‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 29 sur 39 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Mort de Grégoire XI. — Origine du schisme de l'Église. — Urbain V et Clément VU. — La France et l'Université reconnaissent Clément. — Mort de Charles V. — Remontrances de l'Université. — Hugues Aubriot. — Les Maillotins Démêlés avec

le chancelier de l'Église de Paris. — Controverse sur la conception immaculée. — Boniface IX et Benoit XIII. — Lettre de l'Université à ce pontife. — Soustraction d'obédience. — Benoit prisonnier à Avignon. — État florissant de la théologie et du droit canon. — Astrologie judiciaire. — Fuite de Benoit. — Restitution d'obédience. — Désordres du Royaume. — Plaintes

de l'Université Procès contre sire Charles de Savoisy. —

Innocent VIII. — Concile de Paris. — Nouvelle soustraction

d'obédience. — Bulles d'excommunication de Benoît Ses

envoyés sont arrêtés. — Confirmation des privilèges de l'Université. — Son pouvoir et sa vengeance contre le sire de Tignonville. — Assassinat du duc d'Orléans. — Apologie du docteur

Jean Petit. — Concile de Pisc , Alexandre V et Jean XXIII

Le duc de Bourgogne tout puissant. — Guerre des princes. — États-généraux. — Discours de Benoit Gentien et d'Eustache de Pavilly. — Troubles , supplice de Desessarts. — Efforts de l'Université pour maintenir l'ordre. — Condamnation de la doctrine de Jean Petit. — État déplorable de la France. — Situation de l'Université. — Elle paie sa dette aux malheurs publics en renonçant à ses privilèges.

A. la fin de Tannée 1370, l'Université perdit un de ses protecteurs dans le pape Urbain V, qui mourut à Avignon. Ce pontife entretenait, dit-on, à ses frais ,

SOUS CHAULES V. 171

dans diverses écoles, plus de mille écoliers ; ce fut lui qui transporta à Rome le siège pontifical , qui depuis long-temps était à Avignon. Il résista aux prières du roi , qui s'efforçait de le retenir en France, en faisant valoir les avantages que notre patrie lui présentait, et parmi lesquels on rangeait en première ligne l'existence de l'Université de Paris. Il eut pour successeur Grégoire XI, dont la mort, arrivée en 1378, fut l'origine d'un schisme qui faillit être bien funeste à l'Église. Depuis que les papes avaient fixé leur résidence à Avignon , Rome , privée de leur cour, voyait disparaître sa splendeur. Grégoire y avait terminé sa carrière, c'était là que devait se faire l'élection; mais la majorité des cardinaux était française, elle voulait un pape de sa nation, et il était à craindre pour les Romains qu'il n'abandonnât encore leur ville. Une rumeur sourde régnait parmi le peuple , et était le présage des excès qu'on pouvait avoir à redouter. A peine les opérations du conclave étaient-elles commencées , que la populace entoura le palais où les cardinaux étaient rassemblés , en poussant les clameurs les plus sinistres : c Nous le- voulons romain, s'é- « criait - elle ; nous le voulons romain ; Romano lo « volemo; sinon, seigneurs cardinaux, nous vous fe- « rons les têtes plus rouges que vos chapeaux 1 .» Effrayés du danger qui les menaçait, s'ils ne se conformaient aux désirs d'un peuple irrité , les cardinaux,

1 Froissard, Chroniques, liv. m, chap. xxi. — Velly, Histoire de France , V, 545.

pour échapper à ce péril , nommèrent un Napolitain , Barthélemi Priguano, archevêque de Bari. Cette élection était le résultat de la violence, le choix des cardinaux n'avait pas été libre ; mais peut-être l'eussentils ratifiée sans la faute du nouveau pontife qui avait pris le nom d'Urbain VI. Au lieu de ramener par la douceur des esprits déjà mal disposés, il les irrita encore par une sévérité excessive ; il ne craignit pas d'humilier leur amour-propre , et il alla jusqu'à leur reprocher en public certains actes de leur conduite. Le cardinal de La Grange, qu'il avait signalé comme un des plus coupables, rie put se contenir, et lui donna au milieu du consistoire un démenti ; ce fut comme le signal de la défection. Tous les cardinaux quittèrent Rome, et vinrent se réunir à Agnani , où commandait le comte de Fondi , ennemi d'Urbain ; le cardinal camerlingue lui-même s'enfuit, emportant la tiare et les ornements pontificaux. De là, ils adressèrent à Urbain l'exhortation d'abdiquer une dignité qu'il savait bien n'être pas canonique , et n'avoir été obtenue que par la violence : ils écrivirent en même temps des lettres à Charles V et à l'Université x , pour les engager à se joindre à eux. Rome était ensanglantée, le parti d'Urbain poursuivait avec fureur les Français , lorsque les cardinaux, qui avaient protesté contre l'élection de l'archevêque de Bari , et qui le qualifiaient d'apostat et d'antéchrist , résolurent enfin de procéder à la nomination d'un nouveau pape. Tous, sans en

1 Bulleus, Historia Universitatis , IV, 465.

excepter même les Italiens , étaient d'accord ; ils se rendirent à cet effet à Fondi; et, le 20 septembre 1378, ils élurent, à la place de Prignano, le cardinal de Genève, homme d'une naissance illustre, qui prit le nom de Clément VIL On assure que ce conclave avait jeté les yeux sur le roi de France Charles V, alors veuf ; mais que ce prince avait refusé T . Clément, aussitôt son exaltation , s'était empressé de la notifier au roi , qui convoqua dans son palais une nombreuse assemblée, où l'on devait examiner la validité des deux élections. Les docteurs de l'Université reçurent l'ordre de s'y rendre ; le roi aimait à écouter leurs avis , et à s'entourer de leurs lumières dans toutes les occasions importantes. C'est ainsi qu'après l'avoir consultée, lorsqu'il rendit à Vincennes, en le fameux édit qui fixait à quatorze ans la majorité des rois, il avait voulu qu'elle fût présente lors de son enregistrement au parlement a . Dans cette grande assemblée, il fut décidé que l'électiou d'Urbain était irrégulière et nulle ; et en conséquence le roi et la France se rangèrent sous l'obédience de Clément.

Une si prompte décision n'avait pas été approuvée par l'Université entière , elle avait d'abord reconnu Urbain ; et elle ne se prononça pas avec autant de facilité. Une assez forte opposition d'ailleurs, exis-

■ Villarkt, cité par M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne, 1 , 65.

a Le Beuf , Histoire de la Fille et du Diocèse de Paris , II , 1 13. — Vrllt, Histoire de France, V, 470.

1^4 HISTOIRE DE LUNIVERSITÉ

tait dans son sein. Le roi , qui considérait son avis comme important, lui avait ordonné de s'assembler le 7 janvier 1379; ce jour-là elle ne put prendre de détermination, et fut obligée de s'ajourner. Enfin, le a5 mai, une nouvelle séance eut lieu aux Bernardins, et les facultés de droit, de médecine et de théologie, avec les nations de France et de Normandie, étant tombées d'accord , l'Université , malgré l'avis contraire des deux nations de Picardie et d'Angleterre, reconnut Clément VII. Cette délibération fut portée au roi, au donjon de Vincennes , par les députés de la compagnie ; et Amélius de Broille, envoyé de Clément, s'en fit donner acte pour le pape qui bientôt (1379) adressa lui-même d'Avignon, où il s'était retiré après avoir été obligé d'abandonner Rome et l'Italie à son rival , des lettres de remercîments à l'Université.

Ce schisme, qui pendant quarante ans divisa .la chrétienté , que la fureur du peuple avait fait naître , et que l'ambition et l'opiniâtreté surent perpétuer, troubla les dernières années de Charles V. Ce prince, qui mérita le surnom glorieux de Sage, avait, par ses talents , arraché la France de l'abîme où elle était plongée à son avènement au trône. Il avait éteint le feu des discordes civiles; ses armes victorieuses avaient enlevé aux Anglais la Guyenne et la Normandie ; et on l'avait vu , avec un étonnement mêlé d'admiration, citer à son tribunal, avec la hauteur

1 Cr évier, Histoire. de V Université , III, 3fl. -

d'un suzerain et d'un maître, le conquérant de la France, le vainqueur de Crécy et de Poitiers. De si incroyables résultats promettaient un avenir plein de gloire; mais ce prince, à peine dans la force de l'Age, succombait sous une maladie lente qu'on attribuait au poison que lui avait donné dans sa jeunesse le roi de Navarre, et qui l'enleva à l'amour de son peuple le 16 septembre i38o. Sa mort fut le signal des maux qui devaient fondre de nouveau sur notre malheureuse patrie, et l'accabler pendant plus d'un siècle. Nous verrons l'Université jouer un rôle dans ces déplorables événements, prendre parti dans nos discordes civiles, et tour à tour instrument des factions, protéger ou combattre les Armagnacs et les Bourguignons. Arrachée à la tranquillité dont elle jouissait sous Charles V, à peine avait-il fermé les yeux, qu'elle dut s'apercevoir qu'elle ne pouvait attendre du régent, Ixniis d'Anjou, son frère, la protection dont le roi l'avait entourée. Héritier du trône de Naples , le duc d'Anjou cherchait à amasser en France les trésors dont il avait besoin pour y monter; partisan du pape d'Avignon, Clément Vil, il s'appuyait sur son autorité pour faire valoir ses droits à la succession de Jeanne; et, pour reconnaître ses bontés, il abandonnait la France à ses exactions; elles étaient excessives. Le pontife, dont elle composait presque toute l'obédience, faisait peser sur elle toutes les dépenses nécessaires à sa cour: c'était avec son or qu'il achetait des partisans, et ils s'entendaient ensemble, dit un historien, pour laisser les bénéfices en vacance, et en partager les re-

venus L'Université, qui d'abord s'était déclarée pour Urbain , et qui ensuite , par égard peut-être , était revenue à l'obédience de Clément , parut fléchir dans son opinion. Indignée des rapines exercées par la cour papale , elle éleva la voix ; Jean de Roncé , docteur en théologie, portait la parole, et se plaignit au régent avec beaucoup de force. Au lieu d'écouter ses remontrances, le prince voulut les étouffer, et l'orateur fut emprisonné par son ordre ». Relâché sur les plaintes de l'Université, il quitta la France, et se retira auprès d'Urbain. Peu de temps après , le recteur, avec un grand nombre de membres, suivit son exemple 3 . Et ce fut à cette époque que pour la première fois on proposa, afin d'anéantir la division qui paraissait sur le point de naître , la convocation d'un concile ; mais un semblable projet ne convenait pas au régent , et il ne reçut alors aucune exécution.

Le peuple, pendant ce temps-là, souffrait impatiemment les impositions nouvelles ; il savait qu'à son lit de mort , le roi Charles avait ordonné la suppression des aides; il voulait que sa volonté fût accomplie. Fort de l'assentiment de l'Université, il refusa de payer; déclara qu'il a aimait mieux mourir que de « vivre si misérablement, et de supporter tant d'in-

t M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne, I, 121. * Le Beuf, Histoire du Diocèse et de la Ville de Paris,

3 Duvernet, Histoire de la Sorbonne , I, 106.

SOUS CHARLES VI. îyj

«jures 1 », et se porta en armes au palais. Il fallut alors abolir les gabelles : l'exaspération du peuple néanmoins ne s'apaisait pas, il y avait sans cesse de nouvelles séditions. Hugues Àubriot, prévôt de Paris, en fut la victime : il était haï pour la sévérité avec laquelle il exerçait ses fonctions , et détesté de l'Université , dont il violait souvent les privilèges. Tout récemment encore, aux obsèques de Charles V, il y avait eu une querelle occasionée par une contestation de préséance entre les écoliers et ses sergents qui en avaient emprisonné plusieurs 2 . On disait en outre qu'il avait fait creuser dans le petit Châtelet , et exprès pour eux, deux cachots qu'il appelait par dérision , l'un le clos Bruneau, l'autre la rue du Fouare. Tous ces actes , tous ces bruits n'avaient pas été oubliés; l'Université s'en souvint; elle le traduisit devant la justice de l'évêque , où elle l'accusa d'impiété, d'hérésie et de débauche. Condamné par l'official à une prison perpétuelle , il fut enfermé au Fort-l'Évêque, rue Saint - Germain - l'Auxerrois n° 65, qui était la prison du tribunal ecclésiastique 3 ; mais il n'y resta pas long-temps. L'année suivante, le peuple, dans la sédition des Maillotins, le tira de captivité

1 Discours d'un Savetier rapporté par M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne, I , 126.

a Velly, Histoire de France , VI , 5a. — Crévier, Histoire de V Université, III, 40.

3 Dulauee, Histoire de Paris , IV, 390.

pour le mettre à sa tête; et il profila de sa liberté pour se retirer en Bourgogne, sa pairie *.

Cette sédition , qui eut Heu en i38a, avait pour cause le rétablissement de la gabelle , supprimée Tannée précédente. Le peuple, dans sa fureur, força les portes de l'Hôtel-de-Ville, et s'empara des maillets de plomb qui y étaient déposés, et avec lesquels il assomma les collecteurs des aides. Le conseil de régence fit marcher des troupes sur Paris ; mais l'Université et l'évêque s'entremirent, se transportèrent auprès du roi à Vincennes, lui présentèrent la défense des coupables, et obtinrent un édit d'absolution, dont les chefs seuls furent exceptés *. L'année suivante, l'Université fut moins heureuse; la révolte avait recommencé pendant les guerres de Flandre; et le roi , victorieux à Rosebecque , revenait , à la tête de son armée, châtier les Parisiens. I/Université le supplia de nouveau, et son orateur fit une si noble et si touchante harangue, que le prince en fut ému ; mais le duc de Berri , alors tout puissant , ne laissa aucun espoir. « On doit faire exemple, dit-il, sur les auteurs «de tant de rebellions;)» en effet, les supplices se succédèrent, beaucoup étaient cousus dans des sacs et jetés à la rivière pendant la nuit , sans jugement 3 .

« M. de Barantr, Histoire (les Ducs de Bourgogne , I, i33.

1 Bui.leits, Historia Universitatis , IV, 585.

J Le Bru f, Histoire de la Fille et du Diocèse de Paris , II, 1 38. — M. de Barante , Histoire des Ducs de Bourgogne , I,

Au moment où ces troubles agitaient les premières années du règne de Charles VI, l'Université intentait devant le pape un procès aux chanoines du Chapitre de Notre-Dame, qui prétendaient avoir le droit de faire enseigner les décrétales dans leurs écoles ; et à la même époque , le chancelier de l'Église de Paris , Jean Blanckaert, voyait renaître entre lui et les professeurs une vieille querelle qui n'était que mal éteinte; c'était au sujet des droits que le chancelier voulait exiger de ceux qui demandaient la licence. L'Université, s'appuyant sur le statut du cardinal de Courçon , le règlement de Grégoire IX , et la réforme du cardinal de Montaigu , soutenait que l'obtention de tous les grades devait être gratuite, défendit au chancelier de rien recevoir, et déclara nulles toutes les licences pour lesquelles une taxe aurait été prélevée. L'affaire fut portée au Parlement et au pape, le 6 février 1379 f ; mais la décision nous est restée inconnue : seulement nous voyons , dans les plaidoieries qui ont été conservées, que le chancelier demandait, pour sa peine et ses travaux, la somme de 10 livres par candidat a . Ce qui est certain , c'est que les généreux efforts de l'Université n'eurent aucun succès , et que les chanceliers parvinrent , malgré les textes positifs des règlements, à exiger un droit de chaque bachelier qu'ils admettaient à la licence. Ces droits variaient suivant les fa-

1 Pasquier, Recherches de la France, liv. m, ebap. 33. » Crévier, Histoire de F Université t m, 7a.

la.

l8o HISTOIRE DE l'iMVFRSITI:

cultes. Les licenciés en droit ne payaient qu'un franc; cette monnaie alors était toute nouvelle (i38G); car, dit le plaidoyer de l'Université, «en i36o il n était « encore aucun franc 1 . » •

C'est vers cette époque, en 1 384 à peu près, que prit naissance une fameuse controverse théologique qui divisa long-temps les franciscains et les dominicains; c'est celle de la conception immaculée de la sainte Vierge. Il s'agissait de savoir si la Vierge avait été entachée du péché originel. Jean Scot, franciscain, surnommé le docteur subtil, soutint à Paris la négative avec heaucoup d'éclat \ Sa doctrine fut reçue avec applaudissement par l'Université et l'ordre de saint François. Les dominicains, par opposition peut-être aux franciscains , embrassèrent l'opinion contraire qu'ils soutinrent vigoureusement ; de là naquit une guerre scholastique, qui, pendant cent années, partagea l'Europe chrétienne. Jean de Montson, dominicain, en donna le signal dans une thèse qu'il soutint à Paris en 1387. Ses propositions ayant été censurées par la faculté de théologie, on le somma de se rétracter , mais au lieu de le faire , il s'enfuit à Avignon et interjeta appel au pape 3 . Pierre d'Ailli, théologien célèbre, fut chargé de défendre le jugement de ses confrères; il y réussit, et

1 Bulleus, Historia Universitatis , IV, 611.

a Fleury, Histoire Ecclésiastique XIX, i56.

3 Le Boeuf, Histoire de la Fille et du Diocèse de Paris, II,

SOUS CHARLES VI. l8l

malgré les intrigues de la cabale dominicaine, qui soutenait Jean de Montson, sa doctrine fut condamnée. L'Université porta alors un décret qui prononçait la perte des privilèges académiques contre tous les partisans des propositions proscrites, bannit les dominicains de son sein, et leur interdit l'enseignement x . Il paraît qu'il y eut contre eux une espèce de soulèvement général, occasioné moins peut-être par cette dispute religieuse que par leur qualité d'inquisiteurs, car on obligea tous leurs adhérents à faire en public des rétractations humiliantes , et on y soumit même des personnages élevés, parmi lesquels on remarque le confesseur du roi , Guillaume y évêque d'Évreux a .

Au grand scandale des fidèles, deux papes occupaient toujours la chaire de saint Pierre. Urbain VI , contre lequel s'étaient déclarés la France et l'Université, loin de suivre l'exemple de ses prédécesseurs et de favoriser les religieux mendiants, venait, dans une bulle de i384, de leur interdire la confession et la prédication , à moins qu'ils ne fussent autorisés par les ordinaires. Ces principes, conformes à ceux de l'Université, ne l'avaient cependant pas rapprochée de lui; au contraire, la scission qui avait existé dans son sein , venait de disparaître par la réunion des nations de Picardie et d'Angleterre, jusqu'alors dissi-

1 Bullkus, Historia Universitatis , V, 82, 83. — M. dk Basante, Histoire des Ducs de Bourgogne, II, 85.

1 Veily, Histoire de France, VI, a.38.

îSl HISTOIRE DE 1,'UNI VERSITÉ*

dentés, à l'obédience de Clément. Néanmoins l'Université, ainsi que le clergé de France s'occupaient par tous les moyens possibles de rétablir l'union dans l'Église 1 . Déjà un concile, où elle avait assisté, avait été tenu en 1 384 à Lille en Flandres , sans produire aucun résultat. Déjà plusieurs expédients avaient été proposés, tels que la cession des deux concurrents ou la convocation d'un concile général. Mais, à chaque pas, les difficultés se compliquaient par les entraves qu'y apportaient les deux élus, lorsque Urbain VI mourut à Rome, le i5 octobre i38g. Cet événement devait terminer le schisme, si l'intérêt et l'esprit de parti ne s'étaient pas efforcés de le perpétuer : les cardinaux du parti d'Urbain ne voulurent pas se réunir à Clément, et élurent un autre pape, Pierre Tomacelli , surnommé Boniface IX.

Cette nouvelle élection venait d'augmenter les difficultés. C'est en vain que les deux rivaux empruntaient le langage de la modération , leurs actes étaient v en opposition avec leurs paroles. La cour se montrait

fortement attachée au parti de Clément, qui favorisait la cupidité des princes en autorisant la levée de décimes et autres impôts de cette nature; l'Université cependant, ne craignit pas de délibérer sur les moyens propres à rendre la paix à l'Eglise; une assemblée générale de tous ses membres fut convoquée , et l'on y décida unanimement qu'il fallait que les deux papes s'en remissent à la décision d'arbitres convenus, ou

* M. de Barantk , Histoire des Ducs de Bourgogne , Il , 1 1 5.

qu'ils fissent cession; ou bien, dans le cas où ils n'y consentiraient pas, qu'on devait assembler un concile général Un mémoire fut rédigé dans ce sens par Pierre d'Ailli, alors chancelier de l'Église de Paris, homme d'un immense savoir, et qui s'éleva par son mérite aux premières dignités de l'Église, et par Nicolas de Clémengis, le plus élégant des écrivains de son temps. Ce mémoire, écrit avec beaucoup de liberté et en termes très- énergiques, fut approuvé de l'Université entière. L'important était d'obtenir la sanction du roi; ce malheureux prince, attaqué de la maladie cruelle qui, pendant vingt ans, fut la cause des malheurs delà France, était incapable de volonté: l'État, dans ces tristes moments, était gouverné par ses oncles, les ducs de Berri et de Bourgogne, que le duc d'Orléans son frère s'efforçait d'expulser. L'Université s'adressa d'abord au duc de Berri, mais ce prince, dévoué à Clément, la reçut très -durement, l'accusa de témérité et menaça de faire jeter à la rivière 2 les chefs de ce qu'il appelait une cabale séditieuse. Rebutée, mais non découragée, elle se tourna alors du côté du duc de Bourgogne, et obtint une audience du roi : elle eut lieu avec beaucoup de solennité, le roi étant sur son trône, entouré de toute sa cour; mais les intrigues du cardinal de Lune, qui venait de succéder à Clément VII,

« CRtviER, Histoire de l'Université, III, 18 et suiv.

1 Bulleus, Historiti Utiiversitatisy IV, (U)6. — M. ni Kak an T£ , Histoire des Ducs de Bourgogne, II , aa5.

prévalurent , et il lui fut défendu de s'immiscer dorénavant dans cette affaire '.Alors elle ferma ses écoleset cessa toutes ses leçons 2 .

Clément en effet était mort à Avignon, le 16 septembre i394, après un pontificat malheureux et agité. A cette nouvelle, toute l'Europe, et l'Université une des premières, se mit en mouvement pour que cette circonstance pût enfin rétablir l'union dans l'Église. Mais tous les efforts furent inutiles , les motifs qui avaient fait nommer un successeur à Urbain en firent donner un à Clément, et ce successeur fut le cardinal Pierre de Lune, Aragonais, qui avait été longtemps légat près la cour de France : homme instruit, habile négociateur, esprit adroit, tout à la fois souple et opiniâtre; il prit le nom de Benoît XIII. A son exaltation , l'Université lui écrivit une lettre remarquable i où, tout en le félicitant, elle l'exhorte à travailler à la paix de l'Église : « Si vous remettez à « demain, lui dit-elle, ce que vous pouvez faire au- « jourd'hui , voici que bientôt un second jour se passe « et tout de suite un troisième : et par ceé délais « successifs on tombe enfin dans la négligence et « l'oubli de l'ouvrage entrepris. Viendront à l'appui « les flatteurs qui , sous l'apparence d'affection , in- « spirent le poison de l'amour-propre et de l'indiffé- « rence pour le bien général ; viendront les ambitieux « qui attendront de vous des dignités et des bénéfices;

« M. de Barante, Histoire fies Ducs de Bourgogne , H, a3o.. * Le Religieux de Saint-Dekis ,

SOUS CHARLES VI. l85

« viendront les courtisans, serviteurs infaillibles de « la puissance présente : et à toutes ces séductions, « se joindra celle de l'habitude si douce de comman- « der; séduction la plus attrayante, la plus insinuante, « la plus capable de détourner des sentiers du devoir. « Nous ne craignons pas, en vous tenant ce langage, « de blesser vos oreilles , que nous savons très-part tientes ; vous aimez la vérité et c'est ce qui nous en- « hardit à vous parler avec franchise. La nature hu- « maine, comme vous le savez , est fragile, amoureuse « de sa propre excellence, plus portée au repos, aux « délices trompeuses , à la tranquillité , qu'au travail « qui fatigue : mettez donc promptement la main à « l'œuvre, nous vous en conjurons par les plus hum- « bles prières, et rejetez toute remise, toute tergi- « versation. Si vous êtes aujourd'hui capable de bien « faire, pourquoi attendre à demain?.... Si vous ne « l'êtes pas aujourd'hui , demain vous le serez moins « encore ; car il est d'expérience que les délais et les « intervalles n'augmentent pas l'activité, niais au « contraire la diminuent et la refroidissent. D'ailleurs « le mal exige un prompt secours et ne souffre point « de retardement , vu que depuis le long temps qu'il « subsiste, il se trouve dans le cas, si une main di- « ligente n'applique le remède, de dégénérer en un « état désespéré , . »

Benoît qui, au moment d'être élu, avait promis de faire le sacrifice de sa dignité , si le bien de l'É-

' Cbkvieii : Histoire de l'Université, III, i33.

l86 HISTOIRE DE L'iJWIVERSITÉ

glise l'exigeait , resta inébranlable : la lettre ne fit sur lui aucun effet. Tant d obstination , partagée également par Boniface IX , indisposait les partisans même les plus dévoués des deux papes ; on s'éloignait de deux ambitieux qui , dans leur esprit d egoïsme, préféraient la conservation de leur grandeur à l'intérêt de la religion ; et le roi convoqua alors à Paris ( i3q5 ) un concile de l'Eglise gallicane. Il fut présidé par Messire Simon de Cramaud % archevêque d'Alexandrie : plus de quarante évêques y assistèrent , l'Université y envoya des députés, à la tête desquels était Pierre d'Ailli. Les universités de Toulouse, d'Orléans, d'Angers, suivirent cet exemple; des conseillers au parlement , des avocats y siégèrent ; et enfin , après une longue et solennelle discussion , on se rendit à l'un des avis déjà proposé par l'Université, et on décida que les deux papes devaient abdiquer 2 .

Il était plus facile de prendre une semblable délibération que de les déterminer à y adhérer : aussi le roi crut- il devoir faire tous ses efforts pour les engager, au nom de Dieu , dont ils se disaient les vicaires , à faire le sacrifice de leur grandeur. Benoît XIII fut le premier à qui on s'adressa. Une ambassade extraordinaire, composée des deux oncles et du frère du roi, fut envoyée à Avignon ; on leur adjoignit des députés du clergé et de l'Université,

1 M. de Barantë , Histoire des Ducs de Bourgogne } II, 342. * Chévier, Histoire de l'Université, III , 140.

dont l'un des membres, Gilles des Champs, professeur de théologie, était chargé de porter la parole l . Les ambassadeurs avaient l'ordre d'employer tous les moyens possibles pour arriver à leur but : les prières , les menaces même ne devaient pas être épargnées ; car « les paroles douces et flatteuses ne sont « propres qu'à entretenir et fortifier le mal au lieu « de le guérir a . » Mais tout fut inutile : après bien des conférences, bien des pourparlers, leurs efforts n'amenèrent aucun résultat, Benoît resta inflexible, et les ambassadeurs quittèrent Avignon sans avoir pu rien obtenir.

Le peu de succès de ces démarches avait convaincu les plus incrédules , et achevé d'enlever au parti des deux papes ceux qui jusqu'alors leur avaient été le plus attachés. Le roi avait pris cette affaire à cœur, et désirait la terminer; il demanda de nouveau à l'Université de lui proposer les moyens de faire cesser cette déplorable division 3 : et la compagnie réunit tous ses soins pour seconder , autant qu'il était en elle , les bonnes dispositions du prince. Par son ordre, les plus distingués de ses membres, Pierre Plaoul , Jean de Courtecuisse , etc. etc. , furent envoyés dans toute l'Europe chrétienne pour exhorter le clergé et les universités étrangères à concourir avec

1 M. de Basas te , Histoire des Ducs de Bourgogne , II , 240.

» Bulleus, Hisloria Universitatis , IV, 740.

5 M. de Barahte, Histoire des Ducs de Bourgogne , II ,219

1 88 HISTOIRE DE i/UN I V ERSITÉ

elle à l'extinction du schisme 1 ; en même temps elle redoublait d'instances et de supplications auprès de Benoît pour l'engager à déposer la tiare. Ses lettres au pontife étaient rédigées avec une grande liberté : elle lui déclare « que s'il n'obtempère pas à « ses prières et aux vœux de l'Église , elle lui résis- « tera en face , parce qu'elle ne veut en aucune face çon être soumise ni adhérer à son opiniâtreté 2 . » On n'avait pas toujours tenu ce langage; mais l'Université se sentait appuyée par le roi et la nation : aussi les menaces du pape ne l'intimidèrent pas; elle répondit à sa bulle par un appel au pape futur et légitime, et constitua pour son procureur Jean de Craon , maître ès-arts et notaire apostolique.

L'entêtement du pape avait rompu, comme on voit , tous les liens qui l'unissaient à ses adhérents ; On attribuait au scandale qu'il donnait à l'Église les maux qui désolaient la France, et particulièrement la maladie du roi : on gémissait de voir les infidèles se moquer de notre sainte religion , et toutes ces penr sées, dit M. de Barante 3 , donnaient grand courage contre les deux papes. On commençait à convenir que l'avis proposé par l'Université de ne reconnaître ni l'un ni l'autre des deux élus , était le plus propre à rétablir la paix et à vaincre leur obstination. Le roi , qui venait d'avoir à Rheims une entrevue avec

« Crevier, Histoire de l'Université, III, i5a.

» Crévier, Histoire rie l'Université, III, i57, 160.

3 M. dk Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne f II, à!\0.

l'empereur d'Allemagne, Veficesla9 , pour délibérer sur les moyens de faire cesser le schisme , assembla à Paris, le 22 mai j3q8, un concile où furent appelés huit archevêques , trente-deux évêques , des abbés et les députés des universités de Paris , d'Orléans, d'Angers, de Montpellier et de Toulouse. Les princes le présidèrent en l'absence du roi malade : le patriarche d'Alexandrie, Simon de Cramaud , prononça en français, pour être entendu des princes, un discours où il indiquait la soustraction d'obédience comme la seule manière d'arriver à un résultat; l'Université donna ensuite ses conclusions par l'organe du recteur, en déclarant que « l'on devait a dès maintenant cesser et soy départir du tout de a l'obéissance de notre Saint Père 1 : » et on entendit après elle les orateurs pour et contre. Le résultat ne fut pas un instant douteux ; sur trois cents votants, deux cent quarante-sept opinèrent pour la soustraction , et le 28 juillet, le chancelier fit connaître la volonté du roi en disant : « Attendu ce qui précède, il est ré- « solu que pour l'avenir on ôte et fasse soustraction « à M. Benoît, ainsi qu'à son adversaire, non seu- « lement de la collation des bénéfices du royaume, « mais encore de toute sorte d'obéissance. » Des peines sévères furent prononcées contre quiconque n'adopterait pas la soustraction , et on ordonna en même temps que l'Eglise gallicane se gouvernerait désor-

1 Crkvier, Histoire de l'Université, III, 17a.

mais selon ses anciennes libertés et franchises I . Ces moyens extrêmes auxquels on avait été obligé de recourir, ne parvinrent pas à ébranler le pontife ; il résista à toutes les menaces qui lui furent faites , à toutes les ambassades qui lui furent envoyées. Abandonné par tous ses cardinaux , on ne le vit pas fléchir un instant, et bientôt après, lorsque le roi eut fait partir, sous les ordres du maréchal de Boucicaut, des troupes pour Avignon, et que lui-même eut été fait prisonnier, il aima mieux tout endurer que de renoncer à sa dignité.

La part que l'Université avait prise à tous ces événements , prouve sa puissance et l'état florissant dans lequel elle se trouvait : on la comblait de faveurs , on l'enrichissait par des dons. C'est ainsi qu au moment de partir pour son expédition en Angleterre, le duc de Bourgogne, Philippe-le-Hardi , lui léguait ( i386 ) , par testament , une somme assez considérable. Parmi les choses qui composaient renseignement, deux sciences étaient principalement la cause de cette splendeur, par l'influence qu'exerçaient dans les affaires tous ceux qui les avaient étudiées ; ces deux sciences étaient la théologie et le droit canon. Des professeurs célèbres , que leur mérite avait élevés à de hautes dignités, Pierre d'Ailli, Gerson, Nicolas de Clémengis, Gilles des Champs enseignaient la théologie à une multitude d'élèves avides d'ap-

« Bulleus, Bittori* Universitatis ,1V , 853.

SOUS CHARGES Vf. 19I

prendre et d'arriver aux honneurs par la voie que leurs maîtres avaient suivie. Le droit canon n était pas moins cultivé, parce qu'il offrait un moyen également rapide de parvenir : favorisé par les papes dont il embrassait la législation, tous ceux qui se distinguaient dans cette étude étaient sûrs d'une protection puissante : aussi voyait-on alors les plus hauts personnages joindre à leurs dignités le titre de docteurs en décret f .

Excepté donc la théologie et le droit , les autres sciences, sans être négligées, avaient fait peu de progrès, et étaient encore dans un état peu satisfaisant. La médecine n'inspirait aucune confiance et ne jouissait d'aucune considération : une foule d'individus sans connaissance , sans instruction , abusaient de la crédulité du peuple, usurpaient les fonctions de médecin et faisaient payer à leurs imprudents malades le tribut de leur ignorance, au point que le roi fut obligé, en î3cjo, d'ordonner au prévôt de Paris de réprimer avec sévérité ce déplorable abus. Aristote était encore le seul guide pour la logique et la philosophie ; le maître Va dit , était à la fois l'axiome favori des écoles, et l'argument irrésistible devant lequel devaient disparaître tous les raisonnements.

Quant à la grammaire et à la rhétorique, on les avait depuis long-temps mises en oubli % pour se

• Histoire Littéraire de Iti France, XVI, 74. — Bui.leus, Historia Universitatis , IV, 591 et suiv.

» Histoire Littéraire de la France, XVI , 48, 162.

livrer avec ardeur aux subtilités de la scolastique, lorsque Nicolas de Clémengis s'efforça, par son exemple et ses talents , de rétablir le goût de l'élégance et de la politesse du style. Cette grossièreté dans les discours et dans les écrits, dont nous aurons peut-être occasion de donner des exemples ; cet abandon total des belles lettres n'avait rien d'étonnant , car il était prescrit en quelque sorte par l'intérêt personnel. En effet, à peine les écoliers en avaient-ils pris quelque idée, qu'ils se hâtaient de quitter une étude improductive pour se consacrer exclusivement à la théologie ou au droit canon , afin d'arriver par là à la fortune et aux grandeurs.

Les mathématiques commençaient aussi à être en honneur, ainsi que les sciences qui s'y rattachent telles, par exemple , que l'astronomie ; mais cette dernière était cultivée moins pour connaître la marche des astres et le mécanisme admirable de la nature , que pour chercher par son moyen à déchirer le voile de l'avenir et à sonder les décrets de la Providence. L'astrologie judiciaire, dont la connaissance des astres formait la base , était à cette époque une science qui avait ses principes et ses professeurs, et dont les erreurs infectaient depuis le trône jusqu'à la chaumière *. Cette confiance , cette crédulité dans les esprits , qui les portait à attribuer à des moyens surnaturels tout ce dont ils ne pouvaient découvrir la cause , avaient aussi contribué à donner un grand empire à la magie.

» Histoire Littéraire de la France, XVI, 119.

On croyait aux démons, aux sortilèges, aux pactes infernaux, et cette opinion, fortement enracinée, avait principalement contribué à rendre le duc d'Orléans odieux au peuple , parce qu'on disait qu'à l'aide du diable il avait jeté un sort . sur le roi. Ces absurdités étaient crues de bonne foi, non seulement par le peuple et les grands, mais les savants eux-mêmes ne savaient pas s'en défendre. Gerson, dont le nom se place souvent à la tête de l'Université pendant la durée de nos troubles civils, avait écrit pour prouver l'effet des influences célestes sur les corps sublunaires, et la faculté de théologie concédait aux démons, en i3g8, le pouvoir de faire quelquefois, avec l'aide de Dieu , des choses merveilleuses : error nam talia, quandoque permisit Deus 1 . Aussi la réputation des écoles parisiennes y ayant attiré, vers cette époque, un jeune homme que les écrits du temps signalent comme un prodige , qui à vingt ans savait les sept arts libéraux, la théologie, la médecine, les droits civil et canon, les langues grecque, latine, hébraïque, arabe et chaldéenne, les armes et i'équitation 2 , on ne sut expliquer une si étonnante réunion de connaissances dans un même individu qu'en le lai-

* Deterroinatio Parisiis facta per almam facultatem theologicam, anno 1398. — Duverh rt , Histoire de la Sorbonne , I ? a 1 9. — Voltaire , Dictionnaire Philosophique , article Incube.

» FÉLiBiEir, Histoire de Paris, II, 834. — Lauwoy, Regii

Navarrœ Gymnasii Historia , 157 , Crkviri, Histoire de

l'Université , IV, 140.

i q/| histoire de l'université

sant passer pour l'Antéchrist 1 , et un poète contemporain disait :

J'ai vu par excellence Un jeune de \ingt ans Avoir toutes sciences , Et les degrés montans, Soy vantant savoir dire Ce qu'oncques fut escript Par seule fois le lire Comme un jeune Antéchrist

Il faut le dire cependant, déjà quelques esprits supérieurs s'élevaient contre la croyance générale, et ne craignaient pas de taxer d'erreur ce que tout le monde admettait comme une triste réalité. Maître Serisy, faisant devant le roi l'apologie du duc d'Orléans assassiné par le duc de Bourgogne, qui pour le rendre odieux, l'accusait de magie, s'écriait : « O toi, Univer- « site de Paris, puisses-tu corriger cette opinion ; car ces « sciences trompeuses ne sont pas seulement défendues « parce qu'elles sont contre l'honneur de Dieu , mais « parce qu'elles ne contiennent ni vérité ni effets 3 . »

Depuis que la soustraction d'obédience avait été prononcée, aucune amélioration n'était encore survenue dans les affaires de l'Église. On se plaignait,

» Pasquier, Recherches de la France, liv. vi, chap. 39. a Graïcgrr-Chatelain, Collection des Merveilles advenues de notre temps.

1 M. or Barantk , Histoire des Ducs de Bourgogne ,111, 180.

SOUS CHARLES Vï.

au contraire, de ce que, privée de son chef, elle était abandonnée en quelque sorte au pouvoir séculier. L'Université, quoique invariablement attachée à l'opinion quelle avait fait adopter, faisait aussi entendre ses plaintes , réclamait la plénitude de ses droits et privilèges et une répartition plus égale des bénéfices. Des prélats nommés par le roi avaient été chaînés de la distribution, et il paraît que la justice ne présidait pas toujours à leurs choix: «Ils préféraient à tous au- « très leurs parents et amis, qui devenaient chanoines « avant de savoir lire ; et on n'obtenait rien d'eux à « moins qu'on ne soit de leur famille , ou qu'on ne « donne de l'argent , ou qu'on ne soit un grand hypo- «crite 1 . » L'Université fatiguée (i/joo), suspendit toutes ses leçons, et ne les reprit qu'après qu'on lui eut rendu la justice qu'elle réclamait a *

Cette soustraction qu'on paraissait avoir adoptée avec tant d'empressement, commençait déjà à trouver des contradicteurs. L'Espagne, qui avait adhéré à la délibération du 22 mai î3g8, s'en était désistée. L'Université de Toulouse avait envoyé des députés au roi pour lui faire des représentations. Le duc d'Orléans se déclarait publiquement le protecteur de Benoît, et il avait entraîné dans son parti quelques membres célèbres de la faculté de théologie, d'Ailli, Clémengis, Gerson, qui naguère avaient été les ad-

» Fabliaux de Barbazan , édit. de Méon , 1808 ,1, 3o4. • Le Beuf , Histoire de la Fille et du Diocèse de Paris, II,

I96 HISTOIRE DE LUNIVERSITÉ

versaires les plus ardents du pape. L'Université n'en persista pas moins dans son opinion , mais la division régnait partout; et dans le temps même où le duc d'Orléans exigeait des excuses du recteur qui avait soutenu devant lui la soustraction, en prétendant qu'on avait voulu l'insulter, le duc de Berri faisait mettre en prison les députés de l'Université de Toulouse , pour avoir déclamé contre cette même soustraction

Depuis près de quatre ans néanmoins, le pape, détenu par les troupes françaises dans son palais d'Avignon, n'exerçait plus aucune autorité, lorsqu'un événement imprévu vint faire renaître les espérances de ses amis. Fort de la protection du duc d'Orléans, et aidé par un gentilhomme normand, Robert de Braquemond, l'un des commandants français, Benoît trompa la vigilance de ses gardes , et s'échappa d'Avignon le 11 mars i4o5, déguisé en domestique. De Château- Renaud où il s'était retiré, il écrivit au roi, aux princes et à l'Université 2 pour leur annoncer qu'il avait quitté son palais, et qu'il allait travailler efficacement au bien de l'Eglise. A peine était- il dehors , que ses partisans ne craignirent plus d'exprimer ouvertement leurs vœux : ses cardinaux qui l'avaient abandonné, sollicitèrent leur pardon, et ceux qui s'étaient le plus prononcés contre lui , s'empressèrent de se rétracter. La masse de l'Université

1 M. de Barantr , Histoire des Ducs de Bourgogne, H, 390. 1 Crévirr, Histoire de V Université, III, 202.

cependant lui était toujours opposée, mais les plus illustre* docteurs s étaient déjà déclarés , et se joignaient aux députés des universités provinciales de Toulouse, d'Orléans, de Montpellier et d'Angers , qui lui avaient été sans cesse favorables. Leur intention était de faire annuler la décision du concile tenu à Paris quatre ans auparavant ; ils n'eurent pas de peine à réussir , et , malgré les efforts des ducs de Berri , de Bourgogne, et de l'Université, excitée par la nation de Normandie, qui tenait opiniâtrement à ses opinions *, le roi, vaincu par les sollicitations de son frère, se rendit, et l'acte de restitution d'obédience fut signé 2 .

Le prix de cette restitution avait été la promesse faite par Benoît d'abdiquer, si son concurrent abdiquait lui-même, mourait ou était déposé; de n'inquiéter personne pour ce qui s'était passé durant la soustraction, et enfin d'assembler dans l'année un concile général , à la décision duquel il se soumettrait. Les premiers actes de Benoît furent une violation de ses promesses, en voulant attaquer comme nulles les collations de bénéfices faites pendant la soustraction. L'Université lui députa alors Gerson et quelques autres de ses membres, pour l'engager à ne pas troubler la paix de l'Église. Le roi , de son coté, lui envoya des ambassadeurs; et comme Be-

■ Le Bbdf , Histoire de la ViUe et du Diocèse de Paris, II, aoo.

* DcTKftPET, Histoire de la Sorbonne, I, n3.

I98 HISTOIRE DE i/uNI VERSITÉ

noît apportait toujours quelque résistance , il se détermina à agir d'autorité; et, le 19 décembre i4o3, il rendit une ordonnance qui confirmait toutes les nominations et défendait aux officiers du pape de les inquiéter.

C'était ainsi que de temps en temps l'autorité royale cherchait à faire sentir sa force; mais ces symptômes de puissance devenaient de plus en plus rares. Le gouvernement faible et anarchique du malheureux Charles VI, entravé par l'ambition des factions qui commençaient à se disputer le pouvoir, devenait , pour tous les bons citoyens , un sujet de douleur: la majesté du trône était avilie, la volonté du monarque jamais respectée. C'est en vain que l'Université , touchée des malheurs publics , présentait , dans l'intérêt de la patrie , une requête au roi , pour le prier de pourvoir au bon gouvernement du royaume , en indiquant les moyens qu'il fallait employer. Le roi rendait bien des ordonnances qui auraient pu rétablir la tranquillité , comme par exemple lorsqu'il prescrivait au Parlement de ne pas obéir à ses ordres verbaux a : mais ces ordonnances n'étaient pas exécutées, tout le monde les éludait. Aussi les efforts que pouvait faire l'Université pour arrêter la fureur des partis étaient à peu près inutiles : « Vous n'appeleriez « point de soldats dans vos assemblées , pour vous ai-

* M. de Bajunte, Histoire des Ducs de Bourgogne , II. — Lb Becf, Histoire de la Ville et du Diocèse de Paris, ll r aaa>

* Ordonnance du 20 Avril il t o%.

SOUS CHARLES VI. I gç)

« der à résoudre un point de doctrine (lui disait le duc « d'Orléans, en i4o5 ), et l'on n'a que faire de vous « ici dans les affaires de guerre : retournez à vos écoles, « restez dans votre métier, et sachez qu'encore qu'on « appelle l'Université la Fille du Boi, ce n'est pas à « elle à s'ingérer du gouvernement du royaume l . »

Le désordre qui régnait dans l'Etat s'était répandu dans toutes les classes , et l'Université n'en avait pas été exempte : les troubles civils avaient accoutumé les écoliers à la licence ; et le collège de Boissi surtout était le théâtre de scènes scandaleuses, dont l'auteur était uu boursier , nommé Artaut. Cité devant le tribunal académique , il s'y présenta en armes et accompagné d'une troupe de bandits. L'Université , néanmoins, s'armant de fermeté, chassa le coupable et le priva de sa bourse. La sévérité qu'elle déploya dans cette circonstance, où l'on avait voulu lui arracher par la crainte un pardon honteux , ne se démentit jamais. Elle avait intenté , quelques années auparavant ( 1392), un procès contre des archers qui avaient maltraité quelques écoliers réunis ensemble sous la conduite d'un licencié , nommé Yeulet, qui était leur maître de pension , et dont l'établissement, appelé Pédagogie , est le premier de ce genre qui ait été formé * ; lorsque ( i4<>4) e ^ e déploya une grande persévérance, et presque de la rigueur dans une action criminelle dirigée contre un seigneur de la

1 M. de Barante, Histoire des Du 0 s de Bourgogne , III, 48. * Crkvier, Histoire de l'Université, III, io5.

300 HISTOIRE DE i/UNI VK RSITÉ

cour, Charles Savoisy, chambellan du roi. Ses pages s étant pris de querelle avec les écoliers dans une procession qu'ils faisaient à sainte Catherine, pour obtenir la fin du schisme et la guérison du roi , tombèrent sur eux à main armée, les maltraitèrent, en blessèrent plusieurs, et troublèrent l'office divin. L'Université fit cesser aussitôt toutes ses leçons , et demanda justice au roi , qui la renvoya devant le Parlement. Gerson porta la parole devant! « cette cour très-ho- « norable de parlement , ce sénat de pères conscripts , « où repose sans muer et défaillir la royale authorité.» L arrêt fut prononcé à l'hôtel Saint-Pol , en présence du roi et de toute la cour, et sa sévérité fut excessive. Il portait que « la maison de Savoisy serait démolie , « qu'il fournirait le fonds de cent livres de rente per- « pétuelle pour fonder cinq chapellenies ; qu'il paie- « rait mille livres de dommages-intérêts aux blessés, « et mille livres à l'Université *. » Des peines corporelles furent prononcées contre ses gens , qui furent condamnés à être bannis, après avoir été fouettés par le bourreau et fait amende honorable : quant à sire Charles Savoisy, un auteur contemporain ( Juvénal desUrsins) assure qu'il n'échappa à cette condamnation infamante qu'à cause de sa qualité de clerc. L'arrêt hit exécuté , la maison de Savoisy démolie , et il ne put jamais la reconstruire. Ce n'est que cent douze ans après, en 1 5i 7, que l'Université y consen-

1 Registre du Parlement. — Velly, Histoire de France, VI >

lit; encore exigea-t-elle qu'une inscription, placée au-dessus de la porte, fut chargée de rappeler cet événement. Cette inscription nous a été conservée, elle était ainsi conçue : «Cette maison de Savoisy, « en l'an i J o4 , fut démolie et abattue par arrêt, « pour certains forfaits et excès commis par messire « Charles de Savoisy, chevalier, pour lors seigneur « et propriétaire d'icelle maison et ses serviteurs , à « aucuns suppôts et escoliers de l'Université de Paris, « et a demeuré démolie et abattue l'espace de cent « douze ans , jusque ce que ladite Université de grâce « espéciale et pour certaines causes a permis la réédi- « fication d'icelle en l'an 1617 x . »

A cette époque, malgré tous les soins qde l'Université se donnait, les affaires de l'Église étaient plus embarrassées que jamais, et le schisme moins prêt de s'éteindre. Benoît, rendu à la liberté, ne se mettait pas en peine de tenir ses promesses, et on en eut bientôt une preuve complète. Il avait promis d'abdiquer, dans le cas où son concurrent, le pape de Rome, viendrait à mourir, Boniface IX, en effet, était mort, et on s'attendait enfin à voir se terminer ce schisme déplorable, qui, depuis vingt -six ans, partageait la chrétienté , lorsque Benoît refusa de déposer la tiare. Les cardinaux romains, indignés, élurent Innocent VIII , et l'espoir d'une réconciliation dut encore s'évanouir. Le nouveau pape s'empressa d'envoyer une bulle à l'Université, qui lui députa

• CftiviE*, Histoire de l Université , III, 229.

202 HISTOIRE DE i/ U N I V ER S I T É

quelques-uns de ses membres, et pour mettre à l'abri des périls du voyage et leurs personnes et leurs biens, elle les plaça , par une délibération du 20 septembre i4o5, sous sa protection spéciale, déclarant personnelle à elle toute injure qui leur serait faite ».

Les princes, occupés alors du gouvernement de l'Etat, ne prenaient plus le même intérêt aux divisions qui agitaient l'Eglise; ils laissaient ce soin au Parlement et à l'Université a , qui proposa de revenir de nouveau à la soustraction d'obédience , persuadée que ni l'un ni l'autre des concurrents ne consentirait jamais à faire à la religion le sacrifice de sa dignité. A cette nouvelle, Benoît, alarmé, envoya un légat à Paris pour défendré ses intérêts; et l'Université de Toulouse fit paraître en même temps une lettre apologétique. Cette lettre fut attaquée par l'Université de Paris. Le conseil du roi, saisi d'abord de l'affaire, la renvoya au Parlement. La plainte fut soutenue par Jean Petit, cordelier, depuis fameux par l'audace avec laquelle il entreprit de justifier le meurtre du duc d'Orléans. L'avocat- général Jean Juvénal des Ursins donna des conclusions conformes, et l'arrêt, rendu le 10 juillet 1406, déclara la lettre « injurieuse et diffamatoire « du roy et de sa majesté royale, et de tous ceux de « son sang, de son conseil , du clergé de France et de «l'Université de Paris; et, comme telle, ordonna « qu'elle sera despécée en pièces eu la cour séante à

1 Bulleus , Historia Universitatis ,\ t 119.

3 M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne , III, 60.

SOUS CHARLES VI. '2o3

a Paris; et la semblable à Toulouse et sur le pont « d'Avignon *.» Le 1 1 septembre, un nouvel arrêt du Parlement défendit, jusqu'à nouvel ordre, au clergé de rien payer au pape et à ses officiers ; et, le 10 décembre, un concile s'ouvrit à Paris, par ordre du roi v , pour délibérer définitivement sur la soustraction d'obédience. Soixante -quatre archevêques et évêques s'y trouvèrent, avec un bien plus grand nombre d'autres ecclésiastiques et de docteurs. Des défenseurs furent nommés pour et contre, c'étaient Jean Petit et Simon deCramaud : la cause du pape était soutenue par l'archevêque de Tours, Amelius de Broille, et Pierre d'Ailli, transfuge de l'Université, dont il avait autrefois partagé les opinions : l'avocat du roi, Juvénal des Ursins, y porta la parole. Les adversaires de la soustraction , tout en soutenant les principes les plus opposés aux droits de la couronne, et qu'ils fuient obligés de désavouer % protestaient de leur respect pour elle et pour l'avis de madame l'Université de Paris* ; d'ailleurs, disait Amelius de Broille, la rigueur ne produira aucun bien , elle redoublera au contraire l'opiniâtreté de Benoît, car « il n'en fera « pas mieux ; vous avez vu que par cinq ans en pri- « son a esté , qu'il n'a onc voulu faire autre chose : « cuidez-vous maintenant quand il a la clé des

i Pasquier, Recherches de la France, liv. ni, chap. 24. — DuvERHET , Histoire de la Sorbonne, I, 11 5.

J Velly, Histoire de France, VI, 454.

3 Crévier, Histoire de C Université, III, 247.

204 HISTOIRE DE i/UNIVEKSlTÉ

« champs, qu'il en fasse autrement? Je cuide que « nenny : il est du pays des bonnes mules (Benoît a était Aragonnais), quand elles ont pris un chemin, « Ton les escorcheroit plutôt que de les faire retour- « ner, il faut qu'elles fassent à leur teste *. » Maître Ju vénal soutint avec éloquence les droits de la couronne, adressa des admonitions sévères aux partisans de l'omnipotence pontificale , et conclut avec l'Université pour la soustraction. Le 7 janvier i4<>7> on alla aux voix, et on décida la convocation d'un concile général et la soustraction provisoire. Le roi ratifia la délibération, mais l'effet en fut quelque temps arrêté par un événement inattendu, la mort d'Innocent VIT (1406). Le roi engagea, mais en vain, le conclave à ne pas faire un nouveau choix; on élut le cardinal Corrario, vieillard septuagénaire, qui prit le nom de Grégoire XII , après s'être engagé par les serments les plus solennels à descendre du trône si son adversaire venait à abdiquer ou à mourir. Il notifia son exaltation à l'Université, et ses efforts pour l'extinction du schisme paraissaient si sincères qu'on devait s'attendre à un résultat heureux et prochain. Le roi lui envoya une ambassade solennelle, composée d'un grand nombre de prélats et de seize députés de l'Université. Déjà les deux papes étaient convenus d'une entrevue dans laquelle ils délibéreraient sur la paix de l'Église : elle devait avoir lieu à Savone, mais ils avaient eu soin de ne pas se fixer

« Crévier, Histoire de l'Université, III, a/,8.

SOUS CHARLES VI. 2o5

positivement sur le jour, et l'un y arriva lorsque l'autre en était déjà parti. De cette manière ils s'accusèrent publiquement d'avoir manqué à leur parole, lorsqu'ils s'applaudissaient intérieurement d'une circonstance qui peut-être avait été concertée d'avance entre eux.

La mauvaise foi des deux pontifes était évidente; ni l'un ni l'autre ne voulait déposer la triple couronne , l'indignation était à sou comble dans toute l'Europe; l'Université, la première, éclata. Après plusieurs délibérations , elle adressa à tous les princes et prélats de la chrétienté une lettre pour les engager à se soustraire à l'obédience des deux contendants et à embrasser la neutralité. Cet acte de vigueur fut approuvé par la cour, et, le ia janvier i4o8, le roi rendit une ordonnance dans laquelle il déclarait que, si dans un délai fixé la paix n'était pas rétablie, il proclamerait la neutralité x .

L'orage avait beau gronder sur la tête de ces deux ambitieux, rien n'était capable d'ébranler leur constance : il ne leur restait plus qu'à être abandonnés de leurs soutiens naturels , les cardinaux ; c'est ce qui arriva. Grégoire, par ses violences, avait contraint le sacré collège à s'éloigner de lui ; et Benoît , craignant de tomber entre les mains du maréchal de Boucicault qui avait ordre de l'arrêter , fut obligé de quitter l'Italie , laissant ses cardinaux à eux-

. Le Beu». Histoire de la Ville et du Diocèse de Paris, II, a*7 # — Velly, Histoire de France, VII, 18.

QO(> HISTOIRE DE LUNIVERSITÉ

mêmes. A la nouvelle de la soustraction d obédience, consentie par le clergé français , ce pontife , sans réfléchir à la position précaire dans laquelle il se trouvait, agit comme s'il eût eu toute l'Europe à ses pieds; et, dans une bulle du 19 mai 1487, il lança les foudres les plus terribles de l'excommunication contre tous les partisans de la soustraction , princes ou autres, et les adressa au roi.

Le ton insultant de ces bulles exigeait qu'on en fit justice , et l'Université la demanda ; présenta requête au parlement et se porta partie contre le pape. Un de ses membres, maître Jean de Courtecuisse , surnommé le docteur évangélique x , porta la parole . dans une assemblée composée du roi , des princes , du clergé , des bourgeois et de l'Université. Il prouva, par douze propositions, que Benoît était hérétique et schismatique , et conclut à ce que les bulles fussent supprimées, lacérées, et à ce que les partisans de Benoît, dont quelques-uns étaient présents , fussent arrêtés comme criminels de lèse-majesté. Ces conclusions furent adoptées, la bulle fut déchirée en présence du roi par le chancelier qui , selon quelques écrivains a , en remit ensuite les fragments au recteur de l'Université, pour agir de la même manière; et l'on arrêta, séance tenante, le doyen de Saint-

t Grancolas, Hist. de la Ville, de l' Évéché et de C Université de Paris , II , a38.

a Le Religieux de Saint-Denis. — Bullbus , Historia Universitatis, V, i58.

SOUS CHARLES Vf. 207

Germain*, signalé par l'Université comme fauteur du pape d'Avignon ; les jours suivants , de nouvelles arrestations eurent lieu; l'abbé de Saint-Denis, l'évêque de Gap et plusieurs autres ecclésiastiques marquants furent emprisonnés.

Ces violences n'étaient que le prélude de celles auxquelles on devait se livrer. Les chaires des églises retentissaient chaque jour des imprécations les plus violentes contre l'opiniâtre pontife. Des prédicateurs grossiers et fougueux mêlaient à leurs sermons des injures dégoûtantes que la barbarie du temps pouvait seule faire tolérer ; et un mathurin, docteur de l'Université, Urbain Talvende , pour exprimer son horreur pour le pape, osait employer dans le temple de la Divinité des comparaisons qu'on aurait cru empruntées aux lieux de débauche et de prostitution 1 ; en même temps, par une violation odieuse du droit des gens, on faisait arrêter à Troyes les messagers qui avaient apporté les bulles, et on les condamnait à faire amende honorable. Ils furent amenés au palais dans un tombereau, vêtus d'une robe noire, ayant des mitres de papier sur la tête, et une inscription portant : « Ceux « sont desloyaux à l'Eglise et au Roi ; a » là ils furent exposés aux huées et aux insultes de la populace, et

« Duvernet, Hùtoire de la Sorbonne , I, iai. — Velly, Histoire de France, VII, ai. — Chronique manuscrite de la bibliothèque royale , n° 6194.

a Pasquier, Recherches de la France, liv. m, chap. 18. — Le Beup, Histoire de la Fille et du Diocèse de Paris, U,^g. — OuvERW et , Histoire de la Sorbonne, I, 121.

200* HISTOIRE DE l'uPU VEIISITÉ

on leur lut la sentence qui les condamnait à une prison perpétuelle.

On s occupa ensuite du mode de gouvernement de l'Église pendant la soustraction , et de la manière dont s'opérerait la collation des bénéfices. On nomma des commissaires pour examiner les rôles que l'Université avait coutume d'envoyer au pape ; et il fut statué qu'un tiers des nominations serait spécialement affecté à l'Université , et que tous les bénéfices de premier ordre, tels que les archevêchés, évêchés , abbayes ne pourraient être donnés qu'à des candidats qui seraient docteurs en théologie ou en droit canon *.

La part que l'Université avait prise dans les désordres de l'Église , son zèle, sa persévérance avaient augmenté l'empire qu'elle exerçait sur les esprits. Comme corps elle jouissait de grands avantages; et, individuellement , c'était un titre de faveur et de recommandation que de lui appartenir. Les grâces dont on la comblait étaient à cette époque d'autant plus remarquables, qu'elles consistaient principalement en exemption des impôts dont l'avidité des princes de la famille royale accablait la France. A cet égard , Charles VI était resté fidèle aux exemples de ses ancêtres. Quoique le chancelier Arnaud de Corbie ne fût pas favorable à l'Université , ce prince , à plusieurs reprises, avait accordé aux maîtres et écoliers des franchises sur les denrées, et en i4o4 il

i Crévier, Histoire de l'Université , UI, 29a.

confirma en général tous leurs privilèges, parce que, dit l'ordonnance , « c'est à raison de ces privilèges « que ladite Université a été multipliée et augmentée « d'un moult grand nombre de suppôts par lesquels « nous et nos prédécesseurs avons été conseillez et « servis, notre royaume et plusieurs autres pays et « nations honorez et enluminez des sciences et a bonnes doctrines. »

Son crédit était parvenu au plus haut degré d'élévation ; et l'Université avait tant de pouvoir, dit le noble auteur des ducs de Bourgogne , que lorsqu'elle mettait la main à une chose , il fallait bien qu elle en vînt à bout 1 : elle en donna a cette époque un exemple que bien des gens trouvèrent excessif. Le prévôt de Paris, le sire de Tignonville, avait fait arrêter deux écoliers , Legier Dumoussel et Olivier Bourgeois , convaincus des plus grands crimes , et avait d'abord offert de remettre les coupables à la justice de l'Université : mais elle avait répondu qu'elle désavouait de pareils membres ; ils furent donc condamnés et pendus. Le duc de Bourgogne , alors tout-puissant, était l'ennemi secret du sire de Tignonville ; il ne pouvait pardonner à ce magistrat ses recherches actives après le meurtre du duc d'Orléans ; récherches qui l'avaient obligé de s'en déclarer l'auteur. 11 suscita contre lui , dans cette circonstance, les étudiants de la nation de Normandie,

i Alain Chartier, Vie de Charles VI. — Pasqitif.r , Recherches de la France y liv. ni, ch. ig.

IlO HISTOIRE DE l' UNIVERSITÉ

qui lui étaient dévoués; car, à l'exemple de son père le duc Philippe, Jean-sans-Peur avait cherché un appui dans l'Université. Ils excitèrent les passions de leurs confrères, et réclamèrent contre cette violation de leurs privilèges. Une cessation générale des sermons et des études fut ordonnée; et,' comme le gouvernement paraissait approuver la conduite du prévôt, l'Université en corps alla trouver le roi, et lui dit que puisqu'on lui refusait justice , et qu'on violait ses franchises, la fille du roi, persécutée dans son honneur, s'en irait , comme une brebis errante , chercher ailleurs unasyle. Le recteur ajouta que, pour n'être pas ingrate et montrer qu'elle gardait le souvenir de tant de bienfaits reçus du roi , elle venait prendre congé de lui : 1 « Vous ne vous en irez pas , « lui répondit ce prince, nous ne souffrirons point « que notre fille bien-aimée, depuis si long-temps et « si doucement élevée par nos ancêtres à l'ombre des « fleurs-de-lys, aille chercher un autre père que nous: « loin de vouloir retrancher à vos privilèges, nous « les augmenterons plutôt ; et, dans la présente af- » faire, vous aurez de nous la satisfaction que des «< enfants doivent attendre de leur père. » En effet , satisfaction fut accordée à l'Université. Un arrêt du conseil déclara que le prévôt avait agi avec imprudence et précipitation , lui ordonna d'aller en personne détacher les cadavres du gibet, de les baiser à la bouche , de payer les frais du convoi que devait

• M. df. Basante, Histoire des Ducs de Bourgogne, III, l5l.

conduire le bourreau revêtu d'un surplis % et de le suivre avec tous ses gens ( 1 8 mai 1 4o8 ) : il fut ensuite destitué de sa charge et remplacé par Pierre Desessarts. Les corps des deux bandits furent inhumés dans le cloître des Mathurins , où on leur éleva un tombeau qui les représentait attachés au gibet , avec l'inscription suivante, destinée à rappeler la mémoire de cet événement 2 .

« Ci-dessous gissent Legier Dumoussel et Olivier « Bourgeois, jadis clercs, écoliers et étudiants en l'U- « niversité de Paris, exécutés à la justice du roi notre « bon sire, par le prévôt de Paris, l'an 1^07, le vingt- « sixième jour d'octobre , pour certains cas à eux im- « posés; lesquels, à la poursuite de l'Université, furent a restitués et amenés au parvis de Notre-Dame , et « rendus à l'évêque de Paris comme clercs , et aux « députés de l'Université comme suppôts d'icelle, à « très-grande solennité; et de là en ce lieu-ci furent «amenés pour être mis en sépulture l'an i4o8, le « dix-huitièmejour de mai : et furent lesdits prévôt et « son lieutenant démis de leurs offices, à ladite pource suite, comme plus à plein appert, par lettres-patentes « et instruments sur ce cas : priez Dieu qu'il leur « pardonne leurs péchés. Amen 3 . »

• àlaih Chartier, Fie de Charles VI. — Pasquier, Recherches de la France , liv. m, chap. 29.

1 Dllacre, Histoire de Paris, II, 33 1. — Crkvirr, Histoire de f Université, III, 297.

J Velly, Histoire de fronce, VII, i5.

Cette excessive puissance qui forçait l'autorité même à se soumettre à toutes ses exigeantes, était blâmée par beaucoup de monde, et le sire de Tignonville, que le roi fit peu après président de la cour des comptes, obligé de faire ses excuses à l'Université, ne craignit pas de lui faire sentir tout ce quelle avait de ridicule: « Messeigneurs, leur dit-il, en se raillant, « outre le pardon que vous m'accordez , je vous ai « grande obligation ; car lorsque vous m avez attaqué, «je me tins pour assuré d'être mis hors de mon « état, mais je craignais qu'il ne vous vînt aussi en « idée de conclure à ce que je fusse marié, et je suis « bien certain que si une fois vous eussiez mis cette a conclusion en avant , il aurait fallu bon gré mal « gré me marier. Par votre grâce, vous avez bien « voulu m'exempter de cette rigueur , ce dont je vous « remercie très-humblement »

La faiblesse du gouvernement, à cette époque, s'explique par les circonstances. Depuis le moment fatal de la maladie du roi , la France était en proie à la plus horrible anarchie, et des factions implacables se disputaient et s'arrachaient tour à tour le sceptre qui échappait de la main d'un roi imbécille. Le frère unique du roi , le duc d'Orléans , venait de succomber ( a3 novembre 1407 ) sous les poignards des assassins que le duc de Bourgogne lui-même avait armés , et

■ Veixy, Histoire de France , VI, 77. — Chronique manuscrite de la Bibliothèque royale, n° 10, 297. — M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne, III, i5*.

SOUS CHARLES Vf. 2l3

qui, fier de sa toute-puissance, ne craignit pas de s'en avouer Fauteur. On aurait peine à le croire, si l'histoire ne nous avait pas transmis et conservé le discours prononcé par son apologiste, le 8 mars 1408, dans une grande assemblée, présidée par le dauphin, en l'absence du roi malade, et composée de comtes, barons, chevaliers, du recteur de l'Université et d'une foule de docteurs et de bourgeois *. C'était un cordelier, maître Jean Petit , docteur de l'Université , qui pour de l'or cherchait à excuser cet atroce attentat; « car, a disait-il, monseigneur le duc de Bourgogne sachant « que jetais très- petitement bénéficié , m'a donné chascuu an bonne et grande pension pour m'aider « à tenir aux escholes, de laquelle pension j'ai trouvé « une grande partie de mes dépenses , et trouverai « encore s'il plaît à sa grâce 2 . » Après cet exorde digne d'un canard, comme dit Pasquier 3 , il soutint par douze raisons, en l'honneur des douze apôtres, qu'il était permis et même glorieux de tuer un tyran, et que le roi devait récompenser le duc de Bourgogne, à l'exemple des rémunérations que Dieu donna à « Monseigneur saint Michel Archange, pour avoir tué « le diable 4 ; et c'est, disait-il, droit, raison, équité, que « tout tyran soit occis vaillamment ou par guet-à-pens, « et c'est la propre mort dont doivent mourir les ty-

i M. dk Baraïite , Histoire des Ducs de Bourgogne, III, 108. > Velly, Histoire de France , VII, 8.

3 Pasquier , Recherches de la France , liv. vi, chap. 38.

4 \ oit \m , Histoire du Parlement de Paris , chap. vi.

2l4 HISTOIRE DE l' UNIVERSITÉ

« rans déloyaux, et il est non seulement licite, mais ho- « norable et méritoire à chaque sujet, et encore plus « aux parents du roi d occire ou faire occire un traître « et déloyal tyran; et c'est, ajoutait-il, une action « courageuse, une très-sainte chose, et on ne peut « faire à Dieu un sacrifice plus agréable » L'Université, alors attachée au parti bourguignon, ne s'éleva pas contre ces affreuses doctrines ; mais nous verrons que plus tard, au concile de Constance, elle en fit justice par l'organe de Gerson. On sait au reste que dans cette assemblée, le duc de Bourgogne, dont la puissance effrayait tout le monde , sortit triomphant, et que le roi lui donna des lettres-patentes dans lesquelles il déclarait qu'il demeurait en son singulier amour. Obligé peu de temps après de quitter Paris pour voler en Flandre au secours de son beau-frère, Jean de Liège, assiégé dans Mastricht par ses sujets , il abandonna le champ à ses adversaires les Orléanistes. La veuve et les fils du prince assassiné vinrent à Paris implorer la justice du roi ; et , le il septembre de la même année , leur orateur, Maître Pierre Cousinet , avocat au parlement, dans un discours qui avait pour texte ces paroles de Jacob : Fera pessima devoravit filium meum, se porta accusateur du duc de Bourgogne devant une nombreuse assemblée des princes, des seigneurs , des prélats, du parlement, de l'Université et des bourgeois: mais les succès de leur puissant adversaire contre les

1 M. de Barawte, Histoire des Ducs de Bourgogne, III, i3u

SOUS CHARLES VI. *l5

Flamands révoltés vinrent arrêter le cours de ces poursuites.

Au milieu de tous ces grands événements, les esprits étaient toujours occupés du schisme de l'Église, et les regards se fixaient sur la ville de Pise. Là s'étaient rassemblés les cardinaux des deux papes Grégoire XII et Benoît XIII , qu'on avait abandonnés. Résolus de rétablir enfin l'unité pontificale et la paix religieuse, ils avaient convoqué un concile général où se rendit une députation du clergé de France , et où l'Université envoya plusieurs de ses membres, au nombre desquels se trouvait Gerson l . Après avoir plusieurs fois en vain cité les deux concurrents à comparaître , les cardinaux assemblés les déposèrent solennellement, et le cardinal Philargi, archevêque de Milan, fut élu, le 17 juin i4<>9î sous le nom d'Alexandre V. G'était un savant homme qui avait autrefois enseigné la théologie à l'Université de Paris : aussi ce choix fut-il reçu en France avec applaudissement a . Mais à peine était-il assis sur le trône des apôtres , qu'il s'aliéna l'esprit de ses anciens collègues, en publiant des bulles qui faisaient revivre les vieilles querelles entre les religieux réguliers et les ordinaires, par la manière dont il favorisait les premiers. L'Université , fidèle à ses princi-

■ Launot, Régit Navarre? Gjmnasii Historia , 483. — Bulleus, Historia Universitatis , V , 193.

» M. de Baeaictk, Histoire des Ducs de Bourgogne, III, 244- — Ciuvin , Histoire de l'Université, III , 3 14.

21 6 HISTOIRE DE i/ UNIVERSITÉ

pes, exigea des mendiants qu'ils renonçassent aux bénéfices de la bulle sous peine d'être retranchés de son corps ». Les dominicains se soumirent , mais les franciscains, de l'ordre desquels sortait le pape, fiers de cet appui , refusèrent positivement d y consentir a , et poussèrent l'audace jusqu'à parcourir les rues la bulle à la main , en insultant les ordinaires. L'Université , qui venait d'avoir recours à la puissance royale, pour s'opposer à une levée de subsides, imposée par le pape sur le clergé français , y recourut de nouveau et obtint une ordonnance qui défendait à tout curé , sous peine de saisie de son temporel , de laisser prêcher ou confesser les franciscains dans sa paroisse.

Les choses en étaient à ce point lorsque Alexandre V mourut. Son successeur, Jean XXIII, signala son avènement à la tiare par la révocation de cette bulle ; mais cette faveur ne put déterminer l'Université à appuyer les demandes d'argent que le pape faisait alors au clergé. Il avait beau prétendre que quiconque la refuserait n'était mie chrétien, elle s'y opposa constamment. Ce fut en vain que les légats firent tous leurs efforts pour la fléchir; elle resta inébranlable, et convoqua une assemblée générale de tous ses membres , docteurs , maîtres , licenciés et bacheliers. On y décida que la demande du pape était inad-

1 Velly, Histoire de France y VII, 48.

» Lf, Beuf, Histoire de la Ville et du Diocèse de Paris, II „

SOOSCH ARLES VI. 217

fnissible , qu'on devait punir les collecteurs de ces subsides, et requérir le parlement d'intervenir dans une affaire où il s'agissait du maintien des constitutions du royaume Néanmoins, à force de sollicitations, les légats parvinrent, malgré l'Université, à obtenir une moitié de décime à titre de grâce. Le temps était bien mal choisi : chaque jour venait augmenter les maux de la France, et empirer sa triste situation. Pour comble de malheur, la maladie du roi prenait sans cesse plus de gravité , et laissait moins d'espoir de voir renaître le calme et la tranquillité. Le duc de Bourgogne, depuis son crime, était devenu plus puissant ; son retour à Paris , après les guerres de Flandre, avait été marqué par des proscriptions, et le sire de Montaigu, grand-maître de la maison du roi, venait d'expier sur l'échafaud le tort d'avoir acquis d'immenses richesses, et d'être attaché à la famille du duc d'Orléans. Il faisait faire en même temps un examen général des finances. Les comtes de Vendôme et de la Marche s'assemblaient à cet effet à l'hôtel Saint-Paul , avec des hommes expérimentés de l'Université et du parlement % .

Tant de puissance excitait la jalousie des princes , ils ne purent la supporter, quittèrent Paris et prirent les armes, ayant le duc de Berri à leur tête, après avoir adressé au roi une lettre qui contenait leurs motifs,

• Velly , Histoire de France, VII , 67. — Bulleus , Historia Vniversitatis, V , a 10 el suiv.

• M. i»e Barawtk, Histoire des Ducs de Bourgogne, III, i5g.

2l8 HISTOIRE DE L,' UNIVERSITÉ

et dont ils envoyèrent copie aux bonnes villes et à l'Université r . La désolation était générale par toute la France : les hommes d'armes des deux partis commettaient d'horribles ravages, et les Églises retentissaient des prières que l'on adressait à Dieu pour rétablir la concorde entre les princes a . Les Orléanistes cependant s'étaient avancés jusqu'à Montlhéri ; l'Université , « qui seule pour lors maintenait l'honneur, le « respect de la vraie religion et l'amour du bien pu- « blic 3 , » crut qu'il était de son devoir d'interposer ses bons offices. Elle envoya une députation solennelle au duc de Berri. Ce prince la reçut gracieusement, lui dit qu'il était fort affectionné à l'Université , « cette « fille du roi, source du savoir, de la vérité, de la vertu; » mais elle ne put le décider à poser les armes. Les efforts de la reine n'eurent pas plus de succès , et le roi, voyant leur inutilité, résolut d'aller en personne combattre les rebelles. Le jour était fixé, déjà les troupes commençaient à sortir, et le roi lui-même allait monter à cheval , lorsque le recteur de l'Université , en grand appareil , à la tête de sa compagnie, vint le haranguer. H lui dit que l'Université serait contrainte de transporter ses leçons dans un lieu plus paisible, où les régents et les écoliers trouvassent de quoi vivre , et ne fussent pas en butte aux

« M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne, III, 286. a Le Religieux de Saint-Denis.

3 GoLLUT, cité par M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne , III , 296.

violences et aux outrages des gens de guerre; il ajouta : <c à vous parler franchement, sire, vous êtes tenu de « mettre la paix dans votre maison; et le meilleur « conseil qu'on puisse vous donner, c'est d'exclure à « la fois les princes de leurs prétentions au gouver- « nement » Enfin la paix fut conclue le i novembre j4io, sous les murs de Paris, au château de Bicêtre, où le duc de Berri était venu s'établir; mais elle fut de peu de durée; les Orléanistes ne tardèrent pas à reprendre les armes , et les hostilités recommencèrent. Le roi, placé sous l'influence du parti Bourguignon , et à qui on avait persuadé que sa maladie ne provenait que des sorcelleries de son frère, résolut de les réduire par les armes. Une taxe pour subvenir aux frais de la guerre fut imposée sur tout le peuple; l'Université refusa d'y contribuer en invoquant ses privilèges, et l'on prétend même qu'elle alla jusqu'à dire que lorsqu'on abusait de l'autorité d'un roi pour opprimer ses sujets par des exactions injustes, ce pouvait être un motif de secouer le joug et de déposer le monarque 2 . Tant alors, dans ces temps de trouble et d'anarchie, l'autorité royale était fjeu respectée.

Cette nouvelle guerre entraîna tous les maux que causent les guerres civiles ; la France fut saccagée, et le roi rappela à Paris le duc de Bourgogne. Déjà il

1 M. oe Babaktk,/^ istoire des Ducs de Bourgogne, III, 298.

» Le Peek Dahiel , Histoire de France. — Velly , Histoire de France, VII, 81.

l'IO HISTOIRE DE LUN1VERSITÉ

y était tout-puissant. Le comte de Saint-Pol, un de ses plus dévoués partisans, en était gouverneur; la faction des bouchers se déclarait hautement pour lui, et chassait de Paris tous ceux qu'on soupçonnait attachés au parti d'Orléans. Enfin il y arriva , avec des secours fournis par l'Angleterre, le 3o octobre i4i i ; et les Armagnacs furent obligés de s'éloigner. Vaincus par les armes , on voulut encore appeler sur leurs têtes les foudres de l'Église ; des excommunications furent lancées contre eux , dans tous les temples on allumait des cierges que l'on éteignait sous les pieds au son lugubre des cloches, en signe de malédiction; et l'on arborait sur les autels les étendards de Bourgogne En même temps des processions, pour attirer la protection du ciel sur les armes du roi , furent ordonnées; et l'Université entre autres en fit une si nombreuse, que, quand les premiers étaient à Saint-Denis, dit Juvénal des Ursins, les derniers étaient encore à Saint- Mathurin a . Peu de temps après, cependant, une nouvelle réconciliation, dans laquelle l'Université pria le roi de la comprendre formellement, pour la garantir de la haine qu'elle pouvait avoir encourue en soutenant son parti , eut lieu entre les princes rivaux , sous le nom <Je paix d'Auxerre , et ne fut pas plus long-temps ni mieux observée (i4ia).

Le but du duc de Bourgogne était de demeurer

1 Duvernet, Histoire de la Sorbonne , I , i56.

1 Juvénal des Ursins, Histoire de Charles VI , ann. 1411 , — Bulleus, Historia Universitatis , V, 2*55.

seul maître des affaires, et d'en écarter les Orléanistes. Il fut servi par les circonstances et par l'Université , dont il avait su gagner la confiance par son apparente affection pour le bien public. Le roi avait convoqué à Paris, au commencement de Tannée i4'3, les députés des Etats du royaume , pour trouver les moyens de repousser la guerre dont l'Angleterre nous menaçait: l'Université y assista. Maître Benoît Gentien porta la parole pour elle. Après s'être élevé contre le mauvais maniement des finances , il reprocha au roi de ne pas suivre les exemples que lui avait laissés son père, le bon roi Charles V. « Sire, ajouta-t-il en ter- « minant, l'Université votre fille et vos bons et fidèles « bourgeois en ont beaucoup de douleur.» Ce discours, néanmoins, fut trouvé trop modéré, et pour réparer ce qu'on appelait la lâcheté de Gentien, l'Université demanda au roi une nouvelle audience, et le carme Eustache de Pavilly fut son orateur 1 : son langage fut amer; il tonna contre les abus et les dévoila au grand jour. « La dépense du roi et du dau- « phin, qui autrefois , dit-il , ne coûtait que quatre- «vingt-douze mille francs, va aujourd'hui jusqu'à ix quatre cent cinquante mille francs ; et celle de la « reine qui était fixée à trente-six mille francs , s e- « lève maintenant à cent quatre raille francs. Toutes a ces choses , s'écria-t-il , l'Université ne vous les a « point dites pour en tirer un avantage personnel ,

i DuvEBTfF.T , Histoire de la Sorbonne, I, i/,4. — Le Beuf, Histoire de la Ville et du Diocèse de Paris, II , 286.

aaa histoire de l'université « mais pour faire son devoir; chacun sait que ce n'est « pas elle qui est accoutumée d'avoir les offices et les « profits; elle ne se mêle que de ses études, et de vous « remontrer ce qui touche votre honneur et votre bien. « On a dit publiquement que l'Université parlait ainsi « par haine, et sur le témoignage de cinq ou six per- « sounes ; mais vous savez qu'elle n'a pas coutume de « prendre ses informations de la sorte, elle n'a rien « dit qui ne soit clair et notoire ; mais cela ne leur « donnera pas gain de cause , car l'Université ne se « taira pas parce qu'ils le veulent 1 » Il signala ensuite les auteurs de ces désordres, dont plusieurs étaient dévoués au duc d'Orléans. Celui contre lequel les attaques furent dirigées d'une manière plus vive, fut Pierre Desessarts , prévôt de Paris , qui , du parti des Bgurguignons , avait depuis peu passé dans celui de leurs adversaires. L'Université avait contre lui quelques sujets de plainte, et la principale cause venait de ce qu'un cheval , mort chez un huissier au Châtelet, avait été déposé pendant la nuit devant la porte du collège d'Harcourt. Une querelle s'était engagée, à cette occasion , entre les élèves et l'huissier , dans laquelle le prévôt avait pris la défense de ce dernier, au grand mécontentement des écoliers a . Aussi fut-il obligé de s'enfuir de Paris ; mais il y rentra bientôt rappelé par le dauphin , et s'empara de la Bastille.

1 MOKSTRELET M. DE

Babantf. , Histoire des Ducs de Bourgogne , IV, 40 , 58. 1 Bm.LEUs, Historia Univers itatis , V, a 35.

La faction des bouchers, ayant à sa tête un écorchcur nommé Caboche , se porta aux plus coupables excès. Suivie du peuple ameuté, elle assiégea la Bastille, et vint à l'hôtel du dauphin arracher sous ses yeux, et jusque dans ses bras , ceux de ses amis qu'on soupçonnait opposés au duc de Bourgogne. On força ce jeune prince à mettre sur sa tête le chaperon blanc, insigne de la faction bourguignone ; et le moine Eustache de Pavilly avait l'audace de lui dire : « La fo- « lie du roi votre père , et la mort du duc d'Orléans « sont les châtiments de leurs débauches; si vous les « imitez, ou si vous ne changez de conduite, on vous « privera de la couronne 1 . »

Le trouble était à son comble, les proscriptions atteignaient tous les partisans du dauphin ; plusieurs avaient déjà péri dans les supplices , lorsque Pierre Desessarts , qui avait rendu la Bastille au duc de Bourgogne lui-même, en se mettant sous sa sauvegarde, fut, au mépris des serments les plus sacrés, envoyé à la mort le I er juillet 1 4 1 3.

L'Université gémissait de cette tyrannie populaire, et se repentait de la part qu'elle avait prise dans toutes ces affaires, d'autant plus qu'on l'avait fort blâmée de vouloir régenter les princes et gouverner l'Etat comme ses classes : elle refusait de se mêler en rien des actes des séditieux; et bien plus, elle s'assembla pour blâmer leurs excès. Gerson qui , dans un sermon , leur avait reproché leurs fureurs, et avait refusé de

• Du v eh net, Histoire de la Sorbonne , 1 , 1 45.

2^4 niSTOIRE DE L UNIVERSITÉ

payer une taxe qu'ils imposaient, faillit devenir leur victime. Il fut obligé de se réfugier dans les voûtes de Notre-Dame, et ou saccagea sa maison r .

La domination du duc de Bourgogne était devenue odieuse, tous les corps de l'État invoquaient la paix; l'Université la demanda par l'organe d'Ursin de Tarevende, docteur en théologie a . On n'avait plus d'espérances que dans les princes; ils furent rappelés, et avec eux un calme momentané rentra. Les chefs des factieux furent forcés de s'enfuir pour éviter un légitime châtiment; et l'Université, qui, dans ces temps malheureux , avait employé toute son influence pour le maintien de l'ordre et le rétablissement de la paix, en reçut une honorable récompense; les princes vinrent en personne lui en témoigner leur reconnaissance, et le dauphin l'envoya remercier solennellement de sa belle conduite et de sa sagesse 3 .

C'est alors que le duc de Bourgogne , qui voyait son crédit diminuer chaque jour , craignant que bientôt il n'y eût plus de sûreté pour lui, quitta Paris en fugitif, abandonnant ainsi le gouvernement h ses adversaires. A peine fut-il parti, qu'on ne garda plus aucun ménagement ; # le peuple, toujours ex-

i Launoy, Regii Navarrœ Gymnasii Historia , 483.

> M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne, IV, 1 13.

3 Félibien, Histoire de Paris. — M. de Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne, TV, 117. — Cr évier, Histoire de V Université, III, 366.

SOUS CHAKLKS VI. 2*5

tréme , menaçait quiconque avait appartenu au parti bourguignon; et le 16 septembre 1^16 , le Parlement, sur les remontrances de l'Université, fut obligé de défendre, par arrêt, de tuer, ou publier qu'on pouvait tuer sans autorité de justice Le roi , dans des lettres récemment promulguées, venait de condamner l'assassinat du duc d'Orléans. L'Université crut devoir rompre le silence que la puissance du duc de Bourgogne l'avait trop long-temps contrainte de garder, et s'expliquer à son tour sur les propositions contenues dans l'apologie de Jean Petit. Un examen fut provoqué par le vénérable Gerson, chancelier de l'Université; et, après de mûres délibérations auxquelles prirent part l'évêque de Paris et l'inquisiteur de la foi , car alors il y en avait un en France , le sentiment de l'Université fut unanime. Mais les coupables inspiraient encore par leur puissance tellement de crainte , qu'on procéda contre les actes sans oser en nommer les auteurs. Toutefois la doctrine de Jean Petit fut condamnée. L'évêque de Paris prononça le jugement devant une assemblée nombreuse , et le lendemain ( i3 février i4*4) l'apologie fut brûlée sur la place publique par la main du bourreau. On dit même qu'on alla déterrer à Hesdin , où il était mort , le cadavre de Jean Petit \

* Pasquieb, Recherches de la France, liv. îv, ch. 3.

* Censures de la Faculté de Théologie, imprimées en 171 7. — Le Beuf , Histoire de la Fille et du Diocèse de Paris, II , 335. — FÉUBiEif, Histoire de Paris, II, 776. — Crrvier, Histoire de t Université, III, 376 et suiv.

1lG HISTOIRE DE LCÎÎI VERSITÉ

Ce premier pas fut suivi d'un autre; ce furent lesobsèques du duc assassiné, que depuis sept ans on n'avait pas pu faire. Son oraison funèbre fut prononcée le 5 janvier i4*5, dans Notre-Dame et aux Célestins, par Gerson et Jean de Courtecuisse, et la nation de France fit célébrer, le 10 juin de la même année, un service solennel, et ordonna une procession où assistèrent tous ses membres.

Les calamités qui depuis si long-temps accablaient notre malheureux pays, et qui lavaient conduit à deux doigts de sa perte en anéantissant tous les bienfaits du règne de Charles V, n'avaient pas eu sur l'Université un effet aussi déplorable que sur la nation. Le règne malheureusement trop long de l'infortuné Charles VI avait aussi vu, comme celui de ses prédécesseurs, s'ouvrir plusieurs collèges. Deux fondations nouvelles étaient venues augmenter le nombre déjà considérable des maisons qui composaient l'Université parisienne. C'étaient le collège de Fortet, fondé en i394, rue des Sept- Voies n°nj, par un chanoine de Paris, et le collège de Rheims, même rue n° 18, établi dans les bâtiments de l'hôtel de Bourgogne, que le fondateur, Gui de Roye, archevêque de Rheims, avait acheté en du comte de Nevers 1 ; et à la

même époque les religieux de l'abbaye de Saint-Victor formèrent, avec l'autorisation de l'Université, une école publique de leur maison \

t « Felibicn , Histoire de Paris, II, 761.

* Bulleus, Historia Universùatis , V, 207, 210.

Les causes de cette prospérité toujours croissante, même au milieu de nos désastres, s'expliquent assez facilement par les événements qui, pour la masse des Français, étaient une source de maux. Tourà-tour les princes de la famille royale avaient fait peser sur le peuple un joug de fer. Leur mauvaise administration , leur avidité avaient épuisé toutes les ressources de la France. Des impôts excessifs, des taxes arbitraires étaient prélevés par chaque parti pour soudoyer ses hommes d'armes ou enrichir ses partisans. En même temps les sources de la prospérité et de l'opulence publique tarissaient de jour en jour ; l'industrie était nulle, l'agriculture anéantie, et des années s'écoulaient sans que des provinces entières , ravagées par les guerres civiles, pussent être cultivées.

Indépendamment de ces éléments de destruction , un sombre horizon couvrait la France et lui annonçait un sinistre aveuir. La guerre avec les Anglais était toujours imminente, et venait augmenter les embarras et les besoins du gouvernement. Malgré les paix et les trêves souvent renouvelées, jamais l'harmonie n'avait été parfaitement rétablie entre les deux nations rivales : sans cesse il fallait aviser au moyen de repousser des invasions, et de nouveaux impôts, que pouvait à peine acquitter un peuple déjà ruiné par les généraux des aides, devenaient cependant nécessaires. Un nouveau roi, Henri V, venait de s'asseoir sur le trône britannique, et il annonçait, par la hauteur de son langage, qu'il ne tarderait pas à exécuter des projets dont l'issue devait

2lH HISTOIRE DE l' UN I V ER SITE

nous être si funeste. Placé dans cette triste position , menacé également par le fer de l'Angleterre et l'épée de ses concitoyens, le peuple était dans une situation déplorable; nulle garantie ne lui était offerte, et, s'abandonnant à son désespoir, il avait, à plusieurs reprises, saisi des armes et immolé indistinctement dans sa fureur tous ceux qu'il soupçonnait être les auteurs de ses maux.

L'Université avait joué un grand rôle dans toutes ces commotions politiques. Loin de diminuer, le nombre de ses membres s'était accru. L'espoir de devenir quelque chose, soit dans l'État, soit dans l'Église, était soutenu par les exemples qu'on avait sous les yeux. Les ministres de Charles V , ceux de son successeur, étaient presque tous des hommes nouveaux, et l'épouvantable catastrophe de quelques-uns n'était pas susceptible d'arrêter l'ardeur des aspirants. En outre, et en écartant même ces idées de grandeur et d'ambition, les privilèges énormes dont elle jouissait comme corps étaient suffisants pour faire désirer d'entrer dans son sein. Au nombre de ses plus précieux avantages se trouvait l'exemption des impôts, et on osait rarement y porter atteinte en raison de son grand pouvoir. Elle avait soin, sous chaque monarque, d'en demander le maintien et la conservation, et de renouveler sa demande dans toutes les occasions où elle pouvait craindre pour ses droits. Ces privilèges cependant , nous l'avouons avec plaisir, ne lui faisaient pas oublier qu'elle était française, et qu'elle s'appelait la Fille ainèe du Roi; elle savait ,

dans des circonstances pénibles, faire à la patrie le sacrifice de son intérêt personnel ; et , lorsqu'en 1 4 1 8 les succès rapides des Anglais, qui venaient de conquérir la Normandie, eurent exigé le prélèvement d'un impôt extraordinaire , l'Université voulut payer sa dette à la France, et offrit de contribuer comme tous les autres citoyens , pourvu toutefois que l'exemple ne tirât pas à conséquence *. Ces offres furent acceptées, mais le roi voulut qu'on en exemptât les maîtres et les docteurs a . Car alors, comme depuis, ses membres n'étaient pas ricbes, et les droits que le recteur prélevait sur chaque maître-ès-arts , lors de son entrée à la maîtrise, et qui composaient tous ses émoluments, ne s'élevaient pas au-delà d'une bourse de six sols par personne.

Cette noble conduite avait beaucoup augmenté l'influence de l'Université, et la considération dont elle jouissait était accrue encore par la supériorité de ses lumières; aussi toutes les factions qui se partageaient le royaume s'eflforçaient-elles de se concilier son affection et d'obtenir son assentiment. Cette considération et l'importance qu'on attachait à son opinion étaient telles, que les princes et le roi lui-même ne dédaignaient pas de venir a ses assemblées 3 . C'est un

1 Ceéviee , Histoire de VUniversitv, III , 5G. ■ Ordonnance du 27 Octobre 14 18.

3 Fuerunt dominus noster Rex, et omnes domini praiiomiuali, -(il m 1 1 domini Bituria?, Aurclianensis , Borbonii , comités virtutum et de Augo. Item fuerunt très cardinales, plurcs episcnpi et quamplures milites et nobiles. Sic quanto in honore et pretio

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honneur qui lui fut accordé en 1 4 1 7 , à la fête de saint Guillaume, et la nation de France donna à cette occasion, aux chevaliers qui accompagnaient le roi , et à ses suppôts , un déjeuner dont la dépense totale monta à onze livres onze sols quatre deniers x .

Hueras litteratosque habeant reges, principes, cardinales, episcopi, flos nobititatis totius, ostendunt, nec possunt indiciis certioribus ostendere. Launoy , Regii Navarrœ Gymnasii Historia> pag. 111.

1 Bullehs, Historia Universitatis , V, 3o8. — Crévier, Histoire de l'Université , III, 382, 383.

SOUS CHARLES VI. a3 I

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