GUYOT
Pothier, dans le but d'élever les études de l'Université d'Orléans , et pour mettre la dernière main à l'œuvre commencée par Prévost de la Jannès de restaurer cette institution , en excitant l'émulation de ses écoliers , avait fondé deux prix destinés k ceux d'entre eux qui se seraient le plus distingués.
- Ce prix, divisé en deux catégories, consistait en une médaille d'or
et deux médaiHes d'argent. La première appartenait à Técolier qui remportait sur tous les autres ; les médailles d'argent \k eeux qui venaient immédiatement aprèç lui.
Au cours de l'année 1756, un des écoliers obtenait les deux médailles d'argent attestant le succè&obtenu dans l'étude du dovible droit.
Celui qui avait mérité cette distinction devait être bientôt Tun des docteurs-régents les plus instruits qui aient enseigné à l'Université.
Pierre-Jean-Jacques-Guillaume Guyot , né k Sully-«ur-Loire, après de fortes humanités , suivit les cours de l'institution dans laquelle Pothier enseignait; il fut l'élève de celui-ci, qni le distingua bientôt et lui donna des marques nombreuses de son estime et de son affection.
Après avoir pris ses grades, il se destina à la double profession du barreau et de l'enseipement : il devint avocat et brigua une chaire de docteur agrégé. Une chaire vint k vaquer bien avant qu'il n'eût atteint l'âge prescrit pour être nommé : il fallait avoir vingtcinq ans, et il n'en avait que vingt^deux et demi; il fallait avoir suivi pendant un an, à titre de stage, les thèses, disputes dades probatoires : il s'en manquait de deux mois que ce stage Nit terminé.
Un seul moyen lui restait : it demanda des dispenses.
Il présenta une supplique à d'Aguesseau, alors chancelier, et celuici, en réponse k cette requête (du 20 décembre 1759), écrivit a l'Université , en lui apprenant la démarche faite auprès de M par TA. Guyot, et l'engageant k l'admettre au concours, il lui donne Vas^ surance que, si elle le trouvait le plus capable des contendants, le roi se porterait volontiers à lui accorder les dispenses dont il aurait besoin.
Cette lettre du chancelier leva toutes les difficultés : M. Guyot concourut, fut trouvé le plus digne , et obtint sa nomination au moyen de dispenses qui lui furent accordées, suivant la promesse consignée dans la lettre du ministre k l'Université.
Ainsi, k peine âgé de vingt-trois ans, il devint le collègue de Pothier, membre d'une Université que l'éclat de ce grand nom élevait au-dessus d^ toutes les autres , et dont l'exemple et les leçons devaient rendre cette fonction aussi redoutable k postuler que difficile k bien remplir.
M. Guyot resta docteur agrégé jusqu'en l'année 1740. A cette époque, M. de Chambourg étant venu k mourir , il concourut pour la chaire
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ainsi devemie vacante : il réussit sans combat, personne ne s'étant présenté pour la lui disputer.
Suivant l'usage , et pour obéir aux règlements, les magistrats conservateurs de l'Université furent appelés, dans cette solennité, à donner leur avis motivé sur le mérite du récipiendaire. L'accomppssement de cette formalité donna lieu à l'expression la plus flatteuse du sentitiment de hante estime que le profond savoir et les qualités précieuses du récipiendaire leur avaient inspiré.
Le lieutenant général s'exprime ainsi :
« La facilité que M® Gnyot a montrée dans l'interprétation des <( lois civiles et canoniques, ses réponses claires aux difficultés que « vous lui avez proposées , sa pénétration , enfin, dans l'un et l'autre « droit, dont j'ai été témoin, m'engage à vous exhorter, messieurs, « k lui donner vos suffrages. »
L'avocat du roi au bailliage, M. Le Trosne , s'exprime ainsi :
Cl W Guyot possède les talent^ nécessaire dans un degré éminent; a il y joint les grâces d'une éloquence naturelle , la pureté de lance gage, tous les agréments du discours, et des laçons douces et ai- « mables capables de faire goûter une étude dont les commencements a sont effrayants pour les jeunes gens.
a Pour les qualités du cœur, si essentielles dans un jeune homme « en place, et que tous les talents de l'esprit ne peuvent jamais remc( placer, vous ne pouvez, messieurs, choisir un meilleur confrère, « qui vous fasse plus d'honneur et qui vous procure plus de satis- « faction. »
M. Le Trosne continue l'éloge de M. Guyot dans des termes aussi élevés que flatteurs, et le termine ainsi :
<x Dans ce sujet public de joie, le barreau seul a droit de s'affliger ; « il perd un avocat qui faisait sa gloire et un de ses principaux ornea ments ; nous ne nous ea consolons que dans l'espérance qu'il forer mera des suj.ets capables de le remplacer par la suite ; et qu'ensei- « gnant la jurisprudence, il inspirera aux jeunes gens le goût de sa « profession, si utile et si honorable. »
Le maire se réunit aux deux magistrats de l'ordre judiciaire : « Il « ne manquait, dit-il, qu'un concurrent à M» Guyot pour faire briller
« tous ses talents ; nous lui donnons volontiers notre voix exciior- « tive ; c'est une justice que nous croyons lui devoir. ^
C'est ainsi que W Guyot, examiné par Pothier, en présence et avec la haute et bienveillante a{^robation de Le Trosne, a été admis à la qualité de docteur-régent de l'Université.
La docte compagnie n'eut pas à se repentir de son adhésion à ces avis ; TA^ Guyot tint dans l'avenir tous les engagemœts de son passé; il professa jusqu'à l'année 1784, époque à laquelle il mourut.
Ses dernières années furent traversées par un chagrin cruel : il perdit, son fils unique, déjà marié, déjk père, etqui, après un concours remarquable, allait recevoir le titre d'agrégé.
On a publié plusieurs éloges de W Guyot : nous avons préféré celui qtie nous ont transmis les hommes considérables par leur position et par leur mérite, dont nous avons rapporté les témoignages.
Aussi modeste que savant, M« Guyot ne s'est pas un instant distrait des devoirs du professorat, il n'a pas écrit; placé trop près de Pothier pour publier le fruit de ses études à côté des œuvres d'un si grand maître, il s'est borné k publier les œusores posthumes de celui-ci, et ce service rendu k la science du jurisconsulte suffit pour lui assurer une place honorable parmi les écrivains de son époque. On pensa, avec raison, que celui qui éditait ces ouvrages ne le pouvait faire qu'en possédant au moms une grande partie des qualités qui avaient appartenu à leur auteur.
M<^ Guyot, dont on a dit qu'il était ni dans une famille où U inérite était héréditaire, a vu grandir son fils dans la science du droit et s'élever pour le doctorat ; la mort prématurée de ce jurisconsulte déjà distingué n'arrêta pas M® Guyot dans sa carrière laborieuse; il suivit l'éducation de ses petits^enfants et leur consacra les jours qui lui restaient.
Ses études étaient variées ; il faisait partie d'une réunion d'hommes de lettres qui s'intitulait : Société littéraire épiscopale ; cette société a conservé siu* ses registres le souvenir des essais littéraires et philosophiques de W Guyot.
Ce nom éminent dans la sdence .du droit et qui tient une place si respectable dans l'histoire de l'Université d'Orléans, devait clore la liste des écoliers dct cette Université.
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M* Kerre-Bbrie-Josepb Gayot, pelit-fils do docteur-régent, fils de celui qui allait être docteur agrégé, a été immatriculé le dernier et pour la dernière fois sur les registres de l'institution, le 16 juillet 1793 (an U).
MASSY (Robert de).
Pothier venait de mourir : cette perte fut vivement sentie par le corps universitaire ; il comprit que le sentiment dont il était animé devait être partagé parle chef de la justice lui-même^ si bien fait pour apprécier le mérite de ce docteur.
Le recteur et les docteurs-régents s'empressèrent de faire part au chancelier d*Aguesseau de la mort de H. Pothier.
« Monseigneur, lui écrivaient-ils, le 3 mai 177S, nous avons «t l'honneur de vous informer de la très-grande perte que nous ve- « nous de faire par la mort de M. Pothier, professeur de droit français a dans notre Université, et doyen des conseillers du présidial de cette a ville. Nous ressentons bien vivement combien la perte d'un juriste consulte aussi distingué par l'étendue de ses lumières que par son a zèle pour le bien public est douloureuse pour tous les ordres de « citoyens ; mais nous y sommes d'autant plus sensibles que nous « sommes privés d'un confrère qui nous était extrêmement attaché, a et dont les soins infatigables avaient excité une vive émulation «( dans nos écoles de droit.
«r Nous attendons. Monseigneur, que le cboix de S. M., déterminé « par vos sages conseils, donne bientôt un successeur k ce célèbre a jurisconsulte ; nous osons vous supplier de fixer votre attention sur « les sujets que l'Université renferme, parmi lesquels il en est plusieurs « que M. Pothier a formés et qui ont dignement répondu k ses vues. »
On a vu que par l'art. XY de la déclaration du roi du 6 août 168S, le concours était devenu à peu près illusoire, que la nomination des docteurs agrégés et des professeurs du droit français appartenait au roi, sur la présentation faite au chancelier, par le parlement, de trois candidats.
Le corps universitaire d'Orléans supplia le parlement de Paris de présenter les candidats qu'il lui indiquait au choix du chancelier, par
une lettre dont nous ne retroayons pas la date , mais qui dok porter celle de la lettre écrite par le recteur et les doctears-régents an chancelier lui-même :
(c Messeigneurs, disait-on au parlement, nous vous annonçons avec (c douleur la perte que nous venons de faire par la mort de M. Poc( tbier ; la perte d'un jurisconsulte aussi célèbre est sensible à tous «t ceux qui sont animés par l'amour du bien public : nous pouvons c< dire qu'elle importe à toute la France.
« C'est k vous, Messeigneurs, que le roi a confié le droit de préa senter à Monseigneur le chancelier de France trois sujets, parmi c( lesquels S. M. doit en choisir un pour remplir Is^ chaire vacante, « conformément k la déclaration du 6 août 1682.
« Nous avons cru qu'il était de notre devoir de vous supplier d'ac- « corder vos suffrages aux sbjets qui se trouvât dans l'Université, « panni lesquels il en est plusieurs qui ont été formés par M. Potbier c( et qui ont fait valoir avec succès les instructions qu'ils en ont c( reçues, particulièrement MM®« Lebon, Robert de Massy et Pisseau, « docteurs agrégés et avocats en la cour, qui ont les qualités presse crites par les règlements pour être présentés à S» M. i»
Il résulte de ces documents un renseignement qu'il ne nous est pas permis de négliger. M« Gnyot, nommé docteur-régent, quitta le barreau, et cette nécessité est l'occasion de regrets inspirés k l'ordre des avocats par l'avocat du roi^ dans l'avis favorable qu'il donna pour l'élection de ce docteur ; les docteurs-régents qui l'ont suivi n'ont pas cru devoir quitter l'exercice de cette proEession ; ils ont cumulé la fonction d'avocat avec celle de docteur-régent, signe sensible de la* décadence de l'Université.
M^ Robert de Massy, né k Coulon, près Gien, en l'année 1740, du bailli de la justice de cette petite localité, fut nommé pour remplacer Potbier.
U fallait, pour qu'il obtint le triple agrément de l'Université, du parlement et de d'Aguesseau, qu'il fût digne de celui dont il allait prendre la place.
Cependant, il faut en convenir, cette mission dut lui paraître effrayante ; HL^ Robert de Massy ne se dissimula pas l'iouninence du danger qu'il courait en substituant sa parole k celle de H. Pothier.
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Sa correspondance au sujet de sa nomination atteste de la prof(Hideur du sentiment qu'il éprouvait.
a Une seule chose, »' disait-il en écrivant au recteur (M^ Montié) de l'Université, le 21 mai 1772, et en lui aq[>prenant sa nomination arrêtée par une simple mesure de forme, « la seule chose qui rn'em* (c pêche de jouir de mon bonheur, c'est d'être chargé de remplacer (c un homme aussi célèbre que M. Potbier; je sens toute mon in- «( suffisance; mais la ferme résolution que j'ai prise de me con- « sacrer entièrement au travail me soutient avec l'intime persuasion « où je suis que mes confrères et vous en particulier. Monsieur, vou- « drez bien m'aider de vos conseils pour me soutenir dans une car- <x rière aussi scabreuse. » ,
M<^ Robert de Massy prit possession de la chaire et professa jusqu'aux troubles nés de la révolution; il le fit de manière à laisser un nom estimé, même après celui de Pothier: sa science était profonde, son amour du travail et son zèle infatigables.
Il cumula, ainsi que nous l'avons dit, l'exercice de la profession d'avocat avec ses fonctions de docteur-régent; il était^ en outre» bailli de plusieurs justices seigneuriales, entre autres de celle alors trèsimportante de La Ferté-Lowendal.
U suffit à tout; son cabinet était le lieu où se débattaient et souvent se conciliaient les intérêts privés les plus considérables; son tribunal renommé par l'impartialité, l'exactitude et les lumières du juge ; ses cours fréquentés avec empressement par les écoliers.
Ce fut ainsi qu'il arriva a l'année 1789; il était alors b&toanier de l'ordre des avocats.
Choisi, avec WA^ Salomon et de la Place, ses confrères, au double titre de docteurs de l'Université et d'avoca,ts pour rédiger le cahier des doléances de l'ordre du tiers-état, il concourut lu la rédaction de ce cahier, qui dut être réuni à celui de toutes les corporations et de toutes les paroisses.
Mais le nombre de ces documents était si considérable qu'il devint nécessaire de le réduire a un seul, dans lequel devait être déposé le contenu de chacun d'eux : on sentit en même temps le besoin de réduire le nombre des commissaires à. la rédaction ; et tous consultés,, adoptèrent l'avis que neuf d'entre eux seraient chargés de. ce travail
aussi difficile qu^mportant; M« Robert de Massy fit partie de cette commission.
Cette élection nouvelle eut lieu le 2 mars 1789, et dès le 5 du même mois les commissaires rapportaient le cahier général des doléances du tiers-état; le 26 on procéda k la nomination de trente-six députés appelés k faire partie de rassemblée générale des ordres que devait tenir le lieutenant général du bailliage, le lendemain ; M<» Robert de Massy fut nonuné membre de cette députation.
Après cette formalité accomplie, le grand bailli devait tenir une séance dans laquelle tous lés députés k la rédaction des cahiers de doléances, déjk revus et discutés devant le lieutenant particulier, seraient l'objet d'une dernière et plus solennelle révision ; on comprit l'impossibilité de se livrer utilement k cette discussion avec le concours d'un aussi grand nombre de personnes; on résolut de le réduire au quart. M« Robert de Massy fut élu le premier pour faire partie de la députation.
Enfin, le jour des élections arrivé, il fut nommé membre de l'assemblée constituante à V unanimité; mais il déclina cet honneur, et ce fut son collègue, M« Salomon de la Saugerie, qui le remplaça.
n resta dans la vie paisible de l'enseignement et du barreau. Cependant il devait payer sa dette aux fureurs révolutionnaires; emprisonné jusqu'k quatre fois, il vit sa santé s'altérer dans les prisons; sa famille alarmée obtint, k force de sollicitations, qu'il revint au milieu d'elle recevoir les soins que son état réclamait; il sortit d'une prison pour entrer dans une autre : gardé perpétuellement k vue dans sa chambre par deux agents de police, il ne put recouvrer la tranquillité de r&me nécessaire au retour de ses forces physiques; il mourut le 15 thermidor an III (51 juillet 1794), k l'âge de cinquante* cinq ans.
La ville perdit en lui un de ses meilleurs citoyens, la science du droit, un des hommes qui l'honorèrent le plus dans la chaire de l'enseignement et au barreau.
M<» Robert de Massy n'a pas laissé d'ouvrages, mais son souvenir s'est perpétué dans la mémoire de ceux qui l'avaient entendu.
Son savoir était si profond qu'il prévalut sur la difficulté naturelle qu'il avait k s'exprimer; sa probité, comme son désintéressement,
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prévalut sur des formes pea bienyeiUantes en apparence; il était ferme dans ses opinions, les soutenait avec ténacité et quelquefois avec me certaine hauteur ; et cependant ceux de ses contemporains qui lui ont long-temps survécu ne parlaient de lui, même dans leur extrême vieillesse, qu'avec un profond respect; sa science et son désintéressement étaient l'objet d'un constant hoinmage^
Digne successeur de Pothier dans le professorat, il avait imité son maître, qu'il prit pour modèle dans la vie privée; après une longue carrière de services publics^ de travaux persévérants, une existence simple et modeste, il ne possédait plus que les débris de sa fortune personnelle, qui avait é\^ assez considérable.
L'exquisse de cette vie scientifique et honorable doit clore la série de celles que nous avions pris k tâche de retracer.
Deux noms auraient dû cependant trouver place ici : ce sont ceux de H« Salomon De la Sâtjgerie et de M. De là Place de Monteyray ; mais pour nous exprimer sur le compte de l'un, qui fut nommé docteur-régent quelque temps après W Robert de Massy, nous ne pouvons consulter que le souvenir fiigitif.de quelques personnes dont la mémoire, se reportant k des temps déjà bien reculés, ne peut rien préciser, et ce que nous avons recueilli s'applique plus k l'avocat qu'au docteur-régent.
M<» Salomon était un professeur de droit fort instruit, sans doute, mais il était encore plus distingué par son élocution que par sa science. Doué d'un talent oratoire fort remarquable, il brilla plus au barreau qu'k la chaire du docteur; son éloquence impérieuse, si l'on en croit ce que l'on en rapporte encore, l'eutrainait dans quelques écarts alors très-familiers aux avocats.
Ce rédt contraste avec quelques lettres sorties de la plume de M^ Salomon, éditées bien long-temps après sa mort, et qu'il était bien loin de destiner au public.
Ces lettres, adressées k ses filles, tracent, dans un style k la fois simple et élevé, tous les devoirs de la femme dans la société, fille, épouse et mère ; l'amour du bien, guidé par le sentiment religieux, ^ a inspiré ces lettres touchantes ; le cœur du père, la conscience de
rhomme de bien, y répandent les conseils les plus sages : elles devraient être entre les mains de toutes les femmes consacrées à l'accomplissement des saints devoirs de la vie intérieure.
M. de la Place, nommé docteur-régent, n'arriva dans la chaire de l'Université d'Orléans que bien tard ; il devait rester long4emps comme un témoignage de l'illustration des études propagées par ce corps enseignant, mais il ne put obtenir une longue carrière comme professeur; déjà les événement annonçaient une révolution politique et sociale, et par conséquent une révolution dans les lois; déjà les esprits, préoccupés par les grands^intéréts sociaux, se détournaient des études sérieuses, qui ne vivent que du calme des esprits abrités sous de fortes institutions; déjà les élèves disparaissaient, et les ieuilles du registre des immatricules restaient en blanc.
Mais une bouvelle carrière s'ouvrit pour cet homme laborieux, celle de la magistrature.
U fit, au rétablis9ement de l'ordre régulier et légal, partie de sa cour impériale et royale d'Oriéans ; il porta dans l'exercice des hautes tbnetions qu'il y occupa (1 ) le tribut des études fortes et persévérantes d'une époque où l'on puisait aux sources de la science, où la jeunesse hâtait, par d'immenses travaux, la maturité de la raison.
H. de la Place, à la fin de sa vie, charmait encore les loisirs de la vieillesse par le choix des livres et par la collection de documents historiques précieux ; il a laissé une magnifique bibliothèque attestant tout à la fois un goût éclairé en littérature et le savoir le plus étendu.
Ce que nous avons dit des hommes illustres ou distingués dont le nom. se rattache à la science et à l'enseignement du droit dans l'Université d'Orléans, nous semble suffisant pour justifier la célébrité dont elle a joui pendant un espace de temps embrassant plusieurs siècles; et cependant nous avons singulièrement restreint le cercle de nos appréciations; nous aurions pu nous étendre davantage, et rencontrer encore des docteurs ou des jurisconsultes éminents dans les noms que nous avons eu sous les yeux; mais notre intuition n'était
(1) Il fut successivement conseiller» président de chambre et premier président ; il ne Youlut pas prêter le serment exigé en 1850 des fonctionnaires publics, et mourut dans la retraite k un âge avancé.
pas de faire autre chose que retracer le tableau de ce qu'elle fut dans les diverses phases qu'il lui a été donné de parcourir.
Les noms que nous avons placés ici sont indépendants de ceux qui ont pu briller d'un vif éclat dans les pays étrangers et dans les provinces de là monarchie française ; et certes, si nous pouvions consulter les annales universitaires de l'Allemagne, de la Belgique et même de l'Angleterre, si nous pouvions interroger celles des barreaux de nos anciennes provinces, nous y trouverions une foule d'hommes aussi dignes de respect et de vivre dans le souvenir des amis de la science que ceux dont nous avons rappelé les travaux ; nous sommes condamnés au silence sur ce point et cependant, après nos trop succintes révélations, ce silence sera suppléé par la juste idée que l'on peut se faire de l'existence, dans ces difiérentes parties de l'Europe, d'un grand nombre de jurisconsultes dignes de la noble institution dont ils sont sortis*
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