‹ Histoire de l'Université de lois d'OrléansChapitre 22 sur 27 · POTHIER · texte numérisé non relu

POTHIER

Joseph-Robert Pothier succéda à Prévost de la Jannès dans la chaire de droit français à l'Université d'Orléans.

Ce grand jurisconsulte naquit h Orléans en 1699; il y vécut , et y mourut en l'année 1772, après avoir répandu le savoir par ses leçons, préparé la régénération de la législation française par ses ouvrages , et inspiré l'amour de la vertu par son exemple.

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Uéloge a épuisé toutes ses formules pour célébrer cette noble , laborieuse et scientifique existence. Nous nous arrêterons id, nous bornant k déplorer l'indifférence et l'abandon dans lesquels cette gloire est tombée au sein même de la ville qui en fut le berceau.

Potbier ne vit plus que dans la mémoire des jurisconsultes , forcés de l'interroger, malgré le long espace de temps qui nous sépare de lui, et les transformations subies par le droit auquel la France obéit; aucun monument ne rappelle k la postérité celui qui fut l'objet du respect et de l'admiration de ses contemporains et de la postérité.

Une modeste pierre tumulaire, placée dans une des chapelles de la cathédrale, nous apprend que Ik reposent les restes de Pothier.

Inhumé au grand cimetière de la ville, situé alors près de la ca-* thédrale, sa dépouille mortelle y fut oubliée, lorsque l'administration résdut de ne plus souffrir les inhumations dans les lieux entourés d'habitations et situés au centre des populations.

Le grand dmetiire, sans perdre absolument de son ancien ajq>ect, entouré de vastes galeries couvertes, envahies par des marchands étalagistes, et favorable, dans les temps pluvieux, k la promenade des vieillards et des valétudinaires, devint le centre de leur rendez-vous, comme s'ils avaient voulu, en évoquant les souvenirs du passé, se rapprocher du terme de toutes les dioses humaines et sonder les profondeurs de leur dernière habitation.

En 1823, ce vaste emplacement devait devenir et devint en effet une halle au blé. Il fiaillut faire disparaître les derniers vestiges de son ancienne destination. On pensa alors, et pour la première.fois depuis 1773, k la dépouille vénérable de Pothier; on arrêta , avec un noble empressement, qu^on ne laisserait pas disparaître sous les nouvelles constructions qui allaient s'élever la tombe de cet homme illustre.

La négligence avait été telle, que ces galeries, devenues molnentanément des écuries pour les régiments de cavalerie en garnison ou en paséage, avaient vu les pierres tumùlaires ou mutilées ou enlevées. Celle qui désignait la tombe de Potbier, placée au long du mur, avait été sauvée de la mutilation : un marbrier d'Orléans l'avait, d'une main pieuse , soustraite k ces outrages. Il s'empressa de faire connaître cet honorable larcin et de restituer la pierre k l'autorité municipale , lorsqu'elle voulut se livrer k la recherche de la tombe.

Pour arriver k ce résultat, on e&leya les enduits de plâtre dont étaient recouvertes toutes les pierres tnmulaires qui avaient résisté à ces profanations : on eut le bonheur de retrouver les n^ 94, 95 et 97. Celle de Pothier portait le n» 96.

Cependant un doute pouvait s'élever encore ; ces tombes n'étaient pas placées à des espaces égaui ; on pouvait craindre qu'un corps inconnu ne se fût glissé au bas même des pierres tumulaires, et qu'on ne prit une tombe étrangère k la recherche tentée pour celle qui en était eiclusivement l'objet. .

Ce doute donna lieu aux précautions les plus mintitieuses. Ce ne fut qu'après s'être assuré que du n® 94 au n» 100 il n'avait été introduit aucun autre cercueil , qu'on se décida à opérer les fouilles.

On trouva bientôt une bière qui , ouverte , oflErit aux regards un squelette auquel il ne manquait que les pieds et les mains, détachés, mais encore entiers.

On remarqua, tout ^d'abord, que la tête était inclinée sur l'épaule gauche; on sait que M. Pothier, destitué de toutes gr&ces extérieures et de tout maintien , laissait pencher sa tète de ce côté. On mesura le corps dans toute sa longueur, et Ton vit qu'il avait 1 mètre 73 centimètres (5 pieds 4 pouces) : on sait aussi que M. Pothier était d'une haute stature.

On retrouva sur son crâne et sur son menton quelques cheveux et brins de barbe d'un blanc roussâtre (1).

Enfin , les hommes de l'art constatèrent que le squelette était celui d'une personne du sexe masculin.

n était difficile d'obtenir des preuves plus concluantes du succès des recherches.

On prit donc les précautions les plus sages pour que ces restes précieux fussent respectés jusqu'au lendemain , où ils devaient être transportés k la cathédrale et déposés dans une chapelle.

Cette cérémonie eut lieu avec une grande pompe : les corps judi* ciaires et administratifs , les corps savants , les officiers ministériels de tout rang s'y rendirent, et tous manifestèrent, par leur recueille-

(l)On se partagea autant qu'on le put ces cheveux, et quelques Orléanais» heumu d>n posséder un petit nombre, les ont mis sous verre et foit encadrer avec soin.

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ment, ie respect que leur inspiraii l'homme auquel s'adressait cet

En l'année 1846, on construisit une sacristie excIusÎTement destinée k l'évéque du diocèse; on s'empara de deux travées latérales divisées en chapelles ; celle qui contenait les restes de Pothier était l'une d'elles: il fallut donc transporter ces restes dans une chapelle voisine.

Ce changement fat opéré le S mars 1846.

On crut devoir mettre quelque solennité dans cette nouvelle inhumation : toutes les autorités, tous les chefs de compagnies d'avocats, d'avoués , de notaires , furent convoqués ; on reeherdia les parents de Pothier : il s'en trouva un hien plus grand nombre qu'en 1825; et, au jour indiqué, en présence d'une assemblée assez considérable, le cercueil de Pothier fut transféré dans le lien qu'il occupe aujourd'hui.

C'est ainsi que fut réalisé le vœu qu'exprimait un éminent magistrat (1) dans r^oge historique de M. Pothier placé à la tète de l'édition de ses œuvres de l'année 1773. L'orateur disait, dès cette époque, après s'être plaint avec amertume de la simplicité du tombeau qui lui avait été élevé dans le cimetière :'

a C'était dans une église qu'il fallait l'inhumer. Les cendres d'un c( homme aussi saint, aussi respectable, devaient-elles être placées « ailleurs? Et dans quelle église convenait-il mieux de les déposer que « dans l'église cathédrale, dans l'église commune à tous les citoyens, a dans cette église à côté de laquelle il avait vécu , où il avait donné a tant d'exemples de piété , où tous les jours il allait se prosterner a devant Dieu, en prévenant le lever du soleil ? »

L'insistance de M. Letrosne, les précautions oratoires dont il entoure l'expression de sa pieuse supplique , autorisent à penser que l'état des esprits lui montrait des obstacles presque insurmontables h ce qu'elle fftt exaucée. Disons-le : Pothier était janséniste; sa vertu ,

(I) M. Letrosne, aussi élève de rUniverâté. II a laissé un Dom respecté ; son mérite s'est tnuDsniis jusqu'à dous par deux. productions également recommandables : l'une est un discours prononcé à la rentrée des audiences du baQliage, le i5 noTembre 1765; l'autre est cet éloge de Pothier, dont nous rapportons ici quelques passages i toutes les deux justifient la haute estime dont il jouissait diez ses contemporains, et dont la tradition commence seulement à s'effacer; et cela au double point de vue de la science, de l'éléntion des senUments et du mérite littéraire.

sa piété et son illustration ne l'ont pas préservé des exclusions dont les sectes sont prodigues entre elles , quand elles ne vont pas jusqu'à la persécution.

Aujourd'hui, ses restes reposent dans l'église : le vœu du magistrat contemporain de M. Pothier a été réalisé; mais il pourrait dire encore ce qu'il disait alors : Si de$ étrangers tums demandaimt à voir son tombeau, croyons-tums qu'ih dussent en être satisfaits ?

On élève des statues sur tous les points de l'empire aux hommes utiles, aux guerriers; on va jusqu'à évoquer les souvenirs l^endaires du moyen-âge pour consacrer les gloires nationales : et la ville où Pothier est né, où il a vécu, où il est niort, qu'il a illustrée par sa science, par ses écrits, par sa vertu, resté insensible en présence de ces souvenirs et de cette gloire. Une pierre cachée dans le fond d'une obscure chapelle, une inscription menteuse placée au-4essus d'une maison moderne , sont Jes seuls signes auxquels on puisse reconnaître ou se rappeler qu'on est dans la ville natale de Pothier.

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