CHAPITRE VI
Concile de Constance. — Gerson en est appelé l'âme. — Jean XXIII est déposé. — Martin V. — Supplice de Jean Hus. — Appel de la condamnation de la doctrine de Jean Petit par le duc de Bourgogne. — Invasion des Anglais, bataille d'Azincourt. — Le duc de Bourgogne s'empare de Paris. — Massacre des Armagnacs.
— Assassinat du duc de Bourgogne à Montereau. — Le dauphin est déshérité. — Violation des privilèges de l'Université.
— Décadence de l'Université. — Mort de Charles VI. — Jeanne d'Arc. — L'Université prend part à son procès. — Elle engage le duc de Bourgogne, Philippe, à faire la paix. — Université de Caen. — La nation d'Angleterre prend le nom de nation d'Allemagne. — Entrée de Charles VII à Paris. — Concile de Bâle. — Rôle qu'y joue l'Université. — Pragmatique sanction. — Satisfaction obtenue contre des huissiers. — L'Université justiciable du parlement. — Mariage permis à un médecin. — Eut de la France. — Foire du Lendit. — Statut du cardinal d'Estouteville. — Rixe entre les écoliers et les archers.
— Suspension de leçons. — Les Dominicains et l'inquisiteur de la foi.
Pendant que la France était ainsi en proie aux plus violentes convulsions, l'Église n était pas moins agitée. Trois papes se partageaient la chaire de saint Pierre; mais Jean XXIII, successeur d'Alexandre V,
a3a histoire de l'université
élu par le concile de Pise, était le seul reconnu, l'obstination des deux autres concurrents ayant éloigné d'eux toute la chrétienté. Pour faire cesser cet état de trouble et de scandale, un concile général avait été indiqué; Jean le convoqua à Rome en i/^it. ; mais l'Italie était alors toute en feu par les guerres que soutenait Ladislas, roi de Naples, et le concile ne put avoir lieu. Comme il fallait cependant satisfaire aux vœux de l'Europe chrétienne, l'empereur Sigismond offrit ses États pour la tenue du concile, et Constance, ville impériale de la Souabe, fut choisie.
L'ouverture s'en fit le 1 er novembre i4*4; tous les princes de l'Église s'y étaient rendus. L'Université y avait aussi envoyé ses députés ; leur chef était le célèbre Gerson , et à ce titre déjà honorable il joignit celui plus imposant encore d'ambassadeur du roi
Trois objets importants fixèrent l'attention de cette célèbre assemblée, et l'occupèrent: l'extinction du schisme, l'examen de la doctrine de Jean Hus, et la réformation de l'Église.
Jean XXIII, qui avait convoqué le concile, y fut déposé: cette déposition était injuste et illégale, car il avait été canoniquement élu par les cardinaux détachés des deux autres papes, qu'on considérait comme schismatiques. Ce résultat, que l'Université de Paris seconda puissamment , était l'ouvrage de Sigismond , ennemi de Jean. En vain , il avait cherché par la fuite
i Velly, Histoire de France, VII, i52. — Launoy, Regii Navarrœ Gjrmnasii Historia , chap. 3.
à se soustraire au sort qui l'attendait; abandonné de ses partisans, il fut fait prisonnier, ramené à Constance juridiquement déposé; et le 8 novembre i4 t 7î le cardinal Colonne fut élu à sa place, sous le nom de Martin V.
Grégoire XII n'avait pas attendu qu'on en vînt là à son égard, il avait abdiqué le 4 juillet 1 4 1 5, et renoncé authentiquement à la tiare. Il n'en fut pas de même de Benoît XIII, tous les moyens qu'on employa furent inutiles. C'est en vain qu'il fut déclaré parjure , perturbateur du repos public, hérétique, rejeté de Dieu et opiniâtre 1 , rien ne put l'ébranler. Du château de Piniscola en Arragon, où il s'était retiré, il brava les ordres du concile, et la sentence de déposition prononcée contre lui le 16 juillet i4*7 ? il garda le pontificat, et conserva l'Arragon sous son obédience, jusqu'à sa mort, arrivée en i4^3.
La doctrine de Jean Hus , docteur en théologie de l'Université de Prague , fut ensuite examinée. Il était accusé d'hérésie, et on lui reprochait principalement de soutenir qu'un homme en péché mortel, fût-il pape ou autre chose, cessait de l'être a . Cette doctrine que l'accusé expliquait, en disant que le péché ne le privait pas delà place, mais l'en rendait seulement indigne, était dangereuse dans ses conséquences, sous ce rapport qu'elle subordonnait l'obéissance aux idées de vertu
i Voltaire , Annales de C Empire , pag, 3 7 1 -
» Lenfant, Histoire du Concile de Constance. — Fllury, Histoire Ecclésiastique, XXI.
a34 histoire de l'un iversité
qu'on pouvait avoir des hommes; elle n'était pas suffisante néanmoins pour motiver une condamnation atroce que les lois de l'Eglise et l'humanité réprouvaient, et pour violer les promesses les plus saintes , les garanties les plus formelles ; puisque Jean Hus n'était venu au concile que sous la foi d'un sauf-conduit délivré par Sigismond. Les députés de l'Université prirent beaucoup de part à sa condamnation. Long-temps avant le concile (en i4'o), Gerson avait écrit à l'archevêque de Prague , pour l'engager à livrer l'hérétique au bras séculier. Sa conduite au concile ne démentit pas ses premiers sentiments ; il poursuivit Jean Hus avec rigueur, et contribua beaucoup à sa condamnation ». Tout le monde sait que Jean Hus et son disciple Jérôme de Prague furent brûlés.
On s'occupa bientôt après d'une affaire à laquelle le duc de Bourgogne et l'Université attachaient une égale importance. C'était l'appel du jugement qui avait condamné comme infâme l'apologie de Jean Petit , et que le prince avait déféré au concile. L evêque de Paris et l'Université défendaient leur ouvrage , et Gerson plaida la cause de la morale et de la raison contre les partisans du Bourguignon, qui, en présence de l'Europe entière, à l'appui de leur infâme défense, invoquaient des maximes plus infâmes encore. On peut en juger par la lecture d'une seule que je transcris textuellement: « Quand on jure, on n'est obligé « qu'à ce qu'on avait actuellement en vue en jurant;
1 Lauhot , Régit Navarrœ Gymnasii Historiet , 484.
SOUS CHARLES VI. a35
« et celui qui jure amitié à quelqu'un est excusable de « ne pas tenir son serment , s'il n'a eu en vue que « d'empêcher que celui qu'il voulait tuer ne se défiât « de lui. » Et cette autre : « L'homicide est excusable «et juste, quand il se fait à bonne intention, par « zèle pour le roi, Dieu et son prince I . » Cette doctrine audacieusement débitée par des Jacobins et des Dominicains, créatures du duc de Bourgogne, et à la tête desquels on remarquait le vidame de Rheims, Pierre Cauchon , depuis si célèbre par sa haine contre sa patrie, et l'acharnement avec lequel il persécuta la Pucelle d'Orléans , ne fut pas alors anéantie ; plus tard on la vit ressortir de la plume des Escobard et des Malagrida.
L'Université fit, à Constance comme à Paris , tous ses efforts pour faire condamner ces atrocités; mais les intrigues et l'or de son puissant adversaire, qui faisait distribuer aux cardinaux les meilleurs vins de ses celliers de Bourgogne * , paralysèrent ses généreux efforts, et il n'intervint pas de décision définitive. Ce furent là les derniers travaux de Gerson : poursuivi par la haine du duc de Bourgogne , il fut obligé de fuir et de se cacher, et il mourut à Lyon, âgé de soixante-six ans , quelques années après le concile de Constance, dont il avait mérité d'être appelé l'ame 3 .
1 Lk m \ n t , Histoire du Concile de Constance.
2 M. de Basante, Histoire des Ducs de Bourgogne, IV, 199.
3 Dijveehet , Histoire de la Sorftonne, I, i5a. — Launoy, Regii Navarrœ Gymnasii Historia, pag. 490.
a36 HISTOIRE DE l/ UNIVERSITÉ
Si le concile n'avait pas fait justice, le Parlement de Paris ne suivit pas son exemple; car, le 4 juin i4ï6> il enregistra la délibération de l'Université, avec l'ordonnance du roi qui la confirmait , défendant par arrêt, à qui que ce soit, d'enseigner de pareilles maximes, sous peine de confiscation de corps et de biens.
Pendant la tenue du concile de Constance , l'empereur Sigismond, dans le but de servir de médiateur entre la France et les Anglais, était venu à Paris, où il reçut les hommages de l'Université, à laquelle il répondit, porte le registre de la nation de France, en fort bon latin Mais comme on le soupçonnait secrètement attaché au roi Henri, on le considérait avec une sorte de défiance ; aussi on fut d'abord presque tenté de ne pas reconnaître les opérations du concile qui s'était tenu sous son influence, ni le pape qu'on y avait élu ; car, disait-on avec naïveté, « Le « roi ne doit penser aucune chose avoir été duement « faite, où si inconstante et mauvaise personne a eu « la puissance et l'autorité a . » Et l'Université ayant voulu envoyer à Martin V le rôle des bénéfices, défense lui en fut faite. Elle se soumit; mais peu de temps après, ayant eu à se plaindre des prélats chargés de la collation des bénéfices, qui ne respectaient pas les droits universitaires , elle s'éleva contre eux dans le Parlement, en présence du dauphin, et
1 Bulleus , Historia Universitatis , \, 299
2 Velly, Histoire de France, VII, 21 3.
appela^ de leur décision au pape. L'avocat du roi , Guillaume Le Tur, voyant dans ces plaintes et cet appel une attaque directe contre les ordonnances qui avaient institué les prélats , réprimanda les orateurs, soutint « qu'on ne pouvait sans crime mettre la ju- «c ridiction temporelle, puissance et autorité du roi, o au ressort de la juridiction ecclésiastique et spiri- « tuelle : » et requit leur arrestation ainsi que celle du recteur, au nom de qui ils avaient parlé Us ne tardèrent pas à être élargis, sous la réserve toutefois qu'ils se désisteraient de leur appel a .
Depuis sa fuite de Paris , le duc de Bourgogne , retiré dans ses Etats , avait laissé les Armagnacs maîtres de la cour et du gouvernement. Déjà on cornmençait à recouvrer un repos devenu nécessaire après tant de troubles, lorsqu'une guerre étrangère vint replonger la France dans le cahos dont elle ne faisait que sortir. Henri V, roi d'Angleterre, passe le détroit à la tête d'une armée, s'empare d'Harfleur, et la funeste bataille d'Azincourt (i4*5) vient mettre le comble à ses succès. Sept princes du sang avaient péri dans cette fatale journée, l'élite de la France était morte ou prisonnière du monarque anglais : tout était dans la consternation. C'est alors que le duc de Bourgogne crut le moment favorable pour ressaisir son influence. A la tête d'une armée il s'avança vers Paris ;
1 Crévieh, Histoire de l'Université, III, 481. — Velly, Histoire de France, VII , ai 4.
" Pasquieh , Recherches de la France, liv. ni , chap. 28.
mais le roi refusa de le recevoir , et nomma même conuétable du royaume le comte d'Armagnac, son plus violent ennemi.
Ne pouvant réussir par la force , il tenta d'autres moyens, et proposa, de Lagny où il s'était retiré, la médiation du duc de Bretagne. Beaucoup de gens penchaient pour une réconciliation qu'ils regardaient comme précieuse daus les circonstances critiques où se trouvait la France. Quelques membres de l'Université , dans laquelle le duc de Bourgogne comptait beaucoup d'amis , avaient exprimé une opinion favorable à cet égard : mais le plus grand nombre avait rejeté ces propositions, et le recteur avait même déclaré qu'il était faux que l'Université voulût une paix cabochienne l . Cette division dans les opinions avait fait naître quelques troubles , que le connétable fît cesser en chassant de l'Université et de Paris les partisans les plus zélés du duc de Bourgogne. On fit prêter ensuite , à tous ceux qui restèrent dans la ville , serinent de fidélité , et de se défendre contre le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne ; et on ordonné qu'en cas de siège cinq cents écoliers des plus robustes prendraient les armes a .
Le dauphin Louis, duc d'Aquitaine, gendre de Jean-sans-Peur, mourut alors, et la qualité d'héri-
» M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne , IV, 267. — Velly, Histoire de France > VII, 184.
2 Le Beuf , Histoire de la Ville et du Diocèse de Paris , II ,
SOUS CHARLES Vf.
tier du trône fut acquise à son frère Jean , duc de Touraine. Ce prince ne survécut pas beaucoup à son aîné, et le troisième des fils du roi, Charles de Ponthieu , devint dauphin ( i4*7 )• L° m d'être, comme ses deux frères, attaché au duc de Bourgogne, il était au contraire dévoué aux Orléanistes par lesquels il avait été élevé : aussi une nouvelle tentative pour s'emparer de Paris fut-elle infructueuse ; et le duc Jean fut obligé, pour la seconde fois, de s'éloigner. Son pouvoir paraissait ne devoir jamais y être rétabli, lorsqu'un événement imprévu vint subitement changer la face des choses. Une des portes de la ville fut livrée au Sire de l'Ile- Adam , dans la nuit du 18 mai 1418 , par Perrinet-le-Clerc qui était chargé de la garder. Tous les membres du gouvernement, le connétable , le chancelier, furent jetés dans les fers ; mais le dauphin échappa par le courage du prévôt Tannegui du Châtel, qui l'enleva de son lit. Le peuple , long-temps comprimé par la terreur qu'inspirait le comte d'Armagnac, reprit les couleurs de Bourgogne , et se répandit dans les rues , forçant et pillant les maisons de ceux qu'on soupçonnait attachés au parti vaincu. Il se porta ainsi au collège de Navarre, et voulait massacrer les maîtres et les étudiants , lorsque le Sire de l'Ile-Adam arriva à temps pour les sauver Ce n'était là que le prélude
1 Launoy, Begii Collcgii Navarrœ Historia, 126. — Dulaure, Histoire de Paris , III, 5qi. — M. de Baraxte, Histoire des Dues de Bourgogne, IV, 255. — Le Beof, Histoire de la Ville et du Diocèse de Paris, II , 369.
HISTOIRE DE i/UNI VERSI TE*
des plus sanglants excès. Les bouchers, chassés de Paris par les Armagnacs , revinrent ayant soif de carnage. Les prisons furent ouvertes et tous les prisonniers massacrés ( \i juin i/\iS). Dans le nombre étaient le connétable, le chancelier, les évêques de Coutance , de Bayeux , de Senlis et d'Évreux , des présidents au parlement, des gens de la chambre des comptes, des membres de l'Université, etc. etc. On épuisa sur leurs cadavres tous les raffinements de la rage populaire : on leur enlevait sur la poitrine des bandes de chair, pour figurer par dérision Técharpe blanche que portaient les Armagnacs. Au moins douze à quinze cents personnes périrent le premier jour ; le lendemain les massacres recommencèrent 1 ; et dans la cour des prisons, dit un auteur contemporain, on avait du sang jusqua la chevillé du pied 2 .
Le duc de Bourgogne, devenu ainsi le maître, dirigea seul le gouvernement : un de ses premiers actes fut de faire annuler la condamnation qui avait été portée contre la doctrine de Jean Petit. L'Université , opprimée par la force, plia , et la révocation de la sentence fut prononcée dans une assemblée solennelle 3 . Le prince trouva plus de résistance
» Journal de Paris , sous le règne de Charles VI. — Le Beuf, Histoire de la Fille et du Diocèse de Paris, II, 376.
* Velly, Histoire de France, VII, 222. — M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne, IV, 368. — Cbévier , Histoire de l'Université, IV, 1 3.
3 Félirien , Histoire de Paris, IV, 573.
SOUS CHARLES VI. l[\ |
dans le parlement , lorsqu'il voulut faire enregistrer un édit contraire aux libertés de l'Église gallicane; le parlement refusa , et l'édit ne fut enregistré que nonobstant protestation.
Pendant que les factions déchiraient le royaume avec plus d'acharnement que jamais, que le dauphin, retiré dans le Poitou, y reconstituait un gouvernement composé des débris de l'ancien échappés aux massacres de Paris, les Anglais poursuivaient le cours de leurs succès, s'emparaient de la Normandie, et mettaient le siège devant Rouen. Pressés par l'en-» nemi, les assiégés implorèrent des secours. L'Université, le parlement, supplièrent le duc de Bourgogne de sauver la ville; mais les malheurs de l'État touchaient peu ce prince , et Rouen fut obligé de se rendre. Les conquêtes de l'ennemi étranger, qu'un écrivain 1 compare pour la rapidité à celles des Européens en Amérique, forcèrent cependant les princes à ouvrir les yeux ,,et à chercher à se réunir contre l'adversaire commun. Des négociations furent entamées à cet effet. Une première entrevue eut lieu près de Melun/une seconde à Montereau- Faut- Yonne le i o septembre 1 4 1 9 ; c'est là que périt le duc de Bourgogne , assassiné par les officiers du dauphin , qui vengèrent ainsi le meurtre du duc d'Orléans.
A cette nouvelle, tout en France s'émeut contre le dauphin. Philippe de Bourgogne, fils du duc assassiné, s'unit aux Anglais, et la reine Isabeau de Ba-
' Veixt, Histoire de France, VII, a3o.
vièrc, animée contre son fils d'une haine qu'on croirait étrangère au cœur d'une mère, devient sa plus cruelle ennemie. Le dauphin déshérité en appelle à la pointe de son épée, et Henri d'Angleterre, époux de Catherine de France, est déclaré, par le traité de Troyes , régent et héritier du trône. Pour colorer ces mesures qui violaient ouvertement les principes constitutifs de la monarchie, on s'appuya sur l'avis de tous les corps de l'Etat, et on leur en fit jurer l'observation. L'Université , comme les autres, avait été consultée ; et, dominée par la crainte, elle avait donné son approbation à ces odieux arrangements *. Pour prix de sa condescendance, on lui avait garanti tous ses droits et privilèges ; mais elle ne tarda pas à s'apercevoir qu'une main étrangère dirigeait le gouvernement. De nouveaux impôts , plus durs encore que les anciens, furent ordonnés, les aides, la gabelle, qu'on avait momentanément supprimées, furent rétablies : l'Université elle-même n'e^n fut pas exempte ; ses privilèges furent méconnus , et lorsqu'elle voulut faire des remontrances, le roi Henri la fit taire, et la menaça de prison a . Les malheurs publics, qui étaient à leur comble, avaient, comme on voit, sur l'Université une fâcheuse influence : elle ne s'étendait pas seulement sur ses franchises, qu'on foulait aux pieds sans nul respect pour la foi promise , mais
« Crfviek, Histoire de l'Université , IV, aa.
" Le Beuf, Histoire de la Fille et du Diocèse de Paris , II , 4i9-
les effets s'en faisaient encore ressentir dans son administration intérieure. Le désordre le plus complet régnait dans son sein, et on était arrivé à ce point que la plupart des bourses étaient possédées par des gens tout-à-fait étrangers aux lettres, qui prenaient le titre de clercs, et jouissaient des avantages qui y étaient attachés. L'Université voulut remédier à ces scandaleux abus, et , en i !\% i , elle ordonna une visite générale de tous les collèges '.
Un des droits les plus chers à l'Université, un de ceux quelle considérait comme le plus précieux, était de ne pas dépendre des tribunaux séculiers, et de n être soumise qu'à la justice ecclésiastique. Ce privilège, dont l'origine était si ancienne, que les maîtres s'étaient toujours efforcés de défendre, souveut même par des moyens violents, et qui quelquefois avait attiré leur vengeance sur les infracteurs, devait recevoir une atteinte sous la domination anglaise. Un médecin poursuivi criminellement devant le Chatelet opposait l'incompétence des juges, et demandait son renvoi devant les tribunaux ecclésiastiques, en sa qualité de clerc et de membre de l'Université. Celle-ci appuyait sa demande. L'affaire fut portée au parlement. Les Anglais l'avaient composé de leurs partisans, et ils saisirent avec empressement cette occasion de restreindre un privilège exorbitant, dont l'expérience avait montré les dangers. Il fut ordonné que le prévenu serait renvoyé devant le juge d'Église ,
• Biji.lf.us, Historia Univtrsilatù , V, 35o.
qu'on lui adjoindrait deux conseillers de la cour. L'Université réclama contre cette innovation qui bles* sait des droits acquis : elle menaça de cesser toutes ses leçons; mais ses plaintes furent inutiles, la fille aînée du roi de France avait perdu son père , il fallut se soumettre, et l'arrêt fut exécuté x .
Le peu de protection que lui accordait le nouveau gouvernement, lui faisait amèrement regretter le temps où les princes légitimes l'accueillaient avec bonté, l'entouraient de considération, et se plaisaient à l'accabler de leurs bienfaits. Aussi , depuis que les Anglais avaient toute la puissance , elle avait bien déchu de son ancienne splendeur. Cependant deux collèges, le collège de Séez, rue de La Harpe n° 85 , occupé aujourd'hui par l'hôtel de Nassau , et le collège de Sainte-Barbe, avaient été fondés, le premier en 1428 % le second en i43o, par Jean Hubert, docteur en droit canon 3 . Mais du reste toutes les études étaient négligées. Chaque jour elle voyait diminuer le nombre de ses étudiants , et tous ceux de ses membres qu'animait encore l'amour de la patrie, avaient fui dans le midi delà France se ranger autour de l'étendard royal que l'ancien dauphin, Charles VII, venait de relever. Ils avaient reformé l'Université à Poitiers; de là ils désavouaient tous les actes de leur ancienne compagnie , qui, sous le joug britannique,
» Bulle us , Historia Universitatù , V, 38 1.
2 Félibien , Histoire de Paris , II , 808.
3 Fkmbikn, Histoire de Paris, II, 1047.
n était plus que l'ombre d elle-même; et pour en citer un seul exemple, les langues anciennes y étaient tellement négligées , que la nation de France , afin d'en encourager l'étude , fut obligée d'ordonner que la préférence pour la collation des bénéfices serait accordée aux professeurs de grec et d'hébreu.
Au milieu de tant de sujets de désolation, un événement heureux pour la France était cependant arrivé. Henri V, roi d'Angleterre, arrêté au milieu de ses conquêtes par la maladie , venait d'expirer à Vincennes, à la fleur de son âge (i4aa), et, trente jours après, le vieux et infortuné Charles VI était également descendu dans la tombe. Cet événement, en présageant pendant la minorité du jeune Henri VI, à peine âgé d'un an , un avenir plus heureux pour le prince légitime, avait ranimé les espérances des Français. Les obsèques du vieux roi se firent, selon la coutume, à Saint-Denis. Le clergé, les évêques tenaient la droite , tandis que l'Université occupait la gauohe. Après la cérémonie , Henri VI, au berceau, fut proclamé roi de France sous la régence de son oncle le duc de Bedford ; et tous les corps de l'État, le Parlement et (Université lui prêtèrent serment de fidélité , . Ce ne fut néanmoins qu'en i43i, lors de l'entrée à Paris du jeune prince , qu'il confirma ses privilèges. Le roi anglais vint après la cérémonie dîner à la table de marbre, dans la grande salle du
1 Vellt, Histoire de France, VII, 35a. — Le Beuf, His* toirede la Ville et du Diocèse de Paris, II , /»33.
•246 HISTOIRE DE i/liN I VER SITE
palais. Des tables y avaient été dressées pour l'Université; mais le défaut d ordre était tel qu'elle ne put y pénétrer qu'à grande peine et en fendant la presse, et se trouva confondue pêle-mêle avec les savetiers et les derniers du peuple l .
La France, à cet te époque, était toujours ravagée par la guerre. Le roi Charles VII , retiré derrière la Loire, faisait à l'usurpation anglaise une guerre active et soutenue de succès divers, lorsque tout à coup ses affaires prirent une tournure plus favorable, grâce à l'enthousiasme qu'inspirait l'héroïne d'Orléans. Jeanne d'Arc avait paru, et sa présence avait fait rentrer le courage et l'espoir dans le cœur des plus désespérés. Comme dans ces siècles peu éclairés on redoutait surtout les manœuvres du démon, et qu'on voulait toujours reconnaître son pouvoir dans tout ce qui paraissait surnaturel , on n'accepta ses services qu'après l'a, voir soumise à l'examen des docteurs de l'Université de Poitiers , récemment créée par le roi a . « Ah ! disait- « elle en chevauchant pour s'y rendre, je sais bien que « j'aurai fort à faire à Poitiers, où l'on me mène ; mais « messire m'aidera. Or, allons-y donc, de par Dieu 3 ! » Bientôt les succès firent oublier les revers, partout les Anglais étaient défaits. Orléans fut délivré, Jargan pris, et la bataille de Patai vint couronner nos
M. de Barahte, Histoire des Ducs de Bourgogne , VI, 169.
Lettres-patentes du Roi , du 16 mars i43i Pàsquier,
Reenerches de la France, liv. ix, ch. 37.
3 M. de Barantf., Histoire des Ducs de Bourgogne, V, 287
victoires et réduire les ennemis furieux à traiter de sorcière l'héroïne devant laquelle ils fuyaient. Leur puissance déclinait de jour en jour; le roi venait d être sacré à Reims , et cette cérémonie religieuse avait encore exalté le courage de ses partisans ; aussi le duc de Bedfort fut-il forcé, sur la demande expresse de l'Université de se démettre de la régence, qui fut conférée au duc de Bourgogne. Tant de revers ne furent compensés que par la prise de la Pucelle. Elle avait été faite prisonnière au siège de Compiègne par un bâtard de Vendôme, qui l'avait vendue au sire de Luxembourg , qui , à son tour, lavait cédée pour dix mille livres aux Anglais. Pierre Cauchon , évêque de Beauvais , que ses diocésains venaient de chasser après avoir ouvert leurs portes au parti du roi , la réclama de concert avec l'inquisiteur de la foi, comme justiciable en qualité d'hérétique et de sorcière des tribunaux ecclésiastiques. De son coté, l'Université de Paris, ou du moins ceux de ses membres qui , dévoués aux Anglais , étaient restés dans cette ville, appuyait fortement cette demande: « Nous craignons beaucoup , disaient ces docteurs, « que par la séduction et la malice des ennemis d'en- « fer, et par les subtilités des mauvaises personnes et « de vos adversaires , qui mettent, dit-on, tout leur « soin à la délivrer, elle soit mise hors de votre puisce sance par quelque manière que Dieu ne voudrait
« Le Btur , Histoire de la Fille et du Diocèse de Paris , II, 4*9-
a48 HISTOIRE DE L'UNIVERSITE
« pas permettre : en vérité, au jugement de tout bon « catholique , jamais il ne serait de mémoire d'homme « advenue si grande lésion de la sainte foi , si énorme « péril et dommage pour la chose de ce royaume, que « si elle échappait par une voie si damnable, et sans « pu n ition convenable 1 .» Une ordonnance du roi Hen ri, sur la demande de l'évêque et dè l'Université , qui se montrait des plus ardentes, ordonna, par lettres-patentes du 3o janvier i43o,que Jeanne d'Arc lui fût remise. Alors on commença son procès. L'Université de Paris fut souvent consultée pendant sa durée, «et « lorsque les juges se trouvaient empeschez dans les « responses de ladite Pucelle, ils lui en escrivaient « afin d'avoir son opinion, laquelle s'assemblait tan- « tost aux Bernardins, tantost aux Mathurins, et « pour ceste cause le procèz est plein d'une infinité « de ses advis a . » Des docteurs avaient été nommés pour assister comme assesseurs les deux juges, qui étaient l'inquisiteur frère Martin et l'évêque de Beauvais; et , malgré le soin qu'on avait eu de les choisir, la plupart agissaient plutôt par peur que par conviction ; car ceux qui lui témoignaient dans les interrogatoires quelque indulgence, et qui l'encourageaient à répondre, étaient insultés et souvent menacés d'être jetés à la rivière. Tous les procès-verbaux furent falsifiés, et ceux qu'on envoya à
1 M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne, VI, 87^ — Pasquier , Rec/ierches de la France, Uv. 111 , ch. 29.
* Pasquier, Recherches de la France , Kv. vi, chap. 5.
sous charles vu. a4g l'Université pour avoir son avis étaient un tissu de fausseté et de mensonges. Cet avis , comme on peut bien le penser, ne lui fut pas favorable Il était rendu sous l'influence du persécuteur de Jeanne d'Arc, Pierre Cauchon , alors conservateur apostolique de l'Université , et dont le nom était si tristement fameux , depuis qu'il s'était associé à Jean Petit pour louer l'assassinat du duc d'Orléans. Déclaré* blasphématrice envers la divinité, comme portant des habits d'homme , et hérétique envers l'Église , elle fut brûlée à Rouen, le 3o mai i43i. « L'Université de Paris « voulant aussi jouer son rolle, fist une procession « générale le jour de Sainct-Martin-d'Esté, à Saincta Martin-des-Champs, où un frère Dominicain fist « une déclamation contre ceste pauvre fille pour « monstrer que tout ce qu'elle avait faict c'estaient « œuvres du diable, non de Dieu 3 . »
L'atrocité de cette condamnation , les prodiges qui , dit-on, avaient accompagné sa mort, et qui trouvaient facilement des gens pour y ajouter foi, avaient contribué encore à affaiblir la puissance des Anglais tout en la faisant détester. Partout on désirait vivement une réconciliation avec le duc de Bourgogne : réconciliation qui seule pouvait assurer le repos de la France. L'Université, qui s'était montrée si dévouée aux Anglais, revenait peu à peu à des sentiments plus nationaux. Déjà, en 1 43a , elle avait envoyé au duc
* Bulleus, Hittoria Universitatis , V, 408.
» Pasquikb, Recherches de la France, liv. chap. 5.
a5o HISTOIRE DE L.' l! N l V E R S I T É
Philippe des députés pour le conjurer de faire cesser les maux qui affligeaient la patrie; et lorsque ce prince vint à Paris, au commencement de Tannée i/j35 ,elle se présenta devant lui et fit un grand discours pour établir la nécessité de la paix 1 . Tant de représentations ébranlaient ce prince; il se rappelait qu'il était de la maison de France , et ne pouvait écouter sans doufeur le récit des maux qui pesaient sur le peuple, et dont il avait été la cause par son alliance avec l'Angleterre ; aussi il ne tarda pas à fléchir. Des conférences furent indiquées à Arras la même année; tous les États chrétiens y envoyèrent des ambassadeurs ; l'Université y eut des députés' ; et le duc, convaincu par les raisonnements des docteurs de France, et relevé de ses serments par les légats du pape, signa enfin cette paix qui devait être le signal de la ruine des Anglais. Il est vrai qu'ils faisaient tout pour s'aliéner ceux même qui jusqu'alors leur avaient été le plus attachés. L'Université qui leur avait rendu tant de services, n'était pas pour cela mieux traitée; ils l'avaient surtout mécontentée par l'établissement d'une Université nouvelle, l'Université de Caen. Dès l'année i4^4i I e duc à* 6 Bedford avait sollicité l'autorisation du pape Martin V pour son érection; mais il l'avait différée jusqu'en i43i, où parurent les lettres-patentes du roi d'Angleterre qui l'établisliait. L'Université de Paris , qui déjà avait conçu
1 M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne, VI , 277. ■ Bulleus , Historia Universitatis , V, 429.
SODS CHARLES VII. a5l
quelques alarmes de 1 érection de l'Université de Louvain, fondée en i4^5 par Jean de Brabant *, s'opposa à leur enregistrement au Parlement, et implora la protection du pape ; ses efforts furent inutiles , on ne fit aucune attention à ses plaintes 2 . Cet échec la refroidit singulièrement; bientôt elle ne craignit plus de s'exprimer avec liberté sur les actes de l'autorité, et le recteur, en blâmant devant le Parlement certains décrets du gouvernement anglais, disait « que de semblables ordonnances devraient plua tôt être appelées désordonnances 3 ». Peu de temps après elle manifesta plus ouvertement encore sa répugnance, en changeant ( 1 43 1 ) le nom de celle de ses nations qui s'appelait d'Angleterre contre celui d'Allemagne, changement qui subsista jusqu'à nos jours 4 .
C'est ainsi que s'opérait le retour des esprits vers le prince légitime , et que se préparait* en quelque sorte une ère nouvelle par la prise de Paris. Depuis dix-huit ans la capitale était occupée par les étrangers, lorsqu'elle revint sou» la domination française. Le Sire de l'Ile - Adam , le même qui , dixhuit années auparavant, s'en était emparé pour le duc de Bourgogne, fut le premier qui y entra au
i Velly, Histoire de France , VIII, 68.
» Crévier, Histoire de l Université, IV, 79. —Le Beuf , Histoire de ta Ville et du Diocèse de Paris , II , 461.
3 Crévier, Histoire de C Université, IV, 79.
K PiSQUifcR, Recherches de la France, liv. ix , chap. a4-
252 HISTOIRE DE l'uIUVEKSITÉ
nom du roi, et, le i3 avril i436, les bourgeois ouvrirent leurs portes au conuétable de Richemond et aux troupes qu'il commandait. Tout le monde était dans Tivresse ; l'Université témoigna sa joie par une procession générale ; quatre mille de ses membres y assistèrent ayant tous un cierge à la main ; elle envoya aussitôt après une députation au roi qui était en Languedoc, et le monarque, dans un édit du mois de mai , daté de Bourges , s'empressa de confirmer tous les privilèges dont elle était en possession *. Mais à cette époque, comme auparavant, elle ne s'en fit pas un titre d'exemption lorsqu'elle croyait que ses secours pouvaient être utiles. Un nouvel impôt, pour continuer la guerre, ayant été mis sur tous les Français, elle se hâta d'y consentir et d'y contribuer, lorsque les députés du conseil du roi vinrent lui demander, « que, sans préjudice des « privilèges -donnés et octroyés aux recteur, maîtres « docteurs, écoliers et suppôts, ils voulussent souf- « frir et permettre lesdits suppôts , contribuer audit « aide ou emprunt selpn qu'il serait assis et imposé a raisonnablement, et ainsi que la nécessité le re- « quiert a , se contentant seulement de déclarer que « c'était de son présent consentement et octroi, pour « cette fois seulement, et non pour autres, et en « demandant acte », ce qui lui fut accordé 3 .
1 Privilèges de V Université, pag. i5.
* Bulleus, Historia Universitatis , V, 445.
3 Ordonnance du Roi, du 2 septembre 1437.
SOPS CHARLES VII. 253
Bientôt après , le roi fit son entrée dans la capitale: il en était le maître depuis dix-huit mois; mais les affaires du royaume l'en avaient jusqu'alors tenu éloigné. Il y rentra le 11 novembre 14^7, après une absence de plus de dix.- neuf années. Son retour excita une allégresse universelle : partout on criait noéljet à la porte Saint-Denis on avait placé l'écu de France , sur lequel on avait écrit les vers suivants :
Très-excellent roi et seigneur , Les manants de voire cité Vous reçoivent en tout honneur Et en très-grande humilité ».
Tous les corps de la ville, le parlement, l'Université, le clergé, allèrent au-devant de lui jusqu'à la Chapelle. A son arrivée à Notre-Dame , il fut harangué par l'Université, et le lendemain il reçut de nouveau ses hommages à l'hôtel Saint-Pol, en présence de toute la cour.
Depuis quelques années on était encore occupé en Europe d'un nouveau concile, c'était le concile de Bâle. Il s'était ouvert en i43i , en vertu d'un décret du concile de Constance, qui l'avait lui-même indiqué. On devait principalement travailler dans ce concile à la réformation de l'Église, à la réunion des communions grecque et latine, et enfin à la conversion des Bohémiens, devenus hussites. Depuis le sup-
* Mon vi km n , tome II.
•j54 histoire de l'université
plice de leur compatriote, Jean Hus , ce peuple avait pris les armes, et les efforts de l'empereur Sigismond pour le réduire avaient jusqu'alors été infructueux. Le pape Martin V, élu à Constance, venait de mourir en 1 43 1 , et il avait eu pour successeur Eugène IV, par les ordres duquel le concile s'assembla. L'Université y envoya des députés choisis dans les quatre facultés, et dont la dépense était fixée par jour à vingt sous pour les théologiens, et seize sous pour les artiens , décrétistes et médecins 1 ; en même temps elle écrivait des lettres pressantes aux princes et aux prélats pour exciter leur zèle. A peine s'était-on réuni, que le pape, craignant les délibérations du concile, et redoutant qu'il ne portât une trop grande atteinte à sa puissance, entreprit de le dissoudre, ou du moins de le transférer en Italie , dans une ville où il pût lui être facile de l'influencer; et, dans ce but, il indiqua Bologne dès le 18 décembre i43i. A partir de ce moment , la mésintelligence éclata entre le pontife et lés pères du concile. Ceux-ci s'opposèrent formellement à la translation , et déclarèrent qu'ils voulaient rester à Baie jusqu'à l'accomplissement de leur ouvrage. Ils étaient soutenus dans leur résistance parles plus puissants princes, tels que les rois de France, d'Angleterre et l'Empereur, et par l'assentiment de toutes les universités, entr'autres de celle de Paris , qui leur avait écrit , le 9 février , « que « si le pontife romain voulait dissoudre le concile de
' Bit ixeus , Historia Vniversitatîs , V, 387.
SOUS CHARLKS VII. a55
« sa pleine autorité avant l'entière décision des ma- « tières entamées, on ne devrait pas lui obéir sur ce « point, mais bien plutôt lui résister en face 1 : » ils commencèrent par renouveler les décrets du concile de Constance , touchant la supériorité des conciles sur les papes; ensuite ils arrêtèrent qu'Eugène serait sommé de révoquer son décret de dissolution , et de se rendre à Bâle, lui ou ses fondés de pouvoirs. On vit dans cette circonstance quelle importance on attachait alors à l'opinion de l'Université ; car le pape mit tout en usage pour l'attirer dans son parti ; mais ce fut en vain , elle resta inébranlable. L'opiniâtreté d'Eugène , qui cassait les uns après les autres tous les actes du concile, en avait indisposé les membres , et on se préparait à employer contre lui des moyens rigoureux , lorsqu'une réconciliation vint réunir l'Église avec son chef ( i434 ). Cette paix ne pouvait durer long - temps : le concile voulait trop restreindre le pouvoir de la cour de Rome ; il venait d'abolir les annates, de déclarer gratuite toute institution de bénéfices , et il avait prononcé des peines contre tes contrevenants, quels qu'ils fussent; de sorte que, disaient les Pères de Bâle: « Si le pontife romain, qui est plus obligé qu'aucun « autre d'observer les saints canons, scandalisait l'E- « glise en violant le présent décret, il doit être dé- « féré au concile général. » Cette disposition avait été accueillie avec transport par l'Université, qui.
1 Crkvip.r , Histoire de f Université , IV, 5fl.
Îl56 IIISTOIRF DE L UNIVERSITÉ
s'en était fait donner une expédition authentique 1 ; mais elle avait irrité le pape , il refusa de la sanctionner; et, pour se soustraire à une puissance qui le menaçait si vivement, il prononça la dissolution du concile de Baie ( 1437 ), et en indiqua un nouveau à Ferrare. De leur côté les membres du concile cessèrent de garder aucun ménagement, ils citèrent Eugène à comparaître , sur son refus prononcèrent contre lui, le 29 juin 1 4^9 , une sentence de déposition, et, le 5 novembre de la même année, ils élurent à sa place , sous le nom de Félix V, le duc Amé de Savoie, qui depuis peu avait quitté la couronne ducale pour aller habiter sa retraite de Ripaille. Cette mesure violente fut peu goûtée; 011 disait qu'elle n'était propre qu'à causer de nouveaux désordres dans l'Église. Tout le monde la blâmait, et les poètes même ne craignaient pas d'en faire le sujet de leurs vers. J'ai , disait Granger-Chatelaiu ,
Tai un duc de Savoie Veu pape devenir, Ce qui fut nors de voie Pour à salut venir.
Si en vint dure plaie En l'Église de Dieu , Mais il en reçut paie En ripaille en son lieu *.
• 1 Bulleus, Historia Universitatis , V, 432.
* Gran gfr-Chatelain , Récollection des Merveilles advenues de nostre temps.
SOUS CHARLES VII. a*>7
Aussi la France et les principaux États de l'Europe refusèrent obéissance au nouveau pontife , et la conservèrent à Eugène, tout en reconnaissant néanmoins la validité des canons du concile concernant la discipline de TÉglise ; et il y parut bien dans rassemblée du clergé français , que le roi venait de convoquer à Bourges, et dans laquelle siégèrent les députés de rUniversité, munis d'instructions qui nous ont été conservées l . Là fut rendue la fameuse ordonnance connue sous le nom de pragmatique sanction, qui renouvelait les décrets de Saint-Louis , abolissait les annates, enlevait au Saint-Siège les élections de bénéfices, interdisait les appels à Rome, et proclamait la suprématie des conciles : ordonnance qui devint l'objet de la haine des papes , qui firent par la suite, comme nous aurons occasion de le voir, tous leurs efforts pour l'anéantir.
Le concile de Baie avait fourni à l'Université l'occasion de manifester l'attachement qu'elle portait à ses privilèges. Elle avait eu lieu de craindre en effet qu'on n'étendît jusque sur elle la réforme qu'on voulait introduire dans l'Église, et elle recommandait à ses députés de ne souffrir aucun empiétement à cet égard. «Nous vous signifions, leur écrivait-elle, que a notre intention n'est pas que nos privilèges soient « soumis à aucune discussion devant quelque juge « que ce puisse être ; nous voulons qu'ils soient sup- « posés et reconnus pour des principes avoués , parce
' Ct évier , Histoire de f Université , IV, 99.
a58 HISTOIRE DE L UNIVERSITÉ
m que, d'une part, ils sont fondés sur le droit com- « raun ; et que, de l'autre , leur exercice constant et a notoire de toute antiquité fait prescription et vaut <c titre 1 ». Ses craintes étaient fondées. On n'avait plus pour ses privilèges le même respect, et on leur portait de fréquentes atteintes, qui toujours, il esl vrai, ne restaient pas impunies. En i44°? c ^ es huissiers avaient arraché de force, du couvent des Augustins, un maître en théologie, malgré la résistance des religieux dont un avait été tué. Les Augustins étaient membres de l'Université; elle prit leur défense, et demanda justice de cet attentat commis contre les maisons claustrales, menaçant de fermer ses écoles si on ne l'écoutait pas. Justice fut rendue. Les huissiers condamnés à faire amende honorable , nu-pieds et une torche à la main, furent ensuite bannis; et on plaça, au coin des rues des Grands - Augustins et du quai de la Vallée , un bas-relief aujourd'hui déposé au Musée des monuments français , qui représentait cet événement 2 .
Mais cette satisfaction qu'on accordait à l'Université contre des agents subalternes, elle ne l'obtenait plus lorsqu'il s'agissait d'objets plus importants. Malgré la confirmation de ses privilèges, on voulait toujours la soumettre aux taxes et impôts extraordinaires qu'on était souvent obligé de lever sous le règne de Char-
i Crévier, Histoire rie l'Université, IV, 117.
i FtLiniEN, Histoire fie Paris, II, 83o. — Dv 1. ai re, Histoire de Paris, 11, &3p.
les VII ; elle se refusait à payer, en se retranchant derrière ses prérogatives, et en invoquant les promesses royales *. Un nouvel impôt avait été ordonné en i445, et on avait nommé des commissaires qui étaient chargés de présider à son prélèvement , et de juger toutes les contestations qu'il pourrait faire naître. L'Université ne voulut ni payer ni se soumettre à la juridiction des commissaires, prétendant ne pouvoir être jugée que par le roi en personne, ainsi que cela avait eu lieu dans les affaires de Tignonville et de Savoisi, et aussitôt elle ordonna une cessation générale de leçons et de prédications. En même temps elle adressa un mémoire au roi, et lui envoya une députation chargée de lui demander le maintien de ses privilèges, que tout récemment encore le Parlement venait de violer en s'emparant, au préjudice des tribunaux ecclésiastiques, d'une affaire criminelle, dans laquelle les prévenus étaient des écoliers de l'Université.
Le roi l'accueillit assez peu favorablement, lui ordonna de reprendre ses exercices interrompus, refusa de connaître des affaires de l'Université, et, par une ordonnance du 27 mars r/|/j(j, il lui donna pour juge dans toutes ses contestations le Parlement , parce que, dit -il, « les grandes et hautes « affaires de notre royaume , en quoi nous sommes « continuellement occupé , ne nous permettent pas
• Privilèges de T Université, pag. 17.
2(X> HISTOIRE DE LI7NÏ VERSITÉ
« de vacquer ni entendre en notre personne, ouïr, « discuter et décider des querelles , causes , négoces « et questions de notre fille l'Université de Paris , « ni des suppôts d'icelle; et que de moult plus « grandes choses que celles de ladite Université, « notre dite cour de Parlement connoît, décide et « détermine de jour en jour *. » Cette ordonnance était loin de plaire à l'Université ; elle n'était pas obligée , il est vrai , de reconnaître le tribunal des commissaires, mais aussi elle perdait la précieuse prérogative de n'être jugée que par le roi , et ensuite elle se trouvait soumise à un corps dont elle se regardait comme l'égale : « car, disent les écrits du temps , la « Cour de Parlement est sœur de l'Université , mais « non pas sa maîtresse a . »
Ce n'étaient pas seulement là tous ses sujets d'inquiétude. Une rivale, qui comptait encore peu d'années d'existence, lui donnait de vives craintes ; c'était l'université de Caen , qui , récemment érigée par les Anglais, attirait à elle tous les étudiants de la province de Normandie, et avec d'autant plus de facilité que cette partie de la France était sous la domination anglaise. L'Université de Paris paraissait prévoir ce qui arriva bientôt après, c'est-à-dire que, quand même les ennemis seraient chassés , le roi n'en conserverait pas moins leur ouvrage. En effet , après la conquête de la Normandie, le roi confirma, par une
« Crévier, Histoire de F Université, IV, > BvLLtUS, Historia Universitatis , V, 816.
ordonnance du 3o octobre i45a , rétablissement d'une université dans la ville de Caen f .
A ces causes de sollicitude, se joignait en outre le besoin d'une réforme qui chaque jour se faisait sentir davantage, et que mille abus, fruit de tant d'années de désordres et de malheurs , rendaient indispensable. Cette tâche était difficile, le Parlement voulut s'en charger; et il avait déjà reçu des lettres-patentes du roi, lorsque l'Université s'y opposa, et demanda (i 44?) qu'il lui fût permis de se réformer elle-même. Sa demande fut écoutée; mais cette bonne résolution ne produisit aucun résultat; et la réforme ne s'opéra que cinq ans après, en i45a, par les soins du cardinal d'Estouteville.
La compagnie , à cette époque , s'écarta de quelques-uns des usages que les préjugés faisaient considérer comme devant être inviolables. Le mariage jusqu'alors avait été regardé comme incompatible avec les sciences , et une coutume absurde privait de leur grade et de leur titre tous les maîtres qui osaient ne pas garder le célibat. Un médecin , nommé Mauregard,fut le premier ( 1 447) 4 U * s ^ eva contre cette injuste loi. Il s'était marié, et néanmoins il voulait conserver le titre de régent. Après de longues délibérations, la question fut résolue en sa faveur; mais par un reste de respect pour les anciennes coutumes , on ne lui accorda que le titre de régent honoraire. C'était cependant un pas de fait vers un meilleur or-
» Pasquier , Recherches de la France, liv. ix, chap. 5 et 37.
tôl HI9TOIBE DE LU Pf I VERSITÉ
dre de choses; et ainsi on arriva peu à peu à ne pas écarter de l'instruction des hommes d'autant plus propres à s'y livrer, que leur cœur s'est ouvert aux plus douces impressions, et qu'ils portent à leurs élèves une affection dont le germe a pris naissance dans leurs familles. En même temps , pour accorder à ceux de ses officiers qui avaient vieilli dans des emplois auxquels ils avaient consacré leur vie, quelques ressources dans leur vieillesse, l'Université leur permit de vendre leur charge à un successeur agréé par elle. L'initiative de cette mesure fut accordée, en i449, au greffier de l'Université *. On dit même qu'elle fut quelquefois étendue aux professeurs.
On commençait alors à respirer. Après tant et de si longues calamités, la France avait recouvré une tranquillité qu'on n'osait plus attendre; et le règne de Charles VII, qui s'était annoncé sous de si tristes auspices , était devenu pour le peuple une époque de félicité. Vingt années avaient suffi pour* arracher aux Anglais toutes leurs conquêtes. La Normandie , la Guyenne étaient redevenues françaises, et la guerre active qu'on faisait tous les ans aux ennemis du royaume, n'était plus considérée comme un événement important, car on était sûr de marcher de victoire en victoire. Des améliorations également notahles s'étaient introduites dans l'administration intérieure. Ces compagnies armées, dont la guerre autorisait en
• Bulluus, Historia Umversitatis, V, 5Ho.
quelque sorte les ravages, qui ne respectaient ni amis ni ennemis, et que leur férocité avait fait flétrir du nom d ecorcheurs , venaient de disparaître du sol de la France, et avaient été remplacées par des corps régulièrement organisés , qui étaient les protecteurs du peuple au lieu d'en être les tyrans : jamais la France ne s'était trouvée aussi heureuse. L'Université, si long-temps troublée par nos discordes civiles et qui y avait pris tant de part , jouissait d'un repos qui devait produire les plus heureux résultats ; et rien n'aurait éveillé sa sollicitude , si les papes n'avaient fait tous leurs efforts pour renverser le monument élevé, en 1 4^7, à Bourges, par les prélats français. Dix aus s'étaient a peine écoulés depuis que la pragmatique sanction avait été rendue : et Eugène IV, sous le pontificat duquel elle avait été décrétée, ainsi que Nicolas V son successeur, en avaient déjà réclamé l'abolition auprès du roi. L'Université , sollicitée d'appuyer leur demande , s'y refusa formellement, fit éclater, pour la défense des libertés ecclésiastiques, un zèle qu'elle déploya d'une manière plus énergique encore par la suite, et envoya au roi une députation pour le prier de maintenir son ouvrage Le prince lui en sut gré, et en i45i les Normands ayant voulu, en s'appuyant sur la Charte normande, contester à l'Université le privilège dont jouissaient ses membres de citer devant
le tribunal des conservateurs apostoliques et au Châ-
1 BuLLEUi», Htsioria Universitatis ) V, 5 4 H.
telet de Paris tous ceux avec qui ils seraient en contestation, Charles, par une ordonnance du 29 mai 1459, déclara qu'en confirmant la Charte normande, il n'avait voulu nuire en aucune manière aux privilèges et droits de l'Université parisienne
Cette même année(i 45 1) avait vu naître, entre le recteur et l'abbé de Saint-Denis, des débats dont la foire du Lendit était la cause. Cette foire qu'on prétend avoir été instituée par Charles-le-Chauve a , était l'occasion d'un congé auquel l'Université toute entière prenait part, et qu'on fut par la suite obligé de supprimer, à cause des excès qui s'y commettaient. Elle se tenait entre Paris et Saint Denis , dans un endroit soumis à la juridiction de l'abbé. Là se rendaient de toutes parts des marchands de parchemin , et le recteur, en vertu d'un usage immémorial , prélevait sur chaque botte un droit que nous avons vu ( pag. 1 o3 ) être de seize deniers parisis. On voulut l'en priver. Après plusieurs années, toutes marquées par la même contestation, l'affaire fut portée devant le Parlement, et un arrêt, en date de 1469, donna gain de cause au recteur, qui continua à jouir de ce droit jusqu'en 1600, où il cessa d'en faire usage. Ce n'était pas sans raison que l'Université attachait une certaine importance à ce prélèvement ; car il formait
1 C&kvier, Histoire de l'Université, IV, i63, a43, * Gr an cola s, Histoire de la Fille, de FÊvéclié et de P Université de Paris, I, a5i. — Le Beuf , Histoire de la Ville et du Diocèse de Paris, I, 142. — Ducange, Glossaire V° 1 ndictum. — Felibisn , Histoire de Paris , II , 883.
à lui seul une partie des revenus du recteur, et ces revenus comme ceux de l'Université étaient fort peu considérables : ils ne se composaient que de taxes appelées bourses, d'une valeur de cinq à six sous chacune, et que tous les membres devaient payer.
De semblables difficultés n'étaient cependant pas de nature à troubler la paix dont jouissait l'Université; aussi cette époque fut -elle jugée tout-àfait propre pour s'occuper de la réforme que depuis long -temps tout le monde invoquait. Le cardinal d'Estouteville était légat en France ; élève lui-même de l'Université , il résolut d'accomplir cette œuvre entreprise tant de fois sans succès»; et l'année i45a, célèbre dans les fastes universitaires, fut celle où il la mit en exécution l . Une circonstance remarquable signala cette réforme, c'est l'intervention pour la première fois du gouvernement dans l'administration intérieure de l'Université. Jusqu'alors ce soin était resté uniquement confié à la puissance ecclésiastique: les papes seuls avaient coutume de donner des lois aux écoles, et ces lois étaient respectées par l'autorité séculière. Charles VII le premier , comprenant l'importance des règlements académiques, voulut que le pouvoir ne restât pas étranger à leur formation, et il adjoignit au cardinal des commissaires, presque tous membres du Parlement, et chargés de coopérer avec lui à la rédaction a .
1 Pisquiee , Recherches de la France , liv. ni , chap. 29. ' Velly, Histoire de France, VIII, 260. — Bulleus, Historia VnwersUatis, V, 677.
266 HISTOIRE DE l' V N I V E R SIT É
Le statut, qui fut leur ouvrage, contenait des règles pour les quatre facultés. Il remettait en vigueur les anciennes dispositions, en y ajoutant les modifications que l'expérience avait fait juger nécessaires. Ainsi, dans la faculté de théologie , le temps d étude pour pouvoir enseigner fut réduit à cinq ans au lieu de sept. Les droits excessifs qu'on prélevait dans la faculté de droit, pour l'obtention des grades, furent diminués par le légat et taxés h la somme encore considérable de sept écus d'or pour la licence, et de douze pour le doctorat Une innovation importante, mais qui était déjà autorisée par un précédent, fut introduite dans la faculté de médecine , c'est la permission accordée aux médecins de se marier sans perdre les droits de régence a . La faculté des arts fut aussi l'objet de la sollicitude des réformateurs, et elle se porta principalement sur le choix des maîtres qui devaient présider à l'instruction première de la jeunesse. Ils s'occupèrent ensuite des pensions, car depuis long-temps il existait des établissements de ce genre; mais ce fut
i Crévieu, Histoire de V Université , IV , 178.
a Vêtus statu tum quo conjugati a regentia in facultate mediciuae prohibentur, impiutn et irrationabile reputanles , cum eos maxime ad ipsam facultatem docendam et exercendam admitti deceat, corrigentes et abrogantes , sancimus deinceps conjugatos, si docti et sufïïcienles appareant, et morum gravitate ornati, ad regenduin in dicta facultate admitlendos, nisi eos levitas ad vitium aliquod indignos reddat, super quo judicium in correctione, facultati relinquimus. Pasquikr, Recherches de la France, liv. îx , cbap. a5.
pour condamner et reprocher aux maîtres « les pen- « sions trop fortes qu'ils exigent , les épargnes misece rables qu'ils peuvent faire sur la quantité ou la « qualité de la nourriture, et l'accord qui existe entre « eux pour faire la loi au public, et faire monter les « pensions à un trop haut prix l . » Et afin de maintenir toutes les dispositions de leur statut, ils créèrent dans la faculté des arts une nouvelle charge; c'est celle des censeurs , institués pour veiller sur la conduite de tous les membres de l'Université, et qu'on appela d'abord réformateurs perpétuels a .
Le même statut ne se borna pas à réformer la discipline de l'Université; ses soins s'étendirent aussi aux études, et il régla quels livres devaient être suivis dans les divers genres d'enseignement. Il s'efforça en même temps de modérer l'abus des privilèges de scholarité qu'on avait prostitués au point de les rendre méprisables, et que les magistrats, indignés de voir souvent les coupables s'en couvrir comme d'une égide, s'habituaient à ne plus observer.
Il setait à peine écoulé une année depuis la promulgation du statut, lorsque la compagnie en fit une triste expérience. Le prévôt de Paris faisait fréquemment emprisonner des écoliers sans égard pour leur qualité, et le Châtelet en renfermait plus de quarante , quand le recteur, sur l'ordre de l'Université, se pré-
1 CatviER, Histoire de l'Université, IV, 186.
1 Velly, Histoire de France, VIII , 261 Buli.kus , His-
toria U niversitatis , V, 572.
senta chez le prévôt pour les réclamer. Ils lui furent rendus. Satisfait d'avoir réussi, il revenait avec un cortège nombreux dans la rue Saint-Antoine, lorsqu'il fut rencontré par un commissaire accompagné de huit archers. Une rixe s'élève; les hommes d'armes s'élancent sur les jeunes gens, et, dans la mêlée, un bachelier en droit est tué, vingt écoliers blessés; le recteur lui-même courut risque de la vie , et put à peine s'échapper, car, dans le tumulte, les bourgeois avaient pris les armes, et les chaînes avaient été tendues dans les rues 1 (11 mai 1 453 ). L'Université éplorée s'assembla le lendemain pour assister au convoi du malheureux qui avait péri ; elle ordonna une cessation générale de leçons et de sermons, et en même temps une députation fut envoyée au Parlement pour demander non seulement le châtiment des coupables, mais encore la mise en cause du prévôt de Paris. On exigea d'abord qu'elle reprît ses exercices; elle tint ferme , et, le m juin, le Parlement, sur l'ordre du roi, condamna les archers à faire amende honorable à l'Université, nus en chemise, une torche ardente à la main , et celui qui avait voulu tuer le recteur eut le poing coupé; mais le prévôt fut renvoyé de la plainte \ L'Université, peu satisfaite, déclina alors la juridiction du Parlement, prononça la pri-
» Félibien, Histoire de Paris , II.
1 Cbévieb , Histoire de V Université , IV, 202. — Bulleus , Hl s tari a Universitatis , V, 58 1. — Veixy, Histoire de France % VIII , 292.
Vation des droits académiques contre tous ceux qui porteraient devant cette cour une cause qui intéressât FUniversité ou un de ses corps, et continua de suspendre tous ses exercices et d empêcher toute prédication; elle fut même tellement inflexible dans sa résolution, que l'évêque de Paris lui ayant demandé, selon l'usage, un prédicateur pour rendre grâce à Dieu de la conquête de la Guyenne , que le roi venait de terminer heureusement, elle le refusa. Cet état d'hostilité contre le Parlement et contre l'évêque de Paris, qui n'avait pas voulu jeter un interdit sur toute la ville, subsista long -temps, et ce ne fut que dans le mois de février de l'année suivante ( i454 ) que l'Université consentit à rouvrir ses classes et à permettre les sermons , excepté toutefois dans les paroisses de Saint-Paul, Saint-Gervais et Saint-Jeanen-Grève, sur le territoire desquelles l'attentat avait été commis, et dont la population, à ce qu'il paraît, avait pris parti pour les archers. Enfin, le calme ne fut entièrement rétabli que vers la fin de l'année 1^54, par arrêt du Parlement qui portait qu'une colonne serait élevée sur le lieu où le crime s'était commis , avec une inscription destinée h en perpétuer le souvenir. Cet arrêt ne reçut jamais d'exécution.
Pendant que ceci se passait, le roi accomplissait un devoir qu'on n'aurait pas dû rester si long- temps sans remplir, il faisait revoir le procès de Jeanne d'Arc et réhabiliter sa mémoire. Si, dans des temps de trouble et d'anarchie, l'Université, opprimée par les factions anglaises et bourguignones, avait eu le
S17O HISTOIRE DE i/uN I VKRSITÉ
. malheur de contribuer à sa condamnation, il faut dire à sa louange qu'elle était revenue à des sentiments plus français, et que ce fut un de ses docteurs, Robert Cibolle, l'un des commissaires rédacteurs du statut de i45a, qui le premier écrivit pour la justification de l'héroïne d'Orléans l .
Le pape Calixte III avait remplacé ( i455) Nicolas V. Une bulle de ce dernier pontife, en accordan aux mendiants le pouvoir de confesser, avait réveillé entre eux et l'Université une querelle qu'on pouvait croire éteinte. L'Université vint au secours des ordinaires, s'opposa à la réception de la bulle qu'elle qualifia de subreptice , et écrivit à tous les prélats du royaume pour les exhorter à se joindre à elle et à prendre la défense de leurs droits. Elle ordonna en même temps aux religieux de renoncer à son bénéfice, et, sur leur refus, les exclut de son sein. Ceux-ci en appelèrent au Parlement, qui, après avoir entendu les parties, les renvoya à une époque assez reculée pour prononcer l'arrêt. Pendant ce temps des négociations étaient entamées; les mendiants ayant consenti à ne faire aucun usage de la bulle, ni à s'en prévaloir,
1 Depuis, les affaires de France estant devenues plus calmes par l'extermination des Anglais, maistre Robert Cibolle, docteur en théologie, chancelier de l'Université, par livre exprez escrivit en l'an mil quatre cent cinquante-six, contre tous ceux qui l'avoient déclarée hérétique; j'en ay veu autrefois le livre ès-mains du Feron, ce grand chercheur d'armoiries. Pasquier, Recherches de la France, liv. vi, chap. 5. — Launoy, Regii Navarrœ Gymnasii Historia, pag. 588. — Bulleus, Historia Universitatù, V, 600.
lu décret qui avait été prononcé contre eux fut rapporté, et ils furent réintégrés, à la prière du connétable de Richemond , qui les présenta lui-même à l'Université, en disant : « Messieurs , je vous ramène « ces bons religieux qui n'étaient pas bien avisés; « pourtant je vous les ramène mieux avisés , et je « vous prie, mes bons seigneurs, que, en faveur « de moi et pour le bien du pays, il vous plaise de « les recevoir comme vos suppôts, et de les traiter « amiablement comme devant *. » Mais cet accord ne devait pas subsister long-temps. Le général des Dominicains le désapprouva , et défendit à ses religieux de s V conformer. L'Université se vit donc obligée de prononcer contre eux un nouveau décret d exclusion, et cette seconde séparation dura plus d'un an; car ce ne fut que Tannée d'après, en 1 458 , qu'ils se décidèrent enfin à donner satisfaction pleine et entière à l'Université , dont la conduite avait reçu l'approbation du gouvernement , qui alors n'était nullement disposé à rien accorder qui pût favoriser les prétentions ultramontaines, bien que le pape Calixte eût écrit au roi pour se plaindre de la présomption criminelle de l'Université, et le prier de réprimer son audace.
Une aussi puissante protection encourageait la compagnie à s'opposer, autant qu'il était en elle, à l'agrandissement vers lequel tendaient les juridictions ecclésiastiques extraordinaires, que les tribunaux ci-
' Crlvif i , Histoire He l'Unùcntw, IV, a33.
vils avaient toujours vues avec déplaisir. Il y avait alors un inquisiteur de la foi; mais il avait peu d'influence: une semblable magistrature ne pouvait prendre racine sur le sol généreux de la France; et les sanglantes exécutions que l'inquisition venait d'ordonner à Arras contre de prétendus Vaudois , n'avaient pas peu contribué à inspirer à tout le monde une horreur invincible pour elle. En vain elle cherchait à étendre son pouvoir, presque partout on la repoussait avec vigueur. Tout récemment (i456) elle avait fait citer devant son tribunal un docteur en théologie pour y rendre compte de quelques propositions qu'elle considérait comme hérétiques. L'Université s'assembla aussitôt, défendit la comparution comme contraire à sa discipline et violant la juridiction qu'elle a le droit d'exercer sur ses membres. Une si prompte résistance arrêta l'inquisiteur, il craignit d'engager une lutte avec un corps puissant, renommé surtout pour son attachement aux libertés de l'Église de France et l'opiniâtreté avec laquelle il savait défendre ses droits. L'Université donnait par là l'exemple d'un noble courage, et, dit Crévier, « il aurait « été à souhaiter pour les autres pays chrétiens que « l'on s'y fût opposé avec la même fermeté au pou- « voir tyrannique de l'inquisition. »
SOUS CHARLES VII. <k*]?>