ORPHELINATS
Orphelinat Napoléon. 11 existe, de nos jours, en France, de nombreux orphelinats. La ville de Valence en compte plusieurs où les jeunes tilles reçoivent des soins empressés. Un seul y a été fondé pour les petits garçons, et c’est sur celui-ci que nous croyons devoir appeler en premier lieu l’attention de nos lecteurs.
Pour les deux sexes, l’enfance, lorsqu’elle manque d’appui et de direction, est également exposée à toutes sortes de dangers. Il n’est pas indifférent qu’une orpheline soit un jour une honnête femme et qu’un orphelin devienne un mauvais sujet. L’honneur de la religion et le bien de la société exigent que l'un et l’autre soient l’objet d’un égal dévouement.
Pénétré de cette vérité, M. l’abbé Belle, doyen du chapitre de Valence, fît, en 1852, de généreux efforts pour réaliser au milieu de nous le progrès dont un grand nombre d'autres villes nous ont déjà donné l’exemple. Il
fonda, à l’extrémité sud-est du faubourg Saunière, un orphelinat agricole de petits garçons. Le domaine qu’il acquit est exploité par eux depuis cette époque. Il n'y avait dans le principe qu’un chétif bâtiment occupé par un métayer; mais, grâce au concours de quelques personnes bienfaisantes, l'ancien bâtiment fut restauré, et d'autres furent construits de manière à loger vingt-cinq ou trente orphelins, ainsi qu’un maître-valet et deux religieuses chargées de l’intérieur de la maison.
Rendre aux travaux des champs les enfants sans famille livrés au vagabondage, telle fut la première pensée du fondateur de cet orphelinat. Il statua donc sagement que l'on n’v donnerait d’autre enseignement professionnel que l’enseignement agricole. L’industrie, en efiet, manque rarement des bras dont elle a besoin ; mais il n’est pas toujours aussi aisé de rencontrer un bon valet de ferme. D’ailleurs on ne saurait trop encourager de nos jours les travaux de l’agriculture , ni inculquer assez profondément dans l’esprit des cultivateurs les avantages de la vie simple et paisible des champs. C’est sous l’influence de ces considérations qu’il fut décidé que tous les orphelins admis dans l’asile qu’on venait de leur ouvrir seraient exclusivement appliqués à la culture du sol. Il est superflu d’ajouter que leur éducation religieuse et morale y est constamment l’objet d’une sollicitude toute particulière.
Les ressources de l’établissement furent dans les trésors de la Providence, toujours ouverts à la charité chrétienne. Quatre-vingts souscripteurs pourvoyaient à ses besoins les plus urgents par une offrande annuelle de vingt francs. Quelques familles riches avaient aussi organisé en sa faveur, parmi leurs enfants, une cotisation qui s’élevait pour chacun
à la somme de quinze francs. Des dames patronnasses voulurent bien prendre soin du vestiaire et de la lingerie.
Telle- fut, en quelques mots, l'origine de l’orphelinat agricole de Valence. Comme toutes les oeuvres inspirées par la charité chrétienne , il a été humble et pauvre à son début ; mais il s’est affermi peu à peu , malgré les épreuves , les difficultés de tout genre qu’il a eu chaque jour à subir. Aujourd’hui, heureusement, son avenir est assuré. En effet, en 1858, Mgr Lyonnel, que l'on rencontre partout où il y a du bien à faire , voulut voir de ses yeux ce modeste orphelinat. Frappé de l’organisation et du succès de la bonne œuvre, et cédant aux prières du digne fondateur , le prélat daigna prendre l’établissement sous son patronage et résolut d’appliquer à son développement les ressources de sa charité et de son zèle apostolique.
L’administration départementale lui promit aussitôt un concours dévoué, et le conseil général de la Drôme lui vota une subvention de deux mille cinq cents francs, ainsi qu’une somme de quatre mille francs affectée à l'ameublement. L’année suivante, M. Ferlay, préfet de la Drôme, que l’on trouve toujours empressé lorsqu’il s’agit de la fondation d’œuvres de bienfaisance, conçut la pensée d’appliquer la somme de cinquante mille francs, affectée au département par le legs de l’Empereur Napoléon I", à l’extension de l’orphelinat, qui devenait la colonie agricole Napoléon, fondée en principe par le décret du 9 août 1856 de concession du capital ci-dessus.
Cette initiative généreuse reçut le meilleur accueil de Mgr l’Évêque, et le conseil général goûta le projet qui donna lieu à un vote spécial..
Des terrains acquis avec le montant du legs sont réunis
aux immeubles qui constituent l'orphelinat et que Monseigneur veut bien donner gratuitement au département, afin de perpétuer, de développer l'œuvre qui devient ainsi départementale, conformément à l’intention du gouvernement et au vote du conseil général.
Il est à espérer que ce projet aura l’agrément de l’administration supérieure et qu’un décret sanctionnera bientôt les mesures proposées. Depuis lors, l’orphelinat a été organisé sur de nouvelles bases ; un comité spécial est chargé d'en régler la marche, et de lui imprimer une direction toujours en harmonie avec sa destination. Un comité de dames, adjoint au comité directeur, aide par ses œuvres, son action et sa sollicitude, au succès de rétablissement, qui a reçu le nom d 'Orphelinat Napoléon.
Orphelina t de la Providence. (Œuvre des jeunes économes). L’association des Jeunes Économes de notre ville est formée de plusieurs demoiselles qui pourvoient , par leurs pieuses industries et par leurs sacrifices personnels, à l’instruction , à la nourriture et à l'éducation des pauvres orphelines.
L’œuvre commença modestement et à l’insu du public, le 13 mai 1833. Deux petites filles venaient de perdre leurs parents; elles étaient sans ressources et sans consolations; une demoiselle, riche et vertueuse, fut touchée de leur malheur , résolut de les secourir et eut même l’heureuse inspiration de pourvoir à tous leurs besoins jusqu’à ce qu’elles eussent atteint un âge assez avancé pour se suffire à elles- mêmes. Elle fit part de ce projet à quelques-unes de ses compagnes, qui lui promirent un concours généreux, et aussitôt les deux enfants furent placées dans une maison religieuse.
Informées à leur tour de ce qui venait de se passer, d’autres pieuses demoiselles voulurent aussi contribuer, de leurs soins et de leur bourse , à l’éducation des deux pauvres orphelines. S’étant donc réunies au ' nombre de trente pour se concerter entre elles et s’assurer des ressources dont elles pourraient disposer, elles éprouvèrent tant de joie de pouvoir participer à cette bonne œuvre, qu’elles résolurent de prendre encore sous leur patronage quelques autres petites lilles abandonnées, et de créer en leur faveur une association qui les adopterait, en quelque sorte, jusqu’à l’àge de dix-huit ou vingt ans.
Conçu à la hâte, mais inspiré par un sentiment généreux, ce dessein fut réalisé en peu de jours. Ces charitables demoiselles s’organisèrent en association, sous les auspices de Mgr de La Tout rette, évêque de Valence, et après avoir élu une présidente , elles s’engagèrent toutes à verser annuellement dans la caisse de la société une somme de douze francs pour les besoins de l’œuvre, et de rivaliser de zèle pour en augmenter les ressources, afin de pouvoir augmenter en même temps le nombre des orphelines à qui elles voulaient procurer le bienfait d’une bonne et pieuse éducation.
A dater de ce jour fut londée l’œuvre si utile et si intéressante des Jeunes Économes. La première année, elle joignit aux souscriptions de ses membres le produit d'une loterie dont les associées se procurèrent les lots et placèrent les billets. Trois ou quatre pauvres enfants furent réunies aux deux premières, et le nombres’éleva bientôt jusqu ’àhuit. C'était peu sans doute, mais enfin c’était un heureux début.
Ce nombre ne diminua point, malgré les embarras et les épreuves que l’association cul à subir durant quelque
temps; car, comme toutes les œuvres de Dieu, l'œuvre des Jeunes Économes devait Être en butte à la contradiction. Enfin, après six années de patience, de dévouement et d’efforts , arrivèrent des jours meilleurs. C’était en 1841 ; Mgr Chatrousse , alors évêque de Valence , voyant le bien que cette association pouvait produire , en confia la direction à M. l’abbé Chotain, l’un de ses vicaires généraux. Devenue dès lors l’objet d'une paternelle et constante sollicitude , l’œuvre s’affermit de la manière la plus consolante, et fit même de rapides progrès. Le nombre des associées s’accrut notablement; un conseil d’administration fut organisé ; on détermina l'époque des réunions générales; on eut la joie de recevoir quelques dons inattendus, et bientôt une assez vaste maison put être achetée pour servir de demeure à douze orphelines.
Ces enfants , soustraites de la sorte aux dangers de la misère, suivirent pendant quelques années les classes gratuites des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul; mais en 1816, leur nombre croissant de jour en jour, elles furent confiées aux dames de la Providence, qui se chargèrent exclusivement de leur éducation ; celles-ci , voyant que le premier local où les Jeunes Économes avaient réuni leurs protégées ne suffisait plus , firent construire pour elles, à l'extrémité du faubourg Saint-Jacques, un établissement approprié à tous leurs besoins. On est vraiment surpris , quand on visite cette maison, avec ses dortoirs, ses classes, son réfectoire, ses salles d’exercices, ses cours et son jardin, et l'on sc demande comment une simple association de personnes pieuses a pu faire construire de ses deniers un orphelinat de cette importance. Tant il est vrai que la charité peut tout, que le zèle et le dévouement catholique ne reculent devant aucun obstacle.
Aujourd’hui trente-deux enfants et leurs maîtresses habitent cette maison connue sous le nom si bien choisi de Providence des pauvres Orphelines-, et tout y est disposé pour en recevoir un plus grand nombre, à mesure que le permettront les ressources de la société.
Recueillies la plupart dans les rues, ces petites fdlcs reçoivent gratuitement dans cet asile pieux tous les soins que réclament leur santé, leur faiblesse , leur malheur et leur avenir. On les instruit de la religion; on leur apprend à lire et' à écrire; on les initie au calcul; on les exerce à toutes sortes de travaux , tels que le blanchissage , le raccommodage, le repassage, la couture du linge, etc. Enfin, on s’applique à former en elles de simples et bonnes servantes, que l’on confie ensuite , lorsqu’elles ont atteint l’;lge de vingt-un ans, à diverses familles, où elles se font remarquer par une aptitude singulière à tous les emplois du service domestique.
Depuis sa fondation , l’œuvre des Jeunes Economes a ainsi préservé des dangers de l’enfance et de la misère un grand nombre de jeunes filles, qui sont toutes placées convenablement et recueillent les fruits de la bonne éducation qu’elles ont reçue. L’association compte aujourd’hui cent cinquante membres , parmi lesquels figurent les demoiselles les plus recommandables de notre ville.
Mgr Lyonnet porte un intérêt paternel à l’orphelinat, et daigne le visiter de temps en temps.
M. le préfet de la Drôme honore ce modeste établissement de sa haute protection, et chaque année il ne manque point d’autoriser sa loterie, et même d’apostiller la demande d’un lot de faveur à S. M. l’Impératrice.
Enfin M. le maire de Valence voit aussi avec satisfaction
le bien opéré par l'œuvre des Jeunes Économes, et il a daigné bien des fois lui donner des preuves d’une bienveillance toute particulière.
Orphelinat des enfants de Marie. Un arrêté préfectoral du 15 février 1845 ayant prescrit à toutes les communes de la Drôme l’organisation de comités pour l’extinction de la mendicité, celui de Valence sollicita le concours des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Parmi les indigents que le comité assistait, se trouvait une veuve, mère d’une petite fille qui recevait chez les sœurs une éducation élémentaire. Cette enfant était, pour ainsi dire, délaissée. Les sœurs résolurent de subvenir à ses besoins , et de la soustraire aux dangers qu’elle courait journellement dans la maison maternelle; elles demandèrent donc que le secours promis à la mère profitât seul à la fille. De l’une à l'autre , les sœurs de la charité se laissèrent envahir par d’autres pauvres enfants qu’elles retiraient des rues et qui recevaient le droit d’asile dans leur maison moyennant une faible rétribution. Tel fut le noyau de l’orphelinat si avantageusement connu dans notre ville sous le nom d 'enfants de Marie, et où l’on compte près de soixante-dix jeunes filles, objets des soins les plus intelligents et les plus dévoués.
En 1854 fut construit pour elles un édifice parfaitement approprié à leurs besoins. Le devis des travaux s’élevait à vingt-un mille quatre cent quinze francs. Une personne charitable affecta à cette bonne œuvre la somme de douze mille francs. Une souscription de neuf mille neuf cçnts francs ouverte par M. Dupré de Loire, devait couvrir l’excédant de la dépense. M. Dupré y mit pour condition que la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul, dont il
était dès lors le président, aurait un local pour ses réunions au rez-de-chaussée, et que les étages supérieurs seraient exclusivement destinés aux enfants de Marie. La souscription lut couverte en peu de jours, et les actionnaires ne tardèrent pas d’abandonner à rétablissement les fonds qu’ils venaient de verser. La pose de la première pierre de l’édifice eut lieu le 19 juillet 1854. On remarquait à la cérémonie Mgr Chatroussc, évêque de Valence, M. Fcrlay , préfet de la Drôme, M. Baudon et M. d’indy , l’un président et l’autre vice-président du conseil général des conférences de Saint-Vincent-de-Paul.
Le 28 février 1855, une délibération du bureau de bienfaisance aliéna la jouissance de ce local en faveur des enfants de Marie , ne s’en réservant que la propriété. Nous devons consigner ici quelques-uns des considérants de cette délibération :
« Attendu que l’établissement des enfants de Marie, fondé pour les jeunes filles pauvres, orphelines ou exposées dans leurs familles à la contagion du vice et du mauvais exemple, est une des œuvres les plus intéressantes, car le bien moral que l’on doit aussi se proposer en faveur de cette classe malheureuse ne peut le plus souvent être opéré qu’en soustrayant ainsi les enfants aux dangers de leur position dans le monde ;
» Que les jeunes filles qui ont été reçues jusqu’à présent enfants de Marie n’ont donné que des sujets d’espérance et de consolation par leur conduite , leur travail et leurs bons sentiments;
» Que cet établissement d’un asile pour l’éducation de jeunes filles formées à tous les travaux manuels et aux habitudes du service a été de tout temps l’objet de la solli-
citude et de l’intérêt du bureau de bienfaisance , et qu’il n’cst que la continuation de celui qu’il avait fondé par sa délibération du 7 novembre 1808 ;
» Que cette œuvre , en quelque sorte imposée par un devoir de charité, est vraiment l’œuvre de la Providence; qu’elle se soutient par elle-même , et qu’elle n’impose aucune autre charge au bureau que de fournir le logement ; qu’elle est accueillie avec une grande faveur par l’opinion publique et qu’elle grandit tous les jours, à tel point qu'il est devenu impossible de lui donner dans les conditions actuelles le développement qu’elle demande , les enfants reçues à ce titre étant logées dans les combles et dans un local insuffisant...
» Pour ces motifs, le conseil accepte, etc. »