‹ Histoire de l'urologieChapitre 36 sur 76 · L’ECOLE DE · texte numérisé non relu

L’ECOLE DE

SALERNE ET lÆ MOYEN AGE

« Quelques-uns, comme Eogier, mettent après l’incision, du moyeu d’œuf en liyver, et de l’aulbin en esté. Et les quatre Maistres, de la farine avec des estouppes. Durant la cure, qu’ils boivent peu, et ce du vin non pas blanc, ains rouge et astringent, trempé avec de l’eau feiTée : et qu’ils mangent sobrement et des viandes choisies, de peu d’excrément. »

Mais les dangers de l’apostémation sont grands et les remèdes si peu efficaces que Guy de Chauliac s’écrie avec résignation, 200 ans avant Paré : « Et si on y void aduenir de mauuais accidents. Dieu nous soit en ayde. » En face d’une rétention d’urine, il faut toujours essayer de provoquer la miction naturelle par les moyens suivants :

« De V artifice de pisser par médicaments. — Maistre Jordan faisoit des injections et syringations dans la vescie, avec du beaume et Théodore avec huile de pétrole : Auicenne avec de l’huile de scorpion et quelques-uns avec fiente de colomb, destrempée en lexiue et coulée.

« Les autres provoquent l’urine refusée, en oignant le penil et les rognons auec de la graisse de connil (lapin), ou avec du galban mis sm’ la teste de la verge, ou des ails, ou des oignons : ou qu’on face un suppositoire de sel gemme. Ou qu’on mette au pertuis de la verge im poux ou une punaise. Item on loue communément à provoquer l’urine, les racines du raifort et de la parelle, persil et ourtie cuites en vin, et frittes à l’huile, appliquées sur le pénil. »

En cas d’échec seulement on recourra au cathétérisme.

« De V artifice de pisser par instrument. — Or le moyen de laisser par instruments est que ayant mis le patient sm? un siège, après qu’on l’a baigné ou fomenté avec des eaux et huiles, l’instrument soit introduit par la verge estenduë vers le ventre, doucement, iusques à tant qu’ü soit près du fondement. Puis la verge soit abbaissée avec tout l’instrument vers le bas, afin que l’instrument soit addressé vers la vescie (qui fait icy reduplication), jusques à ce que on le sente cheoir en lieu vuide, et lors soit entendu qu’il est dans la vescie ».

L’éclat que Guy de Chauhac a jeté sm’ le xiv® siècle est resté passager. L’Europe se ressentait des calamités de toute sorte qu’entraînaient les guerres et le déplorable état social du xiv® siècle. Aussi la Faculté se plaint-elle à ce moment qu’il n’existe plus de chirurgiens lettrés et que toute la chirmgie soit livrée aux barbiers et aux incisems ambulants. Quelques noms seulement émergent parmi eux; celui de Valescus de Tarente semble le seul digne d’être retenu. Son traité « le Philonium, divisé en sept parties, à cause des sept plaies du Christ, des sept joies de la Vierge, des sept dons du Saint- Esprit, etc., » fournit un triste témoignage de la misère de la chii-urgie et de l’oubli où étaient tombées les leçons de Guy de Chauliac. Les moindres manœuvres chirm-gicales sont délaissées ; une strangm-ie de l’évêque de Marseille est traitée par des trochisques spéciaux qui amènent un narcotisme mortel.

Telle est la fin du xiv<^ siècle. Dans la première moitié du xv*^, des chirurgiens de quelque importance, dont Malgaigne a relevé les noms, se bornent à des compilations sans plus de conscience que leurs devanciers et pillent les Arabes. Tel Nicolas de Cremone qui a donné sous son nom mie traduction presque intégrale de Bhazès et d’Avicenne, méprisant toutefois l’appareil urinaire dont il est à peine question dans son li\T?e.

LE MOYEN AGE

Tout au contraii’e, Pierre d’Argellata, qui vécut à Bologne où il est mort en 1410, consacre deux chapitres de son traité aux affections de la vessie ; il décrit les ulcères de cette cavité où l’on reconnaît la cystite, les ulcères et les pustules de la verge d’origine vénérienne. A 200 ans de distance nous retrouvons la thérapeutique des Salernitains : applications émolhentes, fumigations. Comme moyen prophylactique il conseille de laver la verge en été avec de l’eau, en hiver avec de l’urine fraîche; par expérience il avait ainsi deviné que l’iu’ine normale constitue un liquide aseptique. Il ne craint pas d’opérer lui-même les hernies et les calculs vésicaux ; il pratique la taille de Celse. On doit lui savoir gré de ne pas avoir abandonné cette opération aux périodeutes comme la plupart des chirurgiens de son temps, y compris Bertapagha, l’émule de Pierre, qui exerçait à Padoue.

Malgaigne a exhumé un manuscrit de Marcellus Cumanus, élève de Pierre d’Argellata dont nous n’avons guère à citer qu’une tentative de diagnostic de la grosse vérole avec les ulcères simples de la verge ; sa chirurgie était encore assez grossière pour qu’il recommandât la castration comme traitement de l’hydrocèle.

Galeatius de Sainte- Sophie, le maître de Savonarole, écrit im livre complet de chirurgie où des maladies urinaires sont traitées d’après Khazès. Plus original est Guainer, professeur à l’Université de Pavie en 1412. Dans son chapitre De calculosa passione on trouve, à côté de banahtés, une description très chnique de la rétention d’m’ine par engagement du calcul dans l’urètre. Il cherche à faire tomber le coi'ps étranger dans la vessie en imprimant des secousses au malade ; en cas d’insuccès ü introduit sans violence dans l’urètre une fine bougie de cire ou une petite verge d’argent ou d’étain. Nous rappelons que les bougies non métalhques, dont parle Guainer comme d’un instrument commun, existaient depuis 'Oribase et qu’Avicenne et Abulcasis les employaient couramment. Eeste à savoir si elles servaient également à la dilatation de l’urètre.

Arculanus, né en 1419, était professeur à Bologne et à Padoue, mais professeur de logique ; ce n’est que lorsqu’il se fût fait connaître comme médecin que sa cliame devint une chaire de philosophie morale et de médecine. Une telle association n’a rien de sm’prenant à cette époque, où le dogmatisme était tout-puissant, et on comprend pourquoi les innombrables commentaires d’Hippocrate s’attachent surtout à la doctrine et laissent de côté les pratiques médicales et l’anatomie.

Le premier, il a distingué l’hydrocèle commune de la congénitale qui communique avec le péritoine ; il en conseille la cautérisation et opère le varicocèle par ligature. Il décrit l’urétrite aiguë, en signale la gravité chez les gens âgés ; mais il n’apporte rien de nouveau à la technique de la taille qu’il pratiquait lui-même. Au contraire, son chapitre De difflcultatæ urinæ marque un sensible progrès dans le traitement de la rétention. Tout en adoptant la division des Anciens en dysurie et ischurie, il recherche les causes anatomiques : la rétention est due soit à une verrue ou de la chair développée dans le canal, ce qui constitue une obstruction charneuse, soit à une lésion du col de la vessie, un ulcère empêchant l’expulsion de l’urine, parce qu’il provoque une constriction du col vésical : « Secunda causa, scilicet lœsio in meatu coin vesicœ, aut virgœ est aliquando ulcus valens, aut scahies in meatu urinæ

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