‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 33 sur 39 · CHAPITRE VJII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VJII

Charles VIII. — L'Université et le duc d'Orléans. — Visites du roi à rUniversitë. — Ordonnance de 1489 : fixation du nombre des clients de l'Université. — Règlement sur les comédies représentées dans les collèges. — Splendeur de l'Université. — Le Parlement et l'Université s'opposent à la levée de nouveaux impôts, — Exemption du droit d'aubaine en faveur des suppôts.

Projet de réforme dans l'Église , l'Université est consultée. —

Mort de Charles VIII. — Louis XII lui succède Réduction

des privilèges universitaires. — Résistance de la compagnie. — Dernier exemple des cessations de leçons. — -Menaces du roi — Exil de Standonc. — Collège de Montaigu. — Règlements intérieurs. — Expédition du roi en Italie. —Opposition de UUni- ▼ersité aux bulles qui nomment le cardinal d'Ambroise légat en France. — Débats entre la faculté de médecine et les chirurgiens. — Contestation entre les nations et les facultés. — Concile de Pise. — L'Université y envoie des députés.— Élection du pape Léon X. — Le roi épouse Marie d'Angleterre. — Mort de Louis XII. — Considérations sur l'influence de l'Université par rapport à la civilisation. — Résumé.

L'Université avait vu disparaître, avec un sentiment de satisfaction , un monarque devant lequel tout le monde tremblait. Elle espérait reprendre , sous son successeur, cette influence et ce pouvoir moral quelle avait si long-temps exercés sur les esprits, et auxquels

sous charles vin. 3a3 Louis XI avait porté une si vive atteinte. Les lettres, cependant, paraissaient devoir peu espérer de la protection deCharlesVIII. L'éducation de ce jeune prince, qui montait sur le trône à peine âgé de quatorze ans, avait été fort négligée. Son père, qui l'avait fait élever loin de sa personne , renfermé dans le château d'Ambroise, ne s'était occupé en aucuue manière de lui donner les connaissances nécessaires à un roi ; il avait même défendu qu'on lui enseignât le latin. «Je ne veux pas , a disait-il en plaisantant, qu'il en sache d'autres pa- « rôles, sinon : Qui nescit dissimulare , nescit re- « gnare ;c 'est tout ce qu'il faut de latin à un prince Cependant il avait fait composer, pour son instruction , un petit volume qu'il intitula : Le Rosier des Guerres: c'était un recueil des meilleures maximes sur la politique, la science de la guerre, l'art de gouverner les hommes et de les rendre heureux.

Malgré les lacunes et les défauts d'une telle éducation, le nouveau roi, ou plutôt sa sœur, la dame de Beaujeu, qui tenait pendant sa minorité les rênes du gouvernement, était porté à favoriser les lettres et l'Université, et, dès les commencements de son règne , dans les États-généraux qui furent tenus en i484i il s'était empressé de confirmer tous ses privilèges. L'Université s'en montra reconnaissante, et peu de temps après le duc d'Orléans (depuis Louis XII ), qui s'efforçait alors d'enlever à la dame dé Beaujeu

1 M. di Baiunte, Histoire des Ducs de Bourgogne, XII,

3u/| HISTOIRE DE L U K I V K R S IT É

le gouvernement du royaume pendant la minorité du roi, étant venu demander à l'Université 1 son appui , en faisant valoir les soins qu'il s était donnés' sous Louis XI pour la conservation de la pragmatique sanction , l'Université refusa de seconder les projets du prince \

Cette bienveillance , que le jeune roi montrait aux gens de lettres dès son avènement au trône , ne se démentit jamais pendant le cours de son règne. Souvent il se faisait un plaisir d'assister à leurs leçons, d'honorer l'Université de sa présence, et, dans ces occasions, il ne dédaignait pas d'accepter les cadeaux d'usage, qui étaient un bonnet d'écarlate et des gants violets que la compagnie avait coutume d'offrir aux princes qui la visitaient 3 .

Une protection aussi marquée ralliait à l'Université les hommes et les corps avec lesquels elle s'était autrefois trouvée en opposition. Le Parlement, dont souvent elle avait décliné la compétence, était devenu son défenseur; et cette cour, que l'Université s'était efforcée long-temps de ne considérer que comme sa sœur et non sa maîtresse , mettait tout en usage pour maintenir ses droits et conserver la paix dans son sein. Grâce à son intervention conciliatrice, une

« Roedkiver , Louis XII et François I" , ou Mémoires pour servir à l'histoire de leur règne. Paris, i825, Bossange. I, 3*6.

» Bcji.leus , Historia Universitatis , VII, 767. — Vei.lt, Histoire de France, X, ai/,.

3 LAUNOY, Regii Navanœ Gymnasii Historia , ig5.

division qui s'était élevée entre l'Université et la Faculté de théologie , au sujet d'un docteur que cette dernière refusait d'admettre, venait d'être apaisée par le Parlement devant lequel l'affaire avait été portée, lorsqu'il rendit, en 1487, un bienfait bien plus signalé encore à la compagnie, en prenant auprès du roi la défense des maîtres au sujet des bénéfices qui leur étaient affectés en vertu de leurs privilèges *, et que les prélats contestaient toujours.

Ces privilèges en matière de bénéfice , qu'elle tenait de la munificence du Saint-Siège , étaient vus par le clergé ordinaire, qui les considérait comme un empiétement sur ses droits, d'aussi mauvais œil que ceux en matière d'impôts, qu'elle devait à la libéralité de nos rois, l'étaient par la cour des aides. Des querelles fréquentes s'étaient de tous temps élevées entre elle et les fermiers généraux , qui regardaient toutes les exemptions comme faites à leur préjudice. Sans cesse ils s'efforçaient d'y porter atteinte, soit en torturant le texte des lois, soit en voulant en priver tels ou tels des clients de l'Université; mais ils trouvaient constamment la compagnie prête à défendre ses membres. Ces luttes duraient depuis des siècles; et presque toujours l'Université en était sortie victorieuse. Sous le règne du dernier roi cependant, elle avait éprouvé quelques échecs, et le gouvernement despotique et arbitraire du monarque ne lui avait laissé d'autres armes que

» Blm.bi's, Historia l nivcrsitatis , V, 775.

le silence. Ces avantages avaient enhardi ses adversaires , ils continuèrent d'aller en avant ; mais les temps étaient changés. Les bontés de Charles VIII avaient rendu à l'Université le sentiment de ses forces, elle avait repris toute son énergie; et, pour arrêter les entreprises de ses adversaires qui la poussaient vivement, elle eut recours, en 1488, à une mesure vigoureuse dont depuis long-temps elle n'avait pas fait usage, elle ordonna une cessation générale de sermons. Le Parlement s'entremit encore dans cette affaire , et fit appeler le recteur. Il refusa de comparaître, envoya à sa place une députation, et l'Université resta inébranlable, rejetant toutes les propositions qui lui furent faites jusqu'à ce qu'on eût reconnu ses droits. Enfin l'intervention du roi put seule rétablir la concorde. Charles, après avoir pris connaissance de l'affaire et entendu les parties , rendit, à la grande satisfaction de l'Université, qui tenait toujours à n'avoir que le roi pour juge , une ordonnance qui détermina quels seraient les clients de l'Université qui devaient être associés à ses privilèges. Ce furent, outre les maîtres et écoliers, Quatorze bedeaux,

Quatre avocats et deux procureurs au Parlement, Deux avocats et un procureur au Châtelet , Vingt-quatre libraires , Quatre parcheminiers , Quatre marchands de papier, Sept fabriquants de papier ( trois à Troves, quatre à Corbeil),

Deux enlumineurs, Deux relieurs, Deux écrivains,

Un messager pour chaque diocèse 1 .

Cette ordonnance, dans laquelle éclata de nouveau la prédilection que le roi portait à l'Université , en traçant ainsi des limites précises, termina toutes les querelles qui existaient de temps immémorial avec la œur des aides. Les fermiers-généraux, que l'Université , suivant son usage, avait retranchés de son sein pendant les débats, ne tardèrent pas à être réintégrés.

Pour se rendre digne de tant de faveurs, l'Université s'occupait d'introduire dans sa discipline intérieure toutes les améliorations désirables. L'esprit turbulent de ses écoliers et même des maîtres, avait été bien des fois le sujet de plaintes graves : c'était surtout dans les nombreuses fêtes scolastiques que des scènes de désordres, occasionnées par l'extrême licence de ces jours, exigeaient une sévère répression. Un règlement, porté par la faculté des arts en 1488, défendit les danses , les chansons et les déguisements. Les comédies, qui la plupart du temps n'étaient qu'un cadre où venaient se placer les allusions les plus grossières , ne furent pas interdites ; mais on exigea qu'elles fussent d'abord visitées par le principal , afin , porte le règlement, «qu'il n'y reste ni trait mordant et sa-

• Ordonnance du ao mars 1489. — Cesvier , Histoire de l'Université, IV, 44 7-

3^8 HISTOIRE DE LUXIVERSITÉ

o tyrique, ni rien de déshonnête qui puisse offenser a un homme de bien 1 ». L'exécution de ce statut, destiné à arrêter les écarts d'une jeunesse licencieuse, fut prescrite rigoureusement; des peines sévères étaient portées contre les contrevenants. S'ils étaient écoliers, ils devaient être frappés de verges dans la cour du collège par quatre régents, en présence du recteur et de leurs camarades assemblés au son de la cloche; s'ils étaient maîtres, on les privait pendant deux années de la régence a .

Les censeurs étaient chargés, de faire exécuter ce règlement; mais quelque dures qu'en fussent les dispositions, elles étaient encore insuffisantes contre des jeunes gens, dont la plus grande partie n'était pas soumise à la surveillance immédiate des maîtres , et qu'il devenait presque impossible de contenir. Aussi, bientôt après, fut-on obligé de leur défendre d'aller sur le pré-aux-clercs , qui était devenu comme leur champ de bataille ; et, en 1489, on leur interdit de marcher désormais en tête des processions, parce qu'ils y portaient presque toujours le trouble.

Malgré ces désordres inévitables, l'Université, soutenue par les encouragements que lui donnait le monarque , reprenait chaque jour plus de splendeur. Les belles-lettres qu'elle avait si long-temps négligées mais qu'elle avait accueillies sous le règne de Louis XI f commençaient à renaître. Des professeurs étrangère, enfants de la terre classique de la littérature , étaient

« Bulleus, Historia Universitatis, V, 785.

» Cbkvier, Histoire de l'Université, IV, /,36.

SODS CHAHLKS VIII. J'IC)

venus nous enseigner les préceptes de la poétique et de la rhétorique : l'Université les avait admis avec reconnaissance. «Elle a toujours tenu, disait Erasme, « le premier rang dans le genre d'études (la philoa sophic et la théologie) auquel elle s'est consacrée, « et néanmoins elle est avide de s'étendre et de s'a- « grandir à quelque prix que ce puisse être du coté « des humanités, et elle reçoit par rapport à cet objet a quiconque se présente 1 ». Bientôt des Français , prenant pour modèles les Grégoire de Tiferne et les Hiéronyme de Sparte , se firent comme eux une réputation méritée dans ce genre d'enseignement , et on nous a transmis comme dignes d'être conservés les noms des Tardif, des Montjoie, des Ferrabot, des Jean Texier communément appelé Ravisius Textor, et de plusieurs autres , qui les premiers secondèrent l'élan que voulait prendre la littérature. Ce changement dans les études , tout entier à l'avantage des belles-lettres , donna une nouvelle illustration à l'Université , et devint un des principaux titres de gloire de Paris , dont on fit à cette époque le blason avec cette acrostiche :

paisible domaine , >moureux vergier, Sdepos sans danger, justice certaine , c/science hautaine, C'est Paris entier ».

' CM? Vil», Histoire de l'Université, IV, /,3S. * Dt'i.AttRK, Histoire de Paris, IV,

33o HISTOIRE DE L>' UNIVERSITÉ

Ces résultats avantageux , ces progrès rapides que faisait l'Université vers une meilleure direction dans les études, et qui prenaient leur source dans la faveur que lui accordait le gouvernement , ne l'empêchaient pas cependant de s'opposer aux actes du pouvoir, lorsqu'ils lui paraissaient contraires à ses droits et aux franchises de la nation. On craignait en 1489 la guerre avec Henri VI , roi d'Angleterre , et le hesoin d'argent se faisait sentir : la régence qui ne voulait pas assembler les états-généraux, dont on redoutait l'investigation , imagina d'imposer un décime sur le clergé. Le Parlement à qui on demanda de donner son approbation à cette taxe, refusa de l'accorder, et le premier président la Vacquerie, si célèbre par la noble énergie qu'il avait déployée sous Louis XI, vint lui-même, à la tête de. sa compagnie, déclarer au roi qu'une semblable taxe ne pouvait être consentie que par le clergé lui-même, et que si les imposés poursuivis par les commissaires venaient s'adresser au Parlement pour demander des surséances, « la cour, qui devait justice à quiconque la « réclamait, ne pourrait se dispenser de les accorder 1 .» Le roi , désespérant de vaincre la magistrature , voulut au moins , pour donner de la force à sa volonté , obtenir la sanction du pape. C'était alors Innocent VIII, qui avait succédé en i483 à Sixte IV. Le pontife se hâta, par une bulle, d'établir, sous le vain prétexte de faire la guerre aux Turcs, un décime

1 Velly, Hùtoin- <lc France, X, 33o.

sur tout le clergé français , sans en excepter personne. L'Université par conséquent s'y trouvait comprise, et, malgré ses privilèges, on voulut la faire payer: elle s'y refusa, s'assembla le i3 septembre 1491 9 et le recteur Guillaume Capel interjeta appel du pape mal conseillé au pape mieux conseillé et au futur concile, défendant en même temps à tous ses suppôts , sous peine d'être retranchés ignominieusement du corps et déclarés violateurs de leurs serments, de prendre aucune part à l'affaire du décime, soit en l'exigeant, soit en le recevant, soit même en le payant Elle se fondait principalement dans son refus sur ce que cette imposition était levée non pas dans l'intérêt de la chrétienté , mais uniquement au profit du roi et de la chambre apostolique. Elle reprochait de plus au pape de recevoir une pension du sultan Bajazet pour garder son frère Zizim , que les chevaliers de Malte avaient fait prisonnier.

L'acte d'appel avait été traduit en français et affiché aux portes de toutes les églises ; mais comme les légats du pape en France ne se relâchaient en aucune manière de leurs prétentions, et qu'ils avaient lancé des excommunications contre tous les opposants, la faculté de théologie déclara nulles leurs censures, ajoutant qu'étant rendues au mépris d'un appel légitimement interjeté , on ne devait pas les craindre , et qu'elles ne privaient pas les appelants des bienfaits de la religion.

1 Ceéyim, Histoire Je l'Université, IV, 455.

33* HISTOIRE DE LUPf IVERSITÉ

Cette vigueur réussit, et la compagnie eut lieu de s'applaudir de sa conduite; car les prélats, commissaires du Saint-Siège, déclarèrent qu'ils n'avaient pas eu l'intention de comprendre dans le paiement du décime les vrais membres de l'Université. Elle avait suivi, dans cette circonstance, l'exemple que lui avait donné le Parlement de Paris, dont en toute occasion elle paraissait rechercher la protection et l'appui. Aussi, loin de contester alors sa juridiction , elle se soumettait à ses arrêts. En 1/191, deux prétendants au rectorat avaient été élus à la fois, et cette concurrence , qui autrefois aurait été jugée par l'Université , fut soumise à la décision de la cour, qui, avant faire droit, rendit une ordonnance trèssage portant que pendant la durée des débats , pour que l'Université ne fût pas privée d'un chef, l'ancien recteur continuerait ses fonctions ». Ce règlement ne passa pas sans difficultés, les procureurs de la nation de France qui , en vertu d'un ancien usage , prétendaient remplacer le recteur toutes les fois qu'il était absent, s'y opposèrent long-temps; et ce ne fut que dans le seizième siècle, vers i58o, que se terminèrent les contestations a .

L'influence du Parlement sur l'Université avait le plus heureux effet , car elle tendait toujours à rétablir l'harmonie souvent troublée entre les facultés. Il était de règle que l'appel des jugements d'une fa-

» Bulleus, Historia Univcrsitatis , V, 808.

> Crévier, Histoire de f Université , VI, 36o.

SOUS CHAULES VIII. 333

culte devait être soumis à l'Université entière; mais les théologiens refusaient d'y consentir, parce que, disaient-ils, « il n'y a pas égalité, car les facultés de « médecine et de droit ne font qu'une tête; mais ès- « arts il y a quatre têtes, selon les quatre nations; « que si en droit et en médecine il y a quatre dé- « putés, ès-arts il y en a huit ». » Et pour trancher tous ces débats, l'usage s'introduisit de porter les affaires devant le Parlement. En même temps que la cour acquérait cette autorité , elle avait toujours soin de réclamer les lumières de la compagnie, et d'invoquer sa décision dans les affaires où elle avait besoin d'être éclairée , tels que les procès d'astrologie judiciaire, et elle ne procédait jamais sans avoir requis l'avis de la faculté de théologie. Cette faculté était toujours consultée dans toutes les matières qui intéressaient l'Eglise. En 1 497» e ^ e venait ^e renouveler les décrets qu'elle avait jadis portés contre les adversaires d'une doctrine dont elle s'était de tout temps constituée la protectrice , la doctrine de l'immaculée conception ; l'Université s'était rangée à son avis , et un règlement sévère obligeait , par serment , tous les membres à soutenir cette croyance, sinon ils étaient chassés et considérés comme des païens et des publicains \

La résistance que l'Université avait déployée dans l'affaire du décime, en se rangeant à l'avis des corps

' Crlviui, Histoire de l'Université, IV, /,i8.

1 D'àrokjitrk , Collcct. Judic. de rrmis crroribu* , I , *>.',o.

judiciaires, aurait pu avoir pour elle un fâcheux résultat, en lui faisant perdre les faveurs du monarque; heureusement elle n'en souffrit aucune atteinte. Le roi même semblait l'entourer de plus de considération que jamais. En 1/192 il lui avait fait annoncer officiellement, par un de ses gentilshommes , la naissance d'un de ses enfants. Peu de temps après il sollicitait, pour un évêque qu'il protégeait, la recommandation de l'Université auprès du nouveau pape ( Alexandre VI) , qui venait de monter sur la chaire de saint Pierre, et, par une sorte de réciprocité, il exemptait du droit d'aubaine les suppôts de l'Université qui appartenaient à des nations étrangères, et leur accordait le droit de disposer de leurs biens par testament , parce que , porte l'ordonnance , « sans cela la compagnie verrait diminuer le nombre « de ses suppôts, et le royaume son éclat et sa « splendeur. »

Ce furent à peu près là les derniers bienfaits de Charles VIII. Engagé l'année suivante par les instances du pape et les prières de Ludovic Sforce , duc de Milan, à exercer les droits de sa maison sur le royaume de Naples,et à l'enlever à Ferdinand d'Arragon qui le possédait, il passa en Italie, à la tête d'une armée. Des succès rapides furent suivis de* revers plus prompts encore. Charles , abandonné de ses alliés, joué par le pape et le duc de Milan sur la foi desquels il était entré en Italie, aurait vu finir cette expédition fameuse par une triste captivité, si la victoire de Fornoue , remportée, le 6 juillet 1^9^, avec

une poignée d'hommes sur l'armée des confédérés, n'était venue lui ouvrir les routes de la France. De retour dans ses Etats et guéri de la manie des conquêtes, le roi , dont la santé avait souffert de grandes altérations pendant la campagne d'Italie, s'occupa de l'administration intérieure du royaume et d'extirper un grand nombre d'abus. Par ses ordres, les coutumes des diverses provinces françaises furent rédigées par écrit 1 ; le grand conseil, jusqu'alors ambulatoire, reçut une organisation stable et fixe, et le clergé lui-même devint l'objet de ses investigations. Il résolut de l'arracher à l'ignorance dans laquelle croupissait un grand nombre de ses membres, et de lui donner une existence indépendante de la cour de Rome. Dans ce but, il adressa à l'Université un décret, en date du 1 1 janvier 1498 % dans lequel il la consultait sur la question de savoir :

Si le pape est obligé d'assembler tous les ans un concile général?

Si, dans le cas où il s'y refuserait, et où néanmoins il y aurait nécessité, les princes séculiers seraient eu droit de l'assembler eux-mêmes, et s'il représenterait alors l'Église universelle? .

Enfin si l'Église de France, sur le refus du pape, pourrait, après l'avoir sommé de le faire, s'assembler d'elle-même et former un concile?

1 VftLLY, Histoire de France, X, 53a.

* D'Arcektel, Collect. Judic. de novis t rroribus , I. — Velly, Histoire de France, X, 53a. — Crîvier, Histoire de ï Université , IV, 479.

L'Université répondit affirmativement à toutes ces questions; et le roi , irrité de la mauvaise foi du pontife et de la conduite qu'il avait tenue à son égard, les aurait probablement sanctionnées, lorsque la mort vint le frapper, le »4 avril 1498, dans le château d'Am b ro i se.

Le nouveau roi qui montait sur le trône , était ce duc d'Orléans, qui plus tard mérita le nom de Père du Peuple ; mais qui alors n était connu que par sa légèreté, ses intrigues et les troubles qu'il avait excités <*n France en voulant s'emparer de la régence, et dont il avait été puni par une dure captivité. Le diadème développa dans ce prince des qualités qu'on n'osait pas espérer. II pardonna généreusement à tous ses ennemis, et dès le commencement de son règne il voulut réprimer les abus qui existaient dans l'Etat. L'armée, les monnaies, les corps judiciaires, furent les objets de sa sollicitude. Le tour de l'Université vint ensuite , mais la réforme fut plus difficile à opérer. La compagnie, entourée de la faveur de Charles VIII, avait vu , pendant la vie de ce prince, augmenter encore ses privilèges; et quoique plusieurs d'entre eux présentassent de graves abus , néanmoins leur ancienneté les avaient rendus chers aux écoles, et elles ne pouvaient souffrir qu'on voulût y porter la main. Louis XII, dès le mois de juillet 1498, avait confirmé purement et simplement, suivant l'usage, les privilèges existants ; mais le mois suivant, par un

1 Pris'ilcçrs rir ï Université , pag. 33. •

SOUS LOUIS XII. 33j

edit en date du 3i août, ir dérogea à ses premiers actes; et, voulant satisfaire arfx vœux que les Etats- Généraux de Tours avaient manifestés quatorze ans auparavant, il ordonna que les privilèges scolastiques , dont on jouissait autrefois pendant toute la vie, seraient dorénavant réduits au temps nécessaire pour faire les études; que le renvoi devant les juges conservateurs ne pourrait plus avoir lieu en tout état de cause, mais seulement avant l'instruction des procès ; et qu'enfin on ne pourrait citer devant ces mêmes juges les individus qui demeureraient à plus de quatre journées de chemin de Paris l .

L'Université s'opposa de toutes ses forces auprès du Parlement à l'enregistrement d'une ordonnance qui portait une atteinte si grave à ses droits. Les ordres réitérés du roi ayant obligé les magistrats de passer outre , elle ordonna, le I er juin i499* une cessation générale de leçons et de sermons. I^e même jour le recteur fut assigné par huissier à comparaître devant le Parlement présidé par le chancelier : il fit défaut, et un arrêt enjoignit a l'Université de révoquer dans trois jours les cessations , sans quoi la cour y pourvoirait. L'Université tint ferme , et les prédicateurs, chargés en son nom de notifierait peuple sa résolution , la dépeignirent sous des couleurs propres à émouvoir la multitude, en la représentant comme opprimée. Tout Paris était dans l'agitation.

1 Bullkus . Hisloria l'niversitatis, V, 33, 27/,. — Privilèges 4e l'Université, pag. 17.

338 HISTOIRE DE LUNIVERSITÉ

On avait les yeux fixés sur l'Université, on attendait avec auxiété ce quelle allait faire, et on redoutait l'issue de la querelle que le grand nombre de ses écoliers pouvait rendre sanglante. Déjà des placards injurieux avaient été affichés contre le chancelier Gui de Rochefort, chargé de faire exécuter les ordres du roi ; un cœur traversé de deux poignards avait été peint sur sa porte 1 ; et le prévôt de Paris et le chevalier du guet, en déployant, comme dans un moment de danger, des forces imposantes , n'avaient pas peu contribué à augmenter la stupeur générale. On disait que le roi s'avançait à la tète de sa maison militaire pour combattre les séditieux, et leur infliger un châtiment exemplaire ; et tous ces discours augmentaient la consternation. Dans ces circonstances l'Université prit le parti d'envoyer au roi, qui était à Corbeil , une députation pour fléchir sa colère. Les députés furent reçus avec dureté; le cardinal d'Amboise leur répondit qu'ils mériteraient une punition qui servît d'exemple, s'ils n'avaient affaire à un maître qui aimât à pardonner : a Retournez , ajouta-t-il , vers « ceux qui vous ont envoyés; faites que tout rentre « dans le devoir, effacez par une conduite irrépro- « chable le souvenir de votre faute , et ne craignez a point après cela de manquer de privilèges a . » Le roi , lorsqu'ils vinrent prendre ses ordres, ne leur fit pas un meilleur accueil. « Allez , leur dit-il , et sa-

1 Velly, Histoire de France, XI, 5o.

» Velly, Histoire de France, XI, 5i.

« luez de ma part les honnêtes gens qui sont parmi « vous, car pour les mauvais je n'en tiens aucun « compte. Ils m'ont taxé moi-même dans leurs ser- « mons.... Ah ! je les enverrai bien prêcher ailleurs *.» L'effet suivit de près la menace. Thomas Varvet et Jean Standonc, qui dans leurs sermons avaient laissé échapper quelques paroles déplacées , furent envoyés en exil.

Louis vint ensuite à Paris ; il traversa le quartier de l'Université à la tête de sa garde et des gentilshommes de son hôtel , armés de toutes pièces , et la lance en arrêt. Il se rendit dans cet appareil au Parlement, où il ordonna une nouvelle publication de l'ordonnance. Il devenait impossible de résister sans se rendre coupable de rébellion envers l'autorité royale. L'Université céda , et elle céda pour toujours, car depuis lors elle ne fit plus usage des cessations dont elle s'était servie pendant tant de siècles a .

Quoique peu porté, comme on voit, à favoriser l'Université , le roi ne permettait cependant pas qu'on enfreignît ceux de ses privilèges qui étaient légitimes. C'est ainsi que le prévôt des marchands , ayant voulu faire contribuer à une taxe imposée sur la ville, les médecins, les libraires, etc. etc., il échoua dans son projet , et, sur la requête de l'Université Louis XII rendit en i5i3 une ordonnance pour les affranchir de la taxe, renouveler leurs franchises, et

' Velly, Histoire de France, XI, 5i.

* CftÉvmR, Histoire de r Université , V, 14.

3/|0 HISTOIRE PK 1,'lJNI VKHSITÉ

exempter en outre les livres de tous droits de péage dans quelque lieu qu'on les transportât

L'exil de Standonc, déterminé par la cessation des leçons dont nous venons de parler tout-à -l'heure, était moins la punition de son attachement aux lihertés universitaires, que de sa résistance opiniâtre dans une autre affaire a laquelle le roi prenait le plus vif intérêt. C était la rupture de son mariage avec Jeanne de France , fille de Louis XI , afin de pouvoir épouser Anne de Bretagne, ancien objet de ses affections, et alors veuve de Charles VIII. M avait demandé l avis des plus célèbres théologiens et jurisconsultes, et ils lui avaient été favorables; mais jamais il ne put obtenir la voix de Standonc, qui lui disait avec une liberté amère : « Il ne vous est point • permis d épouser la femme de votre frère. » Le mariage n'en fut pas moins cassé par le pape Alexandre VI, sur le fondement qu'il n'y avait pas eu liberté de la part des époux , et que la princesse était inhabile à avoir des enfants. Le roi épousa ensuite Anne de Bretagne, mais il se souvint de Standonc. Néanmoins son exil ne dura pas long-temps ; un an après l'arrêt fut rapporté.

Le nom de ce docteur rappelle les services qu'il rendit à l'instruction publique. Né dans la classe la plus pauvre , domestique dans la maison de Sainte- Geneviève, le jour il travaillait pour vivre, et la nuit il montait au clocher étudier au clair de la lune. Il

1 Privilèges de t Université, pap;. 107.

seleva, par son mérite et sa persévérance, à tous les grades académiques, et parvint enfin au rectorat en 1 485. Nommé principal du collège de Montaigu, c'est là surtout qu'il déploya tous ses talents.

Fondé en i3i4 par l'archevêque de Rouen, Aicelin de Montaigu 1 , ce collège depuis lors avait perdu sa fortune et ses titres ; tous ses bâtiments tombaient en ruine, et à peine lui restait -il onze sous de rente lorsque Standonc en devint le chef. Aidé des richesses et du crédit de plusieurs personnes puissantes, il fit faire les réparations nécessaires, fonda une chapelle, rassembla une bibliothèque , et augmenta jusqu'à quatre-vingt-quatre le nombre des bourses qui ne devaient être accordées qu'à des artiens ou des théologiens. Les règlements qu'il donna à cette maison destinée à recevoir les écoliers les plus pauvres pèchent peut-être, comme l'a remarqué Érasme', par leur extrême sévérité. Du pain, des légumes, des œufs, des harengs, jamais de viande, voilà la nourriture. De plus, les écoliers auxquels on avait donné le nom de Capeltes , et qui portaient une sorte de vêtement nommé cuculle 3 , devaient s'occuper eux-mêmes de tous les ouvrages de la maison, même les plus grossiers, balayer, faire la cuisine, les dortoirs, etc. etc. Aussi Rabelais l'appelle le collège de pouillerie : « et trop mieux, dit-il, sont traictés les

1 Voyez plus haut, pag. 121.

* Érasme , Colloquium , ^ucoxyiiv.

J Pisquier, Plaidoyer contre les Jésuites.

34^ HISTOIRE DE LUNIVERSITÉ

« forcés entre les Maures et les Tartares , les meur- « triers en la prison criminelle : voire même les chiens « en la maison » Mais ce régime et ces travaux ne purent se soutenir long-temps, et par intérêt pour la santé des élèves il fallut bientôt l'adoucir.

A part les tribulations que l'Université venait d'éprouver au commencement du règne de Louis XII , elle jouit de la tranquillité la plus parfaite sous ce prince, dont tous les soins se dirigeaient vers l'Italie , pour la conquête du duché de Milan. Cette tranquillité permit à la compagnie de s'occuper de son intérieur et de faire des règlements qui eussent un but, soit d'économie, soit d'utilité pour les études. La nation de France avait déjà donné l'exemple à cet égard, en restreignant ses dépenses , et en fixant , dans un statut assez curieux, les frais qu'on devait faire dans certaines occasions. Le jour de Saint-Guillaume sa fête, par exemple, l'office devait être célébré par un prélat. Deux écus d'or sont alloués pour son dîner. Si c'était un jour gras, il devait se composer de deux chapons, deux lapereaux, deux perdrix, deux bécasses. Si c'était maigre , un brochet , une carpe , une anguille , plus deux quartes de vin et une quarte d'hypocras a . A peu de distance de là ( en i 5o3 ) la faculté des arts, voulant rétablir la splendeur de ses écoles, avait porté un règlement très-sévère tendant à réprimer l'excessive indulgence des examens : « car,

1 Rabelais, Gargantua, liv. i, chap. 37.

» Cr évier, Histoire de l Université , V , il.

« disait le recteur qui présidait , on reçoit des igno- « rants, des bouviers, qui non -seulement ne con- « naissent pas Aristote, mais qui n'entendent pas « même les premiers éléments de la langue latine : « on juge que nous ressemblons à ceux que nous ne a faisons pas difficulté d'admettre dans notre corps ; « en conséquence on abrège nos privilèges, et les « bons souffrent pour les mauvais; »et, pour que ce règlement fût rigoureusement observé, et ne restât pas sans efficacité , ori ordonna son insertion sur le livre du recteur, et la nation de France le fit graver sur pierre et placer dans ses écoles '.

Le soin qu'apportait l'Université à toutes ces améliorations avait ramené le roi vers elle, et sa con- < duite, dans un événement qui affligea Paris en 1/199, l'avait tout-à-fait rétablie dans l'esprit du prince. Le pont Notre-Dame s'était écroulé avec les maisons qu'il supportait a , et , pendant le temps nécessaire à sa reconstruction , il devenait indispensable d'établir un bac pour servir à la communication des deux rives de la Seine. Les moines de Saint-Germain s'y opposèrent, il fallut un arrêt du Parlement pour les y contraindre. L'Université au contraire , faisant au malheur public le sacrifice de ses propriétés, ouvrit aux chevaux et aux voitures le pré aux Clercs , et permit même qu'on y déposât les matériaux et les décombres. Ce généreux empressement avait été

• Ckévikb, Histoire de f Université, V , 40.

1 FÉLiBiEif , Histoire de Paris, II, 896.

344 HISTOIBE DE L UNIVERSITE

apprécié. Louis XII avait pris des gens de lettres une idée tout autre que celle que leur turbulence lui avait d abord donnée; dans toutes les occasions il les protégeait et leur témoignait les plus grands égards Pendant sa première expédition en Italie ( i5oa), il confirma les privilèges de l'Université de Pavie , voulut assister aux leçons des professeurs de cette école de droit fameuse; et, lorsque le célèbre jurisconsulte Jason se présenta pour le recevoir, il le fit passer le premier, en lui disant, « je « ne suis plus roi ici , vous êtes le seul qu'on y doive « respecter \ » Sa bieuveillance ne s'en tint pas à de simples égards , et ses expéditions produisirent toujours cet heureux effet qu'elles attirèrent en France , et fixèrent dans l'Université des hommes de mérite, qui contribuèrent puissamment à avancer l'époque qu'on considère comme celle de la renaissance des lettres 3 . Indépendamment de cet avantage , ces conquêtes avaient donné au roi le goût des études de l'antiquité; il se plaisait à la lecture des écrivains de la Grèce et de Rome , et disait avec douleur que « les

' Louis XII protégea les lettres avec plus de goût el de simplicité que Louis XI : il ne connaissait ni le faste ni le caprice; il fit rechercher les bons écrits de l'antiquité; il enrichit sa bibliothèque. Ce fut lui qui amena d'Italie Paul Émile pour en faire son historiographe. Gaillard, Histoire de François I , VI, 3 12.

* Vxlly, Histoire de France , XI, 17a.

J Rokdxhf.r, Louis XII et François 7, ou Mémoires pour servir à une nouvelle histoire de leur règne. Paris , Bossange , I, 3i4.

a Français qui avaient fait d'aussi grandes choses « que ces deux peuples, avaient toujours manqué « d'historiens pour les transmettre à la postérité : » aussi cherchait-il à multiplier partout les ouvrages des hons auteurs; et les guerres d'Italie le mirent à même d'enrichir, des dépouilles des bibliothèques de Milan et de Naples sa bibliothèque de Blois, d'où les livres se répandirent et se propagèrent dans toutes les écoles françaises.

Ce fut en quelque sorte le seul avantage que nous retirâmes de nos campagnes; car, à peine les Français avaient- ils préludé à leur expédition par quelques succès, que les princes même qui les avaient appelés , redoutant leur puissance et excités par les intrigues et l'or de Ferdinand-le-Catholique , abjurèrent leurs serments et se joignirent aux Espagnols, imitant l'exemple que leur donnait le chef de la chrétienté, Alexandre VI.

Plusieurs années , signalées par une alternative de revers et de succès, s'étaient écoulées sans avoir pu lasser la constance du roi , lorsque le pape mourut empoisonné, dit -on, par le breuvage qu'il destinait aux cardinaux dont il voulait se défaire, abandonnant ainsi,à l'âgede soixante-onze ans, la triplecouronnequ'il avait souillée pendant dix années par ses débauches et ses forfaits. Le cardinal de la Rovère , Jules II, venait d'enlever la tiare , après le court pontificat de Pie III (i5o3), au cardinal d'Ambroise, premier ministre de

1 Veli.y, Histoire de France, XI,54<>.

3/|ti HISTOIRE DE LUMVERSITE

Louis XII , qui déjà s'en croyait possesseur; et, pour dédommager son compétiteur , le nouveau pape Pavait créé légat perpétuel du Saint-Siège en France. Cette nouvelle dignité, ajoutée à celle de ministre du roi , alarma l'Université : elle craignit que Je représentant du pontife ne portât atteinte aux droits que possédaient ses gradués sur les bénéfices , et elle s'opposa à l'enregistrement de la bulle qui lui conférait ses pouvoirs. C'était la seconde fois que l'Université se trouvait compromise avec le cardinal. L'année d'avant, elle s'était également opposée à un décime qu'il voulait établir au nom d'Alexandre VI sur tous les biens du clergé, et elle avait été soutenue par le procureur-général et le chapitre de Paris, qui refusèrent de payer une imposition que l'Église gallicane n'avait pas ordonnée; déclarant que les excommunications pour cause de refus n'avaient aucune valeur Dans cette nouvelle circonstance, le Parlement écouta et accueillit les plaintes de l'Université, et les bulles furent rejetées. Mais les ordres réitérés du roi lui ayant commandé de passer outre, il obéit, sous la réserve toutefois d'une clause expresse, relative au maintien de la pragmatique ; et l'Université , pour témoigner au Parlement sa reconnaissance de son attachement à nos institutions, décréta qu'une messe solennelle serait célébrée en son honneur % . La faculté de théologie était l'âme de ces résolutions

1 Bulleus, Historia Universitatis , VI, 6, tl.

2 Crévier, Histoire de l'Université, V, 44.

énergiques, et elle ne manquait jamais de résister avec vigueur à tout ce qui pouvait porter atteinte aux libertés et aux droits des écoles et du clergé. C'est ainsi qu'elle avait toujours défendu avec persévérance les ordinaires contre les attaques réitérées des religieux mendiants. Ceux-ci, que la faveur pontificale avait enivrés , se considéraient comme les membres les plus utiles de l'Église; leurs prétentions étaient souvent empreintes de l'orgueil le plus révoltant, et, en i5o5, l'Université fut obligée de condamner cette proposition soutenue par un Jacobin, «qu'un religieux a mendiant hérétique, et connu pour tel par l'évêque , « peut néanmoins confesser les fidèles et leur donner « l'absolution » Cet esprit exclusif d'envahissement, qui formait le caractère propre de ces ordres monastiques, excitait fréquemment, même entre eux, des scènes scandaleuses, que l'Université en plusieurs circonstances avait condamnées , et dont le cardinal d'Ambroise, pendant le temps de sa légation, voulut empêcher le retour, en procédant à une réforme complète dont l'Université avait depuis long - temps fait sentir la nécessité. Les Jacobins furent les premiers qui fixèrent l'attention du légat ; mais ils refusèrent de se soumettre, armèrent douze cents écoliers qui se trouvaient dans leurs maisons, se retranchèrent dans leur couvent de la rue Saint-Jacques, et y soutinrent un siège contre le prévôt de Paris, qui fut obligé de les en chasser à force ouverte \

• Ht 1 1 m . t UUtoria Univers itatis , VI, a5. ■ Veu.y , Histoire de France, XI , 1 36.

34H histoire de l'université

A l'époque où la faculté de théologie s'établissait la conservatrice des libertés de l'Eglise gallicane, une autre des facultés, la faculté de médecine, terminait par un accommodement des débats subsistant depuis près de deux siècles entre elle et le corps des chirurgiens de Paris. Il y avait alors deux, classes de chirurgiens; les chirurgiens de robe longue, ainsi nommés à cause de leur costume, et la communauté des barbiers, qui ne pouvait pratiquer que ce qu'on appelait la petite chirurgie.

La réunion des premiers en corps , sous le nom de confrérie de Saint-Corne et de Saint-Damien , remonte à Tau 1260 selon les uns, 11*78 selon les autres, et est due à Jean-Pitard, chirurgien de Saint-Louis *. Ils existaient déjà depuis long - temps , lorsque, pour prévenir les abus qui s'étaient glissés dans l'exercice de la chirurgie depuis que les médecins l'avaient abandonnée, un édit de Philippe-le-Eel , de l'an i3i 1, ordonna que nul homme ou femme ne pourrait se livrer à cet art, sans en avoir obtenu la permission (liceniiam operandi) du chirurgien du roi au Châtelet, et sans avoir prêté serment entre les mains du prévôt de Paris a . En cas de contravention , leurs

■ Histoire Littéraire de la France, XVI, 96. — Dulaure, Histoire de Paris , III , 4.

> Edicto praesenti statuimus, ut, in villa et vieecomitatu parisiensi, nullus chirurgicus, nullave chirurgiea , artem chirurgie, seu opus, exercere prsesumat, seu se immiscere publiée, vel oectilte, in quacumque jurisdictione seu terra, nisi, per magistros ehirurgieos juratos, licontiam operandi in arte pradicta merue-

enseignes devaient être brûlées devant leurs maisons, et eux-mêmes punis de la prison

Le roi Jean rendit un édit semblable en i35a; et, en 1370, ils obtinrent du roi Charles V l'exemption du guet, en considération de la nature de leur profession. Mais ils ne faisaient pas encore partie de l'Université, et ce ne fut que vingt ans après, en 1390, qu'ayant sollicité son intervention contre des charlatans qui exerçaient sans titre , l'Université fit droit à leur supplique , qui était conçue dans les termes les plus humbles : « M. le recteur, et vous tous, nos « très-excellents seigneurs et maîtres, nous qui som- « mes vos humbles écoliers et disciples, venons vous « supplier le plus humblement qu'il nous est possible... » et elle leur accorda sa protection , en les admettant dans son sein, non comme licenciés ou maîtres en chirurgie formant une cinquième faculté , mais seulement comme des écoliers {tanquam scholares) de la

rint oblinere. Quiquidem, modo prarmisso examinât!, et approbati per ehirurgicum nostrum Castelleti nostri , antequam officii sui administrationem attingant , jurainentum pra*stare teneantur roram praeposito parisieosi nostro, de hujusmodi officio fideliter exercendo. Edit du 3i novembre i3i 1. — Pasquier , Recherches de la France , liy. ix, chap. 3u.

» Banneriasque omnium chirurgicorum pnedictorum non approbatorum el juratorum ut premittitur, post publicalionem hujus edicti, domibus eorum appositas, coram domibus eisdem publiée comburi, personas eorum capi, et in Casteliatum nostrum parisiens* m adduci, et tamdiu teneri, quousque nobis fuerit légitime emendatum. Édit du 3i novembre — Pasquikr , Recherches de la France , liv. 11 , eh. 3o.

35o HISTOIRE DE L.' UNIVERSITÉ

faculté de médecine , ainsi qu v il résulte d'une délihération universitaire du 5 mars 1 5 16 1 .

Quarante -six ans après la première époque dont nous venons de parler, l'Université, sur leur demande expresse, réitéra, en i436, leur admission dans la compagnie au même titre, leur accordant la jouissance de ses privilèges, pourvu qu'ils fréquentassent habituellement les leçons des docteurs en médecine, qui, pour s'assurer de leur assiduité, exigèrent par un statut de )457, qu'ils se fissent inscrire sur un registre spécial.

Jusque là , la paix n'avait pas été troublée entre les médecins et les chirurgiens, lorsque ces derniers, ne se bornant pas à l'exercice de leur profession , se mêlèrent de faire de la médecine. Par là ils causaient un préjudice considérable aux médecins. Ceux-ci résolurent de s'en venger, jetèrent les yeux sur la communauté des barbiers, qui était contenue dans des limites très-restreintes, et s'efforcèrent de lui donner plus d'extension , en augmentant les connaissances de ceux qui en faisaient partie et leur donnant des leçons d'anatomie. Les chirurgiens s'en plaignirent, en 1491 , à la faculté de médecine , qui , après avoir trainé les choses en longueur, finit, en i4q4> par porter un décret autorisant un de ses membres à enseigner publiquement l'anatomie et la chirurgie aux barbiers 2 ; et enfin la

* Pasquif.r , Recherches de la France , liv. ix, chap. 3o. — Crévirr, Histoire de l'Université, V. 96.

* Placuil facultati ( porte le registre) quod barbitonsores haberent unum de magistris facilitât is qui légat eis Guidonem et alios

sous lo rr i s x i ï. 35 1

faculté, statuant sur une requête présentée par le lieutenant du premier barbier, « à nos seigneurs les « doyens et maîtres de la faculté de médecine en « TUniversité de Paris » , et délibérée par la communauté, en son hôtel, rue de la Verrerie, les admit, en 1 5o6 , au nombre de ses disciples.

Cette protection, accordée à la communauté des barbiers par les médecins de Paris, indisposa les chirurgiens de robe longue, cependant ils sentirent, dans leur propre intérêt, la nécessité de ne pas se faire une ennemie de la faculté de médecine; et, le 3o janvier i5o7, conduits par l'un d eux, maître Philippe Roger, ils se présentèrent devant elle, ayant tous le bonnet au poings pour déclarer qu'ils se considéraient toujours comme leurs disciples, a Sachez, «messieurs, dit l'orateur en terminant, que jamais a nous ne pensâmes nier que nous soyons vos écoliers : a nous nous confessons tels et l'avons toujours « fait , et si nous avions songé le contraire, nous « nous irions coucher pour le désonger 1 ». Néanmoins, la concorde ne fut pas parfaitement rétablie avec la faculté, et nous verrons ces débats se renouveler plusieurs fois par la suite. Les deux corps de chirurgiens subsistèrent concurremment jusqu'en 1 656, époque où ils se confondirent ensemble. Enfin,

aurtores verbis latin is, cis oxponendo aliquando ver bis familiaribus el gallicis secundum suani voluntatem. Pasquikr, Recherches de la France y liv. ix, chap. Si,

1 CnkvifcR, Hittnire de V Unii>ersitê , V, 63.

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