‹ Histoire de l'Université de Valence, et des autres établissements d'instruction de cette villeChapitre 60 sur 72 · JEHAN LE MORE · texte numérisé non relu

JEHAN LE MORE

Jehan le More était né à Tenec en Vivarais.el avait épousé Esther de Ghambonnet, fille du capitaine Marcellin de Chambonnet.

Il eut quatre filles et deux fils.

La première de ses filles, Claude, fut mariée à M. de Chizaret; la deuxième, Isabeau, à M. de Figon; la troisième, Sébastienne, à M. de la Borie; et la quatrième, Françoise, à M. de Scrret, conseillerai! présidial de Valence. Celle-ci mourut avant son père , laissant trois enfants : Jeanne, Esther et Marie. Les deux fils de Jehan le More furent Marcellin, conseiller, lui aussi, au présidial de Valence, et à qui son père donna 6,000 livres pour acheter cet office, et Jacques, docteur en droit , agrégé en l’université , qui fut son héritier universel; Jacques avait épousé Marguerite de Boizonis,

Jehan le More fit son testament à Valence, le l* r octobre 1643. En voici quelques passages:

« Au nom de la sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, » je, Jehan le More, premier docteur régent royal de la » faculté des droits en l’université de Valence, doyen d'i- » celle faculté, et en cette qualité conseiller du roi et juge » général de la comté de Velay, me reconnaissant âgé de y septante-trois ans, et par ce moyen n’avoir guère plus à » vivre, attendu même la maladie contagieuse qui règne » cette année ; après avoir invoqué la grâce et la miséri- * corde de Dieu, j’ai fait mon testament et dernière vois lonté en la forme et manière que s’en suit, et première- » ment ai fait le signe de la sainte croix, disant au nom du » Père et du Fils et du saint Esprit, et suppliant comme je » supplie Notre-Seigncur Jésus-Christ , vrai Dieu et vrai » homme, par les mérites de sa saincte mort et passion,

» l'effusion de son précieux sang, l’intercession de sa » saincte mère, la vierge Marie, ma patronne, et de messei- » gneurs saint Jean-Baptiste et saint Jean, apôtre et évan- » géliste, de Monsieur Saint François et de tous les saints » et saintes du paradis , de m’accorder la rémission et » miséricorde de tous mes péchés, et en ce qui touche mon » enterrement, je veux et ordonne, en cas qu’il plaise à » Dieu m’appeler à lui dans la ville de Valence où j’ai de- » meuré cinquante-trois ans, il soit fait, s’il plaît aux révé- » rends Pères Cordeliers, dans la chapelle du saint nom de » Jésus, en laquelle le corps vénérable de feu père Jean » Pâlie, mon jadis confesseur, est ensépulturé, et ce, en la » compagnie de l’église paroissiale de Saint-Jean et des ré- » vérends Pères Jacobins, lesquels célébreront pour moi la » messe quotidienne durant une année, dont je veux qu’ils » soient payés à l’accoutumée. Je leur donne en outre, pour » une fois, la somme de deux cents livres à la charge que, * chacune année, semblable jour que je serai décédé, ils » célèbrent une messe perpétuellement , savoir : une fois » de la commémoration de la mort et passion de Notre » Seigneur Jésus-Christ, une fois en l’honneur de la sainte » Vierge et la troisième fois de mort pour moi et pour les » miens trépassés , plus je donne aux pauvres de Jésus- » Christ tout le blé qui sera recueilli ou se recueillera en » la dite année de mon décès, lequel blé sera partagé entre » les pauvres de Tence et de iQuintenas »

ANTOINE DE MARMLLE.

Antoine naquit à Paris; son père était Claude Bouillel, sieur de Marville et de Vignemont secrétaire et greflier du roi au bureau des finances de la généralité d’Amiens. Sa mère s'appelait Catherine Piène. Il fut envoyé, fort jeune encore, à Valence pour y étudier le droit sous Jehan le More

et Gaspard Froment qui le présentèrent à l’examen pour le grade de docteur le 28 octobre 1632. Au terme de ses études, il se dirigea vers Grenoble et y remplit les fonctions d’avocat au Parlement « à la grande satisfaction du public. » En 1647, ayant concouru pour une chaire de droit vacante à l’université de Valence, il l’obtint à l’unanimité des suffrages, et en 1650 il fut pourvu de la première régence. Il avait épousé Jeanne Crozat de laquelle il eut plusieurs enfants et qui mourut le 24 février 1676.

Antoine était un professeur fort distingué ; il donna au public le code Théodosien enrichi de savantes observations, ainsi que divers autres ouvrages qui méritèrent l’approbation des gens de lettres du royaume. 11 fut anobli vers l’année 1666 « selon l’usage et les dispositions du droit » qui assuraient cet honneur aux professeurs de l’université après vingt ans de leçons et de travaux soutenus. Mais en 1667, la cour ayant ordonné des poursuites contre les usurpateurs des titres de noblesse, Antoine fut assigné au parlement, où il comparut avec ses provisions de régences elles certificats des services qu’il avait rendus au public. Renvoyé devant le roi par le commissaire du gouvernement, il adressa une supplique à la cour à l’effet d’être maintenu dans les rangs de la noblesse, prérogative qui fut confirmée en sa faveur quelque temps après par le brevet suivant : « Vu par le Roi en son conseil la requête du sieur Antoine » Marville, ayant égard aux grands services que leditMar- » ville a rendus durant vingt ans au public, et les preuves » qu’il a données d’une capacité consommée , et d’une » connaissance parfaite de tout ce qu’il y a de plus difficile » et de plus obscur dans les lois qu’il a très-clairement » expliquées dans les leçons publiques qu’il a faites avec » beaucoup de réputation et d’honneur, le roi défend de

» troubler le suppliant dans ses prétentions

» En conseil d’État, le 17 novembre 1667. »

Antoine de Marville mourut à Valence le 31 octobre 1693, âgé de 84 ans. 11 avait marié l’alnée de ses filles, nommée Marianne, à Pierre Serret, conseiller au présidial, et Blanche, la cadette, à noble Joseph de Burzet, seigneur de Bidon.

Son fils, Mare-Antoine, chevalier d’honneur au présidial et docteur de l’université, épousa Anne Serret de laquelle il eut deux filles et trois fils. Il vivait encore en 1744 et avait alors 85 ans.

Comme le nom des Serret figure souvent dans l’histoire de l’université de Valence, nous ferons connaître ici l’origine et les alliances de cette famille.

Pierre Pellissier, bourgeois de Romans, n’eut qu’une fille nommée Jeanne, qui fut mariée à Helain Serret, juge du Bourg-lés-Valence, agrégé en l’université, de laquelle naquirent trois fils et trois filles.

L’alné des fils fut Pierre-André Serret, marié à Anne Jay, qui donna le jour à Anne Serret, fille unique, épouse de Marc-Antoine de Marville.

Du mariage d’Anne Serret avec Marc-Antoine sont issus :

1° Pierre-Antoine de Marville qui fut capitaine à 23 ans au régiment de Blacons;

2° Pierre-André, lieutenant des grenadiers au régiment de Royal-Comtois ;

3° Aimard, lieutenant de la milice du Dauphiné ;

4° Anne, mariée à Jean-Louis Rouveyre de Perrault, prévôt d’armée ;

5° Marie qui épousa Claude Petit, président au bureau de l’élection de Valence.

L’aînée des filles d’Hélain Serret, nommée Anne, fut mariée à M. Planta, souche de l’honorable famille de Planta si avantageusement connue à Valence, et qui a donné à l’université plusieurs docteurs-régents d’un rare mérite.

Ainsi s’allièrent à diverses époques les familles Serret, Marville et Planta, qui depuis lors ont formé diverses branches dont l’une subsiste encore de nos jours en la personne de M. Duclaux Marville, receveur des hypothèques à Nyons. L’union des Marville aux Duclaux eut lieu vers l’année 1 740 par le mariage de Jeanne de Marville avec M. Duclaux, seigneur de Mésangère, conseiller du roi au présidial de Valence.

Nous terminerons ce rapide aperçu par quelques extraits du testament de notre célèbre docteur Antoine de Marville.

« Par devant moy notaire royal... Estably en personne » noble Antoine de Marville, premier professeur du roy et » docteur-régent de la faculté de droit en l’université de » Valence, lequel, de gré, a voulu disposer par sa dernière » volonté des biens qu’il a plu à Dieu lui donner comme » s’en suit : Premièrement il s’est muni du signe de notre » rédemption en disant : Au nom du Père et du Fils et du » Saint-Esprit, suppliant la divine Majesté de lui pardon- » nerses péchés parsa grande miséricorde et dele recepvoir » en son Paradis par sa bonté infinie, et par l’intercession » de la glorieuse vierge Marie et de tous les saints, décla- » rant le dit testateur avoir choisi sa sépulture dans la cha- » pelle de l’église de révérands frères prêcheurs de l’or- » dre de saint Dominique de cette ville où 'demoiselle » Jeanne Grozat, son épouse, est ensépulturée, désirant » que son corps y soit porté sans cérémonie incontinent » après son décès, et le lendemain que les religieux fas- » sent un service et commencent un annuel de mes- » ses, pour quoy il lègue au dit couvent la somme de cent- » vingt livres... Lègue aussi à l’hospital de nouveau esta- » bli, proche la dessante de la dite ville, au Bourg lèz la » dite ville, la somme de trente-six livres, au couvent des ■I révérands frères capucins de la dite ville, duquel il a » l’honneur d’être sindic ou père temporel , semblable

» somme de trente-six livres, priant les religieux du dit » couvent de célébrer chacun la sainte messe le lende- » main du dit décès pour le repos de son âme. Lègue » aussi aux révérands pères cordeliers, minimes, récol- » lets, et à l’église de la mission et collège de la dite » ville la somme de douze livres à chacun, et pareille » somme pour la fabrique de l’église parochiale de saint » Jean de la dite ville où plusieurs de ses enfants ont eu » la sépulture ; lègue aussi aux monastères des religieu- « scs de Soyons, de Vernaison, de sainte Ursule, de la » Visitation sainte Marie et de Notre-Dame, au chacun la * somme de six livres , leur recommandant de prier » Dieu le lendemain de son décès pour le repos de son » âme... Nomme pour son héritier universel Marc-Antoine » de Marville, son fils unique, docteur agrégé en l’univer- » silé du dit Valence... »

Le testament est daté du 25 février 1 685.

On a d’Antoine de Marville plusieurs ouvrages , entre autres : 1" Oratio de concordül armorvm et legvm adverses paroemium silere leges inter arma. Parisiis, 1657 , tn-4°. (Bibliothèque de Grenoble.) 2° Selectx sententiæ ex institvtionibus civilibus, cvm supplemento definitionvm et differentiarvm iuris. Valentiæ, 1683, in 12.

Page 1