‹ Histoire de l'urologieChapitre 4 sur 76 · EGYPTE · texte numérisé non relu

EGYPTE

D’après ce chiffre, on voit combien auraient été rares les calculs vésicaux clans l’Egypte ancienne, rareté cpii forme un contraste curieux avec leur fréciuence actuelle ; mais les calculs communs aujourd’hui sont oxaliques ; on les rencontre chez les hommes jeunes, chez les pauvres dont la nourriture est défectueuse et presque exclusivement herbacée, chez ceux qui sont infectés par le dystoma hœmatobium, tandis que les Egyptiens des classes aisées sont rarement calculeux. Il en était sans doute de même autrefois ; or, comme les riches seuls étaient à même de supporter les frais élevés de l’embaumement, les cadavres des pauvres ne nous sont pas parvenus.

La taiUe paraît ne pas avoir été pratiquée chez les Egyptiens à une époque très ancienne ; peutêtre parce que les riches en avaient rarement besoin ; peutêtre aussi cette opération était-elle ignorée. Le professeur Maspero nous a dit que sur aucune momie on n’avait trouvé de cicatrice périnéale ou hypogastrique ; or, les cicatrices sont fréquentes sur les momies où elles restent très apparentes, car elles étaient pratiquées par des prêtres-médecins avec des couteaux de silex ; on en trouve même à la région lombaire, ce qui ne prouve pas que la néphrotomie ait une origine aussi ancienne.

L’opération pratiquée couramment était la circoncision. Longtemps on a voulu la considérer comme une mesure d’hygiène ; mais il n’est pas probable qu’il en ait été ainsi ; des documents nombreux montrent que c’était un acte rituel. M. Chabas en se basant

Fig. 4. — Un Pharaon circoncis, statue du musée du Caire (Phot. du Dr Sedky).

sur un passage du Eituel a établi que son origine hiératique est très ancienne : « Le sang tomba du phallus du Roi-Soleil quand il entreprit de se couper lui-même » ; la circoncision se liait donc aux institutions rehgieuses. De même que chez les Hindous, les organes génitaux étaient considérés

comme' le centre de la vie, et c’était faire une précieuse offrande à la divinité que de lui sacrifier une partie de l’organe le plus noble du corps humain. La circoncision était d’ailleurs un signe de noblesse et les Pharaons n’admettaient à leur table que des personnages circoncis.

Les documents iconographiques ne manquent pas à l’appui. Le I)*' Sedky nous a communiqué la photographie de la statue d’un Pharaon du musée du Caire, dont la circoncision se voit très nettement (fig. 4). Plus curieuse encore est la reproduction d’une scène de circoncision que M. le professeur Loret a découverte en 1897, à Saqqarah, dans le tombeau de Ankh-ma-Hor ; datant de la V® dynastie, elle remonte donc à 3 000 ans avant notre ère. M. Capart, professeur à l’Université de Liège, a bien voulu nous en envoyer la photographie que nous reproduisons ici (fig. 5). Dans son livre, « Une Eue de tombeaux à Saqqarah », il en donne la description suivante :

« Au 1er registre, nous assistons à la circoncision d’un jeune garçon : l’opération paraît comporter deux temps. Dans le premier, le patient est debout, tenu par derrière par un aide qui lui saisit les mains et les lui ramène devant la figure, peut-être dans le but de l’empêcher de voir ce qu’on va lui faire. L’opérateiu", qui est qualifié de prêtre du double, dit : « Tiens-le pour qu’il ne s’évanouisse pas. » L’aide répond : « Fais à ton gré. » L’instrument avec lequel le prêtre du double s’apprête à couj)er le prépuce a une forme ovale, il est divisé en deux par une ligne dans le sens de la longueur ; c’est un silex emmanché, d’après Max Muller. Un mot copte désigne la circoncision : le déterminatif en forme de demi-cercle est peut-être le lambeau enlevé. On a beaucoup discuté sur la fréquence de cette coutume dans l’ancienne Egypte : dans les tombeaux représentés ici, plusieurs personnages sont circoncis.

« Le deuxième temps est moins douloureux, car le jeune homme n’est plus tenu et s’appuie d’une main siu’ la tête de l’opérateur qui manie un instrument mal déterminé en disant ; « C’est pom’ te faire du bien. » Il n’est pas probable qu’il s’agisse d’un docteur : l’opération ne devait pas être, dans l’ancienne Egypte, du domaine des médecins, mais peut-être de celui des barbiers, comme de nos jours. »

C’est encore d’Egypte que nous vient le plus ancien livre de médecine, dont l’authenticité est incontestable. Il s’agit d’un papyrus découvert par Ebers en 1872 près de Louqsor. Haut de 30 centimètres, long de 20 mètres, il est en parfait état de conservation et comprend 108 feuillets. Il date de 1553 à 1550 avant notre ère et constitue un long traité d’hygiène plutôt que de médecine, où la description des maladies ne tient qu’une petite place. C’est un formulaire qui s’applique aux maladies générales, puis aux spécialités, aux affections oculaires, gynécologiques, etc.

On trouve éparses, dans plusieurs passages, des indications sur les voies urinah’es : en fait de termes médicaux, l’ischurie seule est indiquée et englobe toutes les maladies urinaires. Les recettes sont bien empiriques, et on a peine à trouver l’ébauche d’une thérapeutique raisonnée ; elles ont pour titre : « pour régulariser le cours de l’urine », « pour évacuer une accumulation d’urine », « pour combattre les maladies du bas-ventre », etc. Peut-être la « trop grande évacuation d’urine » correspond-elle au diabète, qui était connu des plus anciens Grecs et Hindous ; « l’échappement trop rapide de l’urine » s’applique peut-être au regorgement ou à l’incontience nocturne.

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Au surplus, nous avons cru devoir reproduire le feuillet L du papyrus

Ebers (Planche I), en raison de l’authenticité et de l’importance de ce premier manuscrit médical et nous en donnons la traduction d’après H. Joachim. « Ce que l’on doit faire à un enfant (j[ui souffre i^ar l’urine ;

Pilule de céréale axent» chauffée; s’il s’agit d’un enfant déjà grand, il la prendra en même temps que la nom’riture; si c’est un nouveau-né, qu’on la lui introduise dans le lait maternel en la faisant mâcher par la nourrice, puis ingérer par l’enfant.

Autre moyen pour faire disparaître une trop grande évacuation d’urine :

Froment 1/8, a sebeste » 1/8, terre de plomb verte 1/32, eau 1/3; conserver dans l’humidité, tamiser et absorber en 4 jours.

Un autre : gâteau 1/4, froment 1/4, gruau frais 1/4; tamiser, absorber en 4 jours.

Un autre pour combattre l’échappement trop rapide de l’urine :

Baies de genièvre 1, baies de cyprès 1, bière 1; récipient hunnu, cuire, tamiser et absorber en 4 jours.

Un autre pour combattre l’excès d’écoulement d’urine : gâteau 1/4, froment 1/4, gruau frais 1/4, terre de plomb verte 1/32, eau, miel 5/6 ; conserver à l’humidité, tamiser, absorber en 4 jom’s.

Un autre : brindilles de plante a qadet » 1/4, raisins 1/8, miel 1/4, baies de l’arbre « nàu» 1/32, bière douce 1 1/6 ; cuire, tamiser et absorber en 2 jours.

Un autre : sebeste 1/8, froment 1/8, terre de plomb verte 1/32, gâteau 1/32, eau 1/2,

Un autre : gâteau 1/8, miel 1/32, eau 1/3 ; tamiser et absorber en 1 jom'.

Un autre poiu’ combattre l’excès d’urine (fréquence des mictions) : baie de genièvre 1, baie de cyprès 1, bière dans un récipient hunnu ; cuire, tamiser et absorber en 2 jom’S.

Moyen pour faire évacuer l’urine : crocus des montagnes 1/4, crocus du delta 1/2, plante a àbu» de la Haute Egypte 1/16, baie de l’arbre nàu 1/16, gruau frais 1/8, plante àbu de la Basse Egypte 1/16, graine de lin 1/16, graine de nàu 1/16, plante « duat » 1/16, eau 1/16 ; conserver à l’humidité, tamiser, absorber en 4 jours.

Un autre « ket », qui n’a pas été écrit ici, pour régulariser l’évacuation de l’urine, ainsi que contre les maladies du bas-ventre en cas de première maladie : miel, baies de genièvre ou cyprès, pâte de boulanger, écorce de sicomore, écorce de racine de l’arbuste a rincin », terre de plomb verte, dattes fraîches, écorce de la plante « xasit » ».

Ce témoignage de la haute antiquité de la médecine égyptienne, montre combien rudimentaires étaient les connaissances des Egyptiens : il nous a été impossible de découvrir les progrès réalisés dans les siècles suivants, ni de saisir l’influence que les Egyptiens amuient exercée sm.' les Grecs : ceux-ci avaient, bien avant Hippocrate, une instruction médicale développée, mais rien ne prouve qu’elle lem’ soit venue d’Eg5q)te.

Quoi qu’il en soit, les médecins étaient nombreux ; M. Maspero a pu établir qu’ils formaient trois [catégories : les prêtres-médecins, les conjiuateurs ou sorciers, et les reboutem*s, nomades poiu la plupart, ancêtres probables des opérateurs ambulants qui existent encore en grand nombre dans l’Orient, où ils opèrent surtout les calculs vésicaux. Hérodote rapporte qu’il n’y avait en Egypte que des spécialistes, qui s’occupaient chacun d’une région du corps, mais aucun n’avait qualité pour soigner plirsieiu's maladies. D’après M. Alex. Bertrand, ils auraient été d’origine étrangère, venant presque tous

Encyclopédie d’Urolooie.

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