‹ Histoire de l'urologieChapitre 38 sur 76 · A. — LES BARBIERS-CHIRURGIENS. — LES A.MBULANTS · texte numérisé non relu

A. — LES BARBIERS-CHIRURGIENS. — LES A.MBULANTS

Ce serait sortir de notre sujet que refaire l’histoire de la confrérie de Saint- Côme, si bien étudiée par Malgaigne et par Nicaise qu’il est difficile d’apporter un document nouveau. Cependant elle vécut à côté des opératem’s, des incisem's, de ceux qui ont conservé, développé, perfectionné la taille et les autres opérations spr l’appareil urinaire ; nous serons ainsi amenés à en dire quelques mots.

Xous venons de voir, dans le chapitre précédent, comment des chirurgiens instruits avaient obtenu de former une corporation grâce à la protection de saint Louis et de son médecin Pitard. En 1301 une première ordonnance, rendue par Phihppe le Bel, restreint la pratique envahissante des barbiers : protection imparfaite tour à tom’ retirée, diminuée ou supi3rimée, puis rendue jusqu’à ce que, en 1370, Charles Y eût octroyé aux chnurgiens des privilèges véritables, à charge pom- eux de s’engager à soigner les pauvres gratuitement. Ils avaient le droit d’arriver à la licence, de suspendre des bannières à lem*s fenêtres et de se réunir à l’éghse Saint- Jacques-la-Boucherie.

Les barbiers ne se tim’ent pas pom* battus et deux ans plus tard ils faisaient reconnaître leurs droits par une ordonnance royale. Ils avaient d’ailleurs beau jeu, car l’usage était poiu’ eux et leiu’ réservait tout ce qui était manuel dans l’art de guérü’. L’Ecole de Salerne avait sanctionné la tradition en laissant les petites opérations aux mains des barbiers, des femmes, des chh'urgiennes et des com’eurs. Dans les grandes villes ils rencontraient la concurrence de personnages comme Guillaume de Salicet, Lanfranc, Guy de Chauliac, mais dans la plus grande partie du territoire il fallait bien s’adresser à eux. D’aüleurs la démarcation entre leur pratique et celle des chü'urgiens était difficile à établir ; l’usage du rasoir qui servait commimément aux incisions chirurgicales tendait à entretenir cette confusion aux yeux du public.

Les services qu’ils rendaient expliquent donc leur faveur auprès du pouvoir royal. En 1390 une nouvelle ordonnance rendue par Charles VI marqua un nouvel échec des chirurgiens qui, pour sanctionner leiu' supériorité, n’acceptèrent plus que des apprentis sachant le latin et augmentèrent de deux écus d’or le droit de diplôme de bachelier. Cette mesure suffit pour susciter contre la confrérie de Saint-Côme un ennemi acharné, la Faculté

DE LA KENAISSANCE AU XIX» SIECLE

de Médecine elle-même qui, se voyant menacée dans ses inivilèges et dans son autorité, prit parti pom- les barbiers. Tout le xv® siècle est rempli de ces luttes de la Faculté contre la Corporation de Saint-Côme qui finit par succomber et dut s’humilier.

Malgré la protection qu’ils trouvèrent un moment auprès d’Olivier le Daim, barbier lui-même, Louis XI bannit les barbiers et, d’après Quesnay, un chirm’gien de talent, Jean Le Eoy, opérateur pour la taille, fut forcé en 1470, pour entrer à la confrérie de Saint-Côme, de reconnaître le tort qu’il avait eu d’opérer et dut renoncer par un acte spécial à l’état d’opérateur.

En 1505, la corporation de la barberie parisienne acquit de nouveaux privilèges et forma le corps de barbiers-chirurgiens. Enfin, en 1515, les chirurgiens de Saint-Côme durent se soumettre complètement à la Faculté et l’on vit, côte à côte, chirurgiens et barbiers suivre les cours d’anatomie des maîtres -régents, en s’engageant les uns et les autres à se borner à la chirurgie manuelle. Malgré cette apparente humiliation, une ère de prospérité et de progrès inouïs allait s’ouvrir pour les chirurgiens dont la lutte contre la Faculté ne reprit qu’un siècle plus tard.

Il est cependant un point sur lesquels barbiers, chirurgiens, maîtres -régents s’entendaient, c’était de ne pas opérer les hernies ni la cataracte, la pierre. Cette dernière a donc été abandonnée aux opérateurs spéciaux ordinairement sans instruction, sans talent, mais auxquels les patients torturés par la souffrance s’abandonnaient néanmoins. Ce sont les inciseurs, les tailleurs, triacleurs et dramem's de pierre dont la présence et le passage sont signalés partout au moyen âge en France, en Itahe, dans toute l’Em’ope. Les ordonnances se multiplient contre eux, tel l’édit de Montpellier portant « deffense aux tailleurs de pierre ou de rupture, abattem’s de cataracte et arracheurs de dents, d’ouvrer sans la présence de quatre maîtres-jurés ».

De telles interdictions restèrent le plus souvent sans effet. Ces nomades opéraient plus ou moins clandestinement, puis gagnaient ime autre ville. Est-ce parce que les calculeux leur faisaient vite défaut et manquaient de confiance, ou pour échapper à la vindicte pubhque à laquelle leurs échecs les exposaient ? Quelques-uns cependant prenaient leurs précautions. Témoin un extrait des registres du greffe de Langeac, oh l’on voit que, le 27 septembre 1404, un sieur Cortesi de Montpellier a pris en traitement le fils de Hugues Fabre, âgé de 12 ans, pour lui faire l’extraction de la pierre et que celui-ci lui donna acte que, « en cas que son fils en meure, il le tienne quitte de sa mort ».

Une contradiction frappe l’esprit à la lectime des auteiu’s du moyen âge. A toute époque, des Arabes à la Eenaissance, on lit des descriptions plus ou moins complètes de la taille, sans que le procédé varie. Or il paraît bien prouvé que ni G. de Salicet, ni Lanfi-anc, ni Guy de Chauliac, ni aucun des maîtres n’a pratiqué cette opération; leiu’s élèves, leurs contemporains l’affirment. Mais peut-être ce fait n’est-il pas exceptionnel car l’enseignement de la chirurgie au moyen âge a été surtout théorique et il n’est pas démontré non plus que ces maîtres aient pratiqué les autres opérations, ou du moins toutes les opérations qu’ils enseignaient. Si la taille a été plus particuhèrement méprisée, cela tenait peut-être plus aux opérateurs, « personnes viles » qu’à l’opération elle-même, dont au contraire ils paraissent

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