vivement attaquées par le Journal de Trévoux^ œuvre des jésuites, qui poursuivaient le jan* séniste dans le professeur.

H rédigea un mémoire pour repousser un écrit anonyme , dans lequel on se proposait de démontrer que toutes les Universités de provinces devaient être supprimées, et que la seule Université de Paris devait être maintenue , premier symptôme de la prochaine centratisation des études, au moment où les esprits s'accordaient pour fonder la centralisation administrative.

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