‹ Histoire de l'Université de Valence, et des autres établissements d'instruction de cette villeChapitre 38 sur 72 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Établissements d'instruction à Valence. — Suppression du collège des Arts, du collège Monlluc, du collège Morel. — Collège et séminaire de la congrégation du Saint-Sacrement. — Établissement des écoles chrétiennes par Mgr Milon. — Éducation des jeunes filles. — Religieuses de Sainte-Ursule, de Notre Dame, de la Visitation Sainte-Marie.

Nous avons poursuivi sans interruption l'histoire de l’université de Valence pendant tout le cours du dixhuitième siècle, laissant de côté, pour y revenir un peu plus tard, ce que nous avions à dire des autres établissements d’instruction ouverts à diverses époques dans notre ville aux enfants de l’un et l’autre sexe. Nos annales offrent au sujet de ces établissements des souvenirs qu’il serait injuste de laisser tomber dans l'oubli ; nous les avons compulsés avec soin et nous sommes heureux de pouvoir les mettre sous les yeux de nos lecteurs.

Outre les écoles publiques et privées dont nous avons signalé l’existence et où l’on enseignait aux enfants la lecture, l’écriture et le calcul, on sait qu’il existait aussi dans notre ville plusieurs collèges désignés sous divers noms, et dans lesquels on formait les jeunes gens à l’étude des sciences et des lettres. Tel était le collège des Arts fondé

par les consuls, le college Mont lue, où le prélat recommandait de « faire lire les Oraisons de Cicero, » et le collège Morel, dont nous avons parlé maintes fois. Ces institutions étaient en grande faveur auprès des familles jalouses d’ouvrir de bonne heure à leurs enfants les portes de l’université; mais les guerres, les discordes civiles et le défaut de ressources en compromirent souvent l’existence, et après avoir langui durant quelques années, elles disparurent vers le milieu du dix-septième siècle.

Le collège Morel lui-même, quoique richement doté par son fondateur, n’eut pas des destinées plus heureuses, et c'est avec beaucoup de peine que nous sommes parvenu à découvrir quelques indices de son existence en 1645. Seule une délibération du chapitre de Saint-Apollinaire nous apprend qu'àcette époque les ressources de cetétablissemcnt avaient été dissipées, et que les revenus du patrimoine affecté à sa dotation ne suffisaient pas pour y entretenir « deux collégiés seulement (1). s

Bien plus, le collège fondé par les consuls en 1643, et confié aux prêtres missionnaires de la congrégation du Très-Saint-Sacrement, « pour l'instruction de la jeunesse à la grammaire, aux humanités et aux autres bonnes lettres, • faillit être supprimé lui-même trois ans après sa fondation.

Les consuls avaient promis de pourvoir à l’entretien des directeurs de l’établissement par un don annuel de quinze cents livres, et ils avaient augmenté, à cet effet, les indits (octrois) et les revenus domaniaux de la cité. Or, dès l’année 1646, iisdurent renoncer à cet expédient, car « en ce temps

(i) Registres manuscrits du chapitre de la cathédrale.

misérable, les charges du royaume étaient si grandes que le peuple ne pouvait plus les supporter. » Il fut donc alors sérieusement question de fermer le nouveau collège. Mais le chapitre de la cathédrale, héritier de Pierre Morel, eut l’heureuse pensée d’offrir aux consuls « ce qui restait encore de biens et de revenus au collège qui portait le nom de cet homme généreux, et de réunir les deux établissements en un seul sous la direction des disciples de Mgr d’Àuthier, ce qui fut accepté avec reconnaissance. »

Le nouveau collège, ainsi préservé d’une ruine qui semblait inévitable, s’affermit peu à peu, grâce aux libéralités de quelques citoyens et aux faibles allocations que les assemblées des trois ordres lui votaient de temps en temps. Les consuls s’étaient aussi engagés par l’acte de fondation à payer annuellement aux directeurs la somme de sept cents livres pour le loyer de la maison qu’ils occuperaient en attendant que la ville pût leur faire construire un collège; mais, voyant que ces promesses demeuraient sans effet, les prêtres de la mission firent mettre- la main à l’œuvre, et consacrèrent toutes leurs ressources à la construction d’un édifice qui fut achevé en 1661 , et dans lequel ils établirent leurs classes fréquentées alors par un giand nombre de jeunes gens. Ce local est le même que celui qui est occupé de nos jours par le musée de la ville; Mgr d’Authier y mourut le 17 septembre 1667.

Nicolas Borelli, l’auteur de la vie de l’illustre évêque de Bethléem, gouverna longtemps le collège en qualité de principal et s’y fit remarquer par ses talents et ses vertus. Il administrait aussi le séminaire fondé en 1 639 par Mgr de Léberon. Les deux établissements, quoique contigus, formaient deux communautés indépendantes l’une de l’autre.

Les élèves du collège se livraient à l’étude des langues, des sciences, des lettres, de la philosophie ; ceux du séminaire étaient de jeunes clercs réunis en ce lieu pour étudier la théologie, s’instruire des devoirs du sacerdoce et s'exercer aux fonctions ecclésiastiques. Chacun d’eux était tenu « d’y passer un temps considérable (I) » avant d’être appelé aux saints ordres, et payait une modique pension, qui fut réduite pour la plupart et même supprimée en faveur du plus grand nombre sous l’épiscopat de MgrMilon.

Déjà, par lettres-patentes de 1676, la cour avait permis à Mgr Daniel de Cosnac de pourvoir aux besoins de l’établissement par l’union d’un ou de plusieurs bénéfices jusqu'à la somme de deux mille cinq cents livres de revenu annuel. Le prélat, par des motifs restés inconnus, n’ayant point usé de cette faculté, non plus que son successeur Mgr de Catellan, le séminaire eut à subir de rudes épreuves qui compromirent parfois son existence; mais dès que Mgr Milon, devenu évêque de Valence, eut été instruit de cet état de choses, il résolut d’y remédier, et par une ordonnance du 14 août 1728, il unit d’abord au séminaire la cure de l’église paroissiale de SainUJean, qui en était voisine, et un peu plus tard, par une autre ordonnance du 4 septembre 1730, il y ajouta l’abbaye de Saint-Thiers de Saou, de l’ordre de Saint-Augustin, ainsi que les prieurés qui en dépendaient (2). . La cour approuva ces mesures par lettrespatentes données à Versailles le 15 janvier 1732. Dès lors, l’avenir du séminaire fut assuré, et l’établissement put ouvrir ses portes à un plus grand nombre de jeunes clercs,

(1) Lettres- patentes de la cour pour l'union de l’abbaye de Saint-Thiers de Saou au séminaire de Valence.

(!) Histoire hagiologique du diocèse de Valence, pag. 599.

surtout à ceux qui, « n’ayant pas le moyen de payer leur pension, en avaient été jusqu’alors éloignés par la pauvreté de leurs familles (1). »

Les pieux disciples de Mgr d'Authier tirent un bien immense dans notre ville depuis 1639 jusqu'en 1792. Ils étaient pleins de zèle pour l’instruction de la jeunesse et pour l’honneur du sacerdoce, et leur humilité, leur désintéressement, leur amour pour l’étude et le travail les rendirent chers aux prêtres et aux fidèles. Non contents de prodiguer leurs soins aux jeunes clercs qui se préparaient aux saints ordres, ils réunissaient dans leur maison les ecclésiastiques employés au ministère paroissial, et leur donnaient des retraites qui ranimaient en eux la ferveur et le zèle des fonctions pastorales. « Aussi, dit l’auteur de la Vie de Mgr d’Authier, on accourait au séminaire de Valence de tous les endroits du royaume, et en tel nombre, les premières années, qu’on ne pouvait y recevoir les étrangers qui se présentaient. Plusieurs de ceux qui y furent admis en ce commencement ne tardèrent pas d’ètre élevés à la dignité de l’épiscopat, ou de remplir avec honneur et à l’édification des peuples les premières places des lieux de leur naissance (2). »

Vers l’année 1779, les prêtres missionnaires de la congrégation du Très-Saint-Sacrement résolurent de faire construire à leurs frais un vaste bâtiment pour les séminaristes toujours fort nombreux, et ils y consacrèrent une somme de cent quarante mille livres. L’édifice fut achevé vers l’an 1786; c’est celui qu’occupent de nos jours les élèves du collège communal de Valence. Les directeurs du

(l) Lettres-patentes de l’union.

(î) Borelu , rte de Mgr d’Authier de Sùgaud, pag. 74.

séminaire, qui avaient épuisé toules les ressources de leur congrégation pour élever cet édifice, n’en jouirent que l’espace de cinq ou six ans ; il fut déclaré propriété nationale en 1792, comme les bâtiments du collège qui en étaient voisins, et qu’ils avaient fait construire aussi de leurs propres deniers.

Nous avons signalé les services rendus au séminaire par Mgr Milon ; mais le généreux prélat ne borna point sa sollicitude à la prospérité d’un établissement qui intéressait à un si haut degré l’honneur de son Église, il songea aussi de bonne heure à doter sa ville épiscopale d’une école gratuite pour les enfants du peuple, et c’est à lui que Valence doit l’inappréciable bienfait de l’établissement des écoles chrétiennes.

Durant son séjour à Paris, où il demeura jusqu’à l’âge de trente-sept ans, Mgr Milon avait vu à l’œuvre les frères des écoles chrétiennes, institués par le bienheureux J.-B. de la Salle, et il savait aussi tout le bien qu’ils opéraient dans les provinces où, dès l’année 1619, époque de la mort de leur fondateur, ils avaient déjà créé de nombreux établissements. A peine fut-il donc installé sur le siège épiscopal de notre ville qu’il résolut d’y appeler ces pieux instituteurs. Il négocia lui-même en secret cette aflàirc, et lorsque tout fut prêt pour la fondation , il en fit part aux officiers municipaux. Ceux-ci se réunirent en assemblée le 29 mars 1731 et prirent une délibération où nous lisons ce qui suit :

* M. le premier consul a proposé que la protection et le zèle que Mgr l’évèque de Valence a pour le bien , l'avancement et l’utilité des particuliers et du général de cette ville, éclate et se manifeste chaque jour; que Sa Grandeur vient de

procurer à la ville l’établissement des petites écoles pour deux frères de la doctrine, auxquels elle veut bien fournir un logement et les meubles convenables pour l’exercice desdites écoles, qui seront d'un bien infini pour l'instruction, éducation et érudition de la jeunesse ; en sorte que la ville n’a plus qu’à recueillir les démonstrations de sa bonté et pourvoir aux fonds des gages de ces deux personnes, qui seront de trois cents livres pour chaque année...

» Conclud à cet effet que la ville, par le ministère de ses officiers, se procurera lesdits fonds, et que MM. les consuls seront priés de faire de très-humbles remerciements à Mgr l’évêque de l’établissement avantageux des petites écoles (1)... »

Cette délibération fut homologuée, le 8 juin, par l’intendant de la province ; mais déjà Mgr Milon avait pourvu au logement des frères, et dès le 25 du mois de mai, les petites écoles s’étaient ouvertes sous la direction du frère Bernardin, premier supérieur de l'établissement. La maison qui leur fut affectée est celle que lesfrères occupent encore de nos jours ; durant le seizième siècle, elle portait le titre de- Maison du bon Pasteur et renfermait une communauté • de filles repenties. » Mais en 1620, les ressources de la communauté faisant défaut, ces filles abandonnèrent la maison, qui resta inhabitée jusqu’en 1631. Les frères y furent d'abord logés provisoirement; mais ayant bientôt appris qu’il pouvait disposer de ce local en leur faveur, Mgr Milon leur en assura la propriété par un acte du 10 mai 1732. Voici comment s’exprime le prélat dans l’ordonnance qu’il rendit à cette occasion :

(I) Registres manuscrits de l'hâtel-de-ville, délibération du 29 mar» 1731 .

« Considérant que la maison des filles repenties est déserte faute de fonds pour leur entretien, et que nous n'en saurions faire une destination plus avantageuse au bien de la religion et à celui du public que d’y loger les frères des écoles gratuites, après avoir pris l'avis de plusieurs personnes zélées et éclairées, voulant, autant qu’il est en nous, rendre stable et solide l’établissement desdits frères dont nous apercevons déjà les fruits dans l’éducation utile et chrétienne qu’ils donnent à la jeunesse , et dans le changement arrivé dans ses mœurs, avons accordé et accordons, donné et donnons auxdits frères ladite maison, pour y tenir les écoles, selon la forme de leur institut (1)... »

L’année suivante, les deux frères, se trouvant surchargés par le grand nombre d’enfants qui fréquentaient l'école, demandèrent aux consuls de leur en adjoindre un troisième, ce qui eut lieu le 14 mai 1733. Quelques armées plus tard, un notable de la ville, M. de Saint-Marcel, ayant donné à Mgr Milon, pour l’établissement des petites écoles, une somme de quatre mille six cents livres, le prélat en affecta le revenu à l’entretien d'un quatrième frère , qui vint à Valence le l" octobre 1756.

Les frères eurent aussi leur part dans les dépouilles de Saint-Ruf. Le décret de sécularisation leur assura sur les biens de cet ordre une rente annuelle de onze cents livres, et une somme de six mille livres pour rebâtir leur maison qui tombait alors de vétusté.

La maison fut reconstruite, en effet, de fond en comble durant le cours de l’année 1780, et l’on plaça au-dessus

(I) Ordonnance de Mgr Milon, du 10 mai 1732.

de la porte d’entrée les armes de la ville et celles de Mgr Milon .

En 1789, trois cent quarante enfants recevaient dans cet asile le bienfait de l’instruction primaire. L’établissement avait alors pour directeur le frère Evariste, qui ne quitta point Valence pendant la révolution, et qui, l'an XL de la république, rétablit les écoles chrétiennes, comme nous le rapporterons en son lieu.

Disons maintenant quelques mots des établissements fondés autrefois à Valence pour l’instruction des personnes du sexe. On remarque avec plaisir, en parcourant les délibérations consulaires, que les jeunes filles ne furent jamais oubliées dans les sollicitudes des administrateurs de la cité. Les plus pauvres d’entre elles fréquentaient « pour néant » des écoles privées établies en leur faveur ; celles qui appartenaient aux familles dans l’aisance recevaient les soins de diverses institutrices qui n’en exigeaient qu’une trèsmodique rétribution ; enfin, la plupart étaient élevées dans les monastères.

Il y avait alors à Valence trois principales communautés religieuses vouées par goût et par état à l’éducation des jeunes filles, celle de Sainte-Ursule, celle de la Visitation et celle de Notre-Dame.

Celle de Sainte-Ursule fut fondée durant le cours de l’année 1607 (1). Plusieurs congrégations portaient autrefois le nom d’Ursulines, et leurs établissements se multi-

(I) Registre s manuscrits de l’Mtel-de-ville, délibération consulaire du 22 décembre 1607, dans laquelle on conclut de donner aux religieuses de Sainte-Ursule, établies & Valence, trente-six livres tournois. L’Almanach général du Dauphiné se trompe donc en fixant à 1640 l’établissement des Ursulines à Valence, Voir Almanach..., pag. 269.

plièrent beaucoup durant le dix-septième siècle. Celles de Valence appartenaient à la congrégation fondée dans le Comtat venaissin par Françoise de Bermond , avec le concours du P. Romillon, doctrinaire, l’un des premiers disciples du bienheureux César de Bus (1). Ce fut par déférence pour Marie Teyssonnier, cette illustre veuve qui édifiait alors notre ville par ses merveilleuses vertus, que les notables projetèrent cet établissement. On lit, en effet, dans l’histoire de Marie, que « les Messieurs de Valence appréhendant qu'un jour, lorsqu’ils y penseraient le moins, en ne leur ravît ce trésor de bénédictions, la furent trouver, lui représentèrent qu’il n’y avait point d’apparence qu’elle dût quitter de la sorte la ville de sa naissance , et que, pourvu qu’elle leur promît de demeurer, ils établiraient des religieuses de Sainte-Ursule à sa considération , et qu’elle prendrait chambre dans leur maison, si bon lui semblait, sans néanmoins s’obliger à porter leur habit, ni à suivre leur institut. Cette proposition fut jugée de tous grandement avantageuse à la gloire de Dieu et à l'instruction des jeunes filles. Marie l’accepta. Donc, selon ce qui avait été arrêté et conclu, on établit à Valence les Ursulines, et elles y prirent logement, et Marie se retira avec elles... Ces bonnes religieuses désiraient avec passion qu’elle embrassât leur manière de vie, et l’en sollicitèrent plusieurs fois, comme encore le P. Romillon, doctrinaire, qui les gouvernait et venait de Provence les visiter de temps en temps ; mais elle s’çn excusa toujours... (2) »

(I) Hèuot, Histoire des ordres religieux, édition Migne, tom. III , pag. 785. — Picot, Essai historique sur l’influence de la religion en France pendant le dix-septième siècle, tom. I, pag. 147, 519.

(!) Le P. La Rivière, Vie de .Varie Teyssonnier, pag. 102.

Les Ursulines avaient un pensionnat et un externat; leurs élèves formaient diverses catégories selon leur condition, mais l’une des classes était gratuite et fut toujours très-nombreuse. Elles habitaient un vaste local, vis-à-vis l’église paroissiale de Saint-Jean, et après avoir fait pour l’embellir de grands sacrifices, elles en furent dépouillées en 1792 (1).

Le second établissement créé à Valence durant le cours du dix-septième siècle pour l’éducation des jeunes filles fut celui des religieuses de Notre-Dame. Cet institut avait été fondé, à Bordeaux, par la célèbre marquise de Montferrant, Jeanne de Lestonac, sous le patronage du cardinal de Sourdis, archevêque de cette ville. 11 fut approuvé le 7 avril 1607 par le pape Paul V, et confirmé par lettrespatentes d’Henri IV en 1609. La pieuse fondatrice établit, de son vivant, plusieurs maisons de son ordre dans la Guyenne, et peu de temps après sa mort, elles se multiplièrent à l'infini dans toutes les provinces du royaume (2). On ignore la date précise de la fondation de celle de Valence. On sait seulement que ce nouvel ordre de religieuses institutrices se fixa dans la maison qui forme aujourd’hui l'angle delà rue Chauffour et de la rue Colombier, où l’on voit encore de beaux vestiges d’une chapelle.

En 1782, les sœurs de Notre-Dame achetèrent le couvent des Minimes, et l’évêque de Valence, Mgr de Grave, qui, durant tout le cours de son épiscopat, leur avait témoigné beaucoup d’intérêt, solda lui-même une grande partie des

(1) La rue qui conduit de la ville au couvent de Sainte-Glaire porte de nos jours le nom de Côte Sainte-Ursule.'

(2) Hki.ïot, Histoire des ordres religieux, édition Migne, tom. I, pag. 1095, et suivantes.

dépenses qu’elles durent faire pour approprier ce local à sa nouvelle destination. Elles s’y transportèrent, avec leurs élèves, le 5 novembre 1783.

En 1791, elles étaient au nombre de dix-huit; la supérieure se nommait Madeleine de Vienne. Pour obéir aux décrets de la Convention, elle envoya au district un état de sa communauté. Nous avons sous les yeux ce tableau dans lequel toutes les sœurs protestent que leur intention est de vivre et de mourir dans la solitude de leur cloître. Marguerite Bancel, entre autres, qui avait fait ses vœux à vingt-un ans, déclare quelle « préfère son état à la couronne de France, désirant néanmoins que celle-ci soit toujours plus llorissante. » Peu de jours après, elles furent chassées de leur monastère, dont l’église fut plus tard transformée en salle de comédie, et qui, de nos jours, est occupée par les religieuses de la Visitation (1).

Les sœurs de la Visitation Sainte-Marie avaient longtemps rivalisé de zèle avec celles de Sainte-Ursule cl de Notre- Dame pour l’éducation des jeunes personnes. Elles furent appelées à Valence en 1619, et notre ville fut encore redevable de cet établissement aux pieuses industries de Marie Teyssonnier et au dévouement de son amie intime, Mlle Meyssonnier, qui n’hésita point à y consacrer sa fortune (2).

(1) Il est rarement question des sœurs de Notre-Dame dans les registres des délibérations consulaires. Nous en signalerons seulement une du G juillet 1732 dans laquelle on lit : « Il a été proposé que la sonnerie des » Petits-Jacquemards, à la grande horloge, marquant les demi-heures, a

• cessé depuis plus de quatre ans, par le défaut de quelques réparations,

» ce qui cause un dérangement dans l’exercice de la prière et de la médi-

• tation dans plusieurs maisons religieuses, particulièrement dans celles

• de Sainte-Ursule et de Notre-Dame...»

(2) Histoire hagiologique du diocèse de Valence , pag. 402, 050. fie de * Marie Teyssonnier.

La municipalité de Valence approuva cette fondation le 20 janvier 1 620, et Mgr de Léberon l’autorisa le 29 décembre suivant.

Les premières familles de la cité confièrent de bonne heure aux Visitandines l’éducation de leurs enfants, et leur pensionnat fut toujours nombreux jusqu’à l’époque où elles furent dispersées par la révolution. Leur monastère renfermait alors trente-huit religieuses, suivant l’état nominatif qui en fut dressé par les officiers municipaux le 15 février 1790. Il leur avait été donné parla famille de Bressac, et se trouvait sur l’emplacement actuel du théâtre et de l’ Hôtel-de-Vi lie .

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