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HISTOIRE DE LUMVER5ITÉ

en 1743, une déclaration du roi supprima définitivement la communauté des barbiers -chirurgiens, et exigea qifà l'avenir tous les aspirants fussent lettrés.

Ces débats n'étaient pas les seuls qui agitassent l'Université, et de vives contestations s'étaient élevées au sujet d'un legs fait à la compagnie tout entière, entre la faculté des arts et les trois facultés supérieures. Celles-ci voulaient que dans le partage la faculté des arts ne comptât que pour une voix, tandis qu'elle prétendait compter pour quatre, comme renfermant les quatre nations. Ces disputes sur la question de savoir si les nations devaient être considérées à l'égal des facultés duraient depuis long-temps, et se perpétuèrent plus d'un siècle encore, de telle sorte que pour les terminer il fallut changer le mode des délibérations de l'Université. Vers le milieu du dix-septième siècle, les affaires qui intéressaient tout le corps ne furent plus portées à l'assemblée générale, mais renvoyées au tribunal académique* présidé par le recteur, et composé des trois doyens et des quatre procureurs. Par la fut reconnue et consacrée impli citement l'existence légale des nations. Mais si cette innovation fut favorable à la faculté des arts, dont elle sanctionnait les droits, elle fut préjudiciable a l'Université, dont elle enleva une portion de la force et de l'énergie, en rompant l'unité qui avait jusqu'alors existé entre toutes ses parties , et détruisit cette confiance dans le sentiment de leurs forces qu'avaient tous ses membres; confiance qu'ils puisaient aux assemblées générales.

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Tout en s'occupant de ces détails intérieurs, l'Université cependant ne restait pas étrangère aux événements politiques. Ils ne nous étaient pas alors favorables. Depuis que Jules II avait ceint la triple couronne, nous n'avions éprouvé que des revers. Oubliant qu'il était le père commun des fidèles , et plus guerrier que pontife, Jules, à la tête de ses armées, était un ennemi d'autant plus redoutable, qu'il faisait servir les foudres de l'Eglise d'auxiliaires à ses projets. Secondé par Ferdinand le Catholique , il avait conçu le dessein de rendre à l'Italie son ancienne splendeur, de chasser tous les étrangers qui venaient j usque dans son sein se disputer ses dépouilles , et de lui faire reprendre sa place au rang des nations. Déjà le royaume de Naples, si rapidement conduis, nous était enlevé; et, à la tête des Espagnols, Gonsalve de Cordoue, surnommé le Grand Capitaine, nous arrachait nos dernières possessions , lorsque l'Italie septentrionale, agitée par les mêmes convulsions, déploya contre la France l'étendard de la guerre. Gênes , depuis si long-temps française,. cédant aux intrigues du Saint-Siège, se révolta; et nous étions menacés de perdre en Italie le peu qui nous restait. Dans ces circonstances il devenait nécessaire de rétablir, par un coup d'éclat, la réputation des armes françaises. Louis passa lui-même les Alpes , et les Génois battus vinrent implorer sa clémence (1607). ^ €S triomphes excitèrent une joie universelle, et l'Université s'empressa d'en rendre grâces à Dieu par une procession solennelle. Mais ce n'était que le prélude de plus I. a3

grands événements. Le roi revint en France pour se préparer à punir les alliés qui l'avaient abandonné. Unissant ses ressentiments à ceux de l'empereur Ma x i milieu , il déclara la guerre à la république de Venise, traversa une seconde fois les monts, et la victoire dAgnadel, remportée le i4 mai i5o(), sur des forces bien supérieures , vint augmenter l'enthousiasme de la patrie.

De tels succès alarmèrent les puissances italiennes, et bientôt on vit éclore une nouvelle ligue. Constant dans sa haine contre la France , Jules II en était l'ame. Non content de ne pas observer les préceptes du sacerdoce, ce pontife, qu'on appelait ironiquement Sa Malignité ne savait pas davantage respecter le droit des gins. L'ambassadeur français fut emprisonné par ses ordres, et par un abus coupable des choses les plussaintes, appelant au secours de sa politique les armes spirituelles de l'Église, il lança contre Louis Xll des bulles d'excommunication , l'accusant de cruauté, de perfidie, le déclarant proscrit et déchu de tous ses droits. Louis chercha un appui dans le clergé national, et, au mois de septembre i5io, il convoqua à Tours une assemblée de l'Église gallicane. Là il fut décidé que les censures lancées par la cour de Rome contre le roi et -le royaume étaient nulles et de nul effet, et qu'on ne devait, pendant tout le temps que durerait la querelle, faire passer aucun argent à Rome. En même temps les cardinaux attachés au

, Vf. M- y , Histoire fie France , XI,

sous louis xii. 355 parti français quittèrent la cour de Jules contre lequel ils étaient déjà indisposés , et , à la requête de Louis et de Maximilien, ils convoquèrent, pour la réfonnation de l'Eglise et de son chef, un concile général àPise, pour le I er septembre i5i i, en exécution d'un décret du concile de Constance, qui prescrivait tous les dix ans la tenue d'un concile, et ils y citèrent le pape à comparaître.

L'Université de Paris fut invitée à envoyer ses députés à ce concile *, qui, convoqué malgré le Saint- Père, et mollement soutenu par Maximilien, ne tarda pas à aller mourir de langueur à Lyon, où il avait été transféré, se contentant de déclarer le pape a ar- « tisan de discordes et de troubles, homme pervers, « endurci dans le crime et incorrigible», qui de son coté se vengeait de ces invectives par des anathèmes redoublés contre ses ennemis. La part la plus active que prit l'Université aux opérations du concile, fut la réfutation d'un ouvrage de Cajetan , qui lui fut demandé par les Pères du concile eux-mêmes.

Thomas Vio , surnommé Cajetan , du nom de sa patrie , était un dominicain exclusivement dévoué à la puissance pontificale. Les doctrines ultramontaines contenues dans un ouvrage, où il attaquait les principes et les décisions des conciles de Constance , de Bâle et de Pise , furent déférés à l'Université par les membres de cette dernière assemblée, a afin quelle

1 Fleur y , Histoire Ecclésiastique XXI, liv. cxxi. — Biti.lfus, BUêoria Unberritmtit, VI , 47.

« envoyât son jugement doctrinal , pour qu'à l'aide de « ses sages conseils ils puissent procéder dans cette « affaire, et traiter l'écrivain de la façon que mérite « son audace. » Le roi lui-même , dans une lettre du 1 5 février i 5ia , adressée à l'Université, joignit ses instances a celle des Pères du concile. « Nous vous prions « très-acertes, disait-il , que vous, receu ledit livre, le « visitiez et examiniez diligemment, et le confutiez par « raison , es points et articles esquels il vous semblera « être contre vérité, si n'y veuilliez faire faute, et « vous nous ferez service très-agréable en ce faisant. » La réfutation fut faite par ordre de l'Université, par Jacques Almain , docteur en théologie 7 , dans son ouvrage intitulé : De l'autorité de V Église et des Conciles y contre Thomas Cajetan.

Convoqué en haine du pape et pour affaiblir sa puissance , le concile de Pise ne remplit pas le but qu'on s'était proposé ; il s'évanouit en quelque sorte devant le concile de Latran que Jules s'était empressé d'indiquer à Rome pour contrebalancer l'effet d'une assemblée qu'il redoutait , et l'Europe le vit disparaître sans presqu'il eût donné de signe d'existence. L'attention publique était alors fixée sur des événements qui devaient nécessairement amener des changements politiques. Jules, après avoir remué toute la chrétienté , agité tous les ressorts de la politique , armé tour à tour les uns contre les autres l'empereur,

1 Cfttvm , Histoire de l'Université, V , 8o.

» Launoy, Régit Xavarrcr Gymnasii Historiti , »3f>.

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les rois tic France, d'Espagne, et les républiques italiennes, pour les faire servir à ses projets, était mort le 21 février i5i4i à l'âge de soixante et onze ans, laissant la tiare au cardinal de Médicis qui fut pape après lui sous le nom de Léon X , et dont le souvenir rappelle tout à la fois le siècle des beaux arts et celui des calamités de l'Église, ébranlée sous son règne par une révolution qui faillit la renverser.

La mort de Jules avait été suivie de celle de la reine de France, Anne de Bretagne, enlevée à trente-six ans à la tendresse de son mari. Le roi ne resta pas longtemps dans le veuvage. L'amour avait serré ses premiers liens, la raison d'État forma les seconds, Marie d'Angleterre , sœur de Henri VIII , devint son épouse , et la main de cette princesse fut le gage de la réconciliation des deux nations entre lesquelles une rupture était sur le point d éclater. Mais cette union ne devait pas être de longue durée , la mort du roi suivit de près son mariage, et Louis XII descendit dans la tombe le premier de janvier i5r5, à peine âgé de cinquante-trois ans , emportant avec lui le surnom si touchant de Père du peuple.

Avec ce prince avait commencé le seizième siècle , si fertile en événements dans l'histoire de l'esprit humain. 11 devait être l'aurore de la régénération intellectuelle du monde civilisé ; il devait voir enfin se développer les germes que l'Europe possédait depuis long-temps dans son sein. Ces précieux résultats , dont nous recueillons aujourd'hui les fruits, signalent cette époque à l'attention de tous les lettrés , qui

l ont déjà saluée d'un cri de reconnaissance en décernant au prince qui seconda leurs efforts , le titre pompeux de Restaurateur des lettres. Cependant à coté de l'auréole brillante qui environne la mémoire de François I er , doit se placer une gloire plus modeste , et dont la renommée pour avoir moins d'éclat n'en mérite pas moins la reconnaissance de tous les hommes. Cette gloire, c'est celle de l'Université. En effet , l'élan que prit l'intelligence humaine sous le règne du vainqueur de Marignan , fut moins une révolution spontanée due au génie d'un seul homme , que la conséquence inévitable et facile à prévoir , vers laquelle tendait depuis long- temps la direction générale imprimée aux études. Aussi peut-on dire , sans vouloir rien enlever à la gloire de François I er , qu'il se mit à la tête du mouvement qui s'opérait, mais que l'Université l'avait préparé.

Cette compagnie célèbre, entourée de la faveur des rois , était depuis des siècles en possession de former l'élite de la jeunesse française, et la vénération universelle la décorait unanimement du titre de Mère des sciences.

Société permanente, et dont le commencement remontait à l'origine de la monarchie, elle possédait un corps de doctrine puisée aux sources les plus pures, dans son amour ardent pour la religion et pour ses rois , et dont ses docteurs confiaient la défense et la conservation aux soins des docteurs qu'ils avaient formés. Toujours ils furent fidèles à ce noble mandat , et si l'on en excepte les temps déplorables

ou l'Angleterre s'asseyait sur les fleurs de lys, et où l'Université n'était plus que l'ombre d'elle-même, toujours les rois trouvèrent en elle une auxiliaire prompte et dévouée.

Quoique formant dans l'Etat un corps qui avait ses lois, ses statuts, son chef, jamais elle ne chercha à s'éloigner de la grande famille. Fille aînée des rois de France , elle resta constamment soumise à ses pères ; jamais on ne la vit obéir aux ordres d'un chef étranger, séparer ses intérêts de ceux de la patrie, et se ranger sous les bannières ultramontaines. Elle n'oubliait pas qu'avant tout elle était française, que l'espoir des générations futures reposait sur elle , et qu'elle était investie de l'honorable tâche de former des citoyens. Elle sut dans tous les temps se montrer digne de ce noble ministère; et si, dans des moments de prospérité, elle demandait à la France opulente des privilèges et des exemptions pour ses élèves, on la vit, à des époques désastreuses, résignée et soumise , offrir à la patrie en danger le sacrifice de ses droits les plus chers.

Sans doute elle ne fut pas exempte de passions, mais les siennes au moins n'offraient aucun danger, et elle n'était pas tourmentée par la soif des richesses et le besoin de tout envahir. Après une existence de huit siècles , après avoir compté au nombre de ses élèves les hommes les plus illustres et les plus puissants, elle ne songea en aucune manière à profiter de leur reconnaissance. Satisfaite de ses utiles mais modestes travaux, elle ne désirait ni la fortune

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ni les honneurs , et le seizième siècle la retrouva dans l'état ou le douzième l'avait laissée, aussi pauvre sous François V r que sous Philippe-Auguste.

Dans cette longue période, cependant, les événements lui auraient été favorables si elle avait de l'ambition. Son existence, comme on a pu le voir, était devenue toute politique, et les changements que nous avions fait entrevoir s'étaient accomplis. Sous la dvnastie des Valois , elle avait exercé sur les événements une influence marquée. Indépendamment de la puissance que devaient lui donner ses lumières, sur des hommes à moitié barbares, d'autres motifs concouraient encore à ce but. La féodalité n'était pas tellement détruite qu'elle ne dût plus inspirer de craintes aux rois. Les grands apanages donnés aux membres de la famille royale en avaient fait des vassaux puissants, et, malgré les fleurs de lys qui décoraient leurs armes, on les avait vus, en plusieurs circonstances , s'unir même aux étrangers contre leur suzerain. De plus en plus cependant , le sceptre acquérait de la force, et cette force il la devait à l'habileté des conseillers de la couronne. Ce n'étaient pas des hommes appartenant à de nobles familles , car ils n'auraient pas servi d'instruments contre les membres de leur ordre; mais c'étaient des hommes sans aïeux, et qui, pour titres de noblesse, n'avaient que leur mérite et leur instruction. L'Université à presque tous était leur mère, et elle avait un peu participé à leur puissance, parce que les rois respectaient une compagnie qui leur fournissait leurs plus dé-

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voués serviteurs. Tous les princes qui se succédèrent suivirent la même ligne : Charles V, Charles VI, Charles VII, Louis XI eurent des ministres plébéiens, et le dernier de ces monarques , en entourant sa personne de gens qui n'avaient d'autre recommandation que leur capacité , contribua plus qu'aucun autre à répandre le goût des études.

Cependant l'époque de la décadence du pouvoir de l'Université était arrivée, et Louis XI en était cause. Ce prince avait porté un coup mortel aux restes de la puissance féodale; désormais elle n'était plus à craindre, le roi était devenu absolu. L'Université resta toujours un objet de sollicitude pour l'autorité; mais, } dès ce moment, son influence diminua graduellement. En effet, la diffusion des lumières répandues dans toutes les classes de la société, enleva à la compagnie une partie de l'ascendant qu'elle avait jusqu'alors exercé. Eu outre, les grands seigneurs, en se rapprochant de la cour, cherchèrent dans la faveur du monarque un dédommagement à l'indépendance qu'ils avaient perdue. De rivaux qu'ils étaient autrefois, ils devinrent ses courtisans , ses conseillers ; et , lorsqu'ils ne furent plus à craindre, le trône choisit parmi eux ses ministres, et n'alla plus les chercher dans les rangs de la bourgeoisie. Par là l'Université vit peu à peu s'éclipser une partie du rôle brillant qu'elle était accoutumée à remplir; elle ne prit plus que peu de part aux affaires de l'Etat , et la concentration de tout le pouvoir entre les mains des rois, en faisant considérer comme une atteinte portée à leur autorité la moindre

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tentative pour s'immiscer dans les affaires, acheva de lui enlever le peu qui lui restait de son caractère politique, et elle se renferma dans le cercle de ses travaux.

Ce changement cependant, qui commença à devenir sensible sous François 1 er , n'ôte aucun intérêt aux époques qui nous restent à décrire. L'abolition de la pragmatique sanction , les fureurs de la ligue, les débats mémorables de l'Université avec un ordre fameux , les jésuites , perpétués pendant deux siècles , et dans lesquels elle déploya une persévérance et une énergie remarquables, la part qu'elle prit aux chefs-d'œuvre du grand siècle, son influence sur la direction philosophique du dix-huitième siècle, sa dispersion à une époque d'anarchie , son rétablissement sous un gouvernement nouveau , ordonné par un homme qui ambitionnait toutes les gloires , sont des événements assez importants pour donner à l'Histoire de l'Université un intérêt puissant et non moins vif que celui que peut inspirer le tableau d< temps où elle avait une existence politique.

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