A. — ÉGYPTE
L’ordre chronologique ayant été choisi iDoiir cette étude, il nous sera permis de présenter tout d’abord, comme étant le plus ancien « document » urologique, la figure d’un calcul vésical trouvé en 1901 par M. Elliot Smith dans un tombeau préhistorique et prédynastique du village d’El Amrah, près d’Abydos (fig. 1). L’éminent professeur a démontré que ce tombeau est antérieiu’ de plusieurs siècles à Menés, premier roi d’Egypte, qui. Selon le professeur Petrie, a régné vers l’année 1800 avant notre ère.
Ce calcul aurait donc environ 7 000 ans d’existence. Il a été découvert dans le bassin du squelette d’un garçon de quinze à seize ans. Il est jaune, à surface granulée ; les plans de fracture montrent qu’il est strié et radié à cercles concentriques, composé d’un noyau et d’une enveloppe; le noyau est formé d’acide mlque, car une solution de potasse caustique en a dissous des fragments. L’enveloppe est d’oxalate de chaux et de x>hosphate ammoniaco-magnésien. M. Shattock, dans une savante étude de ce calcul, estime que l’œuf du Bilharzia hœmatobium n’a joué aucun rôle dans sa formation.
On pourrait s’attendre à trouver de l’acide oxalique dans un calcul de ce genre chez un jeune homme, puisqu’aujourd’hui la i)roportion des calculs oxaliques s’élève à 70 p. 100 en Orient. Mais si les Egyptiens du temps des Pharaons se nourrissaient de céréales et de farineux, ceux des temps préhis-
4 L’UROLOGIK DANS L’ANTIQUITD ClIDZ LES PEUPLES DE L'ORIENT
toriques étaient surtout chasseurs, et ra]imentation>égétale‘des uus, carnée (les autres, explique la différence de composition des calculs.
M. Shattock représente un second calcul (fig. 2), trouvé dans un tombeau de l’époque de la II® dynastie, c’est-à-dire de 2 000 ans environ moins ancien que le précédent. Formé de carbonate, de phosphate et d’oxalate de chaux, il siégeait près de la deuxième vertèbre lombaire ; d’où l’on conclut que c’était un calcul rénal : sa configuration extérieime plaide dans ce sens. Cependant, il faut faire quelques réserves ainsi que le prouve l’histoire du calcul de la figure 3 que AI. Elliot Smith a bien voulu nous communiquer.
A gauche de la figure se voit un calcul urique de grandeur naturelle et, à droite, la momie d’un prêtre d’Amon (XXI® dynastie de Thèbes, 1 000 ans avant J.-C.), dans la fosse nasale duquel on a, non sans quelque surprise, trouvé ce calcul. Xul doute, nous dit AI. Smith, que l’embaumeur, ayant rencontré un corps insolite, ne se soit empressé de le replacer sm’ le cadavre, au hasard, mais en prenant grand soin de ne pas l’en séparer. En effet, les Egyptiens croyaient que si une partie quelconque d’un cadavre tombait en la possession d’im vivant, celui-ci était exposé aux maléfices que le double, c’est-à-dire l’âme du mort, pouvait exercer sur lui; aussi voiton souvent, en disséquant des momies, de petits paquets de cheveux ou de poils qui ont été déposés sur elles, après avoir été rasés pour les manipulations de l’embaumement.
Tels sont les deux seuls calculs vésicaux que AI. Smith a rencontrés siu’ 9 000 momies environ qu’il a examinées : il faut y joindre deux calculs rénaux, y comx)ris celui dont nous avons parlé.
Fig. 3. — Calcul urique trouvé sur une nioniio (Phot. du P' Elliot Sniilh).
Fig. 2. — Calcul rénal datant de 3 000 ans avant J.-C. (M. Shaltock).