‹ Histoire de l'Université de Valence, et des autres établissements d'instruction de cette villeChapitre 32 sur 72 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Jean de Catcllan , nouveau chancelier de l'université. — Le P. t'hièze. — Les libertés de l’Église gallicane. — Rétablissement de la faculté des arts. — Valette, Bernard Freicbcl , Trévy. — Opposition de l'université de Valence à l’établissement de nouvelles universités. — Projet de suppression. — Mort de Mgr Catcllan.

Mgr Bocltard de Champigny mourut à Paris en 1705 el Louis XIV lui donna pour successeur Jean de Catcllan, qui prit possession du siège de Valence le 13 février 1706. Le nouveau prélat témoigna de bonne heure beaucoup de sollicitude et d’affection pour l’université, qu’il regardait à juste titre comme l’un des premiers corps de sa ville épiscopale. Son nom figure presque à chaque page dans les registres de cette époque , et l'on y trouve la copie de plusieurs lettres dans lesquelles il recommande au recteur et aux régents de maintenir au milieu d’eux une rigoureuse discipline, et surtout de se montrer sévères dans la collation des grades , et dans l’admission des agrégés. Le nouveau chancelier s’appliqua notamment à conserver aux disputes et aux concours pour les chaires de professeurs le caractère d'importance que l'on devait y attacher, et lorsqu’un candidat avait remporté les suffrages , il pouvait

compter sur l’appui de l’évôque qui jamais ne transigea avec d’arbitraires prétentions , sauf cependant en cas de force majeure , comme il arriva en 1708. Durant le cours du mois de septembre de cette année, le P. Étienne Chièzc, mineur conventuel de l’ordre de Saint-François, s’était présenté pour concourir à l’occasion d’une vacance de la deuxième chaire en la faculté de théologie. 11 avait tiré au sort le traité De Deo uno, et avait péroré trois heures par jour pendant trois jours sur cette matière, disputant avec les autres candidats, et donnant des preuves d’une capacité hors ligne qui lui avait valu tous les suffrages. 11 fut donc pourvu de la régence à l’unanimité ; mais quelques jours après l’^vèque chancelier reçut de l’intendant de la province une lettre du roi en forme de commandement qui cassait l'élection du P. Chièzc. En voici la teneur :

« De par le roi, dauphin ,

» Sa Majesté ayant été informée que la chaire de professeur en théologie vacante dans l’université de Valence ayant été mise au concours , le P. Étienne Chièze, mineur conventuel, l’un des prétendants à ladite chaire, l’a obtenue à la pluralité des suffrages, et ce , nonobstant qu’il ait eu la témérité d’avancer dans ses thèses plusieurs propositions non-scidement suspectes et erronées , mais encore contraires aux usages du royaume, et d’autant que pour cette raison et autres bonnes considérations. Sa Majesté ne veut point permettre que ledit sieur de Chièzc soit pourvu de ladite chaire , et qu’en môme temps elle a, pour cette fois seulement , résolu d’y pourvoir de son autorité, et de choisir pour cet effet le sieur Ryordan,

prêtre séculier, Sa Majesté a ordonné et ordonne , veut et entend que le sieur de Chièze demeure entièrement déchu et privé du droit qu’il pouvait avoir, et nomme ledit Ryordan pour remplir ladite chaire de professeur en théologie , voulant qu’il en soit pourvu et mis en possession par l’évéquc de Valence , ainsi qu’il est accoutumé.

» Fait à Marly, le septième jour d’octobre 1708.

» Signé, Louis.

Et plus bas : » Chamillard. »

L’évêquc et l’université obéirent à cette injonction. Au surplus , ce n’était pas la première fois que le corps enseignant se voyait rappeler au respect des fameuses libertés de l’Eglise gallicane. Le parlement de Grenoble lui avait tracé à cet égard une règle de conduite sur l’observation de laquelle il insista plusieurs fois, notamment en 1535, en 1558 et en 1G7G. Les déplorables affaires du jansénisme lui fournirent encore l’occasion de réitérer scs instances sur le môme sujet , et il le fit en termes comminatoires qui ne laissaient aucun lieu à la réplique. C’est ainsi qu’en 1717, il défendit expressément à la faculté de théologie de recevoir ni bulles, ni brefs, ni constitutions émanés du Saint- Siège, sans y être autorisée par déclaration et lettres-patentes du roi.

L’année suivante 1718, il porta un arrêt ordonnant la suppression de tous les exemplaires et des copies d’un décret de l’Inquisition qui condamnait deux appellations au futur concile de la bulle Unigenitus, l’une par l’archevêque de Paris, et l’autre par les évêques de Mirepoix, de Senez , de Montpellier et de Bcllcy. Cet arrêt fut envoyé à l’université de Valence, qui reçut ordre en même temps de

le transcrire sur ses registres et de le tenir à tout jamais pour inviolable. Le 4 juillet 1719, elle reçut aussi et enregistra la déclaration par laquelle le roi suspendait pendant un an toutes les querelles survenues dans le royaume à l’occasion de la bulle qui avait condamné le livre des Réflexions morales du P. Quesnel sur le Nouvcau-Tcstainent.

Mais tandis que l’autorité civile s’évertuait à affaiblir au sein du corps universitaire le respect de l’autorité religieuse , Mgr de Catcllan , toujours préoccupé des besoins d’une institution si digne de sa sollicitude , s’appliquait à la rendre de jour en jour plus florissante. Le prélat voyait avec beaucoup de satisfaction que les facultés de théologie , de droit et de médecine étaient dans un état prospère, mais il regrettait que la faculté des arts eût été laissée dans l’oubli depuis les troubles, et il résolut de la rétablir. Il fit part pour la première fois de son projet aux docteurs réunis en assemblée générale le 20 septembre 1715, leur représentant « qu’il serait utile de créer en l’université une chaire de philosophie , pour l’instruction et l’avancement des jeunes gens et la maîtrise ès-arls pour tous ceux qui voudraient s’y faire recevoir. » La proposition fut agréée, et aussitôt on nomma une commission de trois membres pour étudier la question et rédiger un rapport. Les docteurs Bachasson, Chomcl etDrevet, chargés de ce soin , en conférèrent plusieurs fois avec le chancelier, et ils écrivirent un mémoire sur l’opportunité de la mesure et sur les moyens de l’effectuer au plus tôt.

Il paraît cependant qu’ils ne réussirent point à la faire agréer de tous leurs collègues , car ce ne fut qu'au milieu de l’année 1710 que ce dessein se réalisa. Le 3 août de cette

année , Mgr de Catellan ayant convoqué de nouveau en assemblée générale tous les membres de l’université, leur adressa un discours dans lequel, remontant jusqu’à l’origine de cette institution , il résuma dans un rapide aperçu l’histoire des quatre facultés créées par Louis , dauphin , puis il ajouta: « Les trois premières, de théologie, droit civil et canon et médecine, y ont toujours été professées et enseignées avec une application et une érudition qui a mérité l’applaudissement universel du public, et a attiré à Valence des écoliers de toutes les parties du royaume , même des pays étrangers; mais les avantages que le public retire de l’université seraient bien plus grands encore si la faculté des arts dont l’exercice ayant cessé par le désordre et la confusion des guerres civiles , excitées par les hérétiques, a depuis été négligé, était rétablie, et la philosophie enseignée par des docteurs régents; cette science bien enseignée étant une disposition nécessaire et très-avantageuse pour faire des progrès dans l’étude des autres facultés , il est de l’intérêt du public d’en rétablir incessamment l’exercice... » La question posée en ces termes était déjà résolue ; l’assemblée vota unanimement la réorganisation de la faculté des arts , et chargea provisoirement le docteur Valette, agrégé en médecine, de donner des leçons de philosophie moyennant la rétribution annuelle de vingtdeux livres qu'il fut autorisé à exiger de ses élèves, et trois livres de plus qui seraient prélevées en sa faveur sur tous les actes qui se feraient dans les autres facultés.

Bientôt plusieurs jeunes gens se présentèrent pour suivre le nouveau cours , et l’on fut contraint de les diviser en deux sections, ce qui nécessita la nomination d’un professeur adjoint , qui fut le père Bernard Freichet , mineur

conventuel de l’ordre de Saint-François d’ Assise, docteur agrégé en théologie.

Quelque temps après , le docteur Valette ayant suspendu ses leçons , et s’étant retiré au Puy en Velay, on lui donna pour successeur François Trévy, prêtre missionnaire du Saint-Sacrement , docteur en théologie , d’un mérite universellement reconnu. Il professait encore la philosophie en 1728, époque où, considérant qu'il fallait deux professeurs attitrés pour un cours de cette importance, l’un chargé d’enseigner la logique, et l’autre la physique et la métaphysique, on lui donna pour collègue Guillaume Geynier, prêtre lui aussi, et missionnaire de la même congrégation.

Tout le monde applaudit au rétablissement de la faculté des arts , et le corps universitaire , ayant ainsi complété son organisation , redoubla d’efforts pour se concilier de plus en plus l’estime et la confiance des familles. Malheureusement elle fut bientôt menacée de perdre un certain nombre de ses élèves par le projet qu’avaient conçu les états de la province de Bourgogne de fonder une université dans la ville de Dijon. Ce fut l’université de Besançon qui en informa celle de Valence , l'invitant à s’unir à elle pour former opposition à ce nouvel établissement. D’autre part , l’université de Toulouse lui écrivit dans le môme sens pour l’associer à scs protestations contre l’établissement d’une nouvelle université dans la ville de Pau. Instruit de ces faits, Mgr de Catellan convoqua les quatre facultés pour en conférer avec elles , et il fut résolu d’un commun avis que l’université de Valence s’unirait à celles de Besançon et de Toulouse pour s’opposer de concert à l’érection des universités projetées. En outre , tout pouvoir fut donné au recteur pour écrire aux autres universités du

royaume et solliciter leur adhésion aux mesures qui seraient prises ultérieurement dans le même dessein.

Mais bientôt des bruits plus alarmants que ceux dont nous venons de parler appelèrent ailleurs l’attention de notre université. Il n’était plus question seulement de lui enlever quelques-uns de ses élèves ; elle était menacée dans sa propre existence, et le complot ourdi secrètement contre elle à Grenoble ne fut connu que lorsque les députés de cette ville chargés d’aller solliciter à la cour un arrêt de suppression , étaient déjà arrivés à Paris. Ce fut vers la fin de l’année 1724 que Mgr de Catellan apprit tout-à-coup ce qui se passait. Il en informa aussitôt le recteur, et convoqua tous les membres du corps universitaire pour aviser aux moyens les plus sûrs et les plus expéditifs d’éclairer la cour et de paralyser les efforts des émissaires grenoblois. On résolut d’écrire immédiatement à un docteur agrégé de l’université qui se trouvait alors à Paris et de lui expédier deux mémoires rédigés à la hâte , afin de l’instruire de l’affaire , et qu’il pût au besoin les présenter au roi ; ce qui fut exécuté. Malheureusement l’évêque mourut sur ces entrefaites , le 8 janvier 1725, et sa mort laissa l’université sans appui, au moment où il lui était le plus indispensable. Toutefois de sages mesures avaient été prises ; elles eurent l’effet qu’on avait lieu d’en attendre , et Grenoble se désista. Il y avait, au reste , déjà bien des années que cette ville voyait d’un œil jaloux l’université de Valence , et que le Parlement avait résolu d’en provoquer la suppression , ou du moins la translation dans le chef-lieu de la province. Puisque nous touchons au début de cette lutte , nous en exposerons ici l’origine et les progrès , alih de n’être pas obligé d’y revenir dans la suite de notre histoire.

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