ÉCOLES D’ADULTES
Nous terminons cet aperçu de l’enseignement public à Valence par quelques détails sur une institution justement appréciée , l’établissement des écoles du soir pour les adultes.
Ecole d’enseignement primaire. Après avoir consacré les longues heures du jour à l’instruction des enfants, quatre frères de la doctrine chrétienne veulent bien s’occuper pendant les veillées d’hiver des nombreux ouvriers qui viennent assister à leurs leçons.
Les classes du soir commencent le 1" novembre et se ferment le 1 er mars de chaque année. Les jeunes gens qui les fréquentent forment quatre divisions. La première se compose de ceux à qui il suffit de se perfectionner dans
les diverses branches de l'enseignement primaire; la deuxième, de ceux qui ont besoin de compléter les notions de calcul qu’ils ont déjà reçues, et dont la lecture et l’écriture laissent encore à désirer; on a réuni dans la troisième et la quatrième division des élèves de tout âge, depuis dix-sept ans jusqu’à quarante et quarante-cinq ans. On y enseigne , suivant les besoins particuliers de chacun d’eux, la lecture, l’écriture, l’arithmétique, le système des poids et mesures et la comptabilité.
Les cours ont lieu tous les jours , le samedi et le dimanche exceptés , à partir de sept heures et demie jusqu’à neuf heures et demie. Les personnes qui ont visité les classes ont été édifiées de la bonne tenue, du silence et de l’application des élèves. Plusieurs militaires y assistent très-régulièrement et se font remarquer par leur assiduité et leur amour de l’étude. Bon nombre de jeunes gens oublient les folles distractions de leur âge et viennent là réparer de leur mieux le temps que , peut-être , ils avaient imprudemment perdu durant les premières années de leur enfance.
Les adultes qui suivent ordinairement chaque année les classes du soir s’élèvent au nombre de deux cent cinquante. La ville alloue aux frères pour la tenue de ces cours une somme de six cents francs.
École de dessin et de sculpture. Cette école, fondée par l’administration municipale depuis bientôt quinze ans , et dirigée avec succès par d’habiles maîtres, réunit chaque soir, de huit à neuf heures, depuis le l« r octobre jusqu’à la mi-avril, de nombreux jeunes gens, ébénistes, serruriers, plâtriers, marbriers, graveurs sur étoffes, sculpteurs et
autres artisans, qui trouvent là des leçons utiles et une véritable initiation aux secrets de leurs professions diverses. Une ville comme la nôtre, voisine de riches carrières et dotée de belles usines , ne pouvait manquer d’apprécier l'importance d’un enseignement professionnel de ce genre.
M. le préfet a toujours encouragé les hommes de cœur placés à la tête de l’œuvre. M. le maire et son conseil se sont fait un bonheur et un devoir d’en favoriser le développement, et le gouvernement a doté cette école d’une collection de modèles précieux.
Les cours de dessin et sculpture sont suivis habituellement par quarante-cinq ouvriers ou apprentis. Les dépenses pour la ville s’élèvent à dix-huit cents francs. Le musée et le cabinet d’histoire naturelle sont à la disposition des professeurs qui dirigent les écoles du soir. Ces établissements, auxquels il faut ajouter la bibliothèque publique, sont pour l’administration l’objet d’une juste sollicitude. On y trouve des collections qui, sans être trèsconsidérables, ont déjà une valeur de près de cent quatrevingt mille francs. Ce sont des tableaux, des gravures, des dessins, des statues, des modèles en plâtre, des minéraux, des instruments de physique, etc., etc. La création de la bibliothèque* remonte à notre université. Les livres qu’elle avait recueillis pour renseignement de ses cours étaient au nombre de quatre mille sept cent quarante volumes. Ce premier fond s’est enrichi [dus tard d’une grande quantité d'ouvrages délaissés à la suppression des ordres religieux et des dons du gouvernement. Parmi les bienfaiteurs de l’établissement, nous ne devons pas oublier M. Bérenger (de la Drôme), à la sollicitation de qui la \ille de Valence doit de très-belles et très-riches collections.
Dans un rapport très-remarquable présenté au conseil municipal sur les comptes de l'exercice de 1859 et sur les budgets pour l’année 1801, on lit les paroles suivantes, par lesquelles nous sommes heureux de dore l’histoire des institutions de notre ville :
« Nous ne mettons pas en question, Messieurs, si de pareils établissements sont un besoin de notre époque, et si Valence en particulier devait en être doté.
» Avec l’enseignement perfectionné et ces cours de tout genre que vous faites généreusement donner à nos jeunes gens, que pouvait-on faire de mieux que de leur offrir ces collections où ils trouveront les matériaux nécessaires à leurs études? Le travail est moralisateur, et les beaux-arts élèvent l’Ame et l’intelligence. Nous devons donc engager par tous les moyens les enfants de notre ville da.;s cette carrière des arts, pour lesquels ils montrent une véritable aptitude, et mettre sous leurs yeux les beaux modèles, entre leurs mains les instruments de ce travail, et leur faciliter par là les diverses applications de leur intelligence. On l’a dit souvent, et nous ne saurions trop en être pénétrés: Valence est sous un beau ciel et dans une position admirablement favorisée pour le commerce aussi bien (pie pour l'industrie. Si les résultats jusqu’ici n’ont pas répondu à ces avantages pour notre population , n’est-ce pas à nous de provoquer et d’aider cette tendance vers les arts utiles, et pour cela de favoriser tous les établissements scientifiques et professionnels qui nous mettront au niveau que les autres villes s’efforcent d’atteindre pour marcher avec le progrès que la science et les besoins de l'industrie imposent aux populations qui ne veulent pas rester en arrière ? •<